Contes et légendes, histoire, littérature, Mes opéras préférés

TANNHÄUSER, de WAGNER

Il existe deux versions de l’opéra Tannhäuser. La première, écrite en 1845, est créée à Dresde. Wagner s’est inspiré pour le livret de vrais personnages, Wolfram von ESCHENBACH étant un vrai troubadour, qui a écrit un Parzifal que l’on retrouvera dans la geste wagnérienne, et de légendes anciennes. Cette légende avait été reprise notamment par Heinrich HEINE, qui avait déjà fourni l’argument du Vaisseau fantôme.

Une seconde version est composée pour l’Opéra de Paris en 1859, pour répondre aux canons de l’Opéra de Paris, et donnée en 1861. Les membres du Jockey Club avaient en effet l’habitude de venir voir leurs petites amies danser. WAGNER rajoute donc une scène entre l’ouverture et le premier acte, représentant une bacchanale chez Vénus. Mais les membres du Jockey Club qui avaient l’habitude d’arriver au deuxième acte, après avoir soupé, sont furieux de ne pas voir leurs petites amies du ballet danser, et montent une cabale contre lui. Malgré le soutien de Napoléon III, cette production fut un échec (il n’y eut que trois représentations), mais c’est elle qui fera découvrir Wagner aux artistes parisiens (BAUDELAIRE & Co). C’est cette version « rallongée » qui est le plus souvent donnée.

Ouverture : L’ouverture présente les principaux leitmotivs (motifs conducteurs) de l’opéra, soit le thème des pèlerins, puis le Vénusberg, suivi du chant passionné de Tannhaüser, accompagné de la menace des chevaliers.

Wagner Tannhaüser OuvertureCliquez sur l’image

Acte I : Au Vénusberg (mont de Vénus), le poète Tannhäuser a cédé aux voluptés de Vénus, rompant avec l’amour courtois qu’il chantait auparavant.

Wagner Tannhauser VenusbergCliquez sur la bacchanale

Mais au bout d’un an passé près de Vénus, il se rappelle le charme du printemps revenant sur terre, et songe à partir. Vénus essaie de l’en empêcher, mais finalement, face aux charmes de Vénus, il choisit la vierge Marie. À cette invocation, le Vénusberg disparaît.

Dans un frais vallon, au pied d’une statue de la Vierge, un pâtre chante le printemps tandis qu’une procession de pèlerins implore la protection de Marie sur le chemin qui les conduira à Rome, où ils vont chercher la rémission de leurs pêchés. Après leur départ Tannhaüser reste au pied de la statue. Des chevaliers et des chanteurs arrivent et le trouvent en prière. Ils le reconnaissent. Alors qu’il cherche à partir, Wolfram von Eschenbach lui parle d’Elisabeth, et lui apprend que depuis qu’il les a quittés, Elisabeth s’est isolée, et qu’elle ne participe plus aux tournois de poésie. Tannhäuser demande qu’on le conduise auprès d’Elisabeth.

Acte II : Elisabeth, ayant appris le retour de Tannhäuser, retrouve la joie qu’elle avait perdue.

Wagner Tannhaüser dich, teure HalleCliquez sur Elisabeth

Quand ils se retrouvent, Tannhäuser explique ce qui faisait le prix de ses poèmes lors des joutes poétiques qui avaient lieu : il chantait son amour pour Elizabeth. Celle-ci en est enchantée, mais Wolfram, qui a tout entendu, l’est moins. Le père d’Elizabeth, heureux de voir celle-ci revenir dans la grande salle des concours qu’elle avait désertée, lui demande ce qui lui arrive. Elle ne peut répondre. Il espère alors que le chant va permettre de révéler son secret. Il a en effet organisé un concours de chant. Ses invités arrivent pour le tournoi, dont le thème sera : dévoiler le mystère de l’amour.

Wagner Tannhaüser marche 2e acteCliquez sur les invités

Wolfram commence, célébrant une vision courtoise de l’amour, ce à quoi Tannhäuser répond par une célébration de l’amour voluptueux. Devant le scandale que son chant provoque, Tannhaüser va plus loin, et révèle que pendant son absence, c’est chez Vénus qu’il était parti. Tous se récrient, et veulent le tuer, mais Elisabeth s’interpose. Elle aime Tannhäuser. Le père bannit Tannhäuser et lui demande de se joindre aux pèlerins qui se rassemblent pour aller à Rome demander le pardon de leurs péchés.

