Histoire de l'opéra, littérature

LE VÉRISME

Mouvement limité à une vingtaine d’années et à l’Italie, le vérisme a pourtant produit quelques chefs-d’œuvre de l’opéra.

Le vérisme est né en Italie à la fin du XIXe siècle, par opposition au romantisme et post-romantisme mettant en scène des héros trop éloignés de la vie quotidienne des spectateurs. C’est en musique un prolongement du mouvement naturaliste fondé par Zola en France, qui vise à nous parler de la vraie vie des vraies gens.

Le premier succès dû au vérisme est Cavalleria Rusticana (1890) de MASCAGNI (1863 – 1945).

Mascagni Cavalleria CarusoCliquez sur l’image

Viendront ensuite Pagliacci (Paillasse) (1892) de LEONCAVALLO (1857 – 1919),

Leoncavallo Paillasse PavarottiCliquez sur Paillasse

puis Andrea Chenier (1896) de GIORDANO (1867 – 1948)

Giordano Andréa Chénier (WrSO)Cliquez sur Maddalena

et Adrienne Lecouvreur (1902) de CILEA (1856 – 1950).

Cilea Adriana LecouvreurCliquez sur Adrienne Lecouvreur

De par son sujet, la Bohème de PUCCINI (1858 – 1924) ressort également du vérisme, mais on classe toute son œuvre dans le vérisme.

En France, parmi les représentants du vérisme (ou naturalisme), citons BRUNEAU (1857 – 1934) qui a travaillé avec Zola (Le Rêve – 1891) et CHARPENTIER (1860 – 1956) et son « roman musical » Louise (1900).

Divers, histoire

LES OUVERTURES DE WAGNER

​Dans le découpage d’un opéra figure l’ouverture. Historiquement, les ouvertures étaient des morceaux de musique que l’on mettait avant que l’action ne commence. Elles permettaient aux retardataires de s’installer sans trop perturber le spectacle.

C’est à peu près avec MOZART que l’ouverture devient un morceau à part entière de l’opéra, avec l’introduction des thèmes principaux.

Ainsi, les ouvertures de WAGNER sont particulièrement développées, et ceci dès le Vaisseau fantôme (1842). Elles exposent les leitmotivs, c’est-à-dire des cellules musicales qui servent de base à la narration musicale, en parallèle à la narration dramatique du livret.

Commençons par l’ouverture de Tannhäuser (1845).

Wagner Tannhaüser ouverure SoltiCliquez sur l’image

Viendront ensuite le prélude de Lohengrin (1850),

Wagner Lohengrin préludeCliquez sur l’image

le prélude de Tristan und Isolde (1858 – 1859)

Wagner Tristan prélude mehtaCliquez sur l’image

et l’ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg (1861 – 1867).

Wagner Die Meistersinger von Nürnberg OuvertureCliquez sur l’orchestre

Terminons ce billet avec le prélude de Parsifal (1882), ce « drame sacré » qui est le dernier opéra de Wagner.

Wagner Parsifal préludeCliquez sur l’image

P.S. Je me suis limité ici aux cinq opéras qui seront donnés cette année au festival de Bayreuth, mais je reviendrai ultérieurement sur les ouvertures « de jeunesse » de Wagner.

histoire, littérature, Philosophie

LOUIS XV ET L’OPÉRA

Après mon billet sur Louis XIV, intéressons-nous à son successeur, Louis XV (1710 – 1774). Petit-fils de Louis XIV, il a cinq ans à la mort de celui-ci. Il y a donc une période de régence avant sa majorité (le jour de ses quatorze ans) et son accession au trône.

La période du règne de Louis XV est extrêmement intéressante par le bouillonnement intellectuel qui s’y déroule, période qui assure la transition entre la monarchie absolue que pouvait représenter Loulou XIV et le début de la fin de la monarchie avec Louis  XVI.

Dans le domaine des idées, c’est l’époque des encyclopédistes avec des penseurs tels que DIDEROT et D’ALEMBERT, mais aussi VOLTAIRE et ROUSSEAU. Pour la musique, c’est l’époque de la querelle des lullistes et des ramistes, qui a opposé le style ancien hérité de LULLY et le style nouveau apporté par RAMEAU. C’est aussi la querelle des Bouffons, qui opposa Rameau et Rousseau.

