Tout le monde connaît l’homme de théâtre qu’est Molière (Jean-Baptiste Poquelin), et nous avons à peu près tous étudié son œuvre au collège.
Molière a été baptisé le 15 janvier 1622 à Paris. Il est donc probablement né le 13 ou le 14 janvier.
Il a commencé sa carrière en écrivant des comédies-ballet, genre qui s’apparente à l’opéra (voir l’arbre phylogénétique de l’opéra).
Sa collaboration avec Lully, le musicien officiel de Louis XIV, porte notamment sur Monsieur de Pourceaugnac (1669), Le Bourgeois Gentilhomme (1670) et surtout Psyché (1671), pour le livret duquel il se fera aider par Thomas Corneille.
En 1672, après la brouille avec Lully pour de sombres histoires de droits d’auteur, Molière collabore avec Marc-Antoine Charpentier, notamment pour Le Malade Imaginaire (1673). C’est après une représentation de cette pièce que Molière meurt à Paris, le 17 février 1673, à l’âge de 51 ans.
Parmi les opéras bâtis sur des pièces de Molière, on doit évidemment citer le Don Giovanni(1787) de Mozart, assez directement inspiré de son Don Juan. On peut également citer l‘Amphitryon (1786) du prolifique GRÉTRY.
Un petit siècle plus tard, c’est notre GOUNOD national qui écrira un opéra-comique sur Le Médecin malgré lui (1858).
Enfin, on trouve un dernier avatar de l’esprit de Molière dans l’opéra Ariane à Naxos (1912), de Richard STRAUSS, cet opéra étant censé être joué à la fin d’une représentation du Bourgeois Gentilhomme.
Pendant les deux premiers siècles de l’histoire de l’opéra, la mythologie était une source de premier choix pour les livrets. Aussi n’est-il pas étonnant d’y trouver le héros Hercule comme héros d’opéra (le héros dans la mythologie grecque étant un demi-dieu).
Ainsi, un des premiers opéras représentés en France est Ercole amante (Hercule amoureux) en 1662. C’était une commande de Mazarin au compositeur Cavalli à l’occasion du mariage de Louis XIV, et en ces temps de flagornerie généralisée Hercule était une représentation directe de Loulou XIV. La construction du bâtiment destiné à cette représentation ayant pris du retard, c’est finalement un autre opéra de Cavalli Xerse (Xerxès) qui a été représenté en 1660 pour le mariage du roi, et Ercole amante ne sera représenté que deux ans plus tard.
Un siècle plus tard, en 1744, Haendel écrit le drame musical Hercules sur la fin du héros.
Non, Alceste n’est pas qu’un gros garçon qui passe son temps à manger des tartines beurrées dans Le petit Nicolas de Goscinny et Sempé, c’est aussi un personnage de la mythologie grecque, adapté à l’opéra par Lully et Gluck ! source
Mariée au roi Admète, elle se sacrifie et meurt pour ramener Admète à la vie. Mais rassurez-vous, ça se finit bien pour elle puisqu’Hercule va la rechercher aux Enfers. Dans la version française d’Alceste (1776) de Gluck, (la version originale autrichienne de 1767 était écrite en italien), on a profondément remanié le livret pour l’adapter au public français. On y a notamment rajouté le personnage d’Hercule qui ne figurait pas dans la version italienne.
Enfin, plus près de nous, on peut citer Les travaux d’Hercule, opéra-bouffe de 1901, de Claude Terrasse. Pour en savoir plus sur Claude Terrasse, on peut aller sur l’excellent site ECMF encyclopédie multimédia de la comédie musicale en France.
Walter SCOTT (1771 – 1832) est un des écrivains romantiques les plus importants de son époque. L’œuvre de cet auteur de romans historiques, puisant son inspiration dans les légendes écossaises, se situe à la lisière entre le roman gothique et le romantisme et inspirera beaucoup d’opéras.
Quand j’étais petit, on chantait dans la cour de récréation de l’école Ivanhoé, d’après un ancien feuilleton télé (avec Roger Moore), dernier vestige de la célébrité de Scott.
Walter Scott est né le 15 août 1771 à Édimbourg. Très jeune, il est atteint d’une poliomyélite qui le laissera boiteux toute sa vie. On l’envoie se soigner à Bath, où il a l’occasion de découvrir les traditions orales écossaises, et même de rencontrer des gens qui ont vécu les récents conflits entre Écossais et Anglais. En 1777, il retourne à Édimbourg.
