Puisque vous avez eu l’aimable inconscience de me confier l’Agenda Ironique de septembre 2024, voici ce que je vous propose. Le thème principal sera « les chansons de l’échanson ». Je vous propose donc de nous proposer un texte où apparaîtront des chansons, enfantines ou non, populaires ou non, sophistiquées ou non.
En contrainte supplémentaire, que diriez-vous d’utiliser des mots tels qu’échanson, vistemboir, saxifrage et sigillographie, ainsi que l’expression « le diable est dans les beffrois » Je vous laisse libre du choix de la forme : pièce de théâtre (avec ou sans didascalie), opéra, nouvelles, poème, dictée ou toute autre forme qu’il vous plaira d’utiliser.
Vous pouvez jouer en mettant vos participations en commentaire de ce billet jusqu’au 26 septembre, date à laquelle j’ouvrirai la votation pour le ou les gagnants, pour pouvoir transmettre le flambeau avant la fin du mois.
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Voila, je vous laisse, moi je dois pratiquer le grattage occiputal pour trouver comment je vais répondre à ces consignes aussi far que felues.
Après Marine, de Paul Verlaine, le poème « mis en musique » de ce mois est Mignonne, allons voir si la rose (1545) extrait de l’Ode à Cassandre de Pierre de Ronsard.
(Rappel du principe de ces « mises en musique » : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Mignonne, allons voir si la rose
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Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée
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Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d’espace, Mignonne, elle a dessus la place Las ! las ses beautez laissé cheoir ! Ô vrayment marastre Nature, Puis qu’une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !
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Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
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Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté.
L’Affaire Makropoulos (Věc Makropulos) est l’avant-dernier opéra de Janáček. Le livret est de Janáček, d’après une pièce fantastique de Karel Capek (l’inventeur du mot « robot »). Cet opéra a été créé à Brno le 18 décembre 1925.
Le pitch : L’énigmatique chanteuse Emilia Marty semble connaître l’origine d’un procès opposant deux familles, les Prus et les Gregor, depuis près d’un siècle. Albert Gregor tombe sous son charme, et Emilia lui demande des documents laissés par son grand-père. À l’issue d’un concert, Emilia critique les chanteuses de son époque quand Hauk, un vieux comte, lui dit qu’elle lui rappelle Eugenia Montez, une chanteuse de sa jeunesse. Le descendant de Prus comprend que sous les noms d’Emilia Marty, Eugenia Montez ou Ellian Mac Gregor se cache une seule et même personne, Elina Makropoulos, qui a bu un élixir de longue vie il y a plus de trois siècles.
Acte I : À Prague dans les années vingt, le clerc Vitek parle du procès Prus contre Gregor, procès qui dure depuis presque un siècle et dont on attend le jugement ce jour même. Mac Gregor vient trouver l’avocat Koletany pour connaître le résultat, mais celui-ci n’est pas encore arrivé.
Krista, la fille de Vitek, est allée à l’opéra écouter la cantatrice Emilia Marty. Devant les qualités de cette chanteuse, elle songe à arrêter sa propre carrière lyrique.
L’avocat arrive accompagné par Emilia Marty. Il explique à la chanteuse, qui semble très bien connaître l’affaire, qu’il y a cent ans, le baron Prus a dépossédé Loukov en faveur d’un Mac Gregor, fils illégitime d’une chanteuse d’opéra, Ellian Mac Gregor. Depuis, de génération en génération, le procès continue jusqu’à ce jour qui voit la défaite des Gregor.
Emilia incite l’avocat à chercher dans les archives du baron Prus les documents par lesquels Loukov lègue son domaine à son fils illégitime Ferdinand. Gregor veut savoir comment elle sait cela, mais elle répond en évoquant le souvenir d’Ellian.
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Elle ne veut pas parler des circonstances de la mort d’Ellina. Gregor tombe sous son charme et elle lui demande de lui donner les documents que son grand-père lui avait laissés. L’avocat revient avec le testament, mais Prus lui dit qu’il veut la preuve que Ferdinand est bien Ferdinand.
