Divers

LA NUIT (2) : NUITS OBSCURES

La nuit est un moment privilégié où l’absence de jour et de lumière nous donne la possibilité de vivre autrement, loin des regards des autres. Ce moment peut être la Nuit des amants. Mais ce peut aussi être un moment où les forces obscures prennent le pas sur la clarté, et c’est alors la nuit des magiciens, des fantômes ou des sorcières.

L’opéra se prête bien à la description de ces scènes inquiétantes :

Ainsi, dans la Flûte enchantée de MOZART, la reine de la nuit représente le côté obscur de la force, où les notes aiguës qui se succèdent figurent autant de coups de poignard destinés à tuer Sarastro, le rival de la reine.

reine de la nuit dessayCliquez sur la reine de la nuit

Une des premières représentations, et des plus fameuses, est celle de la scène de la Gorge aux loups, de l’opéra romantique le Freischütz de WEBER, où les héros se donnent rendez-vous à minuit pour fondre des balles magiques destinées à remporter un concours de tir. Mais voilà, la septième balle fondue est réservée au diable…

Fresischutz gorge aux loupsCliquez sur l’image

Freischutz Gorge aux loups 2Cliquez sur l’image

En 1833, dans son Gustave III ou le Bal masqué, D.F.E. AUBER place au début du 3e acte une scène où l’héroïne doit, à minuit, cueillir des plantes magiques qui feront disparaître son amour coupable pour le roi.

auber gustave minuitCliquez sur l’image

La Nuit de Walpurgis est un poème du grand GOETHE, mis en musique par MENDELSSOHN. Cette nuit célèbre les fêtes païennes, et est souvent associée à la nuit de sabbat des sorcières.

Mendelssohn La nuit de Walpurgis première partieCliquez sur l’image

Dans son adaptation de Macbeth (1847), c’est évidemment pendant la nuit que VERDI fait apparaître le meurtre du roi par Macbeth et sa femme.

macbeth minuitCliquez sur l’image

À la fin de Rigoletto (1851) de Verdi, c’est de nuit que Rigoletto prévoit l’assassinat du ravisseur de sa fille Gilda, mais par un de ces coups de théâtre que l’on ne voit qu’au théâtre, c’est finalement Gilda qui meurt sous les coups du reître payé pour cet assassinat.

rigoletto finalCliquez sur l’image

Une nuit sur le mont Chauve, de MOUSSORGSKI.

fantasia une nuit sur le mont chauveCliquez sur l’image

Ce n’est pas dit explicitement dans Le château de Barbe-Bleue (1911) de BARTOK, mais on peut supposer que toute la scène se passe de nuit, quand Judith ouvre une à une les portes du château de Barbe-Bleue pour y découvrir, après des bijoux et des perles, une chambre de torture, et pire encore peut-être…

bartok barbe bleueCliquez sur l’image

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Animation 1, Compositrices, Contes et légendes, Divers, littérature, Mythologie

CENDRILLON (CINDERELLA – CENERENTOLA)

Parmi les contes et légendes de notre enfance figure l’histoire de Cendrillon, cette petite fille victime de sa marâtre et de ses deux vilaines sœurs qui la confinent aux tâches domestiques.

Archétype des contes, on en connaît des versions dans toutes les cultures, et ce depuis l’antiquité. Par exemple, dans l’Égypte antique, on trouve l’histoire d’une jeune esclave à qui un aigle enleva une chaussure puis la fit tomber au pied du pharaon, qui n’eut alors de cesse que de retrouver la propriétaire de cette chaussure.

Les versions que nous connaissons sont celle de Perrault (1697) ou celle des frères Grimm un siècle plus tard.

Étant donné son sujet à portée universelle, il n’est donc pas étonnant que l’Opéra s’en soit emparé, et ce dès 1759 avec un opéra-comique de Laruette.

Parmi les versions qui nous sont restées figure la Cenerentola (1817) de Rossini

Rossini Cenerentola BartoliCliquez sur l’image

L’opéra Cendrillon (1899) de Massenet est encore parfois représenté.

massenet cendrillonCliquez sur l’image

Créé en 1900, le Conte du tsar Saltan de Rimsky-Korsakov reprend le thème du tsar qui cherche une épouse, et finit par choisir la plus jeune de 3 sœurs, provoquant la fureur et la vengeance des deux ainées et de leur mère.

