Divers

LES ADIEUX, l’ABSENCE, LE RETOUR – (2) L’ABSENCE

Les Adieux, l’Absence, le Retour est le titre donné à la 26e sonate de BEETHOVEN. Après la première partie, les Adieux, intéressons-nous à la deuxième partie de ce programme, l’Absence.

Beethoven les Adieux (le retour) PolliniCliquez sur le pianiste

Au cinquième acte d’Armide (1686) de LULLY, Armide convoque les Plaisirs pour qu’ils tiennent compagnie à son amant Renaud pendant son absence.

Lully Armide Acte 5 scène 2Cliquez sur l’image

Dans Cosi fan Tutte Duo (1789) de MOZART, les deux sœurs Dorabella et Fiordiligi se lamentent de l’absence de leurs fiancés, partis à la guerre (Duo : « Ah che tutta in un momento »).

Mozart Cosi fan tutte Ah, che tutta in un momentoCliquez sur l’image

Une des plus belles mélodies des Nuits d’été (1841) de BERLIOZ est « Absence ».

Berlioz Nuits d'été 4 absenceCliquez sur l’image

Au début du Viol de Lucrèce (1946) de BRITTEN, les officiers romains en campagne s’inquiètent de savoir si leurs femmes sont fidèles pendant leur absence (Acte I).

Britten The rape of Lucretia Who reaches heaven firstCliquez sur l’image

(Et ils auraient peut-être mieux fait de ne pas chercher à le savoir…)

Retrouvez le troisième volet de cette trilogie dans le Retour.

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« BRISE MARINE », de MALLARMÉ

Après Le Vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, j’ai donc choisi d’illustrer Brise marine.

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.

Berlioz damnation sans regretsCliquez sur Faust

Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,

Puccini Butterfly Un bel di vedremoCliquez sur madame Butterfly

Lève l’ancre pour une exotique nature !

Duparc Baudelaire Invitation au voyageCliquez sur l’image

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages

Britten Peter Grimes scène finaleCliquez sur le chœur 

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !

Wagner Vaisseau fantôme choeur des marinsCliquez sur Wagner

Citations :

Et j’ai lu tous les livres : BERLIOZ, la Damnation de Faust, « Sans regrets, j’ai quitté… ». Arrivé au soir de son existence, Faust qui a consacré sa vie à étudier dans les livres se rend compte qu’il est passé à côté des choses de la vie.

Steamer balançant ta mature : PUCCINI, Madame Butterfly, « un bel di vedremo ». Madame Butterfly (Cio-cio-san), abandonnée par son mari, passe son temps sur la côte, à attendre qu’un vapeur le lui ramène.

Une exotique nature : DUPARC L’Invitation au voyage de BAUDELAIRE.

Les naufrages : À la fin de Peter Grimes, de BRITTEN, les villageois rassemblés font état du naufrage qui a eu lieu pendant la nuit, où le marin Peter Grimes a péri.

Chant des matelots : Wagner, le Vaisseau fantôme, « Chœur des matelots ».

Divers

LES ADIEUX, L’ABSENCE, LE RETOUR – (1) LES ADIEUX

Les Adieux, l’Absence, le Retour est le titre donné à la 26e sonate de Beethoven, celle de l’opus 81.

Beethoven les Adieux mvt 1Cliquez sur le pianiste

Intéressons-nous aujourd’hui à la première partie de ce programme, les adieux, tels qu’on peut les entendre dans quelques scènes d’opéra.

En 1642, à la fin du Couronnement de Poppée de Monteverdi, Octavie fait ses adieux à Rome dans l’air « Ah, addio Roma ».