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Acte II : Le soir à l’opéra. Emilia Marty a fait un triomphe et les hommes se pressent dans sa loge. Krysta renonce à son amour pour Janek Prus, le fils du baron, afin de se consacrer pleinement à sa carrière. Emilia revient et critique les cantatrices qui l’ont précédée, pas du tout à son niveau. Un vieux comte, Hauk, arrive et lui dit qu’elle lui rappelle Eugenia Montez, une chanteuse gitane qu’il a aimée cinquante ans auparavant.
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Hauk une fois parti, elle congédie tout le monde, ne retenant que Prus. Celui-ci lui parle d’une enveloppe cachetée qu’il a chez lui. Il veut savoir pourquoi Emilia montre tant d’intérêt pour les Gregor. Il a en fait compris que derrière Ellian Mac Gregor, Eugénia Montez, Emilia Marty, et d’autres encore, se cache Elina Makropoulos, née en 1816. Il lui déclare qu’il l’aime, malgré les traitements qu’elle lui fait subir. Elle lui demande alors d’aller voir l’avocat, sous le nom de Makropoulos, car c’est la condition pour transmettre l’enveloppe cachetée. Elle demande ensuite à Janek de retour de voler une autre enveloppe qui se trouve chez son père, mais le père arrive et lui dit de ne pas le faire. Elle négocie l’enveloppe contre une nuit d’amour avec le baron.
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Acte III : Le lendemain matin E.M. réclame l’enveloppe qui lui est due. Prus se plaint, car pendant la nuit il a eu l’impression d’étreindre un corps sans âme. Le valet de Prus vient annoncer que son fils Janek s’est suicidé. Hauk revient pour mener Emilia en Espagne, mais l’avocat la retient. Il la confond grâce à une photo qu’elle a dédicacée à un de ses admirateurs à l’opéra, car c’est la même signature que celle d’un document datant de 1836. On examine les lettres, et on se rend compte qu’elles sont toutes de la même écriture. E.M. avoue être née en Crète en 1585, et s’appeler Elina Makropoulos. Elle a vécu plus de trois siècles sous différentes identités grâce à la formule Makropoulos, celle d’un élixir de vie que son père avait créé pour l’empereur Rodolphe, mais que celui-ci a demandé de tester sur sa fille. C’est cette formule qu’elle cherche dans l’enveloppe scellée, car son pouvoir commence à faiblir. Elle offre la formule à Krista, qui la brûle. Ellian Marty meurt en avouant sa lassitude d’avoir vécu si longtemps, trop longtemps…
Alors que certains chanteurs lyriques ne dédaignent pas chanter de la chanson dite de variété, le contraire est aussi vrai, et certains chanteurs ou interprètes de variété ne dédaignent pas interpréter des airs dits classiques. Après la huitième série de ces airs, en voici donc une nouvelle.
Kathleen Battle et Winton Marsialis dans J.-S. Bach :
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Le chanteur néerlandais Dave dans l’ouverture de Tannhaüser de Wagner.
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La chanteuse libanaise Fairouz rendant hommage à sa ville, Beyrouth, dans Li Beirut, sur le Concerto de Aranjuez, de Rodrigo.
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Sylvie Vartan interprétant une Valse de Chopin dans le Silence.
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Raymond Devos interprète Poète et paysan.
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Et si voulez une nouvelle série, cliquez donc sur la dixième.
Eugène Ionesco est né le 26 novembre 1909 en Roumanie. Son père est licencié en droit et sa mère est la fille d’un ingénieur français travaillant aux chemins de fer roumains.
En 1911, la famille s’installe à Paris. En 1916, quand l’Allemagne entre en guerre contre la Roumanie, Eugène Ionesco père rentre à Bucarest, laissant sa femme et ses deux enfants à Paris. À Bucarest, le père entame une procédure de divorce au titre que sa femme aurait quitté le domicile conjugal ! Eugène Ionesco junior supporte mal cette situation, Thérèse et ses enfants vivant pauvrement chez la mère de celle-ci.
En 1922, le jeune Eugène rejoint son père à Bucarest. Il ne supporte ni l’autorité de son père ni le caractère de sa marâtre. En 1926, il part habiter chez sa mère. Au lycée, il découvre la poésie de Tzara, ainsi que les surréalistes français, Breton, Soupault, Aragon et Crevel.
