(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
« Il était un roi de Thulé, qui jusqu’au tombeau fut fidèle ».
Récemment, le pianiste et chef d’orchestre Clément Mao-Takacs nous proposait quelques versions musicales de la célèbre ballade du grand Goethe, publiée en 1782. L’idée m’a plu, et il m’a permis de la reprendre pour mon blog.
Après avoir fini le Bateau ivre, de Rimbaud, je vous propose de rester encore un peu avec ce poète, avec un autre de ces poèmes parmi les plus connus : le Dormeur du val, écrit alors que Rimbaud n’avait que seize ans !
(Rappel du principe : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
un enfant malade : Dans Jenufa de Janacek, la belle-mère de Jenufa profite de la forte fièvre qui cloue l’héroïne au lit pour lui voler son bébé, et le noyer dans la rivière gelée.
Les parfums : DebussyPréludes « Les sons et les Parfums tournent dans l’air du soir ».
Ce mois-ci, c’est Sabrina qui nous guide pour l’agenda Ironique. Le sujet en est :
Ce mois de septembre étant placé sous le signe de la rentrée scolaire, je vous propose donc de parler d’un souvenir d’école ! Alors, l’école au sens large, ça peut être l’école de Pennac, l’école buissonnière, l’école de la vie, l’école des fans (pourquoi pas) et même, soyons fous, l’école militaire, je ne suis pas sectaire. Ce souvenir sera réel, fictif, douloureux, joyeux, inventé, absurde, drôle ou impétueux, vous choisissez la forme qui vous sied pour nous le partager.Quelques petites contraintes bien sûr car sinon cela n’est pas amusant ! Il faudra pour raconter ce souvenir, incorporer quelques mots à retourner dans tous les sens : rapporteur / pion / colle / ligne / cour (ou cours ou court ou courre ) et rythme ! Ayant un passif dans l’éducation nationale (on a tous nos petits défauts), il faudra s’amuser à détourner au minimum un des fameux sigles qui composent ce joli jargon académique qui fait la joie des professeurs.
Et pour les plus téméraires, qui souhaitent du rab de devoirs, ajoutez à votre agenda cette petite phrase extraite de ma lecture du moment : « cela donnait le sentiment d’appartenir à une multitude à la fois statique et chatouilleuse » (ça vient de « Personne n’a peur des gens qui sourient » de Véronique Ovaldé).
Mais c’est tellement mieux esspliqué chez Sabrina, allez y voir !
Or donc, il me revient qu’étant enfant, ma petite sœur avait appris dans la cour de l’école une belle chanson, où il était question d’école, de lune et des étoiles, et de chemin de fer qui se promenait. Vous l’avez peut-être reconnue, il s’agissait du poème de Prévert, en Sortant de l’école, mis en musique par Kosma. J’ai demandé au grand rapporteur de la poésie ce qu’il disait, ce poème ? La réponse est dans les lignes suivantes :
En sortant de l’école Nous avons rencontré Un grand chemin de fer Qui nous a emmenés Tout autour de la terre Dans un wagon doré
Tout autour de la terre Nous avons rencontré La mer qui se promenait Avec tous ses coquillages Ses îles parfumées Et puis ses beaux naufrages Et ses saumons fumés
Puis au-dessus de la mer Nous avons rencontré La lune et les étoiles Sur un bateau à voiles Partant pour le Japon Et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main Tournant la manivelle d’un petit sous-marin Plongeait au fond des mers Pour chercher des oursins
Revenant sur la terre Nous avons rencontré Sur la voie du chemin de fer Une maison qui fuyait Fuyait tout autour de la terre Fuyait tout autour de la mer Fuyait devant l’hiver Qui voulait l’attraper Mais nous sur notre chemin de fer On s’est mis à rouler Rouler derrière l’hiver Et on l’a écrasé Et la maison s’est arrêtée Et le printemps nous a salués
C’était lui le garde-barrière Et il nous a bien remerciés Et toutes les fleurs de toute la terre Soudain se sont mises à pousser Pousser à tort et à travers Sur la voie du chemin de fer Qui ne voulait plus avancer De peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied À pied tout autour de la terre À pied tout autour de la mer Tout autour du soleil De la lune et des étoiles À pied, à cheval, en voiture et en bateau à voiles
Peut-être à la lecture de cet article trouverez-vous que tout ceci appartient à une multitude à la fois statique et chatouilleuse, si c’était le cas, j’aurais bien de la chance. Et si un pion me lit et me désapprouve, par pitié, pas d’heure de colle !
