Mes opéras préférés, opérette, Valse

LA CHAUVE-SOURIS (DIE FLEDERMAUS), de J.STRAUSS (1874)

En 1865, Johann STRAUSS (le fils) a 40 ans. Il est déjà roi de la valse à Vienne. Il rencontre OFFENBACH dont les opérettes triomphaient dans toute l’Europe, qui lui déclare « Vous devriez écrire des opérettes, Monsieur Strauss ». Mais Strauss hésite. Ce qu’il sait écrire, c’est de la danse, pas du théâtre mis en musique. Après moult atermoiements et hésitations, Strauss se lance dans l’opérette en 1871, deux ans après sa célèbre valse Le beau Danube bleu. Mais faute de livrets intéressants, ses premiers essais sont des échecs.

Il faudra attendre 1874, avec l’adaptation d’une pièce de MEILHAC et HALÉVY (mais oui, vous savez bien, les librettistes de Carmen [1875]), Le Réveillon, pour arriver à un vrai succès avec La Chauve Souris. Son ouverture est devenue un classique des concerts du Nouvel An.

Strauss J Fledermaus OuvertureCliquez sur l’orchestre

Acte I : Dans le salon des Eisenstein, de riches viennois, Adèle, la femme de chambre, a reçu de sa sœur Ida une invitation chez le prince Orlofsky. Mais comment se libérer et se procurer une robe de bal pour se rendre à la fête ? Elle prétexte la mort d’une de ses tantes pour tenter d’obtenir de Rosalinde, sa maîtresse, un jour de congé. Mais Rosalinde refuse, car ce soir son mari Gabriel doit partir en prison pour cinq jours, pour avoir donné une gifle à un gendarme. Alfred, un ténor un peu bête (sic) et amoureux de Rosalinde entre. Rosalinde le repousse. Il accepte de partir à une condition : que quand Gabriel sera en prison, il pourra revenir la voir. Elle accepte pour se débarrasser de lui et il sort. Entrent Gabriel et son avocat, qui est bègue. Gabriel lui reproche d’avoir embrouillé son affaire au tribunal, et aggravé sa condamnation par trois jours de prison supplémentaires. Arrive le docteur Falke, un vieil ami, qui lui suggère d’aller s’amuser à la fête du prince Orlofsky, avant de rejoindre la prison le lendemain matin. Falke lui parle de sa petite montre de femme, que Gabriel promet à toutes celles qu’il veut séduire, mais sans jamais la donner. À la fête d’Orlofsky, il présentera Gabriel comme étant le marquis Renard, un Français. Gabriel finit par accepter, à condition que Rosalinde n’en sache rien. Rosalinde revient, et est étonnée de constater que son mari veuille partir pour la prison en costume et haut-de-forme. Une fois Gabriel sorti avec Falke, Rosalinde donne son congé à Adèle pour recevoir Alfred.

Alfred entre, et Rosalinde se demande comment se débarrasser d’Alfred qui s’installe comme le maître de maison. Arrive Franck, le directeur de la prison, qui vient en personne chercher Gabriel. Rosalinde, prenant Alfred à son propre jeu, le fait alors passer pour son mari. Franck est pressé de le conduire en prison, car il est également invité à la soirée d’Orlofsky.

Strauss J Fledermaus Trinke liebchen trinke schnellCliquez sur Rosalinde et Alfred

Acte II : Chez le prince Orlofsky. Adèle retrouve sa sœur Ida, mais découvre que ce n’est pas elle qui l’a invitée. Ida présente sa sœur au prince, en la faisant passer pour Olga, une artiste. Le docteur Falke annonce au prince qu’il a préparé une petite comédie, qui s’appelle La Vengeance d’une chauve-souris. Le prince fait part de sa philosophie de la vie : si lui s’ennuie toujours, il ne supporte pas que ses invités s’ennuient. Il chassera ceux de ses invités qui s’ennuieraient, ou qui ne le suivraient pas dans ses beuveries.