En 1929, bac en poche, Eugène s’inscrit à la faculté de lettres, contre l’avis de son père qui veut en faire un ingénieur. Il commence à écrire et publier des poèmes. De 1929 à 1935, il a une importante activité de poète et de critique dans divers journaux roumains.
En 1936, Eugène épouse Rodica Burileanu, une amie qu’il avait rencontrée à l’université.
En 1938, Ionesco obtient une bourse d’études en France. En août 1940, il retourne en Roumanie où il occupe un poste d’enseignant. En 1942, le couple Ionesco revient en France et s’installe à Marseille. Fin 1944, ils ont une fille, Marie-France. En 1945, ils s’installent à Paris et Ionesco retrouve son ami Mircea Eliade qu’il avait connu quelques années auparavant à Bucarest.
En 1948, Eugène Ionesco traduit en français une pièce écrite en 1942 et en roumain. C’est la Cantatrice chauve ! La Cantatrice chauve est créée le 11 mai 1950, sans grand succès critique, mais attire l’attention des surréalistes. 1950 est également l’année de la Leçon, de Jacques ou la soumission et des Salutations. Sa première pièce sera aussi son plus grand succès, avec des traductions dans tous les pays. La Cantatrice chauve fera l’objet d’un opéra de Luciano Chailly, créé à Vienne le 5 novembre 1986 et un de Gérard Calvi, créé en 1990 à Paris.
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Début 1951, création de la Leçon. Ionesco écrit les Chaises, le Maître et l’Avenir est dans les œufs. Il entre au Collège de Pataphysique où il aura le grade de transcendant satrape, comme Raymond Queneau ou Boris Vian. L’Avenir est dans les œufs évoque le même thème nataliste que l’on trouvait dans Les Mamelles de Tiresias d’Apollinaire.
La Leçon fera en 1963 l’objet d’un ballet sur une musique de George Delerue.
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En 1952, il écrit Victimes du devoir, et la Cantatrice chauve commence son extraordinaire carrière au théâtre de la Huchette. Depuis cette époque, la pièce n’a jamais quitté l’affiche et est toujours jouée tous les soirs à 18h30. Ionesco écrit aussi une pièce radiophonique pour le club d’essai de la radio animé par Jean Tardieu, Le Salon de l’automobile.
En 1954, les éditions Gallimard publient le Théâtre I. Création de Amédée ou comment s’en débarrasser, une pièce écrite l’année précédente. Ionesco reçoit à Honfleur le « prix séculaire d’horticuture allaisienne ». En 1955, Ionesco écrit l’Impromptu de l’Alma alors que l’on crée la pièce Jacques ou la soumission.
En 1957, on crée une pièce dont le texte est perdu : l’Impromptu pour la duchesse de Windsor. La musique est signée Pierre Boulez. En 1958, Ionesco écrit Rhinocéros qui sera créé l’année suivante en Allemagne et en France et en Angleterre en 1960. Il écrit l’argument d’un ballet, Apprendre à marcher, sur une musique de Malec.
Rhinocéros fera l’objet d’une adaptation musicale en 1990 sous le titre Born again, avec une musique de Jason Carr.
En 1962, Ionesco écrit Le Roi se meurt ainsi que Le Piéton de l’air. Le Roi se meurt sera porté à l’opéra par Sutermeister en 1985, sous le titre Le Roi Bérenger alors que Le Piéton de l’air sera créé en France avec une musique de Delerue.
En 1964, Ionesco écrit à la demande d’une université américaine les Exercices de conversation et de diction françaises pour étudiants américains. Ces exercices feront l’objet d’un opéra-bouffe de Gérard Calvi en 1975. En 1983, Isabelle Aboulker en fera également une adaptation lyrique.
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1964 est aussi l’année de la version opéra de la Photo du colonel, musique et livret de Humphrey Searle, pièce créée le 30 décembre à Düsseldorf.
En 1965, la télévision danoise crée le ballet le Jeune Homme à marier de Per Nørgård.
