Agenda Ironique, Poésie

« LA CALENTURE » DE BAUDELAIRE

Ce mois-ci, c’est Tout l’opéra (ou presque) (c’est moi) qui organise l’Agenda Ironique. Et qu’est-ce que je demande, me demandé-je, ce mois-ci, eh bien voilà :

Le thème principal sera « les créatures fantastiques ». Je vous propose donc de nous proposer un texte mettant en scène des créatures fantastiques telles que dragons (avec ou sans pommes), licornes, chat qui disparaît ne laissant derrière lui que son sourire ou autres sirènes (liste non limitative).

En contrainte supplémentaire, que diriez-vous d’utiliser des mots tels que calenture, dictame ou phénakistiscope ? Je vous laisse libre du choix de la forme : pièce de théâtre (avec ou sans didascalie), opéra, nouvelles, poème ou toute autre forme qu’il vous plaira d’utiliser.

Quand j’étais jeune, je collectionnais les mots rares, ceux qui étaient sortis des dictionnaires courants. Et comme les profs de français n’avaient pas réussi à me dégoûter de Baudelaire, de temps en temps je tombais chez ce poète sur de tels mots rares, comme calenture ou dictame. (En fait, je suis injuste quand j’écris cela, car j’ai eu de bons professeurs de français. C’est seulement quand j’ai passé l’oral du bac, sur un poème de Baudelaire justement (« l’Invitation au voyage »), que je suis tombé sur une véritable harpie, qui voulait me faire tuer ce poème en le disséquant dans une analyse mot à mot. (Les harpies étaient des divinités grecques de la vengeance divine, au corps d’oiseau et à la tête de femme. À la différence des sirènes, leur chant n’était pas du tout mélodieux.)

Mais, pour revenir à mes mots rares mémorables, on trouve dans le Vin des amants ce quatrain :

Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !

Cliquez sur le mirage lointain

Baudelaire, fumeur d’opium, considère sa drogue comme un puissant dictame. On en trouve un dans « La Pipe » :

Et je roule un puissant dictame
Qui charme son cœur et guérit
De ses fatigues son esprit.

Ou encore dans l’extraordinaire « Tout entière » :

Quel est le plus doux.  » – Ô mon âme !
Tu répondis à l’Abhorré :
 » Puisqu’en Elle tout est dictame,
Rien ne peut être préféré.

Et que dire encore du poème « une Gravure fantastique » inspiré par une gravure de Hayhnes représentant un des quatre cavaliers de l’Apocalypse, Death on a pale horse.

Cliquez sur le quatuor pour la fin du temps (l’Apocalypse)

Ce spectre singulier n’a pour toute toilette,
Grotesquement campé sur son front de squelette,
Qu’un diadème affreux sentant le carnaval.
Sans éperons, sans fouet, il essouffle un cheval,
Fantôme comme lui, rosse apocalyptique
Qui bave des naseaux comme un épileptique.
Au travers de l’espace ils s’enfoncent tous deux,

Aux fêtes, saviez-vous que Baudelaire était ami avec Félix Tournachon, dit Nadar, et que ce dernier a pris de nombreux clichés photographiques de Baudelaire ?

Eh bien, si vous collez les différents portraits de Baudelaire sur le pourtour d’un cylindre que vous ferez tourner autour de son axe, et que vous observez les photos défiler devant une fente que vous aurez pratiquée à cet effet, vous obtiendrez ainsi l’illusion du mouvement, et au passage, vous aurez réinventé le phénakistiscope !

littérature, Oulipo, Poésie

« LA HALTE DES HEURES », de Paul ÉLUARD

Après Colloque sentimental, de Paul Verlaine, voici un autre poème traité à la sauce Oulipo : La halte des heures, d’un autre Paul, Eluard. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport, pour moi, avec ces images.)

Immenses mots dits doucement

Grand soleil les volets fermés

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Un grand navire au fil de l’eau

Ses voiles partageant le vent

Cliquez sur le pianiste

Bouche bien faite pour cacher

Une autre bouche et le serment

De ne rien dire qu’à deux voix

Du secret qui raye la nuit

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Le seul rêve des innocents

Un seul murmure un seul matin

Et les saisons à l’unisson

Colorant de neige et de feu

Cliquez sur la blanche neige

Une foule enfin réunie.

Citations musicales :

Grand soleil les volets fermés : Poulenc Sept chansons « belle et ressemblante ».

Ses voiles : Debussy Voiles.

Du secret qui raye la nuit : Berlioz Béatrice et Bénédict « Nuit sereine et paisible »

neige : Poulenc Sept chansons « la blanche neige ».