Citations musicales :
Un grand chemin de fer : Honegger Pacific 231. Dans cet hymne à la modernité, Honegger épouse les rythmes de cette fameuse locomotive, alors que le SNCF (Syndicat National des Cancres en Folie) n’existait pas encore.
En 1822, il épouse Adèle Foucher, avec qui il aura 5 enfants, Léopold (1823), mort à quelques mois, Léopoldine (1824), Charles (1826), François-Victor (1828) et Adèle (1830).
Chef de file du romantisme français, il crée le scandale en 1830 avec son Hernani. Cette pièce sera adaptée à l’opéra par Verdi, avec Ernani (1844). En 1832, c’est le Roi s’amuse, pièce qui sera adaptée à nouveau par Verdi avec Rigoletto (1853).
Hugo fréquente Berlioz, Liszt, Meyerbeer ou encore Delacroix et Sand, et madame Hugo, se sentant délaissée, commence une liaison avec Sainte-Beuve en 1832.
En 1833, Hugo entame une liaison avec Juliette Drouet, liaison qui durera 50 ans. Il écrit Lucrèce Borgia, qui sera adapté par Donizetti dès cette même année 1833 avec Lucrezia Borgia.
Victor Hugo a participé à la mise en musique de ses œuvres puisqu’il a écrit lui-même en 1836 le livret de La Esmeralda, un opéra composé par Louise Bertin. Il s’agit évidemment d’une adaptation de son roman Notre-Dame de Paris (1831).
C’est ce même livret qui servira à Dargomyjsky, un élève de Glinka pour son Esméralda (1839).
En 1841, Hugo entre à l’Académie française.
En 1843, l’année où il publie les Burgraves, sa fille Léopoldine meurt à l’âge de 19 ans. Ce drame affectera durablement Victor.
Victor Hugo était engagé politiquement dans son siècle et en 1848, il est élu député de Paris à l’Assemblée législative. En 1851, il est membre du Comité de résistance contre le coup d’État puis doit se réfugier en Belgique.
En 1852, il fait paraître Napoléon le petit, et s’installe à Jersey.
En 1862, il fait paraître les Misérables.
En 1870, Victor Hugo peut enfin rentrer à Paris, et en 1871, il est à nouveau élu député de Paris. Il perd son fils Charles.
En 1873, nouvelle disparition avec celle de son fils François-Victor.
En 1872, c’est Massenet qui écrit son premier opéra Don César de Bazan, d’après une pièce de Dumanoir, elle-même bâtie autour d’un des personnages de Ruy Blas (1838). On peut noter que Mendelssohn a écrit une ouverture pour Ruy Blas, et ce dès 1839 pour les représentations en allemand de cette pièce.
Un peu plus tard, Ponchielli adapte Angelo, tyran de Padoue (1835) pour son opéra La Gioconda (1876). On peut voir une adaptation complètement déjantée de la « Danse des heures » de cet opéra dans le dessin animé Fantasia de Walt Disney. Cette même année, le Russe César Cui créait son Angelo, opéra également inspiré par Angelo, tyran de Padoue.
En 1883, c’est la disparition de sa fidèle Juliette Drouet.
Hugo meurt le 22 mai 1885 à Paris, à l’âge de 83 ans. On lui fait des obsèques nationales, et plus de deux millions de personnes se pressent dans Paris pour suivre son cercueil.