En 1970, Eugène Ionesco est élu à l’Académie française. Il publie des contes pour enfants. En 1972, il écrit Macbett et en 1975 L’Homme aux valises et Ce formidable bordel.
En 1971, le Danois Thomas Koppel écrit un ballet sur Le Triomphe de la mort.
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Sur la fin de sa vie, Ionesco écrit moins, mais est honoré partout dans le monde. Il se consacre à la peinture.
En 1988, il écrit le livret de Maximilien Kolbe, un opéra sur une musique de Dominique Probst. Cet opéra est créé le 20 août à Rimini.
En 1993, Isabelle Aboulker écrit La Lacune d’après une de ses pièces.
Eugène Ionesco meurt le 28 mars 1994 à Paris, à l’âge de 84 ans.
(Source principale : Eugène Ionesco, theâtre complet, bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1990.)
La Nonne sanglante est le deuxième opéra de Gounod, écrit sur un livret de Scribe, et créé à l’opéra de Paris le 18 octobre 1854. Le livret avait initialement été écrit pour Berlioz, qui y renonça, et c’est à Gounod qu’il est revenu de le mettre en musique. Le personnage central est issu du roman gothiquele Moine, de Lewis, et était très populaire au début du XIXe siècle.
Malgré un bon démarrage critique et populaire, le changement de directeur à l’opéra de Paris arrêta net sa carrière scénique, le nouveau directeur refusant de représenter une « pareille ordure ».
Acte I : L’action se passe en Bohème au XIe siècle. Alors que deux familles, les Luddorf et les Moldaw, se disputent, Pierre l’ermite obtient que les deux familles s’unissent avant le départ pour les croisades, Théobald de Luddorf devant épouser Agnès de Moldaw.
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Malheureusement, Agnès et le cadet des Luddorf, Rodolphe, s’aiment. Les deux jeunes gens veulent s’enfuir à l’occasion de l’apparition d’un fantôme qui hante le château, la Nonne sanglante.
Acte II : Au milieu de la nuit, Rodolphe attend son Agnès. Croyant la voir apparaître, il jure fidélité à la femme voilée qui s’approche de lui.
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Mais ce serment fait, le château en ruines se transforme et un banquet apparaît, ainsi que des fantômes. C’est à la Nonne sanglante que Rodolphe a juré fidélité, et celle-ci veut maintenant épouser le malheureux jeune homme.
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Acte III : Rodolphe s’est réfugié chez des paysans. Un mariage entre Anna et Fritz, deux d’entre eux se prépare. Les paysans entrent en valsant et chantant.
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La fiancée de l’au-delà réclame toujours son dû à Rodolphe. Son page Arthur vient annoncer à notre héros que son frère Théobald est mort au combat. Rodolphe devrait donc pouvoir se marier avec Agnès.
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Pour qu’elle le délivre de son serment, la Nonne sanglante lui réclame qu’il fasse mourir l’homme qui l’a lâchement assassinée. Rodolphe accepte et attend qu’elle lui désigne son assassin.
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Acte IV : Rodolphe et Agnès s’apprêtent à célébrer leurs noces. Pierre appelle les familles à oublier les discordes passées. Mais la Nonne sanglante arrive et désigne son meurtrier. C’est Luddorf, le père de Rodolphe. Rodolphe s’enfuit, abandonnant Agnès, et les querelles entre les deux familles repartent de plus belle.
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Acte V : Le comte de Luddorf repentant est prêt à mourir pour sauver son fils. Il surprend un complot ourdi par les Moldaw pour tuer Rodolphe.
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Il entend une conversation entre Rodolphe et Agnès. Rodolphe a été maudit par la Nonne sanglante, et il s’apprête à partir en exil. Le père prend alors la place de son fils dans le piège qui lui était tendu et meurt. La Nonne, délivrée, demande la grâce de dieu et délivre Rodolphe de son serment.
(Source principale : les représentations de l’opéra-comique de 2018, et le programme associé.)
Cet article est le 900e que je publie sur mon blog consacré, de manière très ouverte, à la musique et à la littérature !