Entre 1783 et 1786, Scott fréquente l’université de cette ville et en 1786 – 1787, entre dans le cabinet d’avocat de son père. Quand sa santé le lui permet, il parcourt la campagne écossaise à cheval.
En 1788, il commence des études de droit, tout en traduisant les ballades de Goethe. En 1790, il s’éprend d’une jeune fille d’un milieu aisé, mais celle-ci va finalement se marier à un banquier.
En 1797, il rencontre Charlotte Carpenter, une jeune femme d’origine française, et Scott lui propose le mariage au bout de 3 semaines seulement. Ils se marieront le 24 décembre de cette année.
En 1799, l’année de naissance de la première de leurs filles, Scott est nommé sheriff du comté de Selkirk.
En 1802, il se fait connaître pour ses talents littéraires en publiant les Chants de la frontière écossaise, une anthologie de chants et ballades écossais qu’il a recueillis.
En 1804, Scott publie Sir Tristrem, une version romancée de Tristan. En 1808, il publie une édition critique des œuvres de Dryden.
En 1810, Scott publie la Dame du Lac, qui le rendra immensément populaire dans toute l’Europe. La Dame du Lac sera portée à l’opéra par Rossini en 1819 (La Donna del Lago) et Schubert publiera sept lieder sur des poèmes de la Dame du Lac, les Ellens Gesang opus 52, dont son célèbre Ave Maria.
En 1814, c’est la parution de son premier roman, Waverley, écrit sous pseudonyme. Il récidivera en 1815 avec Guy Mannering et en 1817 avec Rob Roy. En fin d’année, un recueil de ses contes est publié à Paris, comportant notamment les Puritains d’Écosse. Guy Mannering fera l’objet d’un opéra-comique écrit par Louise Bertin en 1825 et de la Dame blanche de Boïeldieu en 1825 également.
En 1819, souffrant de sa jambe et de calculs biliaires, il se croît perdu mais publie quand même à la fin de l’année, Ivanhoé, premier roman médiéval. Ivanhoé sera porté à l’opéra dès 1826 par Rossini, puis par Marschner en 1829 (le Templier et la Juive) et encore par Nicolaï en 1840 (le Templier). On peut aussi noter l’adaptation de Sullivan (celui des opérettes co-signées avec Gilbert) pour un grand opéra anglais écrit en 1891.
Revenons en 1819, avec la parution à Paris d’une nouvelle série de contes, comprenant la Fiancée de Lammermoor.
Début 1821, Scott fait paraître le roman historique Kenilworth. On donne dès 1822 à Paris le Château de Kennilworth, mélodrame en 3 actes avec une musique de M. Alexandre. Cette œuvre sera également adaptée à l’opéra par Auber et Scribe (Leicester, ou le château de Kenilworth, 1823) et par Donizetti (Elisabetta al castello di Kenilworth 1829).
L’année suivante, Scott publie Quentin Durward, un de ses meilleurs romans.
En 1827, Scott publie une Vie de Napoléon Bonaparte en neuf volumes.
En 1828, c’est dans les Chroniques de la Canongate qu’il publie la Jolie Fille de Perth, qui sera adapté à l’opéra par Bizet en 1866.
En 1830, Donizetti écrit son opéra Anna Bolena, d’après la nouvelle Anne Boleyn.
Walter Scott meurt à Londres le 21 septembre 1832 et ne verra donc pas l’adaptation que fera Donizetti de Lucia di Lammermoor (la Fiancée de Lammermoor) en 1835.
Les années qui suivent verront l’éclosion de deux grands noms, PUCCINI (1854 – 1924) et STRAUSS (1864 – 1949). Ces deux noms illustrent les deux grands mouvements caractéristiques de cette période.
L’opéra a toujours suivi l’évolution des mouvements littéraires. Alors qu’en France naissait le naturalisme avec Émile ZOLA, l’Italie invente sa traduction sur scène avec le vérisme, qui visait à représenter des héros (sont-ce encore d’ailleurs des héros ?) plus proches de la vraie vie des spectateurs, par opposition aux héros nobles ou romantiques représentés précédemment.