Parmi les compositeurs qui ont œuvré durant le règne de Louis XV, le plus connu est probablement Jean-Philippe RAMEAU (1683 – 1764) qui a écrit La Princesse de Navarre sur un livret de VOLTAIRE, œuvre jouée pour le premier mariage du dauphin Louis (le père de Louis XVI) en 1745, et les Fêtes de l’hymen et de l’amour, opéra-ballet donné pour le second mariage du dauphin en 1747.

Rameau les Fêtes de l'HymenCliquez sur l’image

En 1752, à l’occasion d’une représentation du Mariage secret de PERGOLÈSE à Paris débuta la querelle des Bouffons. En fait derrière cette querelle, c’est une opposition de style profonde qui se révélait, entre Rousseau intéressé par l’expression mélodique qui était « naturelle » et Rameau, plus occupé par l’harmonie que par la mélodie, c’est-à-dire par une conception « culturelle » de la musique. On était donc en pleine opposition nature/culture. Dans cette querelle qui a occupé bien des intellectuels à cette époque, la reine a soutenu le clan des Siciliens Italiens alors que le roi et la Pompadour soutenaient le clan des Français.

Un autre compositeur, moins connu, était Antoine DAUVERGNE (1713 – 1797). Compositeur d’œuvres orchestrales, il passe à la scène avec Enée et Lavinée (1758), sur un livret de FONTENELLE, Hercule mourant (1761) ou encore Persée (1770) sur le livret que QUINAULT avait écrit pour Lully un siècle auparavant. Devenu directeur de l’académie Royale de Musique (l’ancêtre de notre Opéra de Paris), c’est lui qui fera jouer GLUCK quand il viendra à Paris, « recommandé » par son ancienne élève en Autriche, Marie-Antoinette.

Dauvergne Hercule mourantCliquez sur l’image

André GRÉTRY (1741 – 1813) est un compositeur né à Liège qui, ayant fait ses études musicales à Rome, se trouve donc au cœur de l’opposition entre l’école italienne et l’école française. Il quitte Rome pour Genève, et c’est dans cette ville qu’il rencontre Voltaire qui le pousse à venir à Paris. Là, il commence une collaboration avec MARMONTEL. Leur première œuvre commune, Le Huron (1768) d’après l’Ingénu de Voltaire, conduit immédiatement Grétry au succès, succès qui se poursuivra avec Zémire et Azor (1771) et qui lui vaudra une rente royale. Dans La Dame de pique, TCHAÏKOVSKI fait chanter à la vieille comtesse russe un air de sa jeunesse, quand elle vivait à Paris, et rencontrait le roi et la marquise de Pompadour. Cet air est une citation du Richard Cœur de Lion de Grétry.

Grétry Richard Coeur de lion je crains de lui parlerCliquez sur l’image

À Versailles, Louis XV a continué la tâche de Louis XIV en faisant construire sur le domaine l’Opéra Royal, qui sera inauguré en 1770.

Louis XV meurt en 1774, l’année où GLUCK, arrivé à Paris en 1773, donne Iphigénie en Aulide (cinq ans avant son Iphigénie en Tauride).

Gluck Iphigénie en Aulide ouvertureCliquez sur l’image

Enfin, on peut noter que dans le délicieux L’Enfant et les sortilèges, COLETTE et RAVEL font discuter un fauteuil et une bergère Louis XV.

Ravel Enfant et Sortilège bergèreCliquez sur le fauteuil et la bergère Louis XV

Divers, Histoire de l'opéra, Religion

ILS ONT ÉCRIT DES REQUIEMS

Musique funèbre, messe des morts, le Requiem est une forme musicale prisée des compositeurs (ils en ont écrit plus de mille). Parmi eux, les compositeurs d’opéras ne se sont pas privés pour écrire des requiems, comme celui archiconnu de MOZART.

Basés, notamment, sur le très ancien thème grégorien (XIIIe siècle) Dies Irae, Dies illa, les requiems ont vocation à faire peur de l’enfer à ceux qui restent.

Grégorien Dies IraeCliquez sur l’image

Je vous propose ici quelques requiems écrits par des compositeurs d’opéras.

À la mort de BELLINI en 1835, son rival et ami DONIZETTI écrit un requiem à sa mémoire.