À ce jour, vous avez été plus de 123 000 visiteurs cumulés, venus de 159 pays, pour regarder plus de 200 000 vues sur ce blog, en presque six ans et demi.
J’ai également consacré 91 billets à des compositeurs, dont 18 à des compositrices, de Hildegarde von Bingen à Othman Louati. Le compositeur qui vous a le plus intéressé reste Franz Schubert. 57 de ces compositeurs ou compositrices ont été sélectionnés pour mon premier livre « Compositeurs et compositrices », que je vous conseille d’acheter si ce n’est pas déjà fait.
Une autre catégorie pour laquelle j’ai créé un métabillet vous permettant de vous y retrouver facilement est celle des écrivains liés au monde de l’opéra ou de la musique. Il y a à ce jour 63 écrivains passés à ma moulinette, de Homère à Echenoz, le plus consulté étant celui consacré à Victor Hugo. Une cinquantaine d’entre eux feront l’objet de mon second opus Dramaturges, écrivains et librettistes, livre qui devrait sortir prochainement.
Voilà, il y a encore bien d’autres catégories, consacrées à l’histoire, au cinéma, à la nature, à la bande dessinée, à la poésie, à l’OuLiPo, au dessin animé… Une de mes (petites) joies est l’accueil réservé à mes fantaisies sur le nom de Mallarmé (Mallarmuche pour les intimes 🙂), qui cumulent à ce jour plus de 4 800 vues !
Fin 2020, j’ai commencé une nouvelle série sur l’emploi de musique classique par les réclamiers et, à ma grande surprise, cette série marche très fort puisque le premier billet, toutes catégories confondues, est celui qui vient en tête avec déjà plus de 4 600 vues !
Une des vidéos les plus regardées (si j’excepte les réclames) est Camille jouant les quatre Saisons de Vivaldi.
Voilà, j’espère que vous serez encore nombreux à venir partager ma curiosité pour tous ces thèmes qui gravitent autour de la musique et de la littérature !
Et pour finir ce billet, une de mes vidéos préférées, l’arbre phylogénétique de l’opéra !
C’est tout pour aujourd’hui. Si vous aimez la musique et la littérature, parlez de mon blog à vos amis, et si vous n’aimez pas, parlez-en à ceux ceux que vous n’aimez pas !
Dans l’antiquité, à l’époque de Pythagore, la musique était une branche des mathématiques. Et la musique était harmonieuse parce qu’elle était mathématique !
Pythagore semble être le premier à avoir théorisé le rapport entre la longueur d’une corde que l’on fait vibrer, et la hauteur du son qu’elle émet en vibrant, sa fréquence. Pour étudier ce phénomène, les pythagoriciens ont inventé un instrument, le monocorde, soit une boîte (de résonance) et une corde dont on pouvait faire varier la longueur tout en la pinçant.
(merci France Musique pour l’image)
Et là, banco ! si on appuie sur le milieu de la corde, on obtient un son plus aigu, mais étrangement harmonieux par rapport au son d’origine. Normal, on joue l’octave, soit une note qui vibre exactement au double de la fréquence originale. Vous pouvez faire l’expérience vous-même si vous avez une guitare, mais un simple élastique tendu entre deux points peut aussi faire l’affaire.
Si vous fixez votre point au quart de la corde, vous obtiendrez encore une note plus aiguë, l’octave de l’octave, soit une note qui vibre quatre fois plus vite que l’originale.
Jusqu’ici, j’ai résonné, avec les pythagoriciens, comme si la note vibrait avec une fréquence pure, une fréquence unique (par exemple, dans notre système musical actuel, la convention que le la des musiciens soit fixé à 440 hertz. Mais dans la nature, les choses sont plus compliquées, et un corps qui vibre le fait avec sa fréquence propre, dite fondamentale, mais aussi avec plein de fréquences supplémentaires, telles que la tierce ou la quinte.
La tierce (majeure) est la note qui vibre avec un rapport de 5/4 par rapport à la fondamentale. La quinte est une note qui vibre avec un rapport de 3/2 par rapport à la fondamentale. On la trouve très facilement en appuyant notre corde ou notre élastique au 2/3 de sa longueur.
