Mes opéras préférés

THE TURN OF THE SCREW, de BRITTEN (1954)

The Turn of the screw (Le Tour d’écrou en français) est un opéra de chambre écrit en 1954 par Benjamin BRITTEN, d’après une nouvelle de Henry JAMES. Il a été créé à La Fenice de Venise par les musiciens de l’English Opera Group, un ensemble fondé quelques années plus tôt par Britten pour redonner des lettres de noblesse à l’opéra anglais.

Dans ce huis clos à six voix, Britten a parfaitement su traduire l’atmosphère fantastique de la nouvelle de James, qui raconte une histoire de fantôme revenant hanter deux enfants,  et on sent l’angoisse monter au fur et à mesure que le drame se noue. A titre très personnel, quand j’ai découvert cette œuvre à Favart dans les années 1980, j’ai été tellement enthousiasmé que je suis retourné la voir le lendemain !

Prologue: Le prologue est écrit pour ténor solo et piano. Le narrateur évoque l’arrivée d’une nouvelle gouvernante chez le tuteur des enfants Miles et Flora.

Acte I : Dans la propriété de Bly où ils vivent, les enfants accueillent leur nouvelle gouvernante, et lui font visiter la propriété.

Le lendemain, on apprend que Miles est renvoyé de l’école à cause de sa mauvaise influence sur ses camarades. Se pourrait-il qu’il soit méchant?

Quelques temps plus tard, alors que les enfants jouent, la gouvernante croit voir une silhouette en haut de la tour de la maison. Interrogée, l’intendante Mrs Grose lui dit qu’il s’agit de Peter Quint. Elle lui apprend alors un pan inquiétant du passé de cette maison. L’ancien majordome prenait des libertés avec Miles et a séduit Miss Jessel, l’ancienne gouvernante, avant de la faire mourir. Lui-même est mort en glissant sur la glace. La gouvernante comprend alors que sa mission est de protéger les enfants.

Alors que la gouvernante fait réciter leurs leçons aux enfants, Miles se met à chanter une chanson inquiétante (Malo, malo,…). Plus tard, la gouvernante et Flora sont au bord du lac quand Flora déclare: « Ce lac, c’est la mer morte » avant de se remettre à jouer à la poupée (« Go to sleep »).

Britten The Turn of the Screw The LakeCliquez sur la gouvernante et Flora

Le fantôme de Miss Jessel apparaît de l’autre côté du lac.

Britten The Turn of the Screw Acte I scènes 6 à 8Cliquez sur l’image

Dans la nuit, la voix de Quint appelle Miles, qui lui répond. La voix de Miss Jessel se joint à eux et Flora lui répond (quatuor). Les cris de la gouvernante et de l’intendante interrompent cette fantastique scène de possession.

Acte II: Quint et Miss Jessel apparaissent dans une atmosphère fantomatique. Dans leur duo, la tension entre eux croît (Duo : « The ceremony of innocence is drowned »).

Britten The Turn of the Screw Ceremony of innocenceCliquez sur l’image

Dans sa chambre, la gouvernante sent la présence de Miss Jessel en train d’écrire à sa table. Quand Miss Jessel prend la parole, menaçant les enfants, la gouvernante qui avait songé à fuir Bly comprend qu’elle ne peut pas les abandonner. Elle se décide à écrire à leur tuteur pour l’informer de ce qui se passe (Air: « Sir, dear Sir »).

Dans la nuit, la voix de Quint ordonne à Miles de voler la lettre de la gouvernante, ce qu’il fait.

Le lendemain, pendant que Miles joue tranquillement du piano, Flora quitte discrètement la pièce et se rend vers le lac. La gouvernante la suit et sent la présence de Miss Jessel. Elle demande à Flora si elle la sent aussi, mais Flora lui répond qu’elle la déteste. La gouvernante comprend qu’elle a perdu, que Miss Jessel lui a appris à la haïr.

Mrs Grose apprend à la gouvernante que sa lettre a été volée et n’est jamais partie. La gouvernante supplie Miles de lui dire si c’est lui qui a volé la lettre. Quint essaie de l’empêcher d’avouer. La gouvernante demande à Miles qui se tient devant lui. Miles pousse un dernier cri « Peter Quint, toi, démon » et la gouvernante reste seule avec le cadavre de Miles. Elle reprend le chant funèbre « Malo ».