Acte III : Quelques mois plus tard, Elisabeth prie au pied d’une statue de la Vierge, quand les pèlerins reviennent de Rome (« deuxième chœur des pèlerins »).

Wagner Tannhaüser 2e chœur des pélerinsCliquez sur l’image

Tannhäuser n’est pas avec eux. Wolfram, qui observait Elisabeth, supplie l’étoile du berger de veiller sur elle (« Romance à l’étoile ».)

Wagner Tannhaüser Oh du mein holder AbendsternCliquez sur Wolfram

Tannhäuser paraît. À Wolfram qui lui demande ce qu’il vient faire, puisqu’ il n’a pas obtenu le pardon, il répond qu’il vient chercher le chemin qui le ramènera au Vénusberg. Après avoir raconté comment la grâce lui a été refusée (son espérance de rédemption ne refleurira pas plus que son bâton de pèlerin,) il persiste dans son souhait de revoir Vénus. Vénus vient alors le chercher. Il est sur le point de succomber lorsqu’on apprend qu’Elisabeth est morte pendant qu’elle priait pour lui. On apporte son corps, et Tannhäuser s’écroule devant elle et meurt. Un miracle a eu lieu, son bâton de pèlerin a refleuri, signe qu’il est pardonné.

Wagner Tannhaüser finalCliquez sur l’image

Cette fin est une rédemption par l’amour, un thème cher à Wagner, que l’on trouvait déjà dans son premier « grand » opéra, le Vaisseau fantôme (der Fliegende Höllander), et qu’on retrouvera jusqu’à son dernier opéra, Parsifal.

Contes et légendes, Géographie, littérature, Shakespeare, Théâtre

L’ÉCOSSE

L’Écosse a inspiré de nombreux compositeurs, suivant principalement un axe historique et deux axes littéraires, OSSIAN et Walter SCOTT.

Mais avant de développer notre étude selon ces axes, un petit hommage à BEETHOVEN, dont on fête cette année le 250e anniversaire (si, si, c’est vrai !) avec une transcription d’une mélodie écossaise pour flûte et piano.

Beethoven mélodie écossaiseCliquez sur l’image

La pièce Macbeth de SHAKESPEARE se passe en Écosse. Elle a inspiré VERDI pour son opéra du même nom. On y voit apparaître le fantôme du roi assassiné (on est en Écosse !)

Verdi Macbeth fin acte IICliquez sur l’image

Suivant deux des axes précités, DONIZETTI a composé son opéra Lucia di Lammermoor (1835), d’après Walter Scott, une œuvre pleinement romantique avec fantôme (on est en Écosse) et scène de folie dont l’argument est une sorte de Roméo et Juliette à la sauce écossaise.

Donizetti Lucia di Lammermoor Chi mi frena (sextuor)Cliquez sur l’image

MENDELSSOHN a titré sa troisième symphonie, dont l’idée lui était venue lors d’un voyage en Grande-Bretagne, « Écossaise ».

Mendelssohn symphonie écossaiseCliquez sur l’image

Il a aussi écrit, suivant l’axe ossianique, la merveilleuse ouverture La Grotte de Fingal.

Mendelssohn La Grotte de FingalCliquez sur ce paysage d’Écosse

Parmi les œuvres inspirées de l’univers de Walter Scott, on peut citer La Dame blanche (1825) de BOÏELDIEU. (Il y a aussi un fantôme [on est en Écosse.])

Boïeldieu la dame blanche Ah quel plaisir d'être soldatCliquez sur le soldat

BIZET aussi a écrit son opéra scottish, la jolie Fille de Perth (1867).


Bizet La jolie Fille de Perth À la voix d'un amant fidèleCliquez sur l’image

Compositeurs, Contes et légendes, histoire

François-Adrien BOÏELDIEU (1775 – 1834)

Le petit François-Adrien BOÏELDIEU (en France, n’oubliez pas le tréma sur le I) naît à Rouen le 16 décembre 1775. Il suit ses premières études musicales à la cathédrale de Rouen où il est enfant de chœur.

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Il compose son premier opéra-comique, la Fille coupable en 1793, à l’âge de 17 ans. Cette œuvre est montée au Théâtre des Arts de Rouen. (Le théâtre des Arts à Rouen était une des seules scènes à donner encore des spectacles lyriques pendant la Terreur.) L’année suivante, Boïeldieu publie ses premières romances.

En 1796 il s’installe à Paris et commence à écrire des opéras-comiques pour la Salle Favart.