Strauss J Fledermaus Orlofsky A BaltsaCliquez sur le prince Orlofsky

Falke présente Eisenstein, sous le nom de marquis Renard et Adèle, sous le nom d’Olga, mais ils se reconnaissent. Arrive le directeur de la prison, qui a pris le nom de chevalier Chagrin. Les deux pseudo-Français se parlent dans les bribes de français qu’ils connaissent (ce qui donne du : La quiche lorraine bien au camembert !) avant qu’on ne leur demande de parler en allemand. On attend encore pour le souper une dernière invitée, une comtesse hongroise qui veut garder le secret sur son identité. C’est bien évidemment Rosalinde qui arrive sous le masque de la comtesse. Rosalinde découvre à la fête son époux, qu’elle croyait en prison, et sa femme de chambre, vêtue d’une de ses robes. Eisenstein commence aussitôt à faire la cour à la comtesse inconnue (sa femme). Celle-ci, qui a reconnu son mari, réussit à lui subtiliser sa montre fétiche et compte s’en servir comme pièce à conviction. Tout le monde étant là, on va pouvoir passer à table. Eisenstein raconte une aventure de sa jeunesse, où il avait ridiculisé son ami Falke déguisé en chauve-souris. Au moment des toasts, Eisenstein trinque familièrement avec le directeur de la prison.

Strauss J Fledermaus ChampagneCliquez sur l’image

Plus tard, le champagne aidant, tout le monde tutoie tout le monde.

Strauss J Fledermaus Herr ChevalierCliquez sur la salle de bal

Vient LA valse. Eisenstein cherche à récupérer sa montre, et à démasquer la belle inconnue. Mais six heures (du matin) sonnent, il est temps pour Eisenstein et Franck de partir bras dessus bras dessous, sans se douter qu’ils prennent la même direction, celle de la prison.

Strauss J Fledermaus Genug damit genug (valse 2e acte)Cliquez sur la valse

Acte III : Malgré sa nuit passée en prison, Alfred a toujours envie de chanter. Le geôlier, qui ne partage pas sa passion, essaie de l’en empêcher. Franck, mal remis de sa nuit de libation, essaie d’entamer sa journée. Arrivent Adèle et Ida. Adèle avoue s’être fait passer pour quelqu’un d’autre et lui demande de l’aider dans sa vocation artistique.

Strauss J Fledermaus Spiel ich die UnschuldCliquez sur Adèle, Ida et Franck

On annonce le marquis Renard. Franck et Gabriel en se retrouvant ont du mal à comprendre qui est qui, d’autant que le directeur est persuadé d’avoir déjà un prisonnier du nom d’Eisenstein, qu’il est allé chercher lui-même la veille, et qu’il a trouvé chez lui en robe de chambre avec sa femme. Le geôlier annonce une autre visite, celle de Rosalinde. Albert se déguise en Blind, l’avocat bègue. Rosalinde et Gabriel doivent s’expliquer devant l’avocat s’ils veulent que celui-ci les tire d’affaire. Rosalinde accuse son mari d’être un monstre qui la trompe, alors qu’Eisenstein est lui persuadé que sa femme l’a trompé avec Alfred. Eisenstein s’énerve de plus en plus, mais se calme brusquement quand sa femme lui présente sa montre. Le directeur de la prison demande à tous de s’expliquer, et Gabriel se rend compte qu’en fait, il a été le jouet d’une conspiration où tout était joué, y compris le rôle d’Alfred. Le prince Orlofsky est content, il a enfin retrouvé le rire. Tout le monde célèbre le champagne. 🍾

Strauss J Fledermaus O Fledermaus (final)Cliquez sur le final

Et pour retrouver l’ensemble des opéras chroniqués sur ce blog, c’est ici.

Contes et légendes, littérature, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (3)

Après les livres I à IV des Métamorphoses d’Ovide, continuons notre lecture de cette anthologie des contes et légendes connus au début de notre ère.

Nombreux sont les humains qui ont voulu se comparer aux dieux, et qui en ont été punis.

Ainsi dans le livre VI, Ovide nous raconte les aventures d’Arachné, cette tisseuse si prodigieuse qu’elle prétendait être meilleure tisseuse que la déesse Athéna elle-même. À l’issue d’un concours organisé entre elles, Arachné remporta la palme. Furieuse Athéna se précipita sur elle et la chassa. Arachné réfugiée dans sa chambre se pendit. Quand elle la vit ainsi suspendue à la corde, Athéna eut enfin pitié et lui rendit la vie, mais en la transformant en araignée condamnée à tisser toute sa vie.