Britten The Turn of the Screw Acte II scène 8Cliquez sur l’image

histoire, Histoire de l'opéra

Histoire de l’opéra : des années 1945 à nos jours

J’avais laissé notre ami l’opéra au sortir de la guerre 39 – 45, avec bon nombre de compositeurs germaniques et/ou juifs exilés en Amérique.

Que lui est-il arrivé depuis ?

Tout d’abord, une excellente nouvelle pour les britanniques avec Benjamin BRITTEN (1913 – 1976), qui va réveiller l’opéra anglais plus de deux siècles après son dernier représentant notoire : Henry PURCELL (1659 – 1695).

Britten Peter Grimes 4 interludesCliquez sur l’image

En France, Francis POULENC (1899 – 1963) s’illustre non seulement dans la musique vocale, mais aussi dans la musique instrumentale. Et à titre très personnel, je me souviens avec beaucoup d’émotion de la création du Saint-François d’Assise de MESSIAEN (1908 – 1992) à Garnier en 1983 (c’était la première fois que j’y mettais les pieds, un rêve !).

Les États-Unis prennent une place importante [il y avait déjà une place pour eux dans la première moitié du XXe siècle avec notamment Scott JOPLIN (1868 – 1917) et GERSHWIN (1898 – 1937)], avec Léonard BERNSTEIN (1918 – 1990), mais aussi avec les papes de la musique répétitive que sont Philip GLASS (né en 1937) ou John ADAMS (né en 1947).

Bien entendu, l’opéra s’adapte à toutes les nouvelles formes musicales, quelle que doive être la coupure avec un public pas toujours formé pour suivre ces changements.

Les véritables adaptations du genre théâtre mis en musique et chanté, qui devrait être la définition de l’opéra, me semble être la comédie musicale. On a vu avec Victor HUGO combien son génie dramatique s’adapte à toutes les formes de théâtre musical.

Un autre avatar de notre ami l’opéra est l’opéra-rock avec notamment Tommy des WHO, 200 motels de Franck ZAPPA ou encore the Wall de Pink Floyd.

En 2022, j’ai pu voir la création de deux opéras, Like Flesh de Sivan ELDAR et des Éclairs de Philippe HERSANT

Bande dessinée, Compositrices, Contes et légendes, histoire, littérature

JEANNE D’ARC ET BARBE BLEUE

What happened between Joan of Arc and Bluebeard ?

Quel curieux rapprochement que celui de Jeanne d’Arc et de Barbe Bleue. Il prend pourtant son sens quand on sait qu’un des modèles historiques de Barbe Bleue était Gilles de Rais, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc pendant la guerre de Cent Ans et nommé maréchal de France, mais aussi violeur et égorgeur de petits enfants.

On peut noter que les deux personnages de Gilles de Rais et de Barbe-Bleue ont fait l’objet d’un album de la série de bande dessinée Jhen, série créée par Jacques Martin (Alix, Lefranc) et dessinée par Pleyers.  barbe-bleue gilles de raisEt puisque je suis dans la bande dessinée, je ne peux résister au plaisir de citer F’murrr et sa Jehanne Darques, mariée avec Gilles de Retz (?) et compagne d’aventures d’Attila.

  f'murrr jehanneMais revenons à l’opéra:

La Barbe bleue (1697) est un des contes de PERRAULT, qui raconte l’histoire de Barbe-Bleue qui confie à sa nouvelle femme toutes les clés de son château, dont une qu’elle n’a pas le droit d’utiliser. Évidemment, dès qu’il a le dos tourné, sa femme brave l’interdit et trouve une pièce avec les cadavres de ses précédentes épouses. Au retour de Barbe-Bleue, celui-ci veut tuer sa femme.

Le premier opéra écrit sur le conte de Perrault est Raoul Barbe-Bleue (1789) de GRÉTRY.

OFFENBACH, qu’aucun sujet ne rebutait, a également écrit son opéra-bouffe Barbe-Bleue en 1866.

Au XXe siècle, où les apports de la psychologie ou de la psychanalyse nourrissent les livrets d’opéras, il y a au moins deux opéras importants écrits sur le mythe de Barbe-Bleue : Ariane et Barbe-Bleue (1906) de Dukas, d’après le symboliste MAETERLINCK (Celui de Pelléas et Mélisande et justement il y a une Mélisande parmi les femmes de Barbe-bleue) et le Château de Barbe-Bleue (1911) de BARTOK.

En 2002, la compositrice Isabelle Aboulker écrit un opéra pour enfants, Douce et Barbe-bleue.