On peut noter encore Cendrillon (1904), un opéra miniature (merci Wikipédia) de Pauline Viardot.

cendrillon viardotCliquez sur l’image

En 2002, la compositrice Isabelle ABOULKER écrit Cendrillon, un opéra pour enfants.

Aboulker CendrillonCliquez sur l’image

D’autres adaptations musicales existent, dont le ballet de Prokofiev datant de 1940, ou encore des comédies musicales.

cendrillon prokofievCliquez sur l’image

Les studios DISNEY ne se sont pas trompés sur la portée universelle du conte en créant le dessin animé Cendrillon (Cinderella en VO) en 1950.

Cendrillon DisneyCliquez sur l’image

En 2016, une jeune anglaise âgée de dix ans écrit Cinderella, son premier opéra complet.

Deutscher Cinderella Up in the skyCliquez sur l’image

Divers, Oulipo, Poésie

« EL DESDICHADO », de Gérard de NERVAL

Ce billet inaugure une nouvelle catégorie, la catégorie OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle), à laquelle je raccrocherai les billets déjà écrits sur PEREC ou QUENEAU.

Pour cette première création, je vais partir du poème « El Desdichado » de Gérard de Nerval, avec la contrainte oulipienne d’associer aux substantifs une citation musicale extraite de l’univers de l’opéra.

Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé,

Le prince d’Aquitaine à la tour abolie,

Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé,

Porte le soleil noir de la mélancolie.

rameau castor et pollux tristes apprets

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’a consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

berlioz le spectre de la rose crespin

Suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Byron ?

Mon front est rouge encore du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

haendel alcina ombre pallideCliquez sur Alcina

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Citations musicales:

Le veuf : La Veuve joyeuse de LEHAR.

L’Étoile de CHABRIER

Le soleil noir : Tristes apprêts, pâles flambeaux (Castor et Pollux de RAMEAU) : Télaïre, fille su soleil, renonce à la lumière de son père.

Tombeau : Roméo et Juliette de GOUNOD, Roméo vient près du tombeau où le corps de Juliette repose.

La fleur : Carmen de BIZET, « La Fleur que tu m’avais jetée ».

La rose : « Le spectre de la rose », des Nuits d’été de BERLIOZ.

Du baiser : D’amour l’ardente flamme de La Damnation de Faust de Berlioz. Marguerite, abandonnée par Faust, se souvient des baisers d’amour qu’ils échangeaient.

Dans la grotte : « Ombre pallida » de Alcina de HAENDEL. Dans sa grotte, la magicienne Alcina invoque les esprits pour se venger d’un trahison.

La lyre d’Orphée : renvoi vers l’Orfeo de MONTEVERDI.

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le faire savoir, je pourrais envisager de maltraiter ainsi d’autres poèmes. Et si vous aimez Gérard de Nerval, vous pourriez aimer Fantaisie.

Compositeurs, Compositrices, Divers, Histoire de l'opéra

8 MARS 2019 – JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

Ce n’est pas parce que le 8 Mars est la journée internationale de la Femme (en France, on ajoute des droits de la Femme) qu’il faut en conclure que les 364 autres jours de l’année sont des journées de l’homme, messieurs.

Je vais vous parler ici de quelques femmes compositrices, en commençant par Élisabeth JACQUET DE LA GUERRE (1665 – 1729), qui a écrit et joué pour Louis XIV et Louis XV. Dans le domaine de l’opéra, elle a composé la tragédie lyrique Céphale et Procris, mais devant le peu de succès rencontré, elle s’en est arrêtée là. D’elle sont restées des cantates et des pièces pour clavecin.

jacquet der la GuerreCliquez sur l’image

Au XIXe siècle, on peut citer Louise BERTIN (1805 – 1877), qui a écrit La Esmeralda dont le livret a été écrit par le grand VH lui-même, d’après son Notre Dame de Paris. Fille du directeur de l’important Journal des Débats, elle a également écrit un Faust. Sa position sociale et son statut de femme l’ont empêchée de connaître un succès qu’elle aurait pourtant mérité, comme en témoigne l’estime que BERLIOZ lui témoignait.