Le premier succès vériste est Cavalleria Rusticana (1890) de MASCAGNI (1863 – 1945). Suivront Paillasse (Pagliacci) en 1892 de LEONCAVALLO (1857 – 1919), Andrea Chénier (1896) de GIORDANO (1867 – 1948) et Adrienne Lecouvreur (1902) de CILEA (1856 – 1950). De par son sujet, La Bohême (1895) de Puccini ressort également du vérisme.
Pendant ce temps en France, Zola a écrit des livrets pour BRUNEAU (1857 – 1937) avec Le Rêve (1891) ou Messidor (1897). CHARPENTIER (1860 – 1956) a connu le succès avec son « roman musical » Louise (1900).
L’autre mouvement autour du changement de siècle est le post-wagnérisme (WAGNER, rappelons le, est mort en 1883). Le plus connu des post-wagnériens est Richard STRAUSS (qui n’a pas de lien familial avec Johann). Son premier opéra Guntram date de 1894. Suivront Salomé (1905) d’après la pièce d’Oscar WILDE et Elektra (1908). Son style évoluera ensuite vers plus de douceur avec le très mozartien Chevalier à la rose(1910). D’autres compositeurs ont « fait du Wagner » comme REYER (1823 – 1909) et son Sigurd (1884). Reyer a également adapté FLAUBERT avec Salammbô (1890).
Par ailleurs, il faut noter un autre mouvement littéraire qui a connu sa traduction à l’opéra, le symbolisme, représenté par MAETERLINCK. Parmi les drames de ce dernier traduits en musique se distinguent Pelléas et Mélisande (1902) de DEBUSSY (1862 – 1918) et Ariane et Barbe-Bleue (1906) de Dukas (1865 – 1935).
On pourra retrouver une autre vision de cette période dans le billet précédemment consacré à MALLARMÉ avec notamment les liens Mallarmé – Wilde – Strauss et Mallarmé – Debussy – Maeterlinck.
Boris Godounov est un des plus puissants opéras russes.
Chef-d’œuvre de la musique, la genèse de Boris Godounov ne fut pas facile. Adaptée de POUCHKINE, une première version datant de 1869 fut refusée par la censure impériale. MOUSSORGSKI reprend alors sa partition en 1872, ajoute un acte dit « acte polonais » et surtout un personnage féminin, pour se rapprocher des canons de l’opéra qui voulaient qu’il y ait une héroïne.
Outre le rôle-titre, le personnage principal de Boris Godounov est le peuple, Moussorgski retrouvant l’idéal de l’opéra, hérité du théâtre antique où le chœur est partie prenante au drame.
L’orchestration brute de Moussorgski, musicien quasi autodidacte, a heurté les oreilles de ses contemporains, notamment TCHAÏKOVSKY, qui ne comprenait rien à cette partition. RIMSKI-KORSAKOV a cru bon de réorchestrer Boris en 1896, pour le rendre plus audible. Il ira même plus loin en 1906 en faisant une « adaptation » de l’œuvre.
À titre de curiosité, DVORAK a écrit un opéra, Dimitri (1881), qui reprend l’action là où celle de Boris Godounov se termine.
Toutes ces transformations font qu’il est difficile de résumer la trame de l’histoire, selon que l’on prend la version originale de 1869, la version complétée en 1872 ou la version améliorée de 1896, voire l’adaptation de 1906.
Prologue: Dans la cour d’un couvent, le peuple, rudoyé par un policier, se lamente et demande à Boris d’accepter la couronne de tsar. Un boyard annonce que Boris refuse la couronne. Des pèlerins demandent au peuple de se rendre à la rencontre de leur tsar et le boyard leur ordonne de se rendre au Kremlin le lendemain.
À Moscou, devant le Kremlin, le prince Chouïski souhaite longue vie au tsar Boris. Le peuple chante en son honneur (Réjouis-toi, peuple de Russie), mais Boris est sombre, agité de pressentiments.
Acte I : Dans sa cellule, le moine Pimenn rédige la chronique des faits passés. Grigori, un jeune moine, se réveille. Pimenn lui parle de sa jeunesse, du tsar Ivan le Terrible et de son fils Féodor. Il révèle que le tsar actuel est un régicide et que le tsarévitch assassiné aurait le même âge que Grigori, qui imagine alors de se faire passer pour lui.