Monteverdi Couronnement de Poppée Addio RomaCliquez sur Octavie

En 1724, Haendel dans Jules César fait chanter les adieux de Cornelia, la femme de Pompée, et de son fils Sextus dans son sublime duo « Son nata a lagrimar ».

haendel jarroussky lemieuxCliquez sur Cornelia et Sextus

En 1772, Haydn qui était au service du prince Esterhazy écrivit sa 45e symphonie, dite des adieux. En effet, le séjour estival du prince se prolongeant, les musiciens trouvaient le temps long loin de leurs familles. Dans le dernier mouvement de sa symphonie, Haydn fait alors partir chaque instrumentiste l’un après l’autre, l’œuvre se terminant à deux violons.

Haydn Symphonie les AdieuxCliquez sur les musiciens

À la fin de La Traviata (1853) de Verdi, Violetta dit adieu à la vie dans le fameux Adio del passato.

Verdi Traviata adio del passato Diana DamrauCliquez sur Violetta

Deux ans plus tard, Wagner fait chanter à Wotan, à la fin de la Walkyrie, ses adieux à sa fille Brünnhilde.

wagner walkyrie Leb wohlCliquez sur Wotan et sa fille

Dans Manon (1884) de Massenet, Manon dit adieu à son passé avec l’air « Adieu notre petite table ».

Massenet Manon Adieu notre petite table PetibonCliquez sur l’image

En 1924, dans l’Enfant et les Sortilèges de Ravel, les pastourelles et pastoureaux de la tapisserie déchirée par le méchant enfant se lamentent : « Adieu pastourelles, pastoureaux adieu. »

Ravel Enfant et Sortilège Adieu pastourellesCliquez sur les pastourelles et les pastoureaux

Je vous laisse maintenant dans l’attente du deuxième billet de ce triptyque.

Histoire de l'opéra, littérature

LE VÉRISME

Mouvement limité à une vingtaine d’années et à l’Italie, le vérisme a pourtant produit quelques chefs-d’œuvre de l’opéra.

Le vérisme est né en Italie à la fin du XIXe siècle, par opposition au romantisme et post-romantisme mettant en scène des héros trop éloignés de la vie quotidienne des spectateurs. C’est en musique un prolongement du mouvement naturaliste fondé par Zola en France, qui vise à nous parler de la vraie vie des vraies gens.

Le premier succès dû au vérisme est Cavalleria Rusticana (1890) de MASCAGNI (1863 – 1945).

Mascagni Cavalleria CarusoCliquez sur l’image

Viendront ensuite Pagliacci (Paillasse) (1892) de LEONCAVALLO (1857 – 1919),

Leoncavallo Paillasse PavarottiCliquez sur Paillasse

puis Andrea Chenier (1896) de GIORDANO (1867 – 1948)

Giordano Andréa Chénier (WrSO)Cliquez sur Maddalena

et Adrienne Lecouvreur (1902) de CILEA (1856 – 1950).

Cilea Adriana LecouvreurCliquez sur Adrienne Lecouvreur

De par son sujet, la Bohème de PUCCINI (1858 – 1924) ressort également du vérisme, mais on classe toute son œuvre dans le vérisme.

En France, parmi les représentants du vérisme (ou naturalisme), citons BRUNEAU (1857 – 1934) qui a travaillé avec Zola (Le Rêve – 1891) et CHARPENTIER (1860 – 1956) et son « roman musical » Louise (1900).

Historique, Maria Callas, Mes opéras préférés

TOSCA, DE PUCCINI (1899 – 1900)

Œuvre phare du vérisme écrite en 1899 et créée à Rome en 1900, Tosca, chef-d’œuvre de PUCCINI, est tirée d’une pièce de théâtre du Français Victorien SARDOU, et se passe à Rome en 1800, pendant la République romaine mise en place par Napoléon, la veille et le jour de la bataille de Marengo. Après un accueil très froid de la critique, Scarpia étant l’un des rares vrais « méchants » représentés à l’opéra, l’œuvre rencontre très vite un grand succès populaire.