Donizetti Requiem dies iraeCliquez sur l’image

En 1837 BERLIOZ écrit sa Grande messe des morts pour l’exécution de laquelle il rêvait de moyens pléthoriques, 200 instrumentistes et 500 ou 600 choristes.

Berlioz requiem tuba mirumCliquez sur l’image

Le requiem de Verdi (1874) est également très théâtral.

Verdi Requiem tuba mirumCliquez sur les trompettistes du jugement dernier

Parmi les requiems devenus classiques, j’ai un gros faible pour le requiem allemand de BRAHMS, avec son ostinato de timbales, et j’en profite pour citer ici ce musicien qui, n’ayant pas composé d’opéra, trouve rarement sa place sur ce blog.

Brahms RequiemCliquez sur l’image

Le requiem de DVORAK date de 1890.

Dvorak requiem

Gabriel FAURÉ, l’auteur de Pénélope, a écrit en 1888 un requiem à la mémoire de sa mère qui, tout en douceur, est à l’opposé de ceux de Berlioz et Verdi. Encore une de mes œuvres préférées, peut-être  parce que c’est la première que j’ai eu l’occasion de chanter.

Fauré Requiem IntroïtCliquez sur l’image

Le War Requiem (1962) de BRITTEN n’est pas une messe des morts. Il s’agit d’une œuvre à double chœur et double orchestre où alternent les parties liturgiques « classiques » et une mise en musique d’un poème d’OWEN, faisant dialoguer entre eux deux soldats morts pendant la guerre de 14 – 18 et dénonçant l’absurdité des guerres.

Britten War Requiem SanctusCliquez sur l’image

Deux ans plus tard, c’est le français Olivier MESSIAEN qui compose un requiem à la mémoire des morts des deux guerres mondiales, son Et expecto resurrectionem mortuorum (et j’attends la résurrection des morts).

messiaen et exspecto resurrectionem mortuorum

J’aurais voulu aussi vous parler de GOUNODSAINT-SAËNS ou DVORAK, mais ce billet aurait pris trop d’ampleur. Je me réserve de parler de leurs requiems dans les billets que j’écrirai à leur sujet.

Compositeurs, Histoire de l'opéra

Christoph Willibald GLUCK (1714 – 1787)

Christoph Willibald GLUCK est né à Erasbach en Bohème le 2 juillet 1714.

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Fils d’un garde-chasse, Gluck étudie la musique comme enfant de chœur dans un collège de jésuites, où il apprend le chant, le clavecin, l’orgue et le violon. Il se rend à Prague en 1732, où il complète ses études et gagne sa vie comme violoniste.

En 1736, il part à Vienne, où il se fait remarquer par le prince MELZI, qui l’emmène à Milan. Il fait ses débuts au théâtre en 1741 avec Artaserse, qui est un grand succès suivi d’autres commandes. Il écrit alors une vingtaine d’opéras serias (dans le style italien) pour Londres, Copenhague, Prague, Vienne, Rome, etc., œuvres qui n’ont pas été conservées.

Gluck est appelé à Londres en 1745. Il passe par Paris, où il entend des opéras de RAMEAU, et arrive à Londres alors qu’y triomphe HAENDEL.

Il quitte Londres pour Vienne où il donne Semiramide (1748) et où il se marie en 1750. En 1754, il obtient un poste de Kappelmeister à Vienne. Son style évolue alors vers l’opéra-comique français, ses livrets lui étant envoyés de Paris par FAVART. C’est ainsi qu’en 1760, il écrit l’Ivrogne corrigé d’après LA FONTAINE. En 1761, il fait la connaissance du librettiste Calzabigi. De leur collaboration naîtra Orfeo ed Euridice (1762) qui est une révolution pour l’époque, la primauté étant donnée à l’action et l’expression des sentiments plutôt qu’à la virtuosité des chanteurs. Orfeo est suivi par Alceste en 1767.

gluck orfeo che faro senza EuridiceCliquez sur l’image

Mais Gluck veut triompher à Paris. (Comme Haendel, musicien allemand ayant composé en Angleterre des opéras écrits en italien, Gluck musicien bohème est parti en France écrire des opéras en français, après avoir composé des opéras en italien à Vienne). L’ambassadeur de France à Vienne lui propose un livret sur Iphigénie en Aulide, d’après Racine, et recommande Gluck à Antoine DAUVERGNE, le directeur de l’Académie royale de musique. En fin politique, Gluck demande également sa protection à sa compatriote Marie-Antoinette, qui l’appelle à Paris en 1773. Iphigénie en Aulide est créé en 1774, la même année que sa réécriture d’Orphée en français. En 1776 paraît la version française d’Alceste, opéra que Gluck avait créé pour Vienne en 1767.

