littérature, Oulipo, Poésie

« LA MUSIQUE », de Charles BAUDELAIRE (3 – FAURÉ)

Après avoir wagnerisé le poème La musique, de Baudelaire, puis debussysé ce même poème, je vous propose une troisième version de ce poème traité à la sauce OuLiPo.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui donc, en voici une version fauréïsée.

La musique souvent me prend comme une mer !

Fauré l'Horizon chimérique la Mer est infinieCliquez sur l’image

Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

Fauré l'Horizon chimérique Je me suis embarquéCliquez sur l’image

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Fauré Nocturne (mélodie)Cliquez sur l’image

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;

Fauré l'Horizon chimérique Vaisseaux, nous vous aurons aimésCliquez sur l’image


Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l’immense gouffre

Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Fauré BerceuseCliquez sur l’image

Citations musicales :

me prend comme une mer : Fauré, l’Horizon chimérique, n° 1 « la Mer est infinie ».

Je mets à la voile : Fauré, l’Horizon chimérique, n° 2 « Je me suis embarqué ».

un vaisseau qui souffre : Fauré, l’Horizon chimérique, n° 4 « Vaisseaux, nous vous aurons aimés ».

Me bercent : Fauré, Berceuse pour violon et piano.

Retrouvez ici une version beethovénisée de ce même poème.

Divers, littérature, Poésie

IL ÉTAIT UN ROI DE THULÉ

« Il était un roi de Thulé, qui jusqu’au tombeau fut fidèle ».

Récemment, le pianiste et chef d’orchestre Clément Mao-Takacs nous proposait quelques versions musicales de la célèbre ballade du grand Goethe, publiée en 1782. L’idée m’a plu, et il m’a permis de la reprendre pour mon blog.

Après l’analyse comparée de la Damnation de Faust de Berlioz et du Faust de Gounod, voici donc un petit comparatif des versions musicales de cette ballade.

La version la plus ancienne semble être celle d’un certain Seckendorff, puisqu’elle date elle aussi de 1782.

Une autre version, plus connue, est celle de Zelter qui date de 1812.

Zelter Es war ein König in ThuleCliquez sur la version de Zelter

Plus connue encore est celle de Schubert qui date de 1816 (Schubert avait 19 ans !).

Schubert Der König in ThuleCliquez sur la version de Schubert

Bien entendu, cette mélodie a été intégrée par Berlioz dans ses Six Scènes de Faust de 1829, transformées en Damnation de Faust en 1842.

berlioz damnation de Faust roi de ThuléCliquez sur la version de Berlioz

Autre version en français avec celle de Gounod.

Gounod Faust Il était un roi de ThuléCliquez sur la version de Gounod

En 1849, c’est Robert Schumann qui écrit cette pièce pour chœur a capella.

Schumann Der König von ThuleCliquez sur la version de Schumann

Et Liszt en livrera deux versions.

Liszt Es war ein König in ThuleCliquez sur l’une des deux versions de Liszt

En 1867, l’irrévérencieux Offenbach en fera une parodie dans sa Grande Duchesse de Gérolstein.

Offenbach la grande Duchesse de Gérolstein Il était un de mes aïeuxCliquez sur la parodie irrévérencieuse d’Offenbach

En 1908, Samuel Coleridge-Taylor nous en livre une version en anglais (A King there lived in Thule).

Coleridge-Taylor A King there vived in ThuleCliquez sur la version de Coleridge-Taylor

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    littérature, Oulipo, Poésie

    « LE DORMEUR DU VAL », de RIMBAUD (1870)

    Après avoir fini le Bateau ivre, de Rimbaud, je vous propose de rester encore un peu avec ce poète, avec un autre de ces poèmes parmi les plus connus : le Dormeur du val, écrit alors que Rimbaud n’avait que seize ans !

    (Rappel du principe : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

    C’est un trou de verdure où chante une rivière

    Schubert Winterreise WasserflutCliquez sur l’image

    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

    indes galantes 2Cliquez sur le brillant soleil

    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

    Beethoven Fidelio O welche lust (MET 2000)Cliquez sur l’image

    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.