En 2013, Robert Badinter et Thierry Escaich créent l’opéra Claude, d’après la pièce Claude Gueux, reprenant ainsi le combat de Victor Hugo en faveur de l’abolition de la peine de mort.
Cliquez sur l’image
Il faut encore noter que, en dehors du champ opératique, Hugo a écrit des romans et beaucoup de poésie (la Légende des Siècles, les Orientales…) et de très nombreux poèmes de Victor ont été mis en musique, que ce soit par Liszt, Gounod, Fauré, Saint-Saëns… ou Brassens !
Dans un des poèmes des Orientales (1829), Hugo nous décrit la chevauchée de Mazeppa. Pour VH, Mazeppa est le symbole du génie qui, lancé dans une course effrénée, « court, vole, tombe, et se relève roi ».
Ce thème a particulièrement inspiré Franz Liszt, qui s’y est pris à quatre reprises pour traduire le poème en musique, en insistant sur le symbole final. Les trois premières versions correspondent aux trois versions des Douze études, redoutablement difficiles. La quatrième version est le poème symphonique Mazeppa.
Enfin, si on considère que la comédie musicale est l’adaptation du genre opéra à la fin du XXe siècle (i.e. le fait de raconter une histoire en la faisant chanter et danser par ses interprètes), l’œuvre d’Hugo figure toujours en très bonne place, puisque Les Misérables (1980) et Notre-Dame de Paris (1999) sont deux des plus grands succès du genre. On retrouve également Disney dans son dessin animé le Bossu de Notre-Dame, encore une adaptation de Notre-Dame de Paris (même si VH n’apparaît pas au générique de ce film).
Et si vous aimez les surprises, pourquoi ne pas cliquer sur le bonus surprise mystère ?
Après les première , deuxième, troisième et quatrième tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la cinquième et dernière tranche, soit les quatrains 21 à 25. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)
Aujourd’hui donc, la suite et la fin de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois (Arthur, si tu me lis, pardonne-moi !).
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais, Fileur éternel des immobilités bleues, Je regrette l’Europe aux anciens parapets !
J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : – Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles, Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes, Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
Après les première , deuxième et troisième tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la quatrième tranche, soit les quatrains 16 à 20. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)
Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois (Arthur, si tu me lis, pardonne-moi !)
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds. Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir, à reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau, Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;
Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, Des lichens de soleil et des morves d’azur ;
Qui courais, taché de lunules électriques, Planche folle, escorté des hippocampes noirs, Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Une femme à genoux : Poulenc, Stabat Mater. Cette femme à genoux pourrait être la Vierge Marie, pleurant au pied de la Croix.
Des noyés descendaient : Dans Jenufa, de Janacek, la marâtre de Jenufa profite de la maladie de celle-ci pour lui voler son bébé et aller le noyer dans les eaux de la rivière qui va bientôt geler.
La carcasse ivre d’eau : Dans Peter Grimes de Britten, le héros accusé par les villageois d’avoir tué ses mousses finit par prendre la mer avec son bateau et le fait couler au large.
Lunules électriques: Hersant, Les Éclairs. Dans cette adaptation à l’opéra du roman Des Éclairs de Jean Echenoz, le héros est l’inventeur Nikola Tesla, célèbre pour ses inventions dans le domaine de l’électricité.
Johann Wolfgang Goethe naît à Francfort le 28 août 1749. Il suit des études de droit à Leipzig puis à Strasbourg, et fonde le mouvement Sturm und Drang (Tempête et Passion), une réaction au siècle des Lumières finissant qui débouchera sur le romantisme.
En 1773, il écrit un premier drame, Götz von Berlichingen, drame moyenâgeux qui remporte un grand succès. En 1774, pour se guérir d’une déception amoureuse, il écrit les Souffrances du jeune Werther, qui le rendra célèbre dans toute l’Europe (provoquant même une épidémie de suicide à l’image de la mort de son héros. Werther a été adapté à l’opéra par Massenet en 1892.