En jouant la fondamentale, la tierce majeure et la quinte, on obtient un accord dit parfait. Comme il est naturellement présent dans tous les corps vibrants, nos oreilles sont habituées à l’entendre, même si on n’a aucune connaissance de la musique. On l’entend partout dans la nature, et donc, il nous semble naturel. Beaucoup de musiques, savantes ou populaires, sont bâties sur un tel accord.
Pythagore et ses élèves avaient également trouvé la quarte, soit la note que l’on obtient en appuyant au 3/4 de notre corde vibrante. À partir de ces notes de base, et avec l’aide du calcul des rapports (rappelons que Pythagore était un des plus grands mathématiciens de son époque), ils ont déduit la gamme, constituée de douze notes permettant d’aller d’une fondamentale à son octave. Ainsi, dans la notation musicale telle qu’on l’apprend à l’école, on arrive à cette gamme en do majeur, composée de 6 tons, ou douze 1/2 tons.
(ici : do – ré = un ton, ré -mi = un ton, mi – fa = 1/2 ton, fa – sol = un ton, sol – la = un ton, la – si = un ton et si – do = 1/2 ton).
Cliquez et chantez la gamme avec Julie Andrews
Les choses évoluèrent peu pendant plusieurs siècles, et il faudra que Descartes se penche sur le problème des résonances et de l’harmonie dans son Musicae compendium. Ce livre inspirera Rameau qui achèvera de théoriser les rapports entre la fréquence fondamentaloe d’une corde qui vibre et ses différents harmoniques dans son Traité de l’Harmonie réduite à ses principes naturels. Il y écrit « La musique est une science physico-mathématique; le son en est l’objet et les rapports trouvés entre différents sons en sont l’objet mathématique. Sa fin est de plaire et d’exciter en nous diverses passions. »
Je vous disais plus haut qu’on trouvait ces accords et ces harmonies parfaites dans beaucoup d’œuvres. Je vous propose ici le motet de J.-S. Bach Lobet den Herrn, alle Heiden, qui commence par une belle montée « fondamentale, tierce, quinte, octave » sur o-o-o-o (avant de se compliquer un peu) !
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Le triton, ou diabolus in musica, est composé de trois tons entiers. Il a longtemps été interdit, car étant la musique du diable. Bien entendu, ce tabou a disparu avec le temps et on trouve un très bel exemple de triton dans l’air « Maria » de West Side Story de Bernstein.
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Les accords « de base » ont été pendant des siècles les seuls recommandés pour l’écriture de la musique, mais au fil du temps, et l’oreille des musiciens s’accoutumant à ces accords, les plus audacieux des compositeurs se sont lancés dans leurs œuvres sur des accords auparavant interdits, car jugés trop dissonants. Il semblerait que ce soit Liszt qui ce soit le premier débarrassé du corset de la tonalité, dans sa bagatelle appelée, justement, « sans tonalité », c’est-à-dire qu’il n’y a plus dans cette œuvre de note de référence, de fondamentale, sur laquelle toutes les autres notes s’appuient. Vingt ans après Liszt, le Viennois Arnold Schönberg théorisera cette égalité entre les douze sons de la gamme, en créant le dodécaphonisme (dodéca = 12).
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(Source : même si cela fait longtemps que j’ai envie d’écrire sur ce thème Musique et mathématiques, je dois mentionner ici la série de podcasts que France Musique diffuse cet été.)
La Servante maîtresse (la Serva padrona) est un intermezzo de Pergolèse datant de 1733. Un intermezzo, ou intermède, est une petite pièce qui était jouée à Naples pendant l’entracte d’un opéra sérieux (opera seria).
La reprise à Paris de cette œuvre en 1752 servira de prétexte à la querelle des Bouffons, qui opposera les tenants du chant italien, défendu par Rousseau, Diderot et Grimm et du chant français, défendu par Rameau.