Acte I : Dans une église à Rome où le peintre Mario Cavaradossi achève un tableau arrive Angelotti, ancien consul de la République romaine installée par Napoléon, qui s’est échappé du château Saint-Ange, où il était prisonnier politique. Il se cache dans une chapelle quand le sacristain arrive, bientôt suivi par Cavaradossi. Ils discutent du tableau que le peintre est en train de faire, où il a donné à Marie-Madeleine les traits d’une inconnue qui vient prier tous les jours (Air : « Recondita armonia »).

Puccini Tosca Recondita armoniaCliquez sur Cavaradossi

Angelottti sort de sa cachette quand le sacristain s’en va. Cavaradossi lui donne le panier de son repas. Mais Angelotti retourne se cacher quand arrive Floria Tosca, une cantatrice qui est la maîtresse du peintre. Ils se donnent rendez-vous pour le soir après le concert (Air : « Non sospira la nostra casetta »), mais découvrant le tableau de Mario représentant la belle Romaine qui lui a servi de modèle, Tosca laisse éclater sa jalousie. Mario réussit à la calmer (Air : « Quale occhio al mondo »).

Au départ de Tosca, Cavaradossi rejoint Angelotti, qui lui apprend que sa sœur a caché des vêtements de femme dans la chapelle pour sa fuite. Le peintre propose de le cacher chez lui, en attendant qu’il puisse sortir de la ville. Un coup de canon de la forteresse retentit, signalant l’évasion d’un prisonnier. Les deux hommes fuient. Le sacristain arrive avec la maîtrise de l’église. Ils nous apprennent que Napoléon a été battu, et qu’il va y avoir une fête le soir. Scarpia, le chef de la police, arrive à son tour. Il découvre la porte de la chapelle ouverte et l’éventail de la sœur d’Angelotti qui traîne. Découvrant le portrait de celle-ci sur le mur, il demande au sacristain qui en est le peintre. Le sacristain lui dit que c’est Cavaradossi, et que le panier de son repas est vide. Scarpia en conclut que Cavaradossi va aider Angelotti à s’enfuir. Tosca revient pour dire à son amant qu’elle ne pourra pas se rendre à leur rendez-vous du soir. Scarpia excite sa jalousie avec le portrait et l’éventail. Furieuse, elle se précipite chez le peintre pour le surprendre avec sa maîtresse. Scarpia la fait suivre pour découvrir où se cache Angelotti et se réjouit d’avoir instillé le venin de la jalousie dans le cœur de la belle Romaine, tout en commençant à la séduire. Pendant ce temps, le peuple entonne un Te Deum pour célébrer la victoire.

Puccini Tosca Te DeumCliquez sur Scarpia

Acte II : Au palais Farnese, chez Scarpia. Celui-ci écrit un billet à Tosca, l’invitant à se rendre chez lui. Spoletta, le chef des gardes arrive et lui annonce qu’il a suivi Tosca, mais qu’Angelotti reste introuvable. En revanche, on a arrêté Cavaradossi.

Scarpia interroge Cavaradossi pour savoir où est le fugitif, mais le peintre ne répond pas. Son concert fini, Tosca arrive. Mario lui demande de garder le silence. Scarpia envoie le peintre et son bourreau dans une pièce voisine, pour que Tosca entende les cris de son amant sous la torture. Il veut faire parler Tosca, qui commence par se taire, mais ne pouvant supporter les cris de Cavaradossi qui se font de plus en plus forts, elle révèle la cachette d’Angelotti. Scarpia apprend alors à Cavaradossi la trahison de Tosca. Le peintre la maudit. Un agent vient annoncer la victoire de Bonaparte à Marengo. Cavaradossi laisse éclater sa joie, et Scarpia le condamne à mort. Devant les pleurs de Tosca qui réclame la libération de son amant, Scarpia accepte de le libérer si elle lui accorde une nuit avec lui. Elle se rappelle sa vie vouée à l’art (Air : « Vissi d’arte ») avant de céder au chantage de Scarpia.