Gluck alceste ombres, larves ...Cliquez sur l’image

Après des débuts laborieux, le succès va croissant. En 1777 paraît Armide, que Gluck a écrit sur le même livret que LULLY un siècle auparavant. C’est un immense succès. En 1779, c’est le triomphe d’Iphigénie en Tauride, qui avait été mis en compétition entre Gluck et son rival PICCINI. Ce triomphe fut terni par l’échec de son opéra suivant, Écho et Narcisse (1779). Il se retire à Vienne, et n’écrira plus pour le théâtre. Victime de plusieurs attaques cérébrales, il meurt à Vienne le 15 novembre 1787.

On peut noter que ses différentes déclarations sur la musique dramatique, opposant la conception française et la conception italienne de l’art dramatique contribueront à la naissance de la querelle des bouffons.

Dans les 30 ans qui séparent RAMEAU de Gluck, la philosophie des Lumières est passée par là, et on passe du baroque de Rameau au préromantisme de Gluck, dont l’influence s’exercera sur les compositeurs à venir tels que BERLIOZ ou WAGNER. On considère ainsi qu’il est le premier compositeur à s’être servi des deux langages, musique et texte, pour raconter simultanément deux histoires différentes (cf. l’air : « Le calme rentre dans mon cœur » de Iphigénie en Tauride), presque un siècle avant Wagner, qui révérait Gluck. Il faut noter aussi le resserrement de l’action, et l’importance redonnée aux chœurs, qui sont là pour souligner et commenter l’action, comme dans le théâtre antique.

Gluck iphigénie en Tauride la calme rentre...Cliquez sur Oreste

Bande dessinée, histoire, littérature

UN OPÉRA DE PAPIER (Edgar P. JACOBS)

À l’occasion de la sortie du nouvel album des aventures de Blake et Mortimer, le dernier Pharaon, par François SCHUITEN, il m’est revenu qu’avant d’être dessinateur, E.P.JACOBS (1904 – 1987), le créateur de la série, était baryton.

Il a raconté ses souvenirs dans sa biographie, Un Opéra de papier (Gallimard, 1981), où on apprend qu’après avoir découvert Faust à la Monnaie de Bruxelles, il se fait à tout le répertoire français, italien et allemand pour arriver aux « modernes », Pelléas de DEBUSSY, Marouf de RABAUD et l’Heure espagnole de RAVEL.

Se découvrant une jolie voix de baryton, il entre en 1921 comme figurant puis comme choriste à la Monnaie, où il débute dans Guillaume Tell de ROSSINI, avant de jouer les gardes dans Carmen, Aïda ou Salomé. Après ces rôles de figuration, il commence dans le chant en tant que choriste dans la revue de… MISTINGUETT !

À la saison suivante il chante, enfin, dans les chœurs de la Monnaie où il a l’occasion de jouer de petits rôles, tel celui de Sylvio dans Paillasse.

leoncavallo paillasse duo Sylvio NeddaCliquez sur Sylvio et Nedda

En 1929, il obtient son grand prix de chant et entre immédiatement à l’opéra de Lille où il débute dans le rôle de Brétigny, de Manon. Il a chanté le Méphistophélès de La Damnation de Faust de BERLIOZ,

jacobs méphisto

ou encore le rôle de Frédéric dans Lakmé de DELIBES.

Delibes lakmé quand une femme est si jolieCliquez sur l’image

Las, la crise de 1929 – 1930 fait que la France ferme ses frontières aux étrangers et Jacobs est obligé de repartir en Belgique.

Dès lors, il exerce de plus en plus ses talents d’illustrateurs jusqu’à ce qu’en 1942, on lui demande d’achever les Aventures de Flash Gordon, dont les planches venues des États-Unis n’arrivaient plus en Belgique. En 1943, il entre au studio Hergé et en 1948, il fait partie de la création du journal Tintin, où il commence les aventures de Blake & Mortimer.

HERGÉ s’amusera à le faire apparaître dans ses albums de Tintin & Milou.