En 1798, il devient professeur au tout nouveau Conservatoire de musique de Paris (créé en 1795), tout en assurant une abondante production d’opéras, comme le Calife de Bagdad (1800), d’après les Mille et une nuits.

Boïeldieu le Calife de Bagdad OuvertureCliquez sur le portrait de Boïeldieu

En 1803, il devient directeur de l’opéra français à la cour impériale de Saint-Pétersbourg où il reste jusque fin 1810. Ses œuvres de l’époque, comme les Voitures versées, sont donc créées là-bas. Certaines seront adaptées ultérieurement pour les scènes françaises.

Boïeldieu Les Voitures verséesCliquez sur l’image

En 1808, il écrit une musique de scène pour Athalie, de Jean Racine.

En 1815, il devient musicien de la Cour, et en 1818, il succède à MÉHUL à l’académie des Beaux-arts. En 1818, il écrit un Petit Chaperon rouge, d’après le conte de PERRAULT.

En 1825, il compose Pharamond à l’occasion du couronnement de Charles X, mais surtout son œuvre la plus célèbre (encore aujourd’hui), la Dame blanche, sur un livret de l’incontournable SCRIBE, d’après Walter SCOTT. La Dame blanche est ainsi considéré comme un des premiers opéras gothiques.

Boïeldieu la Dame blanche Viens, gentille dameCliquez sur l’image

Les plus tintinophiles d’entre vous se souviendront que c’est un air de la Dame blanche que Tintin, enivré par les vapeurs d’alcool, chante dans l’album « le Crabe aux pinces d’or ».

Tintin et Boïeldieu

Vers la fin de sa vie, Boïeldieu a de sérieux ennuis de santé, doublés par la perte de ses revenus après la faillite de l’Opéra-comique et la chute de la royauté en 1830 (Charles X lui versait une pension). THIERS décide de lui faire verser une pension en remplacement.

Il meurt le 8 octobre 1834.

Outre son abondante production d’opéras comiques et de romances, Boïeldieu est aussi l’auteur de deux concertos pour harpe que l’on joue encore de nos jours.

Boïeldieu Concerto pour harpe en UtCliquez sur l’image

Contes et légendes, Divers, histoire, littérature

L’ORIENTALISME À L’OPÉRA

On le sait (ou pas), il y a eu une vague d’orientalisme en art et en littérature aux XVIIe et XVIIIe siècles. On pense par exemple à la turquerie du Bourgeois gentilhomme (1670) de MOLIÈRE, ou aux Lettres persanes (1721) de MONTESQUIEU. Il faut voir aussi l’accueil prodigieux qui a été réservé à la traduction en français des Mille et une nuits au début du XVIIIe siècle. (Je traite dans un billet spécifique les adaptations en musique [occidentale] de ces Mille et une nuits.) En 1747 – 1748, c’est VOLTAIRE qui place Zadig, un de ses contes philosophiques, dans un Orient inventé.

L’opéra, toujours prompt à suivre les modes littéraires, s’est donc emparé de ce thème illustrant un certain choc des cultures.

Je ne reviendrai pas ici sur les opéras qui se passent en Égypte, un billet leur ayant déjà été consacré (cf. l’Égypte et l’opéra.)

Parmi les œuvres qui participent de ce genre orientaliste, une des premières est donc la comédie-ballet Le Bourgeois gentilhomme de LULLY et Molière.

Lully le Bourgeois gentilhomme marche turqueCliquez sur l’image

Dans les Indes galantes (1735) de RAMEAU, la première entrée s’intitule « Le Turc généreux ». C’est l’histoire classique d’Occidentaux échoués sur un rivage exotique après une tempête. Osmine, le turc s’éprend de la belle occidentale mais finit par la laisser partir avec son amoureux.

Rameau Indes galantes Turc généreuxCliquez sur l’image

Cinquante ans plus tard, c’est MOZART avec son Enlèvement au sérail (1782) qui se soumet à la loi du genre. On y trouve Constance, capturée par des pirates et vendue au pacha Selim. Belmonte, son fiancé veut la délivrer du sérail où elle est enfermée, sous la garde d’Osmin. À la fin, Selim, généreux leur accorde pardon et liberté.

Mozart l'enlèvement au sérail ouvertureCliquez sur l’image

Mozart est aussi l’auteur d’une autre « turquerie » célèbre : sa fameuse Marche turque.