En 1776, le duc de Saxe-Weimar l’invite à sa cour. C’est là qu’il s’attachera à Charlotte von Stein. Hormis une escapade italienne entre 1786 et 1788, il ne quittera plus Weimar. En 1777, il rédige deux livrets d’opérettes, Erwin und Elmire et Lila.
En 1780, il s’empare du mythe de Faust en faisant paraître son premier livre de Faust.
En 1784, il écrit encore un singspiel, Scherz, List und Rache qui sera, comme ses opérettes, un échec. Son problème en tant que librettiste vient du fait qu’il donne la priorité au livret, la musique ne devant servir que d’ornement au texte. Or, ce n’est pas du tout comme cela que l’opéra fonctionne ! Il fera encore quelques essais au début des années 1790.
Suivront Iphigénie en 1786, Egmont en 1787, Torquato Tasso en 1789, et un roman Wilhelm Meister (1794-1796), ainsi qu’un cycle poétique, les Élégies romaines (1789-1795).
En 1806, il régularise sa situation avec Christiane Vulpius, avec qui ils auront cinq enfants. Christiane mourra en 1816.
Goethe se lie d’amitié avec Schiller, qu’il avait fait venir de Iéna à Weimar. Après la mort de celui-ci, Goethe écrit encore les Affinités électives (1809) et le Divan oriental, un nouveau cycle de poèmes (1814-1819). Les Affinités électives donneront lieu à Mignon, opéra d’Ambroise Thomas.
Goethe meurt à l’âge de 83 ans le 22 mars 1832, peu de temps après avoir achevé le second Faust, qui ne sera publié qu’à titre posthume. Ainsi au cours de sa longue vie, il aurait pu voir naître et mourir le classique Mozart (1756-1791), qu’il admirait, le préromantique Beethoven (1770-1827) et le très romantique Schubert (1797-1828).
Outre les adaptations à l’opéra de ses pièces de théâtre, son œuvre littéraire sera abondamment mise en musique par les compositeurs, qu’ils soient romantiques :
Beethoven (Ouverture d’Egmont),
Schubert (près de 70 lieder écrits sur des textes de Goethe, dont Le roi des Aulnes ou Marguerite au rouet),
Après les première et seconde tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la troisième tranche, soit les quatrains 11 à 15. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)
Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois.
J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries Hystériques, la houle à l’assaut des récifs, Sans songer que les pieds lumineux des Maries Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !
J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !
J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces, Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Échouages hideux au fond des golfes bruns Où les serpents géants dévorés des punaises Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !
J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants. – Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.
Après la première tranche du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la deuxième tranche, soit les quatrains 6 à 10. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)
Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème De la Mer, infusé d’astres, et lactescent, Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires Et rythmes lents sous les rutilements du jour, Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres, Fermentent les rousseurs amères de l’amour !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes Et les ressacs et les courants : je sais le soir, L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes, Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !
J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques, Illuminant de longs figements violets, Pareils à des acteurs de drames très antiques Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs, La circulation des sèves inouïes, Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
Un peuple de colombes : WagnerParsifal « final ». À la toute fin de Parsifal, une colombe apparaît dans les cieux et vole au-dessus de la tête de Parsifal. Celui-ci devient alors le roi chargé de garder le Saint-Graal.
drames très antiques : Dans le prélude du Couronnement de Poppée, de Monteverdi, la Fortune et la Vertu se disputent pour savoir qui d’entre elles gouvernera les humains. Mais Amour les départage, c’est lui qui règne sur le cœur des hommes. N’est-ce point là le résumé du drame le plus antique qui soit ?
La circulation des sèves : Dans Like Flesh, de Sivan Eldar, l’étudiante se transforme peu à peu en arbre, et la compositrice traduit de manière impressionnante cette circulation inouïe de la sève.