On le voit ainsi sur la couverture des Cigares du pharaon, sous le pseudonyme transparent d’E.P.Jacobini ou dans le bas de la page 38 du Sceptre d’Ottokar, où il est représenté discutant avec Hergé.

hergé jacobs

On le trouve aussi dans l’Affaire Tournesol sur l’affiche du Faust de Gounod, où il partage la vedette avec La Castafiore L’Affaire Tournesol.

Pour revenir à Blake & Mortimer, notons que l’album S.O.S. Météores débute place de l’Opéra à Paris.

jacobs SOS météores opéraCliquez sur le palais Garnier

Dans le dernier Pharaon, quand Mortimer pénètre enfin dans le palais de Justice de Bruxelles, il entend Aïda de VERDI, dans ce qui est probablement un hommage de Schuiten au passé lyrique de Jacobs.

jacobs pharaon aïdaCliquez sur Mortimer

(Sources : Edgar P.Jacobs, Un opéra de papier, Gallimard, 1981

Blake et Mortimer, Œuvres complètes, éditions Blake et Mortimer

Hergé, les Aventures de Tintin et Milou, éditions Casterman).

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LE COURONNEMENT DE POPPÉE, de MONTEVERDI (1643)

Aujourd’hui, retour aux sources de l’opéra avec Le Couronnement de Poppée (L’incoronazione di Poppea), de MONTEVERDI.

Drame musical de Monteverdi créé début 1643 à Venise, l’année de la mort de Monteverdi. L’argument en est tiré des œuvres de TACITE.

Prologue : La Fortune et la Vertu se disputent la suprématie sur les humains. L’Amour les départage, c’est lui qui règne sur le cœur des hommes. Il en donne pour exemple l’histoire de Néron et Poppée.

monteverdi couronnement de Poppée prologueCliquez sur l’image

Acte I : En arrivant chez son amante Poppée (Air : « Apri un balcon, Poppea »,) Othon découvre des gardes de Néron devant sa porte. Il comprend que Néron et Poppée ont passé la nuit ensemble. Les gardes de Néron, se réveillant, se plaignent de l’inconséquence de Néron qui néglige les affaires de l’État pour ses amours avec Poppée. Arrivent Poppée et Néron. Néron, qui ne peut dévoiler son amour pour Poppée tant qu’il n’a pas répudié sa femme Octavie voudrait partir, mais a du mal à résister aux séductions de Poppée.

Poppée restée seule chante son espoir, mais sa nourrice Arnalta lui dit qu’Octavie a découvert que Néron la trompe, et la prévient contre l’amour et les fantaisies de l’empereur.

monteverdi couronnement de Poppée speranza tu mi vaiCliquez sur Octavie

Octavie est furieuse contre Néron et se plaint du sort des femmes rendues malheureuses par les hommes (Air : « Disprezzata Regina ».) Sa nourrice lui conseille de prendre un amant pour se venger, mais elle refuse noblement. Sénèque, le philosophe, lui montre ce que son infortune lui fait gagner en vertu. Valetto, le serviteur d’Octavie, s’indigne de ce discours spécieux et le menace. Resté seul, Sénèque médite. Le pouvoir n’apporte pas le bonheur aux rois.

La déesse Athéna apparaît à Sénèque, et lui prédit sa mort prochaine. Néron annonce à Sénèque sa volonté de répudier Octavie pour épouser Poppée. Sénèque argumente contre ce projet, provoquant la fureur de Néron. Puis Néron annonce à la lascive Poppée sa volonté de se marier avec elle. Poppée lui fait remarquer que Sénèque risque de s’opposer à ce projet. La fureur de Néron reprend, et il condamne Sénèque à mort.

Othon vient faire des reproches à Poppée, qui lui répond que c’est de sa faute s’il n’a pas su se faire aimer, et qu’elle appartient désormais à Néron. Poppée partie, Othon envisage de la tuer. Drusilla, amoureuse d’Othon, le rejoint, mais constate que Poppée occupe toujours ses pensées. Othon la détrompe et lui offre son cœur.