Dans une auberge à la frontière, deux moines, Varlaam et Missaïl, font la quête. Ils sont suivis par Grigori, déguisé, qui est en fuite. Varlaam chante les combats contre les Tatars quand des policiers entrent à la recherche de Grigori. Celui-ci détourne l’attention sur un des moines, mais les policiers finissent par se rendre compte que c’est bien lui qu’il recherchent. Grigori prend la fuite.
Acte II : Xénia, la fille de Boris et fiancée du tsarévitch assassiné pleure celui-ci. Féodor, le fils de Boris, arrive et chante une chanson à sa nourrice. Boris arrive, très fier de l’intelligence de son fils, mais il est toujours hanté par le remords. Le peuple l’accuse de tous les maux qui frappent la Russie. Chouïski entre, porteur de mauvaises nouvelles, un imposteur venu de l’étranger se fait passer pour Dimitri, le tsarévitch assassiné.
Acte III : Dans une clairière, des gamins entourent un innocent et lui volent un kopeck. L’innocent demande alors à Boris qu’on égorge ces gamins, comme lui a égorgé le Tsarévitch. Il appelle à pleurer sur les malheurs de la Russie.
Au Kremlin, des boyards statuent sur le sort qu’ils réserveront à Dimitri quand ils le captureront. Boris arrive, très troublé, mais Chouïski lui dit qu’un vieillard, Pimenn, veut lui parler. Pimenn entre et lui raconte l’histoire d’un homme qui a vu le tsarévitch lui apparaître en songe et lui a demandé d’aller prier sur sa tombe. Il l’a fait, et sa cécité a été guérie. Boris s’évanouit. Quand il revient à lui, il dit à son fils Féodor qu’il va mourir et lui recommande de prendre soin de sa sœur. Il demande la clémence de Dieu et meurt (mort de Boris) alors que dehors, le peuple se lamente.
Je vous l’avais promis il n’y a guère, je vais vous parler dans ce billet de la postérité de Carmen, l’opéra de BIZET.
TCHAÏKOVSKY (1840 – 1893), qui était francophile, avouait une passion pour la partition de Carmen. Il n’est donc pas très surprenant de retrouver l’air « Carmen, m’aimes-tu encore » dans son Concerto pour violon qui date 1878. Cet air avait d’ailleurs déjà été piqué à MOZART par Bizet.
Une autre nouveauté qui a plu est celle des chœurs d’enfants. Celui de Carmen a eu tellement de succès que les directeurs d’opéra se sont mis à en réclamer pour les partitions nouvelles qu’ils montaient.
Ainsi, en 1880, RIMSKY-KORSAKOV place un chœur d’enfants dans son Snegourotchka (La Fille de neige).
Tchaïkovsky en a placé un au début de la Dame de pique(1890), et il pousse la copie de Bizet jusqu’à leur faire jouer les petits soldats qui vont à la parade.
En 1896, on trouve au début du deuxième acte de La Bohème de PUCCINI le traditionnel chœur d’enfants, imitant là le chœur de début du 4e acte de Carmen, puisque les enfants y vendent des oranges et des marrons.
Enfin, autre postérité de l’œuvre, on trouve de très nombreuses adaptations de Carmen au cinéma, dont la Carmen de ROSI avec Julia MIGENES-JOHNSON dans le rôle-titre, la Carmen Jones de PREMINGER qui se passe dans les milieux noirs du Sud des États-Unis, le ballet « Carmeng » dans Les Chinois à Paris de Jean YANNE ou encore le Prénom Carmen de Jean-Luc GODARD.
Le dessinateur de bande dessinée Georges RÉMI (1907-1983), qui signait ses œuvres Hergé, était plus intéressé par le dessin et la peinture que par la musique. Pourtant son grand œuvre Les aventures de Tintin et Milou ne manque pas d’allusions à l’univers de l’opéra.
Hergé est né à Etterbeek (Belgique) le 22 mai 1907.
Il commence très jeune à dessiner ans une revue scoute, signant ses dessins Hergé (les initiales de Georges Rémi). En 1928, le directeur du journal le Vingtième Siècle lui confie le supplément jeunesse, qui s’appellera le Petit Vingtième. Et c’est ainsi qu’en janvier 1929 démarrent les aventures de Tintin, reporter au Petit Vingtième, avec Tintin au Pays de soviets, très largement inspiré du livre antibolchévique Moscou sans voile, de Joseph Douillet.