Mozart marche turqueCliquez sur la pianiste

Trente ans après, ROSSINI, qui marque la fin d’une époque, est un des derniers à se livrer à l’orientalisme, avec l’Italienne à Alger (1813) et le Turc en Italie (1814).

Dans l’Italienne à Alger, les rôles sont inversés et c’est Isabella qui part à Alger chercher son fiancé, prisonnier du bey d’Alger.

Rossini l'Italienne à Alger ouvertureCliquez sur l’image

Dans le Turc en Italie, nouveau changement de rôle, puisque l’action se passe cette fois en Italie. Fiorilla tombe amoureuse d’un Turc, Selim, et ils projettent de s’enfuir ensemble. Mais c’est sans compter sur Zaïda, une bohémienne autrefois maîtresse du turc. En effet, celle-ci s’arrange avec le mari de Fiorilla pour récupérer son ancien amant et reformer ainsi les couples.

Contes et légendes, littérature, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (3)

Après les livres I à IV des Métamorphoses d’Ovide, continuons notre lecture de cette anthologie des contes et légendes connus au début de notre ère.

Nombreux sont les humains qui ont voulu se comparer aux dieux, et qui en ont été punis.

Ainsi dans le livre VI, Ovide nous raconte les aventures d’Arachné, cette tisseuse si prodigieuse qu’elle prétendait être meilleure tisseuse que la déesse Athéna elle-même. À l’issue d’un concours organisé entre elles, Arachné remporta la palme. Furieuse Athéna se précipita sur elle et la chassa. Arachné réfugiée dans sa chambre se pendit. Quand elle la vit ainsi suspendue à la corde, Athéna eut enfin pitié et lui rendit la vie, mais en la transformant en araignée condamnée à tisser toute sa vie.

Rufus Wainwright ArachneCliquez sur Rufus Wainwright

Ovide nous présente ensuite Niobé, fille de Tantale (lui-même fils de Zeus) qui se vanta du nombre et de la beauté des enfants qu’elle avait engendrés, se moquant de Léto qui n’avait donné naissance qu’à Artémis et Apollon (ce qui n’est déjà pas si mal). Furieux, les dieux firent en sorte que les deux enfants de Léto tuent tous les enfants de Niobé.

Steffani Niobe JarrouskyCliquez sur l’image

En 1951, c’est BRITTEN qui mettra en musique le mythe de Niobé dans ses 6 Métamorphoses d’après Ovide.

Britten Métamorphoses NiobéCliquez sur le hautboïste

Après nous avoir parlé du mythe d’Icare, qui s’est brûlé les ailes pour s’être approché trop près du soleil, Ovide aborde ensuite le mythe de Philémon et Baucis. Philémon et Baucis forment un couple de vieillards vivant de peu. Zeus et Hermès, déguisés en hommes, frappent à toutes les portes en demandant l’asile. C’est finalement chez Philémon et Baucis qu’ils trouvent le meilleur accueil, les deux vieillards se privant pour bien honorer leurs hôtes. Zeus leur donne le privilège d’être transformés en arbres enlacés après leur mort, afin que rien ne les sépare.

Cette légende a connu bien des fortunes en musique, puisqu’elle a inspiré tant Haydn et Gluck que Gounod (Philémon et Baucis [1860]).

Gounod Philémon et Beaucis O riante natureCliquez sur l’image

Ovide nous narre ensuite le mythe d’Orphée que l’on trouve aux livres X et XI. Je ne reviendrai pas dessus ici, puisque ce mythe qui sert de déclencheur à l’opéra, avec l’Orfeo de Monteverdi a donné lieu à un des tout premiers billets de ce blog.

Et pour en savoir un peu plus sur Ovide et son œuvre, cliquez donc sur ce lien.

Contes et légendes, littérature, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (2)

On l’a vu dans le premier billet consacré aux Métamorphoses d’OVIDE, il s’agit d’un long poème écrit au premier siècle de notre ère et reprenant les contes et légendes de cette époque, et les métamorphoses que les dieux ont pu infliger, en bien ou en mal, à des humains ou des nymphes qu’ils voulaient récompenser ou punir après leur mort.

Le livre III commence par le destin de Cadmos parti chercher sa sœur Europe, enlevée par Zeus. Après différentes péripéties, il fonde la ville de Thèbes et reçoit de Zeus son épouse, Harmonie, fille d’Arès et d’Athéna. La version latine de cette légende a servi au livret du premier opéra de LULLY, Cadmus et Hermione. (1673). (Eh oui, Hermione = Harmonie, et donc dans une version grecque de Harry POTTER, Hermione GRANGER se serait appelée Harmonie Granger.)