louise BertinCliquez sur l’image

Pendant ce temps en Allemagne, Fanny MENDELSSOHN (1805 – 1847) jouait du piano et composait, malgré l’avis de son père, et de son frère Félix. Ce n’est qu’après son mariage qu’elle pourra développer son art musical, et se faire jouer et publier. Elle a surtout écrit des pièces pour piano, des romances et des cantates. Quand vers la fin de sa vie, elle se lance pour faire connaître sa musique, ses contemporains ne veulent pas croire qu’une femme ait composé cette musique, et l’accusent d’avoir pillé son frère !

fanny mendelssohnCliquez sur l’image

Clara SCHUMANN (1819 – 1896) composait également, mais ce sont ses talents de pianiste qui étaient reconnus, pas ceux de compositrice, et c’est son Robert (SCHUMANN) de mari qui est resté pour la postérité comme un génie de la composition.

clara schumann

Mélanie BONIS (1858 – 1937) choisit comme pseudonyme Mel BONIS pour ses compositions musicales, pour ne pas être reconnue comme femme compositeur. Elle entre au conservatoire à 18 ans. C’est là qu’elle rencontre un chanteur-poète, qui sera le grand amour de sa vie, mais sa famille lui impose un mariage « sérieux ». Elle mettra en musique bien des poèmes de son amour. Sur la fin de sa vie, elle se consacre à de la musique religieuse.

mel bonisCliquez sur l’image

Pour le XXe siècle, on peut citer Germaine TAILLEFERRE (1892 – 1983), seule femme du groupe des six. Elle a écrit une œuvre abondante dans différents styles (piano, mélodie, musique de chambre, musique de films, concertos, opéras…). Elle a participé aux Mariés de la Tour Eiffel, sur un texte de COCTEAU, mais a également écrit un opéra de chambre sur un texte de IONESCO : Le Maître.

Deux autres femmes compositrices se sont distinguées, Lili et Nadia BOULANGER. Lili, la cadette, a été la première femme à gagner le grand prix de Rome. Sa carrière a malheureusement été trop brève, car elle est morte à l’âge de 24 ans, en laissant inachevé son opéra La Princesse Maleine, d’après MAETERLINCK.

Lili Boulanger hymne au soleilCliquez sur le chœur 

Sa grande sœur Nadia est beaucoup plus connue, car au cours des 70 ans qu’elle a consacrés à la formation musicale, elle a vu passer plus de 1000 élèves, dont les compositeurs Aaron COPLAND, Vladimir COSMA, Philip GLASS, Pierre HENRY, Michel LEGRAND ou Lazlo SCHIFFRIN. Outre ses activités de pédagogue, elle a également écrit de la musique, dont des mélodies sur des textes de VERLAINE, HEINE, VH ou Maeterlinck. Elle a également composé un opéra, La Ville morte, sur un livret de D’ANNUNZIO.

Retrouvez d’autres femmes compositrices le 8 mars 2020.

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LES PLUS BEAUX DUOS D’AMOUR… (XVIIIe siècle)

Après vous avoir narré dans le détail les morts des héroïnes ou des héros (on meurt beaucoup à l’opéra), il va être temps pour moi de passer à quelque chose de plus heureux.

Je vais ici vous proposer quelques-uns des plus beaux duos d’amour (on aime beaucoup à l’opéra.) Et comme on aime beaucoup à l’opéra, je vais avoir beaucoup de duos à vous proposer et il y aura donc d’autres billets sur ce thème.

Dans Jules César en Égypte (1724), HAENDEL fait chanter ce beau duo à César et Cléopâtre.

jules césar duoCliquez sur l’image

VIVALDI en 1727 fait chanter ce beau duo entre Angélique et Médor dans Orlando furioso. Toute ressemblance avec le duo précédent ne saurait être que fortuite.

orlando furioso duoCliquez sur l’image

En 1733, c’est RAMEAU qui fait se jurer amours éternelles à ses héros dans Hippolyte et Aricie.

hippolyte et Arycie duoCliquez sur l’image

Et en 1735, c’est un double duo (un quatuor donc) qu’il nous offre dans Les Indes galantes.

les indes galantes quatuorCliquez sur l’image

En 1780, Mozart dans Idoménée écrit le duo « T’amo, t’adoro ».

 

idoménée duoCliquez sur l’image

Dans Don Giovanni (1787), vous pouvez écouter le « La ci darem la mano ».

don giovanni la ci daremCliquez sur Zerline et Don Giovanni

Et dans La Flûte enchantée (1791), il y a le duo comique entre Papageno et Papagena qui se trouve à la fin de l’opéra : « Papageno, Papagena ».