En 1934, il rencontre un jeune Chinois, étudiant aux Beaux-Arts de Bruxelles, Tchang. Cette rencontre le pousse à se documenter sérieusement sur les pays où il envoie son héros, pour l’album Tintin et le Lotus bleu.
En 1940, le Petit Vingtième est obligé de s’arrêter, mais Hergé continue les aventures de Tintin dans le Soir, journal contrôlé par l’occupant allemand. Ceci vaudra quelques soucis à Hergé à la Libération.
En 1946, c’est le lancement du Journal de Tintin, dont Hergé est le directeur artistique. Entre temps, il avait commencé la mise en couleurs de ses albums d’avant-guerre, parus en noir et blanc, s’attachant pour cela les services d’Edgar P. Jacobs.
En 1950, il fonde les studios Hergé, avec comme principaux collaborateurs, outre Jacobs, Bob de Moor, Jacques Martin (Alix) et Roger Leloup (Yoko Tsuno).
Hergé meurt le 3 mars 1983 à Woluwe-Saint-Lambert, près de Bruxelles, à l’âge de 75 ans.
En ce qui concerne la présence de la musique (classique) dans son œuvre, la première allusion date de 1934, avec les Cigares du Pharaon, où un personnage chante « Sur la mer calmée », soit la traduction française de l’air « Un bel di vedremo » de Madame Butterfly de Puccini.
Un peu plus loin dans l’album, c’est un air de Benvenuto Cellini, de Berlioz, que ce personnage chante (« De l’art splendeur immortelle ».)
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En 1937, à la première planche de l’album de Tintin l’Oreille cassée, on voit un gardien de musée passer le balai avant l’ouverture au public en chantant l’air du Toréador de Carmen.
En 1940, dans Le Crabe aux pinces d’or, Tintin et le capitaine Haddock sont dans une cave, et respirent les vapeurs d’alcool de bouteilles de vin cassées. Enivrés par ces vapeurs, ils se mettent à chanter, et Tintin chante l’air de Jenny de La Dame blanchede BOÏELDIEU, « Prenez garde, la Dame blanche vous regarde ».
Tout le monde connaît la Castafiore et son grand air des bijoux, même si la plupart des lecteurs de Tintin n’ont jamais entendu le Faust de GOUNOD.
Elle apparaît pour la première fois dans l’album Le sceptre d’Ottokar (1939) et revient dès lors de manière récurrente, par exemple dans Les 7 boulesde cristal (1948) avec la fameuse scène du Music-Hall où Milou se met à hurler à la mort en l’entendant chanter.
Un des modèles pour le personnage de la Castafiore était Maria CALLAS, et le clin d’œil est appuyé dans l’album Coke en stock (1958) où on retrouve la Castafiore sur le yacht d’un millionnaire grec, telle la Callas sur le yacht d’ONASSIS.
C’est dans l’album les Bijoux de la Castafiore qu’elle prend le plus de place, puisqu’on la voit s’installer au château de Moulinsart, avec son pianiste Igor (comme STRAVINSKY) Wagner (comme Richard). Et c’est en écoutant le pianiste faire ses gammes que Tintin a la révélation sur la disparition des fameux bijoux de la Castafiore. C’est une pie voleuse (una gazza ladra comme dirait ROSSINI) qui a emporté les bijoux, ce qui du coup innocente les bohémiens qui campent sur le terrain du château. et parmi les nombreuses déformations du nom de Haddock que la Castafiore commet, elle arrive même à l’affubler du nom de Bartok.
Dans l’album Le trésor de Rackam le rouge (1944), on peut voir une affiche annonçant le chanteur Tino Rossi dans le rôle de Boris Godounov.
Enfin, dernier coup d’œil d’Hergé au monde de l’opéra, il représente son collègue et ami Edgar P. JACOBS dans l’album l’Affaire Tournesol (1956). En effet, le créateur de Blake et Mortimer était chanteur lyrique avant que de se mettre à la BD, et on voit dans cet album une affiche pour le chanteur E.P. JACOBINI. On le voit également en coulisse déguisé en Méphistophélès, un des rôles que chantait Jacobs.