    Janacek Jenufa Co chvila et fin acte IICliquez sur l’image

    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

    Debussy Préludes les Sons et les Parfums tournent dans l'air du soirCliquez sur le pianiste

    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

    Citations musicales :

    où chante une rivière : Schubert, le Voyage d’hiver « Wasserflut ».

    où le soleil : Rameau, les Indes galantes, « Brillant soleil ».

    un enfant malade : Dans Jenufa de Janacek, la belle-mère de Jenufa profite de la forte fièvre qui cloue l’héroïne au lit pour lui voler son bébé, et le noyer dans la rivière gelée.

    Les parfums : Debussy Préludes « Les sons et les Parfums tournent dans l’air du soir ».

    la lumière : Beethoven Fidelio Chœur « O welche Lust ».

    Agenda Ironique, Maria Callas, Poésie

    EN RENTRANT DE L’ÉCOLE

    Ce mois-ci, c’est Sabrina qui nous guide pour l’agenda Ironique. Le sujet en est :

    Ce mois de septembre étant placé sous le signe de la rentrée scolaire, je vous propose donc de parler d’un souvenir d’école ! Alors, l’école au sens large, ça peut être l’école de Pennac, l’école buissonnière, l’école de la vie, l’école des fans (pourquoi pas) et même, soyons fous, l’école militaire, je ne suis pas sectaire. Ce souvenir sera réel, fictif, douloureux, joyeux, inventé, absurde, drôle ou impétueux, vous choisissez la forme qui vous sied pour nous le partager.Quelques petites contraintes bien sûr car sinon cela n’est pas amusant ! Il faudra pour raconter ce souvenir, incorporer quelques mots à retourner dans tous les sens : rapporteur / pion / colle / ligne / cour (ou cours ou court ou courre ) et rythme ! Ayant un passif dans l’éducation nationale (on a tous nos petits défauts), il faudra s’amuser à détourner au minimum un des fameux sigles qui composent ce joli jargon académique qui fait la joie des professeurs.

    Et pour les plus téméraires, qui souhaitent du rab de devoirs, ajoutez à votre agenda cette petite phrase extraite de ma lecture du moment : « cela donnait le sentiment d’appartenir à une multitude à la fois statique et chatouilleuse » (ça vient de « Personne n’a peur des gens qui sourient » de Véronique Ovaldé).

    Mais c’est tellement mieux esspliqué chez Sabrina, allez y voir !

    Or donc, il me revient qu’étant enfant, ma petite sœur avait appris dans la cour de l’école une belle chanson, où il était question d’école, de lune et des étoiles, et de chemin de fer qui se promenait. Vous l’avez peut-être reconnue, il s’agissait du poème de Prévert, en Sortant de l’école, mis en musique par Kosma. J’ai demandé au grand rapporteur de la poésie ce qu’il disait, ce poème ? La réponse est dans les lignes suivantes :

    En sortant de l’école
    Nous avons rencontré
    Un grand chemin de fer
    Qui nous a emmenés
    Tout autour de la terre
    Dans un wagon doré

    Honegger Pacific 231Cliquez sur l’image

    Tout autour de la terre
    Nous avons rencontré
    La mer qui se promenait
    Avec tous ses coquillages
    Ses îles parfumées
    Et puis ses beaux naufrages
    Et ses saumons fumés

    Bizet Les Pêcheurs de perles Au fond du temple saintCliquez sur l’image

    Puis au-dessus de la mer
    Nous avons rencontré
    La lune et les étoiles
    Sur un bateau à voiles
    Partant pour le Japon
    Et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
    Tournant la manivelle d’un petit sous-marin
    Plongeait au fond des mers
    Pour chercher des oursins

    Wagner Vaisseau fantôme ouverture KarajanCliquez sur le bateau à voiles

    Puccini Butterfly Un bel di vedremo CallasCliquez sur la Japonaise

    Revenant sur la terre
    Nous avons rencontré
    Sur la voie du chemin de fer
    Une maison qui fuyait
    Fuyait tout autour de la terre
    Fuyait tout autour de la mer
    Fuyait devant l’hiver
    Qui voulait l’attraper
    Mais nous sur notre chemin de fer
    On s’est mis à rouler
    Rouler derrière l’hiver
    Et on l’a écrasé
    Et la maison s’est arrêtée
    Et le printemps nous a salués

    Moussorgski Tableaux d'une Exposition la Cabane sur des pattes de pouleCliquez sur la maison qui fuyait (sur ses pattes de poule)