Flûte enchantée Papageno PapagenaCliquez sur Papageno et Papagena

Retrouvez d’autres duos d’amour, ceux des années 1800 – 1850.

 

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BAGUES ET ANNEAUX (Saint-Valentin)

​En ce 14 février, jour d’une fête destinée à faire du fric avec l’amour, il m’est paru opportun de vous parler bagues et anneaux. En effet, il est souvent question d’amour dans les opéras, et traditionnellement, les bagues (de fiançailles, de mariage) en sont un symbole.

Il n’est donc pas étonnant de trouver ces symboles dans l’univers de l’opéra.

Ainsi, dans La Somnambule (1831) de BELLINI, le héros Elvino donne à l’héroïne Amina une bague qu’il tenait de sa mère.

la somnambule duoCliquez sur l’image

Dans Carmen de BIZET, Don José donne une bague à Carmen. Et c’est en la lui jetant à la fin de l’opéra qu’elle scelle son destin.

carmen bagueCliquez sur l’image

Dans le Faust de GOETHE, Méphistophélès conseille à Faust de promettre le mariage à Marguerite. À l’opéra, cela nous donne dans La Damnation de Faust de BERLIOZ la sérénade de Méphisto et dans le Faust de GOUNOD l’air Vous qui faites l’endormie avec son célèbre rire méphistophélique.

vous qui faites l'endormieCliquez sur l’image

Dans Pelléas et Mélisande de DEBUSSY, Mélisande se penchant sur une fontaine laisse tomber sa bague dans l’eau, provoquant la fureur de son mari Golaud quand il s’aperçoit  de cette disparition.

pelléas anneauCliquez sur l’image

La symbolique de l’anneau gage d’amour est renversée dans L’anneau de Nibelung de WAGNER. Au début de l’Or du Rhin, c’est en renonçant à l’amour qu’Albérich peut voler l’or gardé par les filles du Rhin. Avec cet or, il fait forger un anneau, mais quand Wotan, le dieu en chef lui vole cet anneau, Albérich le maudit, celui qui portera l’anneau deviendra esclave de l’anneau…

Il existe une autre catégorie d’anneaux que l’on trouve dans les opéras, ce sont les anneaux magiques ou enchantés, mais ça, c’est pour un autre billet.

Compositrices, Contes et légendes, Divers, littérature, Mythologie

ONDINES ET NAÏADES (LES FILLES DE L’EAU)

​Les filles de l’eau, sirènes, ondines, naïades, appartiennent à l’imaginaire populaire, et ceci quel que soit le lieu et quelle que soit l’époque. Il n’est dès lors pas étonnant d’en trouver sur les scènes d’opéra.

Les sirènes, dans la mythologie grecque, étaient des créatures marines mi-femmes, mi-oiseaux. Musiciennes, elles étaient dotées d’une voix telle que quand un marin les entendait, il était fatalement attiré vers elles et se noyait. (Eh oui, il était difficile de résister au chant des sirènes.) On trouve ainsi un duo de sirènes dès le King Arthur(1691) de PURCELL (Two daughters…) suivi du sublime « How hapy the lovers ».

how happy the loversCliquez sur l’image

La compositrice Lili BOULANGER (1893 – 1918) a écrit une pièce intitulée Les Sirènes.

Lili Boulanger Les SirènesCliquez sur l’image

C’est aussi le cas de Cécile Chaminade (1857-1944).

Chaminade les SirènesCliquez sur l’image

Créatures vivant en eau douce (près des sources ou dans les rivières), on retrouve les naïades de la mythologie grecque dans les mythologies germaniques sous le nom d’ondines.

Alors que Richard STRAUSS met en scène une ondine dans son Ariane à Naxos, c’est l’adaptation romantique qu’en fait E.T.A. HOFFMANN dans son opéra Ondine qui connaîtra le plus d’avatars puisque TCHAÏKOVSKI écrit un opéra de ce titre (qu’il brûlera devant le peu de succès rencontré par cette œuvre), et surtout DVORAK avec sa Rusalka.

renee fleming rusalkaCliquez sur l’ondine Rusalka

En 1845, LORTZING écrit un opéra romantique magique, Undine.