Puccini Tosca Vissi d'Arte (Callas)Cliquez sur Floria Callas

Spoletta arrive et annonce qu’Angelotti s’est donné la mort. Pour ne pas se déjuger devant lui, Scarpia dit qu’il va organiser un simulacre d’exécution, avec des balles à blanc. Avant de se livrer au chef de la police, Tosca exige un sauf-conduit pour le peintre. Dès que celui-ci est signé, Tosca frappe le chef de la police avec un couteau et le tue.

Acte III : Le lendemain à l’aube, au château Saint-Ange. On entend les cloches de Rome sonner les matines, dans un extraordinaire prélude orchestral.

Puccini Tosca prélude acte IIICliquez sur l’image

Cavaradossi, sur le point d’être exécuté, se souvient des bons moments passés avec Tosca et demande à lui écrire un dernier mot (Air : « E lucevan le stelle »).

Puccini tosca E lucevan le stelleCliquez sur Cavaradossi

Tosca arrive avec le laissez-passer et lui raconte les événements de la veille. Cavaradossi bénit ces mains qui ont tué Scarpia (Air : « O dolci mani »). Tosca lui explique qu’il doit faire semblant de tomber au sol quand le peloton d’exécution tirera sur lui.

Le peloton arrive, l’exécution a lieu, Mario s’effondre. Mais quand Tosca s’approche de son amant, elle découvre avec horreur que Scarpia lui a menti et que Mario est mort. Entre temps, on a découvert le meurtre de Scarpia. Quand les gardes arrivent pour arrêter Tosca, elle se suicide en se jetant du haut des remparts.

Fables de la Fontaine, littérature, Oulipo

« LE LION ET LE RAT », de La Fontaine

Après El Desdichado, et Le Vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans les fables de La Fontaine. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d’un plus petit que soi.
De cette vérité deux Fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d’un Lion

Grétry Richard Coeur de lion si l'universCliquez sur l’image

Un Rat sortit de terre assez à l’étourdie.

Berlioz Damnation de faust BranderCliquez sur Brander

Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu’il était, et lui donna la vie.

Saint-Saens Carnaval des animaux le lionCliquez sur l’image

Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu’un aurait-il jamais cru
Qu’un Lion d’un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu’au sortir des forêts

Wagner Siegfried murmures de la forêt 2Cliquez sur la forêt

Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu’une maille rongée emporta tout l’ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

Citations musicales : Pour illustrer cette fable, j’ai choisi :

Le Lion : GRÉTRY, Richard Cœur de lion.

Le Rat : BERLIOZ, la Damnation de Faust, chanson de Brander.

Le roi des animaux : SAINT-SAËNS, le Carnaval des animaux, le lion.

Les forêts : WAGNER, Siegfried, les murmures de la forêt.

Divers, histoire

LES OUVERTURES DE WAGNER

​Dans le découpage d’un opéra figure l’ouverture. Historiquement, les ouvertures étaient des morceaux de musique que l’on mettait avant que l’action ne commence. Elles permettaient aux retardataires de s’installer sans trop perturber le spectacle.

C’est à peu près avec MOZART que l’ouverture devient un morceau à part entière de l’opéra, avec l’introduction des thèmes principaux.

Ainsi, les ouvertures de WAGNER sont particulièrement développées, et ceci dès le Vaisseau fantôme (1842). Elles exposent les leitmotivs, c’est-à-dire des cellules musicales qui servent de base à la narration musicale, en parallèle à la narration dramatique du livret.

Commençons par l’ouverture de Tannhäuser (1845).

Wagner Tannhaüser ouverure SoltiCliquez sur l’image

Viendront ensuite le prélude de Lohengrin (1850),

Wagner Lohengrin préludeCliquez sur l’image

le prélude de Tristan und Isolde (1858 – 1859)

Wagner Tristan prélude mehtaCliquez sur l’image

et l’ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg (1861 – 1867).