Acte II : Sénèque médite quand un envoyé d’Athéna lui annonce sa mort prochaine. Un envoyé de Néron entre et l’informe de sa condamnation. Sénèque annonce donc à ses amis qu’il va mourir, ce qui pour lui est la délivrance de l’âme (Air : « Amici, è giunta l’ora ».) Ses amis épicuriens lui opposent la joie d’être vivant (Chœur : « Non morir, Seneca ».)

monteverdi couronnement de Poppée SénèqueCliquez sur Sénèque

Néron se réjouit avec son ami Lucain d’être débarrassé de Sénèque. Othon qui avait pensé tuer Poppée a abandonné cette idée, mais Octavie lui demande de se déguiser en femme pour approcher Poppée et la tuer. S’il ne s’exécute pas, elle l’accusera auprès de Néron d’avoir tenté de la violer. Othon va alors voir Drusilla, tout heureuse de l’avoir reconquis. Elle accepte de prêter ses vêtements à Othon.

Poppée, avec sa nourrice, se prépare pour la nuit. Elle appelle l’Amour à favoriser ses plans. La nourrice lui chante une berceuse.

monteverdi couronnement de Poppée oblivion soaveCliquez sur l’image

Amour vient veiller sur le sommeil de Poppée et quand Othon arrive pour la tuer, Amour retient son bras et la protège. Othon s’enfuit, mais Poppée et Arnalta reconnaissent Drusilla. Amour veut que Poppée devienne impératrice.

Acte III : Drusilla se réjouit : grâce au meurtre de sa rivale, Othon sera à elle, mais on vient l’arrêter. Néron interroge Drusilla, qui garde le silence sur son geste pour ne pas trahir Othon. Othon arrive et s’accuse de la tentative de meurtre sur Pompée, sur l’ordre d’Octavie. Drusilla maintient que c’est elle la coupable. Ému, Néron lève la sentence de mort et condamne Othon à l’exil. Drusilla demande à partager son exil. Néron en profite pour exiler Octavie aussi. Poppée et Néron chantent leur joie d’être libres de se marier. Arnalta se réjouit de voir sa maîtresse monter sur le trône, car elle la suivra dans cette élévation. Octavie fait ses adieux à Rome et à ses amis (Air : « Ah, adio Roma ».) Néron couronne Poppée en tant qu’épouse et impératrice, devant le sénat rassemblé (Chœur + duo : « Pur ti miro ».)

monteverdi couronnement de Poppée pur ti miroCliquez sur Néron et Poppée

 

Compositeurs, histoire, littérature

Jean-Baptiste LULLY (1632 – 1687)

Jean-Baptiste Lully est né à Florence le 28 novembre 1632. Il est venu en France à l’âge de 11 ans (il est marmiton à la cour).

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Le jeune Lully est chosi en 1946 par le chevalier de GUISE, qui recherchait pour sa cousine, mademoiselle de MONTPENSIER, un jeune Italien susceptible de converser avec elle dans la langue italienne. Son service durera jusqu’en 1652.

Ses talents de musicien le distinguent et il participe à la mise en place de ballets, qui était le genre musical en vogue à la Cour avant l’Opéra. Il est nommé en 1653 compositeur de la musique instrumentale du Roi, et s’impose peu à peu dans le genre du ballet.

Début 1653, il est chargé de régler un ballet, Le Ballet de la Nuit, dans lequel il fait jouer le roi sous le masque du Soleil. De là viendra le nom de Roi-Soleil qui restera celui de Louis XIV pour la postérité.

Dans les années qui suivent la prise du pouvoir par Louis XIV (1661), il reçoit les positions de surintendant de la musique du roi et de maître de la musique de la famille royale. En 1662, il se marie avec la fille du compositeur Michel LAMBERT.

Sa collaboration avec MOLIÈRE dans les comédies-ballets commence en 1664 avec Le Mariage Forcé. Suivront ensuite notamment L’Amour Médecin (1665) et Le Bourgeois Gentilhomme (1670). En 1671, Molière et CORNEILLE écrivent ensemble Psyché, que Lully met en musique.

lullt le bourgeois gentilhommeCliquez sur l’image

En 1672, Lully rachète à PERRIN le privilège royal de l’opéra pour toute la France. Il devient alors Directeur de l’Académie Royale de Musique, où il créera 14 tragédies en musique ainsi que plusieurs ballets et œuvres diverses jusqu’à sa mort en 1687. Il sait adapter à la perfection le chant à la diction du français, et s’attache les services de QUINAULT pour rédiger les livrets de ses opéras. Parmi ceux composés avec Quinault figurent Cadmus et Hermione (1673), Alceste (1674), Thésée (1675), Atys (1676) et Roland (1684).