Compositrices, Poésie

Sophie LACAZE (née en 1963)

(photo Guy Bompais)

La compositrice Sophie LACAZE naît le 9 septembre 1963 à Lourdes.

Dans une interview (cf. le lien en fin d’article), Sophie raconte qu’un matin, elle avait alors 14 ou 15 ans, elle s’est réveillée en sachant qu’elle deviendrait compositrice.

Elle suit des études scientifiques, obtient son diplôme d’ingénieur à Toulouse tout en étudiant la musique au CNR de cette même ville. Elle entre par la suite à l’École normale de Musique de Paris, d’où elle sort avec un diplôme de composition.

Sophie Lacaze travaille ensuite avec Antoine Tisné, Allain Gaussin et Philippe Manoury avant d’aller étudier à Sienne avec Franco Donatoni et Ennio Morricone. Elle a également suivi les cours de Pierre Boulez au Collège de France. Elle aborde aussi le théâtre musical auprès de Georges Aperghis.

En 1998, lors de son premier voyage en Australie, elle découvre la culture aborigène. En 2002, elle est invitée en résidence à l’Electronic Music Unit de l’Université d’Adélaïde.

Sophie Lacaze a su développer une esthétique musicale personnelle visant à retrouver la vocation première de la musique dans son aspect incantatoire, rythmique ou dansant, tout en portant une attention particulière aux timbres.

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Son œuvre est jouée dans le monde entier et comprend (aujourd’hui) une centaine de numéros d’opus, allant d’œuvres pour solistes ou pour orchestre à des œuvres avec voix ou accompagnées de danses, en passant par 3 opéras.

Sophie Lacaze occupe une place importante dans la défense de la musique contemporaine, créant par exemple le Printemps Musical d’Annecy, en grande partie dédié à la création musicale, festival qu’elle dirigera pendant 5 ans, comme aussi le Festival Turbulences Sonores de Montpellier ou le Festival Musiques Démesurées de Clermont-Ferrand.

Sophie Lacaze attache beaucoup d’importance à la transmission. Ainsi, plusieurs de ses œuvres ont été pensées pour les enfants. Elle a aussi enseigné la composition et l’histoire de la musique à l’Université Paul Valéry de Montpellier pendant une douzaine d’années.

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En 2009, Sophie Lacaze reçoit le grand prix lycéen Compositeurs, et en 2010 le prix Claude Arrieu de la Sacem pour l’ensemble de son œuvre. En 2023, elle fait partie des 100 lauréates de « Femmes de Culture ».

En 2013, elle crée l’association Plurielles 34, qu’elle présidera jusqu’en 2020. C’est Claire Renard qui lui succédera à la tête de cette association.

Sophie Lacaze travaille en collaboration avec des comédiens et des metteurs en scène, ainsi que des danseurs et des chorégraphes. Parmi eux, Alain carré lui a écrit les livrets de Marco Polo, du Petit Prince, ou de l’Étoffe inépuisable du rêve (création en 2024 au Printemps des Arts de Monte-Carlo).

Cliquez sur la bande-annonce

Pour vous permettre d’apprécier son œuvre, en voici donc quelques extraits.

Cliquez sur en Quête
Cliquez sur le pianiste
Cliquez sur le quatuor avec accordéoniste et récitante

Ou encore l’Espace et la Flûte, sur des poèmes de Jean Tardieu illustrés par Picasso.

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Sophie Lacaze a aussi rendu hommage à Hildegarde von Bingen, comme dans la pièce O Sapientia.

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En 2024 a été créé À la surface de l’eau, sur des poèmes japonais.

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Interview intéressante où Sophie Lacaze s’exprime sur son métier de compositrice :

https://www.stretta-music.fr/journal/portraits/vocation-compositrice-entretien-avec-sophie-lacaze

Et pour en savoir beaucoup plus sur Sophie Lacaze et sa musique, une seule adresse, son site internet : https://www.sophielacaze.com/

(Cet article a été relu (et amélioré) par Sophie Lacaze avant sa parution).

littérature, Oulipo, Poésie

« COLLOQUE SENTIMENTAL », de VERLAINE

Après Don du poème, de Mallarmé, voici un autre poème traité à la sauce Oulipo : Colloque sentimental, de Verlaine. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport, pour moi, avec ces images.)

Dans le vieux parc solitaire et glacé,

Deux formes ont tout à l’heure passé.

Cliquez sur le parc solitaire et glacé

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,

Deux spectres ont évoqué le passé.

Cliquez sur l’image

– Te souvient-il de notre extase ancienne ?

– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne?

Cliquez sur l’image

– Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?

Toujours vois-tu mon âme en rêve ? – Non.

– Ah, les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches ! – C’est possible.

– Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !

– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

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Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Cliquez sur le champion du monde de piano

Citations musicales :

Dans le vieux parc : Dvorak Rusalka. À l’acte II, Rusalka, humiliée par l’attitude du prince qu’elle aime, se réfugie dans le parc du château. Son père, l’ondin, la rejoint et pleure sur le triste sort de sa fille.

Deux spectres : Saint-Saëns Danse macabre.

notre extase : Berlioz les Troyens « Nuit d’ivresse et d’extase infinie »

le ciel noir : Berlioz les Nuits d’été « au Cimetière »

la nuit seule : Chopin Nocturne n° 8 opus 27 n° 2

Et si vous en voulez un peu plus, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

Cliquez sur le bonus surprise mystère
littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« DON DU POÈME », de MALLARMÉ (1868)

Après Au seul souci de voyager de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport, pour moi, avec ces images.)

Aujourd’hui, un poème du début de sa carrière d’écrivain, contemporain de son Hérodiade, et qui porte en lui un certain nombre de thèmes récurrents dans la poésie de Mallarmuche.

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée* !

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Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée,
Par le verre brûlé d’aromates et d’or,
Par les carreaux glacés, hélas ! mornes encor,


L’aurore se jeta sur la lampe angélique.

Cliquez sur l’image

Palmes ! et quand elle a montré cette relique
À ce père essayant un sourire ennemi,
La solitude bleue et stérile a frémi.

Ô la berceuse, avec ta fille et l’innocence

Cliquez sur la berceuse

De vos pieds froids, accueille une horrible naissance :
Et ta voix rappelant viole et clavecin,

Cliquez sur l’image


Avec le doigt fané presseras-tu le sein

Cliquez sur l’image

Par qui coule en blancheur sibylline la femme
Pour des lèvres que l’air du vierge azur affame ?

(* Idumée, le pays d’Édom, c’est-à-dire le pays d’Hérodiade.)

citations musicales :

l’enfant d’une nuit : Ravel Pavane pour une infante défunte.

angélique : Berlioz les Nuits d’été « Au cimetière ».

la berceuse : Monteverdi, le Couronnement de Poppée – berceuse « Oblivion soave ».

viole et clavecin : J.-S. Bach, Sonate pour orgue et clavecin BWV 1029.

presseras-tu le sein : Berlioz Nuits d’été « le Spectre de la rose ».

Et retrouvez ici le poème « mis en musique » suivant : Colloque sentimental.

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« AU SEUL SOUCI DE VOYAGER », de MALLARMÉ (1898)

Après Tombeau de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport, pour moi, avec ces images.)

Probablement le dernier poème écrit par Mallarmuche, Au seul souci de voyager est un hommage au navigateur Vasco de Gama écrit pour un recueil publié à l’occasion de 400e anniversaire de l’ouverture de la route des Indes.

Au-delà de l’aspect formel de l’hommage, on y retrouve des thèmes chers à Mallarmé, qui fait le parallèle entre l’aventure du navigateur et le cheminement intérieur du poète.

Au seul souci de voyager

Outre une Inde splendide et trouble

Cliquez sur les Indes splendides

– Ce salut soit le messager

Du temps, cap que ta poupe double

Comme sur quelque vergue bas

Plongeante avec la caravelle

Cliquez sur l’image

Écumait toujours en ébats

Un oiseau d’annonce nouvelle

Cliquez sur l’oiseau d’annonce nouvelle

Qui criait monotonement

Sans que la barre ne varie

Cliquez sur la barre qui ne varie

Un inutile gisement

Nuit, désespoir et pierrerie

Cliquez sur les djinns dans la nuit

Par son chant reflété jusqu’au

Sourire du pâle Vasco.

Citations musicales :

Une Inde splendide : Rameau les Indes galantes « les sauvages ».

la Caravelle : Milhaud Christophe Colomb.

La barre ne varie : Wagner le Vaisseau fantôme « Mit Gewitter Und Sturm Aus Fernem Meer »

Nuit, désespoir : Fauré les Djinns.

Un oiseau d’annonce nouvelle : Saint-Saëns le Déluge « la Colombe ».