Rufus Wainwright ArachneCliquez sur Rufus Wainwright

Ovide nous présente ensuite Niobé, fille de Tantale (lui-même fils de Zeus) qui se vanta du nombre et de la beauté des enfants qu’elle avait engendrés, se moquant de Léto qui n’avait donné naissance qu’à Artémis et Apollon (ce qui n’est déjà pas si mal). Furieux, les dieux firent en sorte que les deux enfants de Léto tuent tous les enfants de Niobé.

Steffani Niobe JarrouskyCliquez sur l’image

En 1951, c’est BRITTEN qui mettra en musique le mythe de Niobé dans ses 6 Métamorphoses d’après Ovide.

Britten Métamorphoses NiobéCliquez sur le hautboïste

Après nous avoir parlé du mythe d’Icare, qui s’est brûlé les ailes pour s’être approché trop près du soleil, Ovide aborde ensuite le mythe de Philémon et Baucis. Philémon et Baucis forment un couple de vieillards vivant de peu. Zeus et Hermès, déguisés en hommes, frappent à toutes les portes en demandant l’asile. C’est finalement chez Philémon et Baucis qu’ils trouvent le meilleur accueil, les deux vieillards se privant pour bien honorer leurs hôtes. Zeus leur donne le privilège d’être transformés en arbres enlacés après leur mort, afin que rien ne les sépare.

Cette légende a connu bien des fortunes en musique, puisqu’elle a inspiré tant Haydn et Gluck que Gounod (Philémon et Baucis [1860]).

Gounod Philémon et Beaucis O riante natureCliquez sur l’image

Ovide nous narre ensuite le mythe d’Orphée que l’on trouve aux livres X et XI. Je ne reviendrai pas dessus ici, puisque ce mythe qui sert de déclencheur à l’opéra, avec l’Orfeo de Monteverdi a donné lieu à un des tout premiers billets de ce blog.

Et pour en savoir un peu plus sur Ovide et son œuvre, cliquez donc sur ce lien.

Divers, Mythologie

C’EST NOËL (2019) !

Après le billet consacré à Noël 2018, voici une nouvelle sélection d’airs inspirés par Noël.

En 1741, HAENDEL a écrit avec son oratorio Le Messie une de ses œuvres les plus connues. Écoutons en un air.

Haendel Messiah He was despisedCliquez sur le contre-ténor

Autre oratorio avec L’Enfance du Christ (1854) de BERLIOZ. Berlioz avait d’abord écrit (en 1850) une œuvre dans le style ancien qu’il prétendait avoir découverte et déchiffrée. Plus tard, il révélera la supercherie et la complétera pour donner cet oratorio.

Berlioz l'Enfance du ChristCliquez sur l’image

On l’a vu dans le billet consacré à Noël 2018, une des œuvres les plus importantes consacrées à cette fête est l’Oratorio de Noël (Weihnachtoratorium) de J.S.BACH. Un bon siècle plus tard, SAINT-SAËNS lui rendra hommage avec son Oratorio de Noël.

Saint-Saëns Oratorio de NoëlCliquez sur l’image

La Bohème (1896) de PUCCINI commence pendant la nuit de Noël. C’est histoire d’artistes dans la misère. Mimi, une voisine frappe à la porte pour chercher du feu pour rallumer sa pauvre bougie éteinte. Rodolfo l’écrivain lui ouvre et très vite, ils se déclarent leur amour. (Miracle de la nuit de Noël ?) Je ne voudrais pas espoiler le billet à venir sur La Bohème, mais sachez quand même que ça se terminera mal !

Puccini La Bohème Si, mi chiamano MimiCliquez sur l’image

En 1915, DEBUSSY écrit le tragique « Noël des enfants qui n’ont plus de maison ».

Debussy Noël des enfants...Cliquez sur la partition

En 1942, BRITTEN a écrit, sur le bateau qui le ramenait des USA vers l’Angleterre, une série de chants de Noël : A ceremony of Carols.

Britten a ceremony of CarolsCliquez sur l’image

Joyeux Noël à toutes zet à tous !

 

Cinéma, Mythologie, Nature, Valse

LES QUATRE SAISONS (5) – L’HIVER (2)

Après un premier billet sur la mise en musique de l’hiver, billet paru il y a un an (déjà), voici une suite des aventures musicales de l’hiver.

Évidemment, quand on dit Quatre saisons et musique, on pense aussitôt à VIVALDI.