    C’était lui le garde-barrière
    Et il nous a bien remerciés
    Et toutes les fleurs de toute la terre
    Soudain se sont mises à pousser
    Pousser à tort et à travers
    Sur la voie du chemin de fer
    Qui ne voulait plus avancer
    De peur de les abîmer

    Alors on est revenu à pied
    À pied tout autour de la terre
    À pied tout autour de la mer
    Tout autour du soleil
    De la lune et des étoiles
    À pied, à cheval, en voiture et en bateau à voiles

    Messiaen Turangalila Symphonie - 5 - Joie du sang des étoilesCliquez sur la Joie du sang des étoiles

    Peut-être à la lecture de cet article trouverez-vous que tout ceci appartient à une multitude à la fois statique et chatouilleuse, si c’était le cas, j’aurais bien de la chance. Et si un pion me lit et me désapprouve, par pitié, pas d’heure de colle !

    Citations musicales :

    Un grand chemin de fer : Honegger Pacific 231. Dans cet hymne à la modernité, Honegger épouse les rythmes de cette fameuse locomotive, alors que le SNCF (Syndicat National des Cancres en Folie) n’existait pas encore.

    Ses îles parfumées : Bizet les Pêcheurs de perles.

    un bateau à voiles : Wagner le Bateau fantôme.

    Partant pour le Japon : Puccini Madama Butterfly « Un bel di vedremo ».

    Une maison qui fuyait : Moussorgski les Tableaux d’une exposition « la cabane sur des pattes de poule ».

    De la lune et des étoiles : Messiaen Turangalila Symphonie – 5 – Joie du sang des étoiles

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    Écrivains, littérature, Poésie, Théâtre

    VICTOR HUGO (1802-1885)

    Victor Hugo est né à Besançon le 26 février 1802.

    En 1822, il épouse Adèle Foucher, avec qui il aura 5 enfants, Léopold (1823), mort à quelques mois, Léopoldine (1824), Charles (1826), François-Victor (1828) et Adèle (1830).

    Chef de file du romantisme français, il crée le scandale en 1830 avec son Hernani. Cette pièce sera adaptée à l’opéra par Verdi, avec Ernani (1844). En 1832, c’est le Roi s’amuse, pièce qui sera adaptée à nouveau par Verdi avec Rigoletto (1853).

    Verdi rigoletto La done e mobileCliquez sur l’image

    Hugo fréquente Berlioz, Liszt, Meyerbeer ou encore Delacroix et Sand, et madame Hugo, se sentant délaissée, commence une liaison avec Sainte-Beuve en 1832.

    En 1833, Hugo entame une liaison avec Juliette Drouet, liaison qui durera 50 ans. Il écrit Lucrèce Borgia, qui sera adapté par Donizetti dès cette même année 1833 avec Lucrezia Borgia.

    Donizetti Lucrezia Borgia Maffio Orsini son ioCliquez sur l’image

    Victor Hugo a participé à la mise en musique de ses œuvres puisqu’il a écrit lui-même en 1836 le livret de La Esmeralda, un opéra composé par Louise Bertin. Il s’agit évidemment d’une adaptation de son roman Notre-Dame de Paris (1831).

    Bertin La Esmeralda air des clochesCliquez sur Esmeralda

    C’est ce même livret qui servira à Dargomyjsky, un élève de Glinka pour son Esméralda (1839).

    En 1841, Hugo entre à l’Académie française.

    En 1843, l’année où il publie les Burgraves, sa fille Léopoldine meurt à l’âge de 19 ans. Ce drame affectera durablement Victor.

    Victor Hugo était engagé politiquement dans son siècle et en 1848, il est élu député de Paris à l’Assemblée législative. En 1851, il est membre du Comité de résistance contre le coup d’État puis doit se réfugier en Belgique.

    En 1852, il fait paraître Napoléon le petit, et s’installe à Jersey.

    En 1862, il fait paraître les Misérables.

    En 1870, Victor Hugo peut enfin rentrer à Paris, et en 1871, il est à nouveau élu député de Paris. Il perd son fils Charles.

    En 1873, nouvelle disparition avec celle de son fils François-Victor.

    En 1872, c’est Massenet qui écrit son premier opéra Don César de Bazan, d’après une pièce de Dumanoir, elle-même bâtie autour d’un des personnages de Ruy Blas (1838). On peut noter que Mendelssohn a écrit une ouverture pour Ruy Blas, et ce dès 1839 pour les représentations en allemand de cette pièce.