Agenda Ironique, Poésie

L’HOROSCOPE DE NOVEMBRE 2023

C’est chez Carnets Paresseux que ça se passe, et voilà ce qu’il nous demande Carnets Paresseux : https://wordpress.com/read/feeds/16382982/posts/4968656162

Après octobre, vient novembre, et itou l’agenda ironique chemine de chez Laurence jusqu’ici même. Kilucru ? Kiluentrevu ? Kiluprévu ? Justement, je vous propose de faire des prévisions, des voyances, des pronostics, des prédictions, d’entrevoir des possibles, des souhaitables et des évitables, de promettre fortune, argent, richesse, santé, bonheur, espérances et tout le saint-frusquin (mais aussi et symétriquement d’agiter le péril de la malencontre, de la déconfiture, de la chance qui passe sur le trottoir d’en face), bref de rédiger un horoscope, évidemment véridique, exact et irréfutable comme tout horoscope qui se respecte.

Techniquement, il pourra être basé sur la lecture des étoiles et des astres, de la marche de l’ombre des cailloux par terre, du vol des oiseaux ou du tarot ou tout ce que vous voulez, à votre guise, cet horoscope. Et puis quoi plus ? Il devra contenir les mots chevalparapluiesouquenillepingouintubéreuse et Vierzon.

Sous quelle forme, cet horoscope ? Comme vous le souhaitez : quatrain sibyllin, récit épistolaire, chanson, entrelardé au sein d’un dialogue, égosillé par une contraltote soutenue par un ostinato altier ou calligraphié d’une plume bien encrée, et même en forme d’horoscope ; si possible, avec quelques jours du calendrier (c’est le moins, pour un horoscope) et avec un brin d’ironie (idem).

parapluiesouquenille,

J’ai donc choisi la forme « haïkaï sibyllin » pour ma participation à cet Agenda Ironique.

Destin de Carmen

C’est le grand air des cartes

Carreau Pique, la mort

Bizet Carmen Carreau, pique la mortCliquez sur Carmen

+ + +

Le destin d’Œdipe :

Les mamelles de Tiresias

Sont celles du devin

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Mon cher Papa si vous voulez savoirCliquez sur l’image

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D.F.E. Auber

Arvedson la devineresse

C’est le Bal masqué

Auber Gustave III, ou le bal masqué Acte II scène de la devineresseCliquez sur Arvedson la devineresse

+ + +

Chez Georges Enesco

Œdipe demande à la sphinge

Plus fort que l’destin ?

Enesco Oedipe Je t'attendaisCliquez sur la sphinge

+ + +

Ce chant du destin

pour une contraltote altière

Oui, c’est bien du Brahms

Brahms Schicksallied

Et pour ne pas vous faire passer pour des pingouins vétus de souquenilles, quelques explications sur ces haïkus sibyllins.

Au début du 3e acte de Carmen de Bizet, Frasquita et Mercedes se tirent les cartes pour connaître leur avenir. L’une voit l’amour sous les traits d’un bel officier qui l’emporte sur son cheval, l’autre la fortune. Carmen arrive et tire les cartes à son tour. Las, il n’y a rien à faire, elle tire toujours « Carreau, Pique, la mort ! Moi d’abord, ensuite lui, pour tous les deux, la mort ! ».

Les Mamelles de Tiresias, de Poulenc d’après le texte d’Apollinaire. Tiresias est ce devin qui révèle à Œdipe son sort horrible, il a tué son père et couché avec sa mère. Pris d’effroi, Œdipe se crève les yeux.

Dans Gustave III, ou le Bal masqué, de Daniel François Esprit Auber, toute la cour se rend à minuit chez la Arvedson la devineresse, qui a le pouvoir de prédire l’avenir en lisant dans les racines d’une tubéreuse.

Dans Œdipe (encore lui) d’Enesco, notre héros arrive devant Thèbes et veut sauver la ville. Mais il doit répondre à l’énigme de la sphinge : « qui est plus fort que le destin ? ». Œdipe connaissant la réponse, la sphinge est prise d’un rire inextinguible et meurt. Des légendes anciennes prétendent qu’on a enterré son corps à Vierzon.

Dans le Chant du destin, ou Schicksallied, de Brahms, les contraltotes altières ont un rôle important pour nous dévoiler le destin, bien abritées qu’elles sont sous leur parapluie.

littérature, Oulipo, Poésie

« LA MUSIQUE », de Charles BAUDELAIRE (3 – FAURÉ)

Après avoir wagnerisé le poème La musique, de Baudelaire, puis debussysé ce même poème, je vous propose une troisième version de ce poème traité à la sauce OuLiPo.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui donc, en voici une version fauréïsée.

La musique souvent me prend comme une mer !