Wagner Die Meistersinger von Nürnberg OuvertureCliquez sur l’orchestre

Terminons ce billet avec le prélude de Parsifal (1882), ce « drame sacré » qui est le dernier opéra de Wagner.

Wagner Parsifal préludeCliquez sur l’image

P.S. Je me suis limité ici aux cinq opéras qui seront donnés cette année au festival de Bayreuth, mais je reviendrai ultérieurement sur les ouvertures « de jeunesse » de Wagner.

Cinéma, Compositeurs, littérature

Richard STRAUSS (1864 – 1949)

Richard STRAUSS (aucun lien de parenté avec les Johann STRAUSS) est l’un des compositeurs majeurs dans le domaine de l’opéra au XXe siècle.

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Né le 11 juin 1864 à Munich d’un père corniste à l’opéra de Bavière et d’une mère pianiste, il est élevé dans le culte des grands anciens (MOZART, HAYDN, BEETHOVEN). Il publie son opus I, une Marche de fête, à l’âge de 12 ans.

Vers 1880, c’est la rencontre décisive avec le très wagnérien Hans von BÜLOW. Malgré l’interdiction de son père de fréquenter les « modernes » (WAGNER, LISZT), il assiste en 1882 à la création de Parsifal à Bayreuth.

En 1885, il est nommé chef d’orchestre suppléant à Meiningen, avant d’être nommé troisième chef à Munich, et répétiteur à Bayreuth. Il esquisse sa première œuvre lyrique, Guntram, et compose des poèmes symphoniques (Dom Juan en 1888, Mort et Transfiguration en 1889).

En 1889, il quitte Munich pour Weimar, où il est nommé Maître de Chapelle. Atteint d’une pneumonie en 1891, il part en convalescence dans le Sud (Egypte, Italie, Grèce), ce qui lui laisse le temps d’achever son Guntram, créé à Weimar en 1894. Cette œuvre est unanimement rejetée, par les wagnériens comme par les anti-wagnériens, ce qui blesse Strauss. Cette blessure est toutefois partiellement compensée par le bonheur qu’il a de diriger Tannhaüser à Bayreuth (et par son mariage avec la cantatrice qui tenait le rôle d’Elizabeth). À l’automne, il devient chef d’orchestre à Munich.

En 1895, il compose Till Eulenspiegel, et en 1896, une de ses œuvres les plus connues Also spracht Zarathoustra, poème symphonique d’après NIETZSCHE, révélé au grand public par le génial 2001 Odyssée de l’espace de KUBRICK.

Strauss zarathoustraCliquez sur l’image

En 1897, il écrit Don Quichotte, une pièce pour violoncelle et orchestre, et en 1898, le poème symphonique La vie d’un héros. En 1898, il part à Berlin, et donne par ailleurs des concerts dans toute l’Europe. En 1901, il crée avec succès son deuxième ouvrage lyrique, Feuersnot.

En 1905, il compose Salomé, son premier chef-d’œuvre dans le domaine de l’opéra, d’après l’œuvre d’Oscar Wilde.

Strauss Salomé danse des 7 voiles LiègeCliquez sur Salomé

Il entame ensuite une collaboration artistique extrêmement fructueuse avec Hugo von HOFMANNSTHAL, d’où sont issus Elektra (1907 – 1908), Le Chevalier à la Rose (1909 – 1910), où il cherche à retrouver l’esprit des Noces de Figaro de Mozart, Ariane à Naxos (1911 – 1912), La Femme sans ombre (1918) sur un thème proche d’Ondine de E.T.A. Hoffmann, Hélène d’Egypte (1925 – 1926) et Arabella (1933). Cette production est entrecoupée par un ballet, La Légende de Joseph, créé à Paris en 1914 par les Ballets russes de Diaghilev, et la Symphonie Alpestre en 1915.

En 1919, il prend la direction artistique de l’opéra de Vienne. Il écrit en 1923 Intermezzo créé à Dresde en 1924. Début 1925, il démissionne de l’Opéra de Vienne.