    Mendelssohn Ouverture Ruy BlasCliquez sur l’image

    Un peu plus tard, Ponchielli adapte Angelo, tyran de Padoue (1835) pour son opéra La Gioconda (1876). On peut voir une adaptation complètement déjantée de la « Danse des heures » de cet opéra dans le dessin animé Fantasia de Walt Disney. Cette même année, le Russe César Cui créait son Angelo, opéra également inspiré par Angelo, tyran de Padoue.

    En 1883, c’est la disparition de sa fidèle Juliette Drouet.

    Hugo meurt le 22 mai 1885 à Paris, à l’âge de 83 ans. On lui fait des obsèques nationales, et plus de deux millions de personnes se pressent dans Paris pour suivre son cercueil.

    En 2013, Robert Badinter et Thierry Escaich créent l’opéra Claude, d’après la pièce Claude Gueux, reprenant ainsi le combat de Victor Hugo en faveur de l’abolition de la peine de mort.

    Cliquez sur l’image

    Il faut encore noter que, en dehors du champ opératique, Hugo a écrit des romans et beaucoup de poésie (la Légende des Siècles, les Orientales…) et de très nombreux poèmes de Victor ont été mis en musique, que ce soit par Liszt, Gounod, Fauré, Saint-Saëns… ou Brassens !

    Fauré les DjinnsCliquez sur l’image

    Dans un des poèmes des Orientales (1829), Hugo nous décrit la chevauchée de Mazeppa. Pour VH, Mazeppa est le symbole du génie qui, lancé dans une course effrénée, « court, vole, tombe, et se relève roi ».

    Ce thème a particulièrement inspiré Franz Liszt, qui s’y est pris à quatre reprises pour traduire le poème en musique, en insistant sur le symbole final. Les trois premières versions correspondent aux trois versions des Douze études, redoutablement difficiles. La quatrième version est le poème symphonique Mazeppa.

    Liszt MazeppaCliquez sur l’image

    Enfin, si on considère que la comédie musicale est l’adaptation du genre opéra à la fin du XXe siècle (i.e. le fait de raconter une histoire en la faisant chanter et danser par ses interprètes), l’œuvre d’Hugo figure toujours en très bonne place, puisque Les Misérables (1980) et Notre-Dame de Paris (1999) sont deux des plus grands succès du genre. On retrouve également Disney dans son dessin animé le Bossu de Notre-Dame, encore une adaptation de Notre-Dame de Paris (même si VH n’apparaît pas au générique de ce film).

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    littérature, Oulipo, Poésie

    LE BATEAU IVRE, de RIMBAUD (Quatrains 21 à 25)

    Après les première , deuxième, troisième et quatrième tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la cinquième et dernière tranche, soit les quatrains 21 à 25. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

    Aujourd’hui donc, la suite et la fin de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois (Arthur, si tu me lis, pardonne-moi !).

    Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
    Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
    Fileur éternel des immobilités bleues,
    Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

    Milhaud l'Enlèvement d'EuropeCliquez sur l’image

    J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
    Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
    – Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
    Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

    Rimski-Korsakov le Coq d'orCliquez sur l’oiseau d’or

    Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
    Toute lune est atroce et tout soleil amer :

    Berg Wozzeck final (MET)Cliquez sur l’image

    L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
    Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

    Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé

    Berlioz la Damnation de Faust Merci, doux crépusculeCliquez sur l’image

    Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai.

    Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
    Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
    Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
    Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

    Citations musicales :

    l’Europe : Milhaud, l’Enlèvement d’Europe.

    Oiseaux d’or : Rimsky-Korsakov, le Coq d’or.

    Toute lune est atroce : Berg Wozzeck.

    le crépuscule embaumé : Berlioz, la Damnation de Faust.

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    LE BATEAU IVRE, de RIMBAUD (Quatrains 16 à 20)

    Après les première , deuxième et troisième tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la quatrième tranche, soit les quatrains 16 à 20. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

    Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois (Arthur, si tu me lis, pardonne-moi !)

    Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
    La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
    Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
    Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux

    Debussy le Martyre de Saint-SébastienCliquez sur l’image

    Poulenc Stabat MaterCliquez sur l’image

    Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
    Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
    Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
    Des noyés descendaient dormir, à reculons !