Vivaldi l'hiver

Cliquez sur l’image

Mais avant Vivaldi, LULLY avait écrit en 1687 Isis, d’après les Métamorphoses d’Ovide. On y apprend que Junon, jalouse de Io courtisée par Jupiter, poursuit celle-ci jusqu’à l’embouchure du Nil. Jupiter demande alors à Junon de l’épargner, ce qu’elle accepte de faire en la transformant en déesse. Dès lors, Io s’appellera Isis et sera vénérée par les Égyptiens. Il y a dans Isis un très bel air tremblé « Hiver qui nous tourmente ».

Lully ISIS Hiver qui nous tourmente

Cliquez sur les Pages du roi

PURCELL s’en souviendra quelques années plus tard (en 1691) quand il écrira l’air du génie du froid du King Arthur, avec son fameux Cold Song.

purcell king arthur cold song Orlinski

Cliquez sur le génie du froid

Un peu à la lisière de l’opéra, il y a le fabuleux Voyage d’hiver (Winterreise) de SCHUBERT. Ce presqu’opéra est en fait un cycle de 24 lieders narrant l’errance d’un voyageur en hiver.

Schubert Winterreise Erstarrung

Cliquez sur la partition
En 1882, WALDTEUFEL écrit la Valse des patineurs (peut-être la seule partition de lui qui soit restée au répertoire).

Waldteufel Valse des patineurs

Cliquez sur Émile Waldteufel

En 1892, CATALANI écrit La Wally dont l’action se déroule au Tyrol. La fin de cet opéra se passe à Noël, dans une tempête de neige. Je vous propose d’écouter le fameux air « Ebben ? Ne andro lontana », dont DVORAK se souviendra probablement quand il écrira Rusalka en 1900. Les plus cinéphiles d’entre vous reconnaîtront cet air rendu fameux par Jean-Jacques BEINEIX dans son film Diva (1981).

Catalani La Wally ebben ne andro lontana

Cliquez sur l’image
En 1899, GLAZOUNOV écrit un ballet pour Marius PETIPA, Les Saisons. Écoutons l’hiver.

Glazounov les saisons l'hiver

Cliquez sur l’image

En 1938, PROKOFIEV écrit la musique du film Alexandre Nevski de Sergueï EINSENSTEIN. On y trouve la fameuse scène de la bataille sur le lac gelé.

Cliquez sur l’imageProkofiev Alexandre Nevski

P.S. : pour mes lecteurs de l’hémisphère Sud, vous pouvez considérez que ce billet s’applique à l’été. Retournez le voir le 21 juin, quand je publierai un billet sur l’été dans l’hémisphère Nord. (D’accord, les références à Noël ne seront plus d’actualité 😉🍾)

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« SES PURS ONGLES TRÈS HAUT DÉDIANT LEUR ONYX », de MALLARMÉ

Après Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images de ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Pour ce billet, rêvons ensemble avec le sonnet en « ix ».

 

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

L’angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,

Auber Gustave III minuitCliquez sur la pochette du disque

Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix

Que ne recueille pas de cinéraire amphore.

 

Sur les crédences, au salon vide, nul ptyx

Aboli bibelot d’inanité sonore,

(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx,

avec ce seul objet dont le néant s’honore.)

Lully Alceste il faut passer tôt ou tardCliquez sur l’image

 

Mais proche la croisée au nord vacante un or

Agonise selon peut-être le décor

Des licornes ruant du feu contre une nixe.

Wagner Crépuscule finalCliquez sur l’image

 

Elle défunte nue en le miroir encor

Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe

Des scintillations sitôt le septuor.

Beethoven Septuor op. 20Cliquez sur le septuor

 

Citations :

Ce minuit : Dans Gustave III, roi de Suède, d’AUBER, une scène se passe à minuit au pied d’un gibet où il faut cueillir une herbe magique capable d’arrêter les amours fatales.

Des pleurs au Styx : Extrait d’Alceste, de LULLY, « Il faut passer tôt ou tard, il faut passer dedans ma barque », Air de Carron (ou Charron) qui fait passer le fleuve Styx aux morts pour les conduire aux Enfers.

Du feu contre une nixe : À la fin du Crépuscule des dieux de WAGNER, Brünnhilde dresse un bûcher funéraire pour le corps de Siegfried, ce qui fait monter l’eau du Rhin et les filles du Rhin (des nixes donc) peuvent récupérer leur or.