Après la mort d’Hofmannsthal en 1929, il continue avec Stefan ZWEIG (La Femme silencieuse [1935]), Joseph GREGOR (Daphné [1937]) et Clemens KRAUS (Capriccio [1941], où il se livre à une réflexion sur la querelle des gluckistes et des piccinnistes). Il est à noter que Strauss s’est battu pour que la Femme silencieuse soit monté et représenté en dépit de la judéïté de son ami Zweig.

En 1936, il compose l’hymne olympique des jeux de Berlin.

Après son dernier opéra, Capriccio, il compose en 1948 son chant du cygne, les bouleversants et crépusculaires Quatre derniers lieder, avant de mourir le 8 septembre 1949, à l’age de 85 ans.

Strauss Im abendrot 2Cliquez sur l’image

Et voici un autographe de Strauss, extrait de ma collection personnelle :

autographe Strauss

Écrivains, littérature

Stefan ZWEIG (1) : LE MONDE D’HIER

Écrivain viennois, Stefan ZWEIG (1881 – 1942) s’est naturellement intéressé à la musique. Humaniste profond, ami de Romain ROLLAND ou R.M.RILKE, son œuvre a connu un immense succès avant l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne et en Autriche, et sa mise à l’index.

ZWEIG a écrit des poèmes (dans sa jeunesse), des nouvelles, des romans, des pièces de théâtre et des biographies (FOUCHÉ, MARIE-ANTOINETTE). Il a traduit en allemand les poèmes de Paul VERLAINE ou d’Émile VERHAEREN, avec qui il se liera d’amitié.

Son dernier livre, le recueil de souvenirs Le Monde d’hier est une réflexion poignante sur le destin de l’humanité. C’est plus qu’une autobiographie, car il se sert des différentes étapes de sa vie d’un homme, l’enfance, les études, le début dans le monde… pour faire ressortir ce qui est propre à l’humain, tout en nous racontant les différents événements qu’a connus l’Europe au cours de la première moitié du XXe siècle. On y voit une Autriche assoupie avant la 1re guerre mondiale, puis l’horreur de cette guerre, l’écroulement de l’Allemagne et de l’Autriche après elle, les années folles à Berlin avec le relâchement des mœurs, puis la montée au pouvoir des différents fascismes en Allemagne, en Italie et en Espagne. Le livre se termine avec le début de la Seconde Guerre mondiale. À chacune de ces catastrophes, Zweig et ses amis se répétaient : ce n’est pas possible, ça ne peut pas arriver, et pourtant, à chaque fois, la catastrophe survenait. Zweig se suicide en 1942.

En ces temps où la montée des populismes menace face à un libéralisme totalement débridé, il me semble important de relire ce témoignage pour que nous non plus nous ne puissions dire à nos enfants : nous ne savions pas.

Auteur viennois donc, la musique et l’opéra sont omniprésents dans ce recueil de souvenirs, où il nous parle de ses amitiés avec des écrivains comme RILKE, ROLLAND, Verhaeren, YEATS, PIRANDELLO, JOYCE ou FREUD, mais aussi avec des peintres comme ENSOR ou des musiciens comme REGER, BUSONI et les chefs d’orchestre TOSCANINI ou Bruno WALTER, et surtout Richard STRAUSS pour qui il a écrit le livret de La Femme silencieuse.

Chapitre I : Le monde de la sécurité. Dans ce chapitre où Zweig raconte son enfance, il évoque évidemment la présence de la pléiade de compositeurs viennois GLUCK, HAYDN, MOZART, BEETHOVEN, SCHUBERT, STRAUSS (Johann), de l’opéra de Vienne dirigé par le jeune Gustav MAHLER, et du fait que, avant, toute la société vivait au rythme de la musique, de Marie-Thérèse choisissant Gluck pour enseigner la musique à ses filles à Joseph II discutant en connaisseur avec Mozart de ses opéras.