Lortzing UndineCliquez sur l’image

À l’époque préromantique, il y a eu une supercherie littéraire autour de l’œuvre du barde celtique OSSIAN. Dans ces légendes celtiques apparaît la vierge d’Inistore, qui a été mise en musique par SCHUBERT et BRAHMS.

SCHUBERT, La fille d’Inistore D281.

Vous ne pouvez pas imaginer quel plaisir c’est pour moi de pouvoir mettre du Brahms, un de mes compositeurs préférés, sur ce blog. Et en plus un de mes morceaux favoris (chanté par le Chœur de Chambre du Conservatoire de Lille quand j’y étais, à la fin du millénaire dernier) et proposé ici sous la direction de Frieder BERNIUS, très grand chef de chœur avec qui j’ai eu l’ineffable joie de chanter du… Brahms.

BRAHMS, Gesang aus Fingal, opus 27.

brahms berniusCliquez sur l’image

On trouve aussi des créatures de l’eau sur le Rhin, l’une des plus connues étant la Lorelei, dont le mythe a été popularisé par les romantiques BRENTANO et HEINE. L’histoire de la Lorelei a été abondamment mise en musique, notamment par LISZT et Clara SCHUMANN et il y a même une opérette d’OFFENBACH et un opéra de CATALANI portant ce titre.

De non moins fameuses nixes (les nymphes allemandes) sont les filles du Rhin que l’on retrouve dans L’Or du Rhin de WAGNER (attention, ça commence pianissimo avant de monter progressivement).

On retrouve ces mêmes filles du Rhin à l’issue des 15 heures de l’Anneau du Niebelung. En gros, au début de l’Or du Rhin, les filles du Rhin qui étaient les gardiennes de l’Or du Rhin se le font voler par Alberich (le niebelung) qui pour cela doit renoncer à l’amour. (C’est amour contre richesse, quoi). Avec l’or, Alberich fait forger un anneau magique qui confère le pouvoir à celui qui le possède. Wotan, le dieu en chef le lui vole, et Alberich prononce alors une terrible malédiction sur l’anneau, quiconque le possédera mourra. Wotan doit le céder à deux géants, qui commencent par se tuer (ou plutôt l’un tue l’autre). C’est le début de la malédiction de l’anneau. Wotan veut récupérer l’anneau, mais pour cela seul un être libre peut le faire. C’est très nietzschéen tout ça. (Et attention spoiler, cet être c’est Siegfried). À la fin du Crépuscule des dieux, la walkyrie Brünnhilde fait un bûcher pour brûler le corps de Siegfried, lance l’anneau maudit dans le Rhin et se jette dans le bûcher pour mourir avec son héros. Les filles du Rhin provoquent alors la montée des eaux qui met fin au Walhalla, la demeure des dieux, et ouvre la voie au règne des hommes.

crépuscule finalCliquez sur l’image

Enfin, après cet apocalyptique final, offrons-nous un peu de calme avec Ondine, une pièce pour piano de Maurice RAVEL, extraite de Gaspard de la nuit.

Divers

Les histoires d’amour finissent mal… (3)

Après avoir laissé Aïda et Radamès emmurés vivants à la fin du billet consacré à Aïda, il me revient que je vous avais promis une troisième livraison de la série « Les histoires d’amour finissent mal… ». Après donc avoir examiné les plus belles morts d’héroïnes et les plus belles morts de héros, voici le troisième volet consacré à la mort, celui où l’héroïne et le héros meurent ensemble.

Rassurez-vous, pour alléger l’atmosphère, je vais me mettre très prochainement à un billet sur les plus beaux duos d’amour.

Dans l’acte fondateur de l’opéra, l’Orfeo (1607) de MONTEVERDI, ce n’est pas vraiment dans la mort qu’Orphée rejoint son Eurydice définitivement retournée au royaume des morts perdue, mais dans une apothéose puisque son père Apollon le fait monter au ciel pour lui offrir l’immortalité.

Ensuite viennent environ deux siècles, baroques, où l’on ne meurt pas beaucoup car cela ne se faisait pas de représenter la mort sur scène.

Il faut attendre le début du XIXe siècle et le romantisme pour que l’on se mette à mourir en scène. Ainsi à la fin de Norma (1831) de BELLINI, la grande prêtresse gauloise Norma, qui a perdu l’amour du père de ses enfants le romain Pollione, choisit de mourir sur le bûcher avec lui.