Sitôt le septuor : J’ai choisi pour illustrer ce septuor mallarméen le Septuor opus 20 de BEETHOVEN.

 

Mes opéras préférés, Mythologie

ATYS, de LULLY (1676)

Alors que l’on fête ces jours-ci les 40 ans des Arts Florissants de William CHRISTIE, j’ai voulu m’associer à cet hommage avec Atys de LULLY.

Tragédie lyrique créée en 1676, Atys est le quatrième fruit de la collaboration de Lully et QUINAULT. Il a certainement été un des opéras favoris de Louis XIV, qui le fait donner à plusieurs reprises.

Quel choc j’ai rencontré quand j’ai eu l’occasion de le découvrir à l’Opéra comique à la fin des années 80, dans la merveilleuse production des Arts Florissants de William Christie (à l’époque pas encore très connus), de Jean-Marie VILLÉGIER à la mise en scène et de Francine LANCELOT pour la reconstitution des ballets tels qu’on les montait sous le règne de Loulou XIV.

Atys commence par un prologue à la gloire du Roi Soleil, comme il était de coutume à l’époque. Il n’y a pas beaucoup de grands airs, mais surtout des récitatifs et des ensembles, duos, trios, chœurs, le tout soutenu par une orchestration très subtile. Ah les flûtes de l’air du sommeil du second acte !

Prologue : à la gloire du roi Louis XIV, que l’on compare à un dieu.

Lully Atys préludeCliquez sur William Christie

Acte I : Atys invite les Phrygiens à préparer l’arrivée de la déesse Cybèle. Sangaride apparaît, joyeuse, car aujourd’hui on fête son mariage avec le roi de Phrygie, Célénus. Cybèle, reine des dieux, va venir en personne donner du lustre à cette cérémonie. Restée seule avec sa confidente, la joie de Sangaride disparaît : en réalité, c’est « l’indifférent Atys » qu’elle aime. Atys surprend sa détresse, et lui avoue un amour dont on le croyait incapable. Sangaride lui répond qu’elle l’aime en retour. La cour s’avance, Cybèle va désigner son grand prêtre et sacrificateur.

Acte II : Le roi Célénus et Atys se disputent la gloire d’être choisi par Cybèle comme Grand Sacrificateur. Mais derrière leurs propos, c’est bien à Sangaride qu’ils pensent tous les deux. Cybèle vient faire son choix en faveur d’Atys, qu’elle aime en secret. Atys reçoit les honneurs de sa nouvelle charge.

Lully Atys danse des ZéphirsCliquez sur les Zéphirs

Acte III : Face à Idas et sa sœur, envoyés par Sangaride, Atys renonce peu à peu à son amitié d’avec Célénus et se résigne à trahir le roi. À peine sa décision prise, un sommeil profond l’envahit. C’est un artifice que Cybèle a choisi pour lui dévoiler son amour. Les allégories du sommeil chantent les joies de l’amour, mais les songes funestes viennent prévenir l’indifférent des dangers qu’il y a à trahir les dieux (Chœur : « L’amour qu’on outrage ».)

Lully Atys songes funestesCliquez sur les songes funestes

Atys se réveille en sursaut, devant Cybèle qui le rassure. Sangaride arrive et implore Cybèle, elle n’aime pas Célénus et ne veut pas l’épouser. Atys, troublé, intervient auprès de Cybèle, qui finit par deviner la passion qui les anime tous deux. Cybèle donne libre cours à son chagrin (Air : « Espoir si cher ».)

Acte IV : Sangaride voit en Cybèle une rivale heureuse et se lamente sur l’ingratitude d’Atys (Air : « Revenez ma raison ».) Pour se venger d’Atys, elle confirme son amour à Célénus qui veut presser le mariage. Resté seul avec Sangaride, Atys s’explique, et les deux amants se jurent fidélité (Duo : « Aimons en secret »). Le père de Sangaride arrive pour le mariage (Air & chœur : « Que l’on chante ») mais Atys se sert des pouvoirs de sa charge de Grand Sacrificateur pour interrompre la cérémonie nuptiale, déclarant que Cybèle ne veut pas de ce mariage.