Lully Cadmus et Hermione finalCliquez sur l’image

On retrouve ensuite Cadmos, et sa fille Sémélé, dont Jupiter tombe amoureux. Pour venger cet outrage Junon, qui a pris l’apparence de sa nourrice Béroé, conseille à Sémélé de vérfier la déïté de son amant en lui conseillant de demander à Jupiter de se présenter devant elle sous son apparence divine. Bien évidemment, quand ceci arrive, Sémélé est brûlée vive par la vue du porteur de la foudre divine. Cette légende a été abondamment mise en musique, notamment par Haendel dans son « operatorio » Sémélé.

Cliquez sur Sémélé

Le livre se poursuit avec la légende de Diane et Actéon. Le chasseur Actéon, petit-fils de Cadmus, surprend un jour Diane prenant son bain, nue. Pour le punir, Diane le métamorphose en cerf et le pauvre Actéon finit dévoré par sa propre meute ! Marc-Antoine Charpentier a écrit un opéra (une pastorale) sur le thème d’Actéon.

Charpentier Actéon air de DianeCliquez sur Diane s’apprêtant à prendre son bain loin du bruit et du monde

On retrouve ensuite Tirésias, celui des Mamelles de Tirésias de Guillaume APOLLINAIRE. Il a connu une aventure proche de celle d’Actéon. Alors qu’il avait surpris l’accouplement de deux serpents dans une forêt, ce qui lui valut d’être transformé en femme, ce qu’il resta pendant sept ans.

Suivent les amours d’Écho pour Narcisse, qui seront mises en musique, elles, par GLUCK. Narcisse était un éphèbe d’une beauté exceptionnelle, dont la nymphe Écho était amoureuse. Dédaignée par Narcisse, elle en appelle au ciel qui la venge. Un jour, alors qu’il buvait dans une source, il tombe amoureux de son reflet (il a enfin trouvé quelqu’un digne de sa beauté), mais ne réussit pas à s’en faire aimer. Dès lors, il dépérit en contemplant son image, sous les yeux d’Écho qui répète la fin de ses phrases. Après sa mort, on retrouva à sa place les fleurs blanches qui porteront désormais son nom de Narcisse.

Gluck Écho et Narcisse finalCliquez sur l’image

Dans le livre IV, outre les innombrables coucheries et jalousies entre dieux et déesses, on trouve la légende de Pyrame et Thisbé, un archétype du mythe moderne de Roméo et Juliette. Deux jeunes gens s’aiment malgré l’opposition de leurs parents. Une nuit où ils se sont donné rendez-vous sous un mûrier, Thisbé arrivée la première doit s’enfuir à la vue d’une lionne à la gueule ensanglantée. Elle laisse tomber son voile que la lionne alors salit. Pyrame arrivant, et trouvant le voile de Thisbé ensanglantée se suicide de désespoir. Quand Thisbé revient et voit le corps de son amant sans vie, elle se suicide à son tour.

Il existe de nombreuses adaptations lyriques de ce drame. Je vous propose ici celle de HASSE, Piramo e Tisbe (1768).

Hasse Piramo e TisbeCliquez sur Pyrame et Thisbé

Le livre IV nous présente aussi, outre les célèbres mythes de Tantale et de Sisyphe, les aventures de Persée.

Persée était chargé de tuer la Méduse. Son exploit accompli, grâce notamment à un casque d’invisibilité (eh oui, si Harry Potter s’était passé dans la Grèce antique, il n’aurait pas eu une cape d’invisibilité, mais un casque d’invisibilité) et sur le chemin du retour, il délivre la princesse Andromède, qui devait être livrée à un monstre marin, et l’épouse.

On retrouve à nouveau Lully qui a écrit son opéra Persée en 1682.

Lully Persée finalCliquez sur Persée et Andromède

On trouve aussi Persée dans le Benvenuto Cellini de BERLIOZ, puisque cet opéra se passe pendant que le génial sculpteur/orfèvre travaille à cette statue, une commande du pape.

Persée Cellini berlioz

Berlioz Benvenuto Cellini ouverture du Carnaval romainCliquez sur l’image

Et pour finir sur une note plus légère, voici une version alternative de la légende de Narcisse et Écho par les Frères Jacques.