    Janacek Jenufa Zdravas kralovno (Ave Maria)Cliquez sur l’image

    Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
    Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
    Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
    N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

    Britten Peter Grimes scène finaleCliquez sur l’image

    Libre, fumant, monté de brumes violettes,
    Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
    Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
    Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

    Qui courais, taché de lunules électriques,
    Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
    Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
    Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

    les-eclairs-solistes-cheffe-echenoz-et-hersantCliquez sur l’image

    Citations musicales :

    Martyr : Debussy, le Martyre de Saint-Sébastien.

    Une femme à genoux : Poulenc, Stabat Mater. Cette femme à genoux pourrait être la Vierge Marie, pleurant au pied de la Croix.

    Des noyés descendaient : Dans Jenufa, de Janacek, la marâtre de Jenufa profite de la maladie de celle-ci pour lui voler son bébé et aller le noyer dans les eaux de la rivière qui va bientôt geler.

    La carcasse ivre d’eau : Dans Peter Grimes de Britten, le héros accusé par les villageois d’avoir tué ses mousses finit par prendre la mer avec son bateau et le fait couler au large.

    Lunules électriques: Hersant, Les Éclairs. Dans cette adaptation à l’opéra du roman Des Éclairs de Jean Echenoz, le héros est l’inventeur Nikola Tesla, célèbre pour ses inventions dans le domaine de l’électricité.

    Écrivains, littérature, Poésie, Théâtre

    Johann Wolfgang GOETHE (1749-1832)

    Johann-Wolfgang-von-Goethe

    Johann Wolfgang Goethe naît à Francfort le 28 août 1749. Il suit des études de droit à Leipzig puis à Strasbourg, et fonde le mouvement Sturm und Drang (Tempête et Passion), une réaction au siècle des Lumières finissant qui débouchera sur le romantisme.

    En 1773, il écrit un premier drame, Götz von Berlichingen, drame moyenâgeux qui remporte un grand succès. En 1774, pour se guérir d’une déception amoureuse, il écrit les Souffrances du jeune Werther, qui le rendra célèbre dans toute l’Europe (provoquant même une épidémie de suicide à l’image de la mort de son héros. Werther a été adapté à l’opéra par Massenet en 1892.

    En 1776, le duc de Saxe-Weimar l’invite à sa cour. C’est là qu’il s’attachera à Charlotte von Stein. Hormis une escapade italienne entre 1786 et 1788, il ne quittera plus Weimar. En 1777, il rédige deux livrets d’opérettes, Erwin und Elmire et Lila.

    En 1780, il s’empare du mythe de Faust en faisant paraître son premier livre de Faust.

    En 1784, il écrit encore un singspiel, Scherz, List und Rache qui sera, comme ses opérettes, un échec. Son problème en tant que librettiste vient du fait qu’il donne la priorité au livret, la musique ne devant servir que d’ornement au texte. Or, ce n’est pas du tout comme cela que l’opéra fonctionne ! Il fera encore quelques essais au début des années 1790.

    Suivront Iphigénie en 1786, Egmont en 1787, Torquato Tasso en 1789, et un roman Wilhelm Meister (1794-1796), ainsi qu’un cycle poétique, les Élégies romaines (1789-1795).

    En 1806, il régularise sa situation avec Christiane Vulpius, avec qui ils auront cinq enfants. Christiane mourra en 1816.

    Goethe se lie d’amitié avec Schiller, qu’il avait fait venir de Iéna à Weimar. Après la mort de celui-ci, Goethe écrit encore les Affinités électives (1809) et le Divan oriental, un nouveau cycle de poèmes (1814-1819). Les Affinités électives donneront lieu à Mignon, opéra d’Ambroise Thomas.

    Goethe meurt à l’âge de 83 ans le 22 mars 1832, peu de temps après avoir achevé le second Faust, qui ne sera publié qu’à titre posthume. Ainsi au cours de sa longue vie, il aurait pu voir naître et mourir le classique Mozart (1756-1791), qu’il admirait, le préromantique Beethoven (1770-1827) et le très romantique Schubert (1797-1828).