lully atysCliquez sur l’image

Opéra et politique : À l’époque de Louis XIV, il fallait flatter le souverain. Ainsi, chacune des tragédies lyriques de Lully commence-t-elle par un prologue vantant les grandes Qualités du roi, desquelles les dieux eux-mêmes étaient jaloux.
Ainsi dans Alceste, c’est la nymphe de la Seine qui se languit du retour du Héros (comprendre Loulou XIV, parti à la guerre). Dans Atys, c’est à un dieu que l’on compare le roi. Dans Roland, il est comparé à Roland, le héros de l’Orlando Furioso, et dans Armide (1686), c’est la Gloire et la Sagesse qui louent le héros qui possède ces deux qualités.

Après la mort de la reine, et sous l’influence de madame de MAINTENON, Louis XIV a une crise de foi et se détourne de l’opéra. Quinault, son librettiste, tombe en disgrâce et interrompt sa carrière après avoir terminé le livret d’Armide en 1686. Le compositeur doit alors trouver un autre librettiste, CAMPISTRON, pour son dernier chef d’œuvre : Acis et Galatée (1686).

lully armideCliquez sur l’image

Le 22 mars 1687, Lully meurt de la gangrène des suites d’un coup de bâton qu’il s’est donné sur le pied en dirigeant son Te Deum (à l’époque, on marquait la mesure en frappant le sol avec un bâton).

lully te deumCliquez sur l’image

Sa composition la plus connue reste toutefois la chanson Au clair de la lune.

lully au clair de la luneCliquez sur le gramophone

(Source : pour cet article, j’ai consulté l’excellent Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, sous la direction de Marcel BENOIT, éditions Fayard, 1992).

Lully est le premier des musiciens italiens à être venus exercer leurs talents en France.

Compositrices, Divers, Histoire de l'opéra

DES OPÉRAS POUR LES ENFANTS

Les adultes ne sont pas les seuls à avoir le privilège d’aller à l’opéra. C’est à peu près à partir du XXe siècle que les compositeurs ont eu envie de s’adresser aux enfants.

Ainsi, en 1915, César Cui, du Groupe des cinq, écrit le Chat botté d’après le conte de Charles Perrault.

Cui le Chat bottéCliquez sur l’image

Peu après, Ravel écrit, sur un livret de Colette, l’Enfant et les sortilèges  (1917 – 1924).

Écrit en 1922-1923 et créé en 1924, l’opéra de Janacek la Petite Renarde rusée est un magnifique conte pour enfants, dans lequel il ne fait pas forcément bon être poule.

janacek petite renardeCliquez sur la renarde

En 1936 dans le conte musical Pierre et le loup, Prokofiev associe à chaque personnage un instrument particulier. Quelle belle découverte des timbres de l’orchestre pour les enfants !

pierre et le loupCliquez sur Peter USTINOV

En 1938, le Tchèque Hans Krasa écrit Brundibar, un opéra pour les enfants. Cet opéra sera créé en 1943 par les enfants du camp de concentration de Theresienstadt !

Krasa BrundibarCliquez sur l’image

En 1949, Britten qui s’est toujours intéressé à rendre la musique accessible à tous a écrit Faisons un opéra, le petit ramoneur (1949), un opéra destiné aux enfants.

britten petit ramoneurCliquez sur le ramoneur

Poulenc, lui, a mis en musique l’Histoire de Babar.

poulenc babarCliquez sur Babar

Bien entendu, au XXIe siècle, les maisons d’opéra continuent de créer des œuvres destinées aux enfants, c’est ainsi qu’on a pu entendre pendant la saison 2018 – 2019 à Lille Coraline de Mark-Anthony Turnage…

coralineCliquez sur l’image

… et à Lyon Les Enfants du Levant, d’Isabelle Aboulker.

les enfants du levantCliquez sur l’image

D’Aboulker, on peut aussi relever Douce et Barbe-bleue.

Aboulker douce et Barbe-bleueCliquez sur l’image

Je parle dans un autre billet des enfants à l’opéra, mais dans le sens où les enfants ont un rôle dans les opéras écrits pour les grands. Sans attendre, je précise qu’un opéra comme la Flûte enchantée de Mozart a tout pour plaire aux enfants, même s’ils ne comprennent pas le sous-texte, avec son serpent géant, son prince et sa princesse, la reine de la nuit dans le rôle de la sorcière, ou encore le personnage de l’oiseleur Papageno.