J’avais laissé notre ami l’opéra au milieu du XIXe siècle, avec la création du GOf, le Grand Opéra à la française, qui était LE genre dans lequel un compositeur devait briller.
Bien entendu, toutes ces évolutions ne se sont pas faites de manière linéaire, et en parallèle des bouleversements profonds se sont fait jour.
Tout d’abord, deux compositeurs nés la même année vont changer les codes : WAGNER (1813 – 1883) et VERDI (1813 – 1901).
Wagner surtout, héritier du romantique WEBER et de quelques autres, va sortir assez vite du schéma traditionnel de l’opéra avec numéros (c’est-à-dire un découpage en airs, ensembles et chœurs et en morceaux orchestraux) que l’on trouve encore dans ses premières œuvres comme Le Vaisseau fantôme, pour passer au concept de mélodie continue. Dans Tristan und Isolde, par exemple, on ne peut plus découper la musique en tranche en isolant les grands airs. L’autre apport majeur de Wagner est la théorisation du leitmotiv, qui existait déjà chez Weber, comme entité indépendante, porteuse en elle-même de sens. Je développerai ultérieurement ce thème du leitmotiv.
Verdi, lui, nous aide à faire le lien avec le deuxième bouleversement survenu à cette époque. En effet, outre l’évolution de son style musical, ses derniers opéras se rapprochent de la mélodie continue wagnérienne, Verdi représente l’émergence d’un nationalisme musical. Engagé politiquement, il sera député, Verdi a été porte-drapeau du mouvement qui visait à libérer l’Italie du joug autrichien. VERDI n’a-t-il pas été l’acronyme de Victor Emmanuel Roi D‘Italie ? Et le chœur « Va pensiero » extrait de Nabucco (1841) peut être considéré comme le deuxième hymne national italien.
L’autre grand mouvement qui apparaît donc au milieu du siècle est ce que l’on appelle l’éveil des écoles nationales. L’Allemagne avait commencé à sortir du duopole italo-français avec des ouvrages écrits en allemand, mais le mouvement de liberté des nations qui se répandait en Europe va se traduire à l’opéra par des œuvres écrites dans des langues indigènes. La Russie d’abord, avec GLINKA (1804 – 1857), le père de la musique russe, et ses opéras Une Vie pour le tsar (1836) et surtout Rouslan et Ludmila (1842). Lui succédera le groupe des cinq (BALAKIREV, MOUSSORGSKI, CUI, BORODINE et RIMSKI-KORSAKOV) dont je parlerai ultérieurement.
En Bohème, SMETANA (1824 – 1884) ouvre la voie à une musique puisant ses origines dans la tradition avec La Fiancée vendue (1864). Il sera suivi par DVORAK (1841 – 1904) et sa dizaine d’opéras. Lui-même sera suivi par JANACEK, mais ça, c’est pour le XXe siècle.
En France, une nouvelle génération arrive avec GOUNOD, SAINT-SAËNS, BIZET et MASSENET, alors que les Anglais n’ont toujours pas d’opéra en anglais. HERVÉ et surtout OFFENBACH créent un nouveau genre, l‘opérette.
Vers la fin du siècle, les Italiens créeront le vérisme, mais ça, c’est pour le prochain billet « Histoire de l’opéra ».
Cette forme (non répertoriée) d’opéras est issue du roman gothique anglais, un mouvement littéraire issu de la redécouverte de SHAKESPEARE et de l’architecture gothique, et qui a débouché sur le fantastique et le romantisme. Il est caractérisé par des ambiances sombres, fantastico-macabres, où les personnages passent beaucoup de temps dans des cryptes, voire des oubliettes.
On considère que ce mouvement littéraire démarre avec Le Château d’Otrante (1764) de WALPOLE, pour se terminer peu après Frankenstein (1818) de Mary SHELLEY, en passant par Le Moine (1796) de LEWIS.
L’opéra ayant toujours suivi les mouvements littéraires, il est donc logique d’avoir vu apparaître dans la première moitié du XIXe siècle des opéras d’inspiration gothique.
Lord BYRON faisait partie d’un petit groupe d’écrivains qui travaillaient ensemble quand Mary Shelley a écrit son Frankenstein. Lui-même est l’auteur (notamment) de Child Harold, qui a inspiré BERLIOZ pour son Harold en Italie. Et la Symphonie fantastique du même Berlioz s’inscrit bien dans cette veine romantico-fantastique, avec « sa marche au supplice » et son « songe d’une nuit de Sabbat ».