Acte V : Célénus vient se plaindre à Cybèle. Comprenant qu’ils ont été trahis tous les deux par Atys, ils décident de se venger. Atys, rendu fou par un charme de Cybèle, croit voir en Sangaride un monstre affreux, et lui plonge son poignard dans le cœur.

Lully Atys Toi qui portes partout et la rage et l'horreurCliquez sur l’image

Libéré de son charme par Cybèle, il découvre que c’est Sangaride qu’il vient de tuer. (Chœur : « Atys lui-même fait périr ce qu’il aime ».) Il se frappe avec son poignard mais Cybèle le métamorphose en pin pour pouvoir l’aimer toujours. La déesse pleure alors celui qu’elle a vaincu, mais qui lui échappe à jamais (Air & chœur : « Que le malheur d’Atys afflige tout le monde »).

Lully Atys que le malheur d'Atys afflige tout le mondeCliquez sur l’image

Retrouvez tous mes « opéras préférés » en cliquant sur le lien.

Compositeurs, Religion

GOUNOD MYSTIQUE

Je n’ai pas insisté dans mon billet consacré à Charles GOUNOD sur le côté mystique de celui-ci. À la demande générale de l’un d’entre vous, voici donc un complément à ce billet.

Arrivé en 1839 à Rome avec son Grand Prix, il découvre les musiques de la chapelle Sixtine, notamment celle de PALESTRINA.

Palestrina O Magnum MysteriumCliquez sur le vitrail

Mais surtout, il fait la connaissance du Père LACORDAIRE, un brillant prédicateur, et sous son influence, il songe à devenir ecclésiastique. Dans cet état d’esprit, il écrit de la musique d’inspiration religieuse, notamment une Messe solennelle. En 1842, il quitte Rome pour Vienne, où il fait jouer son Requiem.

Il rentre à Paris en 1843 et pendant cinq ans, il n’écrit que de la musique religieuse. En 1848, il s’habille en ecclésiastique et se fait appeler l’abbé Gounod. Il assiste aux conférences de Lacordaire et suit des cours de théologie à Saint-Sulpice.

Gounod Ave Maria NormanCliquez sur l’image

Après son célébrissime Ave Maria de 1853, il compose en 1855 sa Messe de Sainte-Cécile.

Gounod messe de Sainte-CécileCliquez sur le disque

En 1878, épuisé par la composition de ses opéras, il retourne à Rome où il commence un opéra chrétien, Polyeucte.

Sur la fin de sa vie, il n’écrit plus que des œuvres d’inspiration religieuse telles Rédemption et Mors et Vita.

Il meurt en 1893, année où il écrit encore un Requiem (en Ut majeur) à la mémoire de son petit-fils.

Gounod requiem en Ut majeurCliquez sur l’image

Contes et légendes, littérature, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (2)

On l’a vu dans le premier billet consacré aux Métamorphoses d’OVIDE, il s’agit d’un long poème écrit au premier siècle de notre ère et reprenant les contes et légendes de cette époque, et les métamorphoses que les dieux ont pu infliger, en bien ou en mal, à des humains ou des nymphes qu’ils voulaient récompenser ou punir après leur mort.

Le livre III commence par le destin de Cadmos parti chercher sa sœur Europe, enlevée par Zeus. Après différentes péripéties, il fonde la ville de Thèbes et reçoit de Zeus son épouse, Harmonie, fille d’Arès et d’Athéna. La version latine de cette légende a servi au livret du premier opéra de LULLY, Cadmus et Hermione. (1673). (Eh oui, Hermione = Harmonie, et donc dans une version grecque de Harry POTTER, Hermione GRANGER se serait appelée Harmonie Granger.)

Lully Cadmus et Hermione finalCliquez sur l’image

On retrouve ensuite Cadmos, et sa fille Sémélé, dont Jupiter tombe amoureux. Pour venger cet outrage Junon, qui a pris l’apparence de sa nourrice Béroé, conseille à Sémélé de vérfier la déïté de son amant en lui conseillant de demander à Jupiter de se présenter devant elle sous son apparence divine. Bien évidemment, quand ceci arrive, Sémélé est brûlée vive par la vue du porteur de la foudre divine. Cette légende a été abondamment mise en musique, notamment par Haendel dans son « operatorio » Sémélé.