Dans le Vaisseau fantôme (1842) de WAGNER, le Hollandais volant, qui espérait avoir l’amour sincère d’une mortelle, Senta en l’occurrence, repart errer sans fin sur les flots, ce qui est une sorte de mort au-delà de la mort. Mais Senta se précipite à sa suite dans les flots, et rachète ainsi de sa propre mort la malédiction éternelle du Hollandais.

Au dernier acte de Tristan und Isolde de WAGNER, après la mort de Tristan, Isolde ne peut lui survivre et meurt d’amour pour son Tristan, c’est le fameux LiebesTod, la mort d’amour.

Dans Roméo et Juliette de Gounod, Roméo se suicide devant le corps inanimé de Juliette. Quand celle-ci sort de sa mort artificielle pour retrouver son Roméo, elle se donne la mort pour le retrouver.

roùeo et juliette finalCliquez sur l’image

Dans Aïda de VERDI, une variation sur le thème de Roméo et Juliette puisque Radamès est général égyptien et Aïda la fille du général éthiopien ennemi. Leur amour est donc un amour impossible. À la fin de l’œuvre, les deux amants sont emmurés vivants et meurent ensemble.

À la fin du Crépuscule des dieux (1874) de Wagner, Siegfried est lâchement assassiné par Gunther. La walkyrie Brünnhilde dresse alors un bûcher pour brûler son corps, puis l’ayant embrasé se jette dedans avec son cheval.

gotterdammerung finalCliquez sur l’image

Dans Otello (1886) de VERDI, Otello maladivement jaloux étrangle sa femme Desdémone, puis, apprenant qu’il a été trompé par le traitre Iago, se suicide sur le corps de sa femme.

otello final

Enfin, dans Tosca (1899) de PUCCINI, l’héroïne Floria Tosca se suicide sur le corps de son amant Caparadossi quand elle se rend compte que le simulacre d’exécution qui devait lui permettre de prendre la fuite avec lui était en fait un simulacre de simulacre d’exécution, et que Caparadossi a été réellement exécuté.

tosca finalCliquez sur l’image

Bande dessinée, Divers, Géographie, histoire, Shakespeare

L’ÉGYPTE ET L’OPÉRA

Après le billet consacré à Aïda de VERDI, je vais faire un zoume sur la représentation que l’Occident s’est faite de l’Égypte antique à l’opéra. J’en ai eu l’idée en écoutant une passionnante émission sur l’Égypte et l’opéra sur la chaîne Canal Académie.

En 1723, HAENDEL met en musique Jules César en Égypte, qui raconte la rencontre entre Jules César et Cléopâtre, et en 1737, alors qu’il avait abandonné la production d’opéras pour se consacrer à l’écriture d’oratorios, il écrit Israël en Égypte.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Cornélie et Sextus

Si le livret de SCHIKANEDER ne mentionne pas explicitement que l’action de La Flûte enchantée (1791) de MOZART se passe en Égypte, la question ne se pose pas pour de nombreux metteurs en scène, surtout à cause du fameux air de basse « O Isis und Osiris ».

Mozart La Flûte enchantée O Isis und OsirisCliquez sur Zarastro

En 1807, MÉHUL écrit La légende de Joseph en Égypte, opéra tiré d’un sujet biblique racontant la fuite en Égypte.

joseph laurence daleCliquez sur l’image

En 1818, ROSSINI écrit son Moïse en Égypte. Cet opéra sera adapté en français par Rossini en 1827 sous le titre Moïse et Pharaon, le passage de la mer Rouge.

Rossini Moïse en ÉgypteNe cliquez pas sur l’image

En 1869, VERDI reçoit d’Égypte une commande pour un opéra, à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez et de l’inauguration de l’opéra du Caire en 1869. Écrit sur un livret de l’égyptologue MARIETTE, Verdi compose une de ses œuvres les plus connues, l’opéra péplum Aïda, qui ne sera finalement créé qu’en 1871.

Verdi Aïda O terra addioCliquez sur la scène finale d’Aïda

MASSENET y est allé de son opéra égyptien, avec Thaïs (1894), dont on joue encore la célèbre méditation pour violon.