Autre opéra d’inspiration gothique, La Nonne sanglante (1854) de GOUNOD, sur un livret de SCRIBE adapté du Moine de Lewis. On peut noter que Berlioz avait également travaillé sur ce livret en 1841, mais qu’il ne reste que des fragments de cet opéra.
La création à La Monnaie de Bruxelles de l’opéra Frankenstein a été un des événements de la saison dernière.
Et prochainement, je vous parlerai des opéras fantastiques, du Freischütz de WEBER au Tour d’écroude BRITTEN…
Quant au roman gothique anglais, il a donné naissance, presqu’un siècloe plus tard à un des romans fantastiques les plus populaires qui soit, Dracula de Bram Stocker (1897).
J’avais laissé notre ami Piotr Illitch en 1875, année où la partition de Carmen l’a bouleversé. Voyons la suite…
En 1876, il compose Francesca da Rimini, un poème symphonique d’après l’œuvre de DANTE.
En 1877, TOLSTOÏ, un demi-dieu pour Tchaïkovski, demande à le rencontrer. Nadejda von MECK, une riche veuve passionnée de musique, le prend sous sa protection en lui versant une rente, ce qui lui permet de vivre pour sa musique. Tchaïkovski a l’idée d’un opéra d’après Eugène Onéguine, de POUCHKINE. Mais une femme entre dans sa vie qui, comme la Tatiana d’Eugène Onéguine, lui envoie une lettre brûlante d’amour.
Tchaïkovski accepte le mariage, pensant ainsi faire taire les rumeurs qui commençaient à circuler sur son homosexualité. Très vite, le mariage vire au cauchemar, et Tchaïkovski tente de se suicider.
En 1878, il achève sa quatrième symphonie et Eugène Onéguine. La 4e est créée à Moscou, déclenchant l’indifférence générale. Il commence son Concerto de violon et démissionne du conservatoire de Moscou.
Il songe à un nouvel opéra d’après Jeanne d’Arc de SCHILLER, la Pucelle d’Orléans. En 1879, Onéguine est créé à Moscou. Sans rencontrer un succès extraordinaire, l’œuvre s’installe quand même au répertoire.
Nadejda négocie avec le chef d’orchestre Édouard COLONNE pour que l’on monte à Paris la 4e symphonie, dont elle est dédicataire. Tchaïkovski part à Paris, puis en Italie, où il écrit le Capriccio italien. Il accepte une commande officielle pour une exposition, ce sera l’ouverture 1812, qui célèbre la victoire des Russes face à Napoléon (si vous écoutez bien, peut-être y reconnaîtrez-vous un thème). Il songe à un nouvel opéra, Mazeppa, et à la demande de Nadejda, écrit son Trio pour piano, violon et violoncelle. En 1884, Mazeppa est achevé et créé simultanément à Moscou et Saint-Pétersbourg. À cette occasion, il est décoré par le tsar.
En 1886, il écrit un opéra, la Charmeuse et à la fin de l’année 1887, il part en tournée en Europe. En Allemagne, il rencontre BRAHMS et GRIEG et en Bohème, DVORAK. De retour en Russie, il écrit la cinquième Symphonie, qui sera créée en 1888. Il compose un nouveau ballet, La Belle au bois dormant qui sera créé en 1890. Il commence un nouvel opéra, la Dame de pique, d’après Pouchkine. La création de la Dame de pique en fin d’année sera enfin un succès. La francophilie de Tchaïkovski s’y retrouve puisqu’il fait chanter à la comtesse se remémorant sa jeunesse un air de GRÉTRY, extrait de Richard Cœur de lion.
Cette année-là, sa tournée de chef d’orchestre le mène jusqu’aux États-Unis, où il dirige au Carnegie Hall. À la fin de l’année, les deux œuvres Casse-Noisetteet Iolanta sont créées lors de la même soirée.
Début 1893, il écrit sa sixième symphonie, dite Pathétique, et il meurt du choléra le 6 novembre, juste après la création de cette dernière.
Pour les cinéphiles, on peut noter que la symphonie pathétique est le titre français de la « biographie » que le cinéaste Ken RUSSELL a consacré à Tchaïkovski en 1969 (titre original: The music lovers).