Cliquez sur Sémélé

Le livre se poursuit avec la légende de Diane et Actéon. Le chasseur Actéon, petit-fils de Cadmus, surprend un jour Diane prenant son bain, nue. Pour le punir, Diane le métamorphose en cerf et le pauvre Actéon finit dévoré par sa propre meute ! Marc-Antoine Charpentier a écrit un opéra (une pastorale) sur le thème d’Actéon.

Charpentier Actéon air de DianeCliquez sur Diane s’apprêtant à prendre son bain loin du bruit et du monde

On retrouve ensuite Tirésias, celui des Mamelles de Tirésias de Guillaume APOLLINAIRE. Il a connu une aventure proche de celle d’Actéon. Alors qu’il avait surpris l’accouplement de deux serpents dans une forêt, ce qui lui valut d’être transformé en femme, ce qu’il resta pendant sept ans.

Suivent les amours d’Écho pour Narcisse, qui seront mises en musique, elles, par GLUCK. Narcisse était un éphèbe d’une beauté exceptionnelle, dont la nymphe Écho était amoureuse. Dédaignée par Narcisse, elle en appelle au ciel qui la venge. Un jour, alors qu’il buvait dans une source, il tombe amoureux de son reflet (il a enfin trouvé quelqu’un digne de sa beauté), mais ne réussit pas à s’en faire aimer. Dès lors, il dépérit en contemplant son image, sous les yeux d’Écho qui répète la fin de ses phrases. Après sa mort, on retrouva à sa place les fleurs blanches qui porteront désormais son nom de Narcisse.

Gluck Écho et Narcisse finalCliquez sur l’image

Dans le livre IV, outre les innombrables coucheries et jalousies entre dieux et déesses, on trouve la légende de Pyrame et Thisbé, un archétype du mythe moderne de Roméo et Juliette. Deux jeunes gens s’aiment malgré l’opposition de leurs parents. Une nuit où ils se sont donné rendez-vous sous un mûrier, Thisbé arrivée la première doit s’enfuir à la vue d’une lionne à la gueule ensanglantée. Elle laisse tomber son voile que la lionne alors salit. Pyrame arrivant, et trouvant le voile de Thisbé ensanglantée se suicide de désespoir. Quand Thisbé revient et voit le corps de son amant sans vie, elle se suicide à son tour.

Il existe de nombreuses adaptations lyriques de ce drame. Je vous propose ici celle de HASSE, Piramo e Tisbe (1768).

Hasse Piramo e TisbeCliquez sur Pyrame et Thisbé

Le livre IV nous présente aussi, outre les célèbres mythes de Tantale et de Sisyphe, les aventures de Persée.

Persée était chargé de tuer la Méduse. Son exploit accompli, grâce notamment à un casque d’invisibilité (eh oui, si Harry Potter s’était passé dans la Grèce antique, il n’aurait pas eu une cape d’invisibilité, mais un casque d’invisibilité) et sur le chemin du retour, il délivre la princesse Andromède, qui devait être livrée à un monstre marin, et l’épouse.

On retrouve à nouveau Lully qui a écrit son opéra Persée en 1682.

Lully Persée finalCliquez sur Persée et Andromède

On trouve aussi Persée dans le Benvenuto Cellini de BERLIOZ, puisque cet opéra se passe pendant que le génial sculpteur/orfèvre travaille à cette statue, une commande du pape.

Persée Cellini berlioz

Berlioz Benvenuto Cellini ouverture du Carnaval romainCliquez sur l’image

Et pour finir sur une note plus légère, voici une version alternative de la légende de Narcisse et Écho par les Frères Jacques.

Les Frères Jacques Écho et NarcisseCliquez sur les Frères Jacques

Ne manquez pas prochainement sur ce blog la suite des aventures des Métamorphoses d’Ovide.

Contes et légendes, littérature, Mallarmé, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (1)

Les Métamorphoses est le titre d’un long poème, découpé en quinze livres, écrit au premier siècle de notre ère par le poète latin OVIDE. Il s’agit d’un recueil des contes et légendes de cette époque, reprenant les métamorphoses que les dieux ont pu infliger, en bien ou en mal, à des humains ou des nymphes qu’ils voulaient récompenser ou punir après leur mort.

Aux temps premiers de l’Opéra, les sujets étaient majoritairement pris dans ces légendes, et il est tout à fait normal de retrouver dans les livrets des sujets issus des Métamorphoses.