Fauré l'Horizon chimérique la Mer est infinieCliquez sur l’image

Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

Fauré l'Horizon chimérique Je me suis embarquéCliquez sur l’image

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Fauré Nocturne (mélodie)Cliquez sur l’image

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;

Fauré l'Horizon chimérique Vaisseaux, nous vous aurons aimésCliquez sur l’image


Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l’immense gouffre

Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Fauré BerceuseCliquez sur l’image

Citations musicales :

me prend comme une mer : Fauré, l’Horizon chimérique, n° 1 « la Mer est infinie ».

Je mets à la voile : Fauré, l’Horizon chimérique, n° 2 « Je me suis embarqué ».

un vaisseau qui souffre : Fauré, l’Horizon chimérique, n° 4 « Vaisseaux, nous vous aurons aimés ».

Me bercent : Fauré, Berceuse pour violon et piano.

Retrouvez ici une version beethovénisée de ce même poème.

Divers, littérature, Poésie

IL ÉTAIT UN ROI DE THULÉ

« Il était un roi de Thulé, qui jusqu’au tombeau fut fidèle ».

Récemment, le pianiste et chef d’orchestre Clément Mao-Takacs nous proposait quelques versions musicales de la célèbre ballade du grand Goethe, publiée en 1782. L’idée m’a plu, et il m’a permis de la reprendre pour mon blog.

Après l’analyse comparée de la Damnation de Faust de Berlioz et du Faust de Gounod, voici donc un petit comparatif des versions musicales de cette ballade.

La version la plus ancienne semble être celle d’un certain Seckendorff, puisqu’elle date elle aussi de 1782.

Une autre version, plus connue, est celle de Zelter qui date de 1812.

Zelter Es war ein König in ThuleCliquez sur la version de Zelter

Plus connue encore est celle de Schubert qui date de 1816 (Schubert avait 19 ans !).

Schubert Der König in ThuleCliquez sur la version de Schubert

Bien entendu, cette mélodie a été intégrée par Berlioz dans ses Six Scènes de Faust de 1829, transformées en Damnation de Faust en 1842.

berlioz damnation de Faust roi de ThuléCliquez sur la version de Berlioz

Autre version en français avec celle de Gounod.

Gounod Faust Il était un roi de ThuléCliquez sur la version de Gounod

En 1849, c’est Robert Schumann qui écrit cette pièce pour chœur a capella.

Schumann Der König von ThuleCliquez sur la version de Schumann

Et Liszt en livrera deux versions.

Liszt Es war ein König in ThuleCliquez sur l’une des deux versions de Liszt

En 1867, l’irrévérencieux Offenbach en fera une parodie dans sa Grande Duchesse de Gérolstein.

Offenbach la grande Duchesse de Gérolstein Il était un de mes aïeuxCliquez sur la parodie irrévérencieuse d’Offenbach

En 1908, Samuel Coleridge-Taylor nous en livre une version en anglais (A King there lived in Thule).

Coleridge-Taylor A King there vived in ThuleCliquez sur la version de Coleridge-Taylor

    Et si vous aimez les bonus surprises, cliquez donc sur le cadeau mystère.

    point-dinterrogationCliquez donc sur le cadeau mystère si vous aimez les surprises

    littérature, Oulipo, Poésie

    « LE DORMEUR DU VAL », de RIMBAUD (1870)

    Après avoir fini le Bateau ivre, de Rimbaud, je vous propose de rester encore un peu avec ce poète, avec un autre de ces poèmes parmi les plus connus : le Dormeur du val, écrit alors que Rimbaud n’avait que seize ans !

    (Rappel du principe : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

    C’est un trou de verdure où chante une rivière

    Schubert Winterreise WasserflutCliquez sur l’image

    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

    indes galantes 2Cliquez sur le brillant soleil

    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

    Beethoven Fidelio O welche lust (MET 2000)Cliquez sur l’image

    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.

    Janacek Jenufa Co chvila et fin acte IICliquez sur l’image

    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

    Debussy Préludes les Sons et les Parfums tournent dans l'air du soirCliquez sur le pianiste

    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

    Citations musicales :

    où chante une rivière : Schubert, le Voyage d’hiver « Wasserflut ».

    où le soleil : Rameau, les Indes galantes, « Brillant soleil ».

    un enfant malade : Dans Jenufa de Janacek, la belle-mère de Jenufa profite de la forte fièvre qui cloue l’héroïne au lit pour lui voler son bébé, et le noyer dans la rivière gelée.

    Les parfums : Debussy Préludes « Les sons et les Parfums tournent dans l’air du soir ».

    la lumière : Beethoven Fidelio Chœur « O welche Lust ».