La querelle des Bouffons. Déclenchée à l’occasion d’une représentation de la Servante maîtresse de Pergolèse en 1752, elle oppose les partisans du drame lyrique français, respectueux de l’harmonie chère à Rameau et ceux de l’opéra-bouffe italien, valorisant la mélodie. Elle est alimentée par Rousseau, auteur de l’opéra le Devin du village (1752), qui n’a pas apprécié les critiques de Rameau. Il décrète que le français n’est pas une langue faite pour le chant, à l’inverse de l’italien. La querelle des Bouffons marque la limite entre l’opéra baroque et l’opéra classique.
En 1754, il y eut une nouvelle série de représentations, en français, avec notamment madame Favart dans le rôle principal.
Le pitch : Un vieux garçon, Uberto, est fatigué de la tyrannie exercée par sa servante, Serpina (Zerbine). Il charge son valet Vespone (rôle muet) de lui trouver une femme qui lui soit soumise. Serpina compte bien se faire épouser. Elle annonce son mariage avec un certain capitaine Tempête, et en fait une description telle qu’Uberto, qui a un faible pour elle, demande à le rencontrer. Vespone joue le rôle de Tempête et Serpina informe Uberto que le capitaine demande une dot énorme. Il n’accepte de renoncer au mariage que si c’est Uberto qui épouse la servante. Uberto accepte ce mariage et Serpina passe ainsi du statut de servante à celui de maîtresse.
Acte I : Uberto, qui vient de se réveiller, est en colère parce que sa servante Serpina est en retard pour lui porter la tasse de chocolat avec laquelle il commence habituellement la journée (Air : « Aspettare e non venire ») et parce que son serviteur, Vespone, ne l’a pas encore rasé.
Cliquez sur Uberto
Il envoie Vespone chercher Serpina et elle se présente, prétendant en avoir assez, demandant que bien qu’étant une servante, elle soit respectée et traitée comme une vraie dame. Uberto perd patience et demande à Serpina de changer d’attitude (Air : « Sempre in contrasti »).
Cliquez sur Serpina, Uberto et Vespone
Serpina se plaint à son tour de ne recevoir que des reproches malgré les soins continus qu’elle offre à son maître et lui ordonne de se taire. Uberto se fâche et décide de prendre une femme pour avoir quelqu’un qui puisse être capable de contrer sa servante impertinente. Il ordonne donc à Vespone d’aller à la recherche d’une femme à épouser et demande qu’on lui apporte les vêtements et le bâton pour qu’il puisse sortir. En réponse, Serpina lui dit de rester à la maison parce qu’il est tard et lui dit que, s’il ose sortir, elle l’enfermera dehors. Une vive querelle s’engage, qui s’est évidemment déjà produite d’autres fois, au cours de laquelle Serpina demande au maître de la prendre pour épouse, mais Uberto refuse résolument (Duetto : « Lo conosco a quegli occhietti »).
Cliquez sur Uberto et Serpina
Acte II :
Serpina a convaincu Vespone de l’aider à épouser Uberto, en lui promettant une bonne place. Vespone se déguise en capitaine Tempête et attend d’entrer en scène.
Serpina annonce à Uberto qu’elle a trouvé un mari, un soldat appelé Capitaine Tempête. Uberto est frappé par cette nouvelle. Il tente de cacher son émoi en se moquant de la servante, mais laisse échapper qu’il a une certaine affection pour elle et qu’elle lui manquera. Serpina, se rendant compte qu’elle est proche de la victoire, donne le coup de grâce en utilisant la carte de la pitié, et lui demande de ne pas l’oublier et de lui pardonner si elle a parfois été impertinente (Air : « A Serpina penserete »).
Cliquez sur Uberto et Serpina
Serpina demande à Uberto s’il veut rencontrer son mari et celui-ci accepte, à contrecœur. Serpina sort chercher son fiancé. Uberto, seul, s’interroge. Il se rend compte qu’il est amoureux de Serpina, mais que selon l’étiquette un noble ne peut pas se marier avec sa servante (Air : « Son imbrogliato già »).