Chapitre II : L’école au siècle passé. Dans ce chapitre, Zweig raconte son passé d’étudiant dans une société où il fallait être vieux pour commencer à vivre, alors qu’un siècle auparavant, Mozart avait achevé son œuvre à 36 ans et Schubert à 31. Il découvre les timbres et rythmes « nouveaux » de MOUSSORGSKI, DEBUSSY, STRAVINSKY et SCHÖNBERG.

Chapitre III : Eros matutinus

Chapitre IV : Universitas Vitae. En 1901 Zweig écrit et publie ses premiers poèmes (Cordes d’argentSilberne Saiten). Le compositeur Max REGER les met en musique. En tant qu’étudiant, il côtoie HERZL, FREUD et Rudolf STEINER.

Reger Zweig Ein DrangenCliquez sur l’image

Chapitre V : Paris, ville de l’éternelle jeunesse. Il fait la connaissance d’André GIDE.

Chapitre VI : Détours vers moi-même. Il rencontre Cosima WAGNER, fille de LISZT et femme de Wagner.

Chapitre VII : Au-delà des frontières de l’Europe. Il nous parle des grandes premières auxquelles il a assisté, notamment le Chevalier à la Rose de Strauss et la 10e symphonie de Mahler.

Mahler 10e symphonieCliquez sur l’image

Chapitre VIII : Splendeur et misère de l’Europe. Il nous parle de son amitié avec Romain ROLLAND, qu’il a entendu au piano, ainsi que Reger, BUSONI ou Bruno WALTER qu’il a entendus en privé.

Chapitre IX : Les premières heures de la guerre de 1914.

Chapitre X : La lutte pour la fraternité spirituelle.

Chapitre XI : Au cœur de l’Europe. Ferruccio BUSONI et son Doktor Faust.

Chapitre XII : Retour en Autriche. Dans ce chapitre, Zweig nous parle de la très grande misère qui s’est abattue sur l’Autriche après la 1re guerre, et nous décrit une représentation à l’opéra, où malgré les privations subies tout le monde reste digne pour servir l’Art. Cette détresse a été suivie par une recherche effrénée de la modernité et du jeunisme, et c’est ainsi qu’il nous décrit des « vieilles danseuses de l’opéra impérial dansant, au trois quarts nues en se contorsionnant sur l’Appassionata de Beethoven ou La Nuit transfigurée de Schönberg. »

Schönberg Verklärte NachtCliquez sur l’image

Chapitre XIII : De nouveau dans le monde.

Chapitre XIV : Crépuscule. Zweig a quitté Vienne pour une maison à Salzburg. Là, il reçoit H.G. WELLS, RAVEL, BARTOK, Bruno Walter et Arturo TOSCANINI, Richard Strauss et BERG.

Verdi Traviata prélude acte 1 ToscaniniCliquez sur Arturo

Chapitre XV : Incipit Hitler. Dans ce chapitre où les juifs commencent à avoir de sérieux problèmes avec le régime, Zweig nous décrit sa collaboration avec Strauss sur l’opéra la Femme silencieuse. C’est l’occasion aussi de faire un portrait de Strauss sous le régime nazi, qui est un sujet que l’on aborde généralement peu.

Strauss la Femme silencieuse Du süssester engelCliquez sur l’image

Chapitre XVI : L’Agonie de la paix. Dans ce chapitre qui raconte ses années en exil en Angleterre, il nous parle de la rencontre entre G.B.SHAW et H.G.WELLS dont il compare les caractères.