Les Frères Jacques Écho et NarcisseCliquez sur les Frères Jacques

Ne manquez pas prochainement sur ce blog la suite des aventures des Métamorphoses d’Ovide.

Contes et légendes, littérature, Mallarmé, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (1)

Les Métamorphoses est le titre d’un long poème, découpé en quinze livres, écrit au premier siècle de notre ère par le poète latin OVIDE. Il s’agit d’un recueil des contes et légendes de cette époque, reprenant les métamorphoses que les dieux ont pu infliger, en bien ou en mal, à des humains ou des nymphes qu’ils voulaient récompenser ou punir après leur mort.

Aux temps premiers de l’Opéra, les sujets étaient majoritairement pris dans ces légendes, et il est tout à fait normal de retrouver dans les livrets des sujets issus des Métamorphoses.

Le livre I est consacré à l’origine du monde est aux premiers âges de l’humanité. On y trouve une évocation du déluge où Jupiter, voulant punir la race humaine, décide de noyer la terre sous les flots. (Je vous rassure, il trouvera deux humains qui, par leur piété envers les dieux, seront jugés dignes d’être sauvés.)

falvetti il diluvio universaleCliquez sur l’extraordinaire « Diluvio Universale » de FALVETTI

Plus loin, Ovide nous raconte l’histoire d’Apollon et de Daphné. Apollon s’est moqué de Cupidon qui, pour le punir, lui envoie une flèche qui le fait tomber amoureux de la nymphe Daphné. Daphné résiste à ses avances avant qu’elle ne soit transformée en laurier par son père.

De nombreux opéras nous content cette légende, dont le proto-opéra Daphné (1598) de Jacopo PERI, celui malheureusement perdu de Heinrich SCHÜTZ (1627) et plus près de nous celui de Richard STRAUSS en 1938.

Strauss Daphné scène finaleCliquez vite sur Daphné avant qu’elle ne soit transformée en laurier

Vers la fin du livre I, Ovide nous raconte la légende de Pan et la naïade Syrinx qui, pour se sauver des avances de Pan, se transforme en roseau. Dès lors Pan, coupant une brassée de roseaux, inventa la Flûte de Pan.

Syrinx (1913) est le titre d’une œuvre pour flûte seule de DEBUSSY, qui avait déjà mis en musique le Prélude à l’après-midi d’un faune de MALLARMÉ. (« Ces nymphes, je les veux perpétuer… »)

Debussy SyrinxCliquez sur le flûtiste

La fin du livre I et le début du livre II nous racontent les malheurs de Phaéton, fils du soleil, qui obtient de son père de conduire le char solaire. Phaéton en perd le contrôle et son père Phoebus est obligé de l’abattre en plein vol pour sauver la Terre. Phaéton (1683) est le titre d’un opéra de LULLY.

Lully Phaéton ouvertureCliquez sur Phaéton conduisant le char de son père

C’est aussi le titre d’un poème symphonique écrit presque deux siècles plus tard, en 1873 par SAINT-SAËNS.

Saint-Saëns PhaétonCliquez sur l’image

Le livre II se poursuit avec le mythe de la nymphe Callisto, une suivante de Diane. Jupiter en tombe amoureux en la voyant et la viole. Callisto est alors chassée par Diane quand celle-ci s’aperçoit qu’elle n’est plus vierge. La malheureuse nymphe finira par être transformée en ourse par Junon, la jalouse femme de Jupiter.

La Calisto est un opéra de CAVALLI créé à Venise en 1651.

Cavalli CalistoCliquez sur Callisto

Je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui, mais ne manquez pas prochainement sur ce blog la suite des métamorphoses musicales des Métamorphoses d’Ovide.

Contes et légendes, Mythologie, Shakespeare

LES FÉES…

… sont d’exquises danseuses, nous confiait DEBUSSY dans un de ses préludes.

Debussy préludes les fées sont d'exquises danseusesCliquez sur l’image

Historiquement, les sujets d’opéras étaient tirés de contes et légendes d’origine mythologique ou épique. Il ne faut donc pas s’étonner si on y rencontre des fées.

Un des plus grands pourvoyeurs de sujets d’opéra est le grand SHAKESPEARE, notamment avec son Songe d’une nuit d’été, publié en 1600, qui fait intervenir Obéron (le roi des fées) et sa femme Titania (la reine des fées, donc).