Et puis si vous voulez faire chanter vos petits enfants, vous pouvez le faire avec le karaoké des comptines !

Retrouvez ici les opéras tirés des contes de Charles Perrault.

Découvrez ici le Grand lavomatique aquatique, le seul opéra écrit pour ukulele :

Le grand lavomatique aquatique

Compositeurs, histoire

D.F.E. AUBER (1782 – 1871)

Avant que d’être une station de RER, située entre les métros Opéra et Havre-Caumartin, Daniel François Esprit AUBER (1782 – 1871) a été un des compositeurs les plus fameux de son siècle.

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Si la proximité d’Auber avec Opéra est évidente (toutes les rues du quartier Opéra portent des noms de compositeurs ou de librettistes), le lien avec HAVRE et CAUMARTIN l’est moins. Peut-être s’agit-il d’un duo de librettiste, comme MEILHAC et HALÉVY. Si vous avez un avis sur le sujet, merci de me le faire savoir !

(Rajouté le 1er avril 2019, pour tout savoir sur Havre & Caumartin, cliquez sur le lien.)

Né à Caen le 29 janvier 1782, Auber meurt à Paris pendant la commune. Sa famille s’installe à Paris à la Révolution. Le premier professeur d’Auber est Jean-Blaise MARTIN, baryton à l’Opéra–Comique (c’est lui qui a laissé son nom à la tessiture de baryton Martin). En 1802, son père l’envoie à Londres pour y apprendre l’anglais et les bases du commerce. Heureusement, la reprise de la guerre avec les Anglais le renvoie à Paris dès 1803. Il commence alors une carrière de musicien de salon (quatuor à cordes, piano, premier opéra-comique). En 1805, il rencontre CHERUBINI, alors Inspecteur du Conservatoire Impérial de Musique et approfondit son métier auprès de celui-ci pendant trois ans.

Il fait la connaissance du comte de Chimay qui le soutient. Son deuxième opéra-comique Jean de Couvin est donné au château de Chimay en 1812.

En 1819, la mort de son père le force à devenir non seulement indépendant, mais aussi responsable de sa famille. À partir de ce moment, il écrit en moyenne une œuvre lyrique par an. En 1823, il rencontre ROSSINI, venu à Paris pour s’occuper du Théâtre Italien. La découverte de sa musique va changer son style, la rendant plus vivante. Il rencontre également Eugène SCRIBE, l’un des plus importants librettistes du siècle. Ils écriront ensemble trente-sept ouvrages, presque tous des succès.

L’Opéra de Paris lui confie la composition d’un opéra en cinq actes. Ce sera La Muette de Portici (1828), qui sera un triomphe et fondera les bases d’un nouveau genre, le Grand Opéra à la française (le GOf). Notons à propos de La Muette de Portici que le duo « Amour sacré de la Patrie » a donné, en pleine représentation à Bruxelles, le signal de la révolution qui aboutira à l’indépendance de la Belgique.

amour sacré de la patrieCliquez sur l’image

En 1829, Auber entre à l’Académie des Beaux-Arts. Parmi les ouvrages qui ont suivi, citons Fra Diavolo en 1830, qui renforce sa renommée.

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Suivront notamment Le Philtre (1831) dont le livret servira à DONIZETTI pour L’élixir d’amour (1832), Gustave III ou le Bal masqué (1833), dont le livret servira à VERDI pour Un ballo in maschera (1859) et un Manon Lescaut (1856), avant ceux de MASSENET et PUCCINI.

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En 1842, Auber succède à Cherubini au poste de Directeur du Conservatoire. Dans la deuxième moitié du siècle, les goûts changent et les œuvres d’Auber rencontrent moins de succès. Il meurt le 12 mai 1871, dans les bras d’Ambroise THOMAS qui lui succédera au Conservatoire.

À titre personnel, j’ai un gros faible pour Gustave III, roi de Suède (1833), que j’ai eu la grande chance de chanter à l’Opéra impérial de Compiègne il n’y a guère (tendez bien l’oreille en écoutant les chœurs, vous pourrez m’entendre).

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