En 1914, les Ballets russes montent La Légende de Joseph, une œuvre commandée à Richard STRAUSS. Celui-ci reviendra en Égypte en 1925 – 1926 avec Hélène d’Égypte.

1914 est aussi l’année de composition de Mârouf, savetier du Caire, un opéra-comique de Henri RABAUD, d’après un conte des Mille et une nuits.

En 1920, le compositeur Florent SCHMITT écrit une musique de scène pour la pièce Antoine et Cléopâtre de SHAKESPEARE.

Arnold SCHOENBERG commence en 1932 un opéra, Moïse et Aaron, qui restera inachevé et ne sera créé qu’en 1954.

Le baryton et auteur de bande dessinée E.P.JACOBS s’est servi de l’imaginaire égyptien dans un de ses chefs d’œuvre : Le secret de la grande pyramide au début des années 50, soit à peine 30 ans après la découverte du tombeau de Toutankhamon.

Et le pape du minimalisme Philip GLASS écrit Akhnaten (Akhénaton) en 1983.

Glass Akhnaten The Window of AppearancesCliquez sur l’image

Divers, histoire

Mouvements sociaux et opéra

Alors qu’a eu lieu ce 19 janvier 2019 l’acte X du mouvement Les Gilets jaunes, on me demande si l’opéra a traité des mouvements sociaux.

Je vais essayer ici de répondre à cette excellente question (merci Frédéric).

Jusqu’au XVIIIe siècle, les sujets d’opéra étaient tirés essentiellement de la mythologie, et les questions sociales n’étaient donc pas (ou peu) traitées.

Une exception nous vient d’Angleterre, pays pourtant peu réputé pour son art lyrique, avec le Beggars’opera (L’opéra des gueux) (1728) qui constitue une violente satire politique et sociale.

À partir de la moitié du XVIIIe siècle, les choses changent avec l’apparition des philosophes et penseurs comme Voltaire ou Rousseau en France, ou Schiller en Allemagne.

Ainsi, Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro met en scène le petit peuple représenté par Figaro, valet du comte Almaviva. Dans Le Nozze di Figaro (1786), adaptation de Mozart, le comte qui a des vues sur Suzanne, elle-même femme de chambre de la comtesse, se fait remettre à sa place par Figaro qui lui rappelle qu’il a aboli le droit de cuissage.

mozart se vuol venireCliquez sur Figaro

Bien entendu, la Révolution française a suscité musique et opéras.

L’influence de Schiller dans le mouvement d’émancipation des peuples, il s’agit ici d’émancipation politique, pas encore sociale, apparaît dans des opéras tels que Guillaume Tell, de Rossini, ou les Brigands de Verdi. Beethoven dont on sait l’attachement farouche à la liberté a d’ailleurs mis en musique l’hymne à la joie pour le final de sa IXe symphonie.

Lors d’une représentation de La Muette de Portici d’Auber à Bruxelles en 1830, le grand air « Amour sacré de la Patrie » a donné le départ de la révolution belge ayant abouti à la création de ce pays.

Auber la Muette de Portici amour sacré

Verdi lui-même était très engagé dans le mouvement qui devait libérer l’Italie du joug autrichien. VERDI était d’ailleurs devenu l’acronyme de Victor Emmanuel, Roi DItalie.

Wagner, l’exact contemporain de Verdi, a fait le coup de poing en compagnie de Bakounine sur les barricades de Dresde en 1848. Cette participation aux émeutes lui vaudra de longues années d’exil. Nourri de la pensée de Schopenhauer, on trouve des éléments de son idéal révolutionnaire dans sa trilogie avec prologue L’Anneau du Niebelungen, qui voit disparaître la race des dieux au profit des hommes, un des nombreux thèmes abordés étant d’ailleurs la recherche d’un être qui soit totalement libre.

Victor Hugo a raconté les mouvements du peuple dans Les Misérables. L’adaptation de son roman en comédie musicale a été un des plus grands succès de ce genre.

hugo les MisérablesCliquez sur Cosette

Un des successeurs d’Hugo pour la description de la vraie vie des gens, Émile Zola,  a travaillé avec Bruneau pour des opéras naturalistes, adaptant notamment Le Rêve, d’après le cycle des Rougon-Macquart.

Plus tard au XXe siècle, Kurt Weill et son Opéra de quat’sous, sur un livret de Bertold Brecht, a continué à décrire la vraie vie des vraies gens.