Le livre I est consacré à l’origine du monde est aux premiers âges de l’humanité. On y trouve une évocation du déluge où Jupiter, voulant punir la race humaine, décide de noyer la terre sous les flots. (Je vous rassure, il trouvera deux humains qui, par leur piété envers les dieux, seront jugés dignes d’être sauvés.)

falvetti il diluvio universaleCliquez sur l’extraordinaire « Diluvio Universale » de FALVETTI

Plus loin, Ovide nous raconte l’histoire d’Apollon et de Daphné. Apollon s’est moqué de Cupidon qui, pour le punir, lui envoie une flèche qui le fait tomber amoureux de la nymphe Daphné. Daphné résiste à ses avances avant qu’elle ne soit transformée en laurier par son père.

De nombreux opéras nous content cette légende, dont le proto-opéra Daphné (1598) de Jacopo PERI, celui malheureusement perdu de Heinrich SCHÜTZ (1627) et plus près de nous celui de Richard STRAUSS en 1938.

Strauss Daphné scène finaleCliquez vite sur Daphné avant qu’elle ne soit transformée en laurier

Vers la fin du livre I, Ovide nous raconte la légende de Pan et la naïade Syrinx qui, pour se sauver des avances de Pan, se transforme en roseau. Dès lors Pan, coupant une brassée de roseaux, inventa la Flûte de Pan.

Syrinx (1913) est le titre d’une œuvre pour flûte seule de DEBUSSY, qui avait déjà mis en musique le Prélude à l’après-midi d’un faune de MALLARMÉ. (« Ces nymphes, je les veux perpétuer… »)

Debussy SyrinxCliquez sur le flûtiste

La fin du livre I et le début du livre II nous racontent les malheurs de Phaéton, fils du soleil, qui obtient de son père de conduire le char solaire. Phaéton en perd le contrôle et son père Phoebus est obligé de l’abattre en plein vol pour sauver la Terre. Phaéton (1683) est le titre d’un opéra de LULLY.

Lully Phaéton ouvertureCliquez sur Phaéton conduisant le char de son père

C’est aussi le titre d’un poème symphonique écrit presque deux siècles plus tard, en 1873 par SAINT-SAËNS.

Saint-Saëns PhaétonCliquez sur l’image

Le livre II se poursuit avec le mythe de la nymphe Callisto, une suivante de Diane. Jupiter en tombe amoureux en la voyant et la viole. Callisto est alors chassée par Diane quand celle-ci s’aperçoit qu’elle n’est plus vierge. La malheureuse nymphe finira par être transformée en ourse par Junon, la jalouse femme de Jupiter.

La Calisto est un opéra de CAVALLI créé à Venise en 1651.

Cavalli CalistoCliquez sur Callisto

Je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui, mais ne manquez pas prochainement sur ce blog la suite des métamorphoses musicales des Métamorphoses d’Ovide.

Divers, Grands chœurs

LES GRANDS CHŒURS DE WAGNER

Dans les opéras de WAGNER, le chœur a souvent une grande importance. En effet, Wagner qui rêvait de retrouver l’art total du drame antique, qui mêlait théâtre, musique et danse, donne sa place au chœur, non pas pour souligner ou commenter l’action mais comme partie prenante des drames qu’il met en musique.

Dès son troisième opéra, Rienzi (1841), il nous montre qu’il maîtrise déjà l’emploi du chœur.

Wagner Rienzi choeurCliquez sur l’image

Le premier de ses opéras « de la maturité », Le Vaisseau fantôme (1842), ne manque pas de chœurs. On y trouve notamment les deux « tubes » que sont « le chœur des marins » et « le chœur des fileuses ».

Wagner Vaisseau fantôme choeur des matelotsCliquez sur le chœur des matelots

Autre tube, le « chœur des pèlerins », extrait de Tannhäuser (1845).

Wagner Tannhaüser choeur des pélerinsCliquez sur l’image

La marche nuptiale de Lohengrin (1850) est restée célèbre, même pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de Wagner.

Wagner Lohengrin Marche nuptialeCliquez sur l’image

J’aime bien aussi le chœur des hommes de Hagen dans Le Crépuscule des dieux (1874).

Wagner crépuscule choeur des vassauxCliquez sur l’image

Enfin, terminons par un peu de douceur avec les filles-fleurs de Parsifal (1882).

Wagner Parsifal filles-fleursCliquez sur les filles-fleurs