Weber Oberon ouvertureCliquez sur l’ouverture d’Oberon de WEBER

Dans son Roland furieux (Orlando furioso), l’ARIOSTE fait intervenir une (méchante) fée, l’enchanteresse Alcina et sa sœur la (bonne) fée Morgane (Fata Morgana en italien.)

Haendel Alcina Ombre pallide PetibonCliquez sur Alcina

Un autre thème épique comportant des fées est la geste arthurienne (billet à venir) avec ses fées Viviane et Mélusine. (Petit rappel : l’enchanteur Merlin tombe amoureux de la fée Viviane, et de leur union naît Mélusine.) Mélusine est l’héroïne de La Magicienne (1858) de HALÉVY, l’auteur d’un opéra très populaire en son temps, La Juive.

Les Fées (Die Feen) est le titre du premier opéra de WAGNER, un opéra de jeunesse très rarement joué, tiré d’une pièce de Carlo Gozzi.

Wagner les fées ouvertureCliquez sur l’image

Le conte de fées Cendrillon de PERRAULT a inspiré ROSSINI avec Cinderella et MASSENET avec Cendrillon, tout comme Walt DISNEY.

Massenet Cendrillon Air de la féeCliquez sur Cendrillon et sa marraine la fée

Le mot fée vient du latin fatum, fata (le destin) aussi retrouve-t-on Fata Morgana (la fée Morgane) dans L’amour des 3 oranges de PROKOFIEV. Celle-ci est terriblement humiliée au début de l’œuvre, mais rassurez-vous, sa vengeance sera terrible !

Prokofiev L'amour des 3 oranges Fata MorganaCliquez sur Fata Morgana

On trouve encore des fées dans les opéras contemporains, par exemple Melusine (1971) de REIMANN.

Reimann MelusineCliquez sur l’image

Et pour terminer, je vous propose de retrouver la face obscure des fées avec les sorcières !

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CENDRILLON (CINDERELLA – CENERENTOLA)

Parmi les contes et légendes de notre enfance figure l’histoire de Cendrillon, cette petite fille victime de sa marâtre et de ses deux vilaines sœurs qui la confinent aux tâches domestiques.

Archétype des contes, on en connaît des versions dans toutes les cultures, et ce depuis l’antiquité. Par exemple, dans l’Égypte antique, on trouve l’histoire d’une jeune esclave à qui un aigle enleva une chaussure puis la fit tomber au pied du pharaon, qui n’eut alors de cesse que de retrouver la propriétaire de cette chaussure.

Les versions que nous connaissons sont celle de Perrault (1697) ou celle des frères Grimm un siècle plus tard.

Étant donné son sujet à portée universelle, il n’est donc pas étonnant que l’Opéra s’en soit emparé, et ce dès 1759 avec un opéra-comique de Laruette.

Parmi les versions qui nous sont restées figure la Cenerentola (1817) de Rossini

Rossini Cenerentola BartoliCliquez sur l’image

L’opéra Cendrillon (1899) de Massenet est encore parfois représenté.

massenet cendrillonCliquez sur l’image

Créé en 1900, le Conte du tsar Saltan de Rimsky-Korsakov reprend le thème du tsar qui cherche une épouse, et finit par choisir la plus jeune de 3 sœurs, provoquant la fureur et la vengeance des deux ainées et de leur mère.

On peut noter encore Cendrillon (1904), un opéra miniature (merci Wikipédia) de Pauline Viardot.

cendrillon viardotCliquez sur l’image

En 2002, la compositrice Isabelle ABOULKER écrit Cendrillon, un opéra pour enfants.

Aboulker CendrillonCliquez sur l’image

D’autres adaptations musicales existent, dont le ballet de Prokofiev datant de 1940, ou encore des comédies musicales.

cendrillon prokofievCliquez sur l’image

Les studios DISNEY ne se sont pas trompés sur la portée universelle du conte en créant le dessin animé Cendrillon (Cinderella en VO) en 1950.

Cendrillon DisneyCliquez sur l’image

En 2016, une jeune anglaise âgée de dix ans écrit Cinderella, son premier opéra complet.

Deutscher Cinderella Up in the skyCliquez sur l’image

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ONDINES ET NAÏADES (LES FILLES DE L’EAU)

​Les filles de l’eau, sirènes, ondines, naïades, appartiennent à l’imaginaire populaire, et ceci quel que soit le lieu et quelle que soit l’époque. Il n’est dès lors pas étonnant d’en trouver sur les scènes d’opéra.