    Outre les adaptations à l’opéra de ses pièces de théâtre, son œuvre littéraire sera abondamment mise en musique par les compositeurs, qu’ils soient romantiques :

    • Beethoven (Ouverture d’Egmont),

    Beethoven ouverture d'Egmont

    • Schubert (près de 70 lieder écrits sur des textes de Goethe, dont Le roi des Aulnes ou Marguerite au rouet),

    Scubert Marguerite au rouetCliquez sur l’image

    ou postromantiques :

    • Wagner (ouverture de Faust),

    Wagner Ouverture de FaustCliquez sur l’image

    • Brahms et sa Rhapsodie pour alto (écrite pour le mariage d’une des filles de Robert et Clara Schumann),

    Brahms Rhapsodie pour altoCliquez sur l’image

    • Wolff (et ses quelque 50 Goethe Lieder).
    littérature, Oulipo, Poésie

    LE BATEAU IVRE, de RIMBAUD (Quatrains 11 à 15)

    Après les première et seconde tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la troisième tranche, soit les quatrains 11 à 15. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

    Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois.

    J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
    Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
    Sans songer que les pieds lumineux des Maries
    Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

    Verdi Otello ouvertureCliquez sur la tempête

    J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
    Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
    D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
    Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

    Falvetti Il Diluvio Universale Ecci l'Iride pacieraCliquez sur l’image

    J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
    Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
    Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
    Et les lointains vers les gouffres cataractant !

    Copland Appalachian SpringCliquez sur l’image

    Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !

    Schubert An die Sonne D. 439Cliquez sur l’hymne au soleil (d’argent ?)

    Échouages hideux au fond des golfes bruns
    Où les serpents géants dévorés des punaises
    Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

    J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
    Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
    – Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
    Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

    Mozart Idoménée Zefiretti lusinghieriCliquez sur le zéphir léger

    Citations musicales :

    La houle à l’assaut des récifs : Verdi, scène d’ouverture d’Otello

    Des arcs-en-ciel : Falvetti Il Diluvio universale

    Soleils d’argent : Schubert Am die Sonne

    Les gouffres cataractants : Copland Appalachian Spring

    D’ineffables vents : Mozart Idoménée « Zefiretti lusinghieri »

    Rendez-vous début août pour la quatrième tranche du Bateau ivre.

    littérature, Oulipo, Poésie

    LE BATEAU IVRE, de RIMBAUD (QUATRAINS 6 A 10)

    Après la première tranche du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la deuxième tranche, soit les quatrains 6 à 10. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

    Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois.

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer
    , infusé d’astres, et lactescent,
    Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

    Chausson poème de l'amour et de la merCliquez sur le poème de la mer

    Britten Peter Grimes scène finaleCliquez sur le chœur final de Peter Grimes

    Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
    Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
    Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
    Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

    Poulenc Apollinaire MarieCliquez sur l’image

    Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
    Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
    L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
    Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

    Wagner Parsifal finalCliquez sur l’image

    J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
    Illuminant de longs figements violets,
    Pareils à des acteurs de drames très antiques
    Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

    monteverdi couronnement de Poppée prologueCliquez sur l’image

    J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
    Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs,
    La circulation des sèves inouïes,
    Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

    pour avoir la suite dubateau ivre, cliquez sur les quatrains 11 à15.

    Citations musicales :

    Le Poème de la mer : Chausson Poème de l’amour et de la mer.

    un noyé pensif parfois descend : Britten, Peter Grimes. À la fin de cet opéra, Peter Grimes, le marin qui pense trop, part se noyer dans la mer.

    l’alcool : Poulenc Alcools sur des poèmes de Guillaume Apollinaire.

    Un peuple de colombes : Wagner Parsifal « final ». À la toute fin de Parsifal, une colombe apparaît dans les cieux et vole au-dessus de la tête de Parsifal. Celui-ci devient alors le roi chargé de garder le Saint-Graal.

    drames très antiques : Dans le prélude du Couronnement de Poppée, de Monteverdi, la Fortune et la Vertu se disputent pour savoir qui d’entre elles gouvernera les humains. Mais Amour les départage, c’est lui qui règne sur le cœur des hommes. N’est-ce point là le résumé du drame le plus antique qui soit ?

    La circulation des sèves : Dans Like Flesh, de Sivan Eldar, l’étudiante se transforme peu à peu en arbre, et la compositrice traduit de manière impressionnante cette circulation inouïe de la sève.

    Eldar Like Flesh Teaser de l'IRCAM

    Cliquez ici pour avoir la troisième tranche (quatrains 11 à 15).