Mes opéras préférés, Mythologie

LA LÉGENDE DE JOSEPH EN ÉGYPTE, de MÉHUL (1807)

Parmi les musiciens « révolutionnaires » dont je parlais dans mon billet précédent figure Nicolas MÉHUL. Parmi ses opéras figure la Légende de Joseph en Égypte, créé en 1807 d’après la légende biblique de Joseph. Cet opéra a une place particulière pour moi, puisque j’ai eu l’occasion de le chanter (dans les chœurs) en 1989, l’année de la célébration du bicentenaire de la Révolution française. C’était une grande première pour moi, surtout si l’on sait que dans la distribution figurait une jeune débutante prometteuse, une certaine Nathalie DESSAY (!) et que nous avons chanté sur les Champs-Élysées (au théâtre du Rond-Point) le 16 juillet 1989 !

Acte I : Dans son palais en Égypte, Joseph, qui a pris le nom de Cléophas, songe à son destin. Il raconte à son confident Utobal que quand il était enfant ses frères, jaloux de l’amour que lui portait leur père Jacob, l’ont vendu à un marchand d’esclaves (Air : « À peine au sortir de l’enfance »). Il était bien vu par son maître, mais la femme de celui-ci, madame Putiphar, lui a fait des avances auxquelles il n’a pas répondu. Furieuse, elle l’a dénoncé faussement et on l’a alors jeté en prison. Là, ayant su interpréter les rêves obscurs de Pharaon, celui-ci en a fait son ministre.

On annonce l’arrivée d’un groupe d’Hébreux. Ce sont les frères de Joseph, envoyés en Égypte par Jacob avec leur plus jeune frère Benjamin. La famine n’y sévit pas, grâce à Joseph qui a su constituer des stocks de nourriture quand celle-ci était abondante. Siméon, le principal responsable de la déchéance de Joseph est pris de remords et voudrait dire la vérité, mais ses frères lui recommandent de se taire.

Méhul Joseph partie 1Cliquez sur l’image

Joseph les reconnaît aussitôt, et il leur demande des nouvelles de leur père. Sans se faire reconnaître, il leur demande d’aller le chercher, leur offrant l’asile (Air : « Allez tous au devant d’un père »).

Acte II : Les Hébreux se sont installés aux portes de la ville. Ils chantent la prière du matin (Chœur : « Dieu d’Israël »), Joseph demande à Benjamin de rencontrer Jacob (Air : « Allez tous au-devant d’un père »). Benjamin explique à Joseph, qu’il n’a pas reconnu, comment la perte de Joseph a affecté Jacob. Jacob se réveille, il a vu Joseph vivant dans un songe.

Méhul Joseph partie 2Cliquez sur Joseph

Utobal vient dire à Joseph que le peuple veut lui faire un triomphe pour l’avoir protégé de la famine. Joseph fait monter Jacob et Benjamin avec lui sur le char triomphal. Ils reconnaissent alors Cléophas.

Acte III : Joseph offre un festin à sa famille. Seul Siméon est absent, rongé par la honte d’avoir vendu son frère Joseph. Des jeunes filles chantent un hymne à la nature (Air et chœur : « Aux accents de notre harmonie »).

Méhul Joseph aux accents de notre harmonieCliquez sur l’image

Utobal vient dire à Joseph que le pharaon lui reproche d’avoir donné de tels honneurs à des étrangers. Joseph part s’expliquer auprès de pharaon. Les frères reviennent avec Siméon, qui avoue son forfait à son père. Jacob les maudit tous, à l’exception de Benjamin. Joseph revient et s’agenouille devant son père en se faisant reconnaître comme Joseph et lui demande de pardonner à ses fils. Jacob, ému, pardonne. Pharaon offre l’hospitalité aux hébreux.

Méhul Joseph partie 3Cliquez sur l’image

P.S. Les vidéos présentées ici ne correspondent pas complètement au spectacle donné en 1989. Il s’agit d’un film tourné en 1991 et destiné à présenter le Théâtre Impérial de Compiègne qui allait ouvrir ses portes (j’y étais aussi, dans Gustave III, roi de Suède de D.F.E. AUBER, mais ça, c’est une autre histoire). C’est pourquoi on ne voit pas les choristes dans ce film, mais des figurants.