Cliquez sur Serpina et Uberto
Il est interrompu dans ses pensées de Serpina et Tempête. Uberto est jaloux. Le Capitaine Tempête ordonne à Uberto par la bouche de Serpina de lui payer une dot de 4 000 scudi faute de quoi le mariage n’aura pas lieu et ce sera Uberto qui devra l’épouser à sa place. Uberto proteste mais Tempête se fait menaçant et Uberto finit par accepter de prendre Serpina pour épouse. Vespone révèle sa véritable identité mais le maître, maintenant satisfait de la façon dont les faits se sont déroulés, lui pardonne. L’ouvrage se termine par la phrase qui explique le titre de l’histoire : Et je suis devenue une servante déjà maîtresse.
Johann Christian Bach (en français Jean-Chrétien Bach) est né le 5 septembre 1735 à Leipzig. Son père, Jean-Sébastien Bach, a connu quelque notoriété dans le monde musical. Jean-Chrétien est son dix-huitième enfant (le onzième des treize enfants que J.-S. a eu avec sa deuxième femme Anna-Magdalena), et son plus jeune fils. À sa naissance, Jean-Sébastien avait alors 50 ans, et il lui restait 15 ans à vivre.
Naturellement, Jean-Chrétien bénéficie de l’enseignement de son père, mais de tous ses frères et sœurs, c’est lui qui connaîtra la carrière la plus cosmopolite ! À la mort de son père, le jeune Jean-Chrétien est recueilli à Berlin chez son grand frère, Carl Philipp Emmanuel, qui complète son apprentissage du clavecin et de la composition.
En 1754, Jean-Chrétien part en Italie où il découvre la musique italienne. Il se fait appeler Giovanni et se rend à Bologne pour suivre les cours du padre Martini. Sa musique y perd en germanité au profit d’une certaine italianité. Si cette période est marquée par des œuvres de nature religieuse, il commence néanmoins à s’intéresser au genre maître en Italie, l’opéra.
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À 25 ans, il est nommé organiste de la cathédrale de Milan, même s’il doit pour cela changer de religion !
En 1761, Jean-Chrétien compose son premier opéra, Artaserse.
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Le succès de cet opéra et des deux autres qui suivent, Catone in Utica (1761) et Alessandro nelle Indie (1762) lui vaut d’être remarqué par des impresarios anglais qui lui commandent des opéras, et il écrit alors des opéras en italien (Orione, Zanaïda) pour Londres, comme l’avait fait quelques années plus tôt son auguste prédécesseur Haendel. En 1762, il se rend en Angleterre pour régler les répétitions, et il s’installe à Londres où son succès est tel qu’il devient maître de musique de la reine Charlotte. Il change encore de prénom pour se faire appeler John.
Avec un violiste de ses amis, Abel, il fonde une société de concert, les Bach-Abel-Concerts, et c’est pour cette société qu’il fait découvrir en Angleterre un tout nouvel instrument, le piano-forte.
En 1764, Jean-Chrétien rencontre le jeune Mozart, alors âgé de 8 ans. Il l’introduit à la cour d’Angleterre et lui donne des leçons de composition. Ils font de la musique ensemble et s’apprécient. Jean-Chrétien fait alors partie de la vie mondaine de Londres et en 1772, il entre à la loge maçonnique des Neuf Muses.
Jean-Chrétien fait deux voyages à Mannheim : en 1772 pour la création de Temistocle et en 1774 pour la création de Lucio Silla. En 1773, il se marie avec Cecilia Grassi, une chanteuse italienne. Ils n’auront pas d’enfant.
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En 1778, Jean-Chrétien se déplace également à Paris, où il écrit Amadis de Gaule, sur un livret de Quinault écrit un siècle avant pour Lully. Il retrouve Mozart à Paris.
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Il retourne alors en Angleterre, mais les goûts ont changé. Il connaît un dernier succès avec la Clemenza di Scipione.
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Jean-Chrétien Bach meurt d’une maladie de la poitrine le 1er janvier 1782 à Londres, à l’âge de 46 ans.
Parmi ses 24 opéras, on peut trouver un Olimpiade, d’après Métastase, un Orfeo ed Euridice et un Cefalo et Procri.
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On lui doit aussi de la musique de chambre, des airs de concert ainsi que des sonates pour clavier.
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(Source principale : le site de la Philharmonie de Paris et l’Encyclopedia Universalis)