Les sirènes, dans la mythologie grecque, étaient des créatures marines mi-femmes, mi-oiseaux. Musiciennes, elles étaient dotées d’une voix telle que quand un marin les entendait, il était fatalement attiré vers elles et se noyait. (Eh oui, il était difficile de résister au chant des sirènes.) On trouve ainsi un duo de sirènes dès le King Arthur(1691) de PURCELL (Two daughters…) suivi du sublime « How hapy the lovers ».

how happy the loversCliquez sur l’image

La compositrice Lili BOULANGER (1893 – 1918) a écrit une pièce intitulée Les Sirènes.

Lili Boulanger Les SirènesCliquez sur l’image

C’est aussi le cas de Cécile Chaminade (1857-1944).

Chaminade les SirènesCliquez sur l’image

Créatures vivant en eau douce (près des sources ou dans les rivières), on retrouve les naïades de la mythologie grecque dans les mythologies germaniques sous le nom d’ondines.

Alors que Richard STRAUSS met en scène une ondine dans son Ariane à Naxos, c’est l’adaptation romantique qu’en fait E.T.A. HOFFMANN dans son opéra Ondine qui connaîtra le plus d’avatars puisque TCHAÏKOVSKI écrit un opéra de ce titre (qu’il brûlera devant le peu de succès rencontré par cette œuvre), et surtout DVORAK avec sa Rusalka.

renee fleming rusalkaCliquez sur l’ondine Rusalka

En 1845, LORTZING écrit un opéra romantique magique, Undine.

Lortzing UndineCliquez sur l’image

À l’époque préromantique, il y a eu une supercherie littéraire autour de l’œuvre du barde celtique OSSIAN. Dans ces légendes celtiques apparaît la vierge d’Inistore, qui a été mise en musique par SCHUBERT et BRAHMS.

SCHUBERT, La fille d’Inistore D281.

Vous ne pouvez pas imaginer quel plaisir c’est pour moi de pouvoir mettre du Brahms, un de mes compositeurs préférés, sur ce blog. Et en plus un de mes morceaux favoris (chanté par le Chœur de Chambre du Conservatoire de Lille quand j’y étais, à la fin du millénaire dernier) et proposé ici sous la direction de Frieder BERNIUS, très grand chef de chœur avec qui j’ai eu l’ineffable joie de chanter du… Brahms.

BRAHMS, Gesang aus Fingal, opus 27.

brahms berniusCliquez sur l’image

On trouve aussi des créatures de l’eau sur le Rhin, l’une des plus connues étant la Lorelei, dont le mythe a été popularisé par les romantiques BRENTANO et HEINE. L’histoire de la Lorelei a été abondamment mise en musique, notamment par LISZT et Clara SCHUMANN et il y a même une opérette d’OFFENBACH et un opéra de CATALANI portant ce titre.

De non moins fameuses nixes (les nymphes allemandes) sont les filles du Rhin que l’on retrouve dans L’Or du Rhin de WAGNER (attention, ça commence pianissimo avant de monter progressivement).

On retrouve ces mêmes filles du Rhin à l’issue des 15 heures de l’Anneau du Niebelung. En gros, au début de l’Or du Rhin, les filles du Rhin qui étaient les gardiennes de l’Or du Rhin se le font voler par Alberich (le niebelung) qui pour cela doit renoncer à l’amour. (C’est amour contre richesse, quoi). Avec l’or, Alberich fait forger un anneau magique qui confère le pouvoir à celui qui le possède. Wotan, le dieu en chef le lui vole, et Alberich prononce alors une terrible malédiction sur l’anneau, quiconque le possédera mourra. Wotan doit le céder à deux géants, qui commencent par se tuer (ou plutôt l’un tue l’autre). C’est le début de la malédiction de l’anneau. Wotan veut récupérer l’anneau, mais pour cela seul un être libre peut le faire. C’est très nietzschéen tout ça. (Et attention spoiler, cet être c’est Siegfried). À la fin du Crépuscule des dieux, la walkyrie Brünnhilde fait un bûcher pour brûler le corps de Siegfried, lance l’anneau maudit dans le Rhin et se jette dans le bûcher pour mourir avec son héros. Les filles du Rhin provoquent alors la montée des eaux qui met fin au Walhalla, la demeure des dieux, et ouvre la voie au règne des hommes.

crépuscule finalCliquez sur l’image

Enfin, après cet apocalyptique final, offrons-nous un peu de calme avec Ondine, une pièce pour piano de Maurice RAVEL, extraite de Gaspard de la nuit.