Aboulker douce et Barbe-bleueCliquez sur l’image

Quant à Jeanne d’Arc, avant de rejoindre le roman historique français, elle a été célébrée par SCHILLER (encore un qui défendait les libertés) dans sa Pucelle d’Orléans (1801), pièce qui a inspiré VERDI pour Giovanna d’Arco (1845) et TCHAÏKOVSKY pour La Pucelle d’Orléans (1881).

Tschaïkovski la pucelle d'orléansCliquez sur Jeanne d’Arc

 

Mais avant eux, ROSSINI avait écrit dès 1832 la cantate Giovanna d’Arco.

Rossini Giovanna d'ArcoCliquez sur l’image

Et en 1874, c’est LISZT qui écrit son Jeanne d’Arc au bûcher, quelques décennies avant HONEGGER.

Liszt Jeanne d'Arc au bûcherCliquez sur l’image

Animation 1, littérature, Mythologie, Nature

LE STUDIO GHIBLI

Studio Ghibli was founded by Hayaho MIYAZAKI (Spirited away) and Isao TAKAHATA (Grave of the fireflies).

Le studio GHIBLI est un studio de dessins animés, ou plus précisément d’anime puisqu’il s’agit d’animation japonaise, fondé en 1985 par Hayao Miyazaki (Le Voyage de Chihiro) et Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles).

On ne le sait pas toujours, mais Miyazaki, qui mêle animisme japonais et écologie dans ses longs métrages, est également attiré par l’Europe, et ceux de ses films qui ne se passent pas au Japon se passent souvent dans une espèce de Mitteleuropa.

Le compositeur attitré de Miyazaki est Joe Hisaishi, mais des éléments de musique classique se trouvent également dans les bandes originales.

Ainsi dans Nausicaä de la Vallée du vent (1984), cette citation de la Sarabande d’Haendel.

Hisaichi Nausicaä HaendelCliquez sur Nausicaä

ponyo walkyrie

Dans Ponyo sur la falaise (2008), la petite fille poisson s’appelle Brünnehilde, comme la Walkyrie de WAGNER, avant d’être nommée Ponyo par un petit garçon qui la recueille. Son histoire est proche de celle d’Ondine, d’E.TA. Hoffmann, ou de la petite Sirène d’Andersen et donc de la Rusalka de Dvorak.

Dvorak Rusalka METCliquez sur Rusalka

Vers la fin du film, Ponyo/Brunehilde chevauche une vague géante, sur la musique de la Chevauchée des Walkyries.  Le vent se lève

Dans Le vent se lève (2013) apparaît le personnage de Castorp, directement inspiré du Castorp de La Montagne magique (1924) de Thomas Mann. Or ce roman est écrit en contrepoint de la Mort à Venise (1912) du même Mann, roman qui a été transposé à l’opéra par B.Britten (1972). Il a également été adapté au cinéma par Visconti, avec la géniale utilisation de la musique de Mahler (adagietto de la 5e symphonie).

Mahler Symphonie n° 5 adagiettoCliquez sur l’image

Quant à Takahata, son goût pour la musique occidentale transparaît non seulement dans ses musiques de films, mais également dans le sujet même de certains de ses films. Ainsi de Gauche le violoncelliste (1981), où un jeune violoncelliste s’entraîne la nuit, au milieu d’animaux qui l’aident. Le concert qu’il prépare avec son orchestre de jeunes est la Symphonie pastorale de Beethoven. yamada                                                                             source

Dans Mes Voisins les Yamada (1999), une série de saynètes de la vie familiale au Japon, des extraits musicaux ponctuent le film, et on peut y entendre notamment la marche nuptiale du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, la symphonie des jouets attribuée à Léopold Mozart ou encore les symphonies 1 et 5 de Mahler.

Et enfin, pour tout savoir sur l’univers du studio Ghibli, une seule adresse, l’excellent site Buta Connection.

Si ce billet vous a plu, celui sur Walt DISNEY pourrait vous plaire également.

Compositeurs

BEETHOVEN (1770 – 1827) – Partie 1 – LA JEUNESSE ET LA MATURITÉ

Toujours aimer la liberté

Dernier des classiques (il a côtoyé Mozart et Haydn à Vienne), premier des romantiques (il est contemporain de WEBER et SCHUBERT), Ludwig van BEETHOVEN occupe une place de choix dans le panthéon de compositeurs.

Suivant l’avis de Franz LISZT, on distingue trois époques dans les compositions de Beethoven : l’enfance (ou la jeunesse), l’homme (ou la maturité), le dieu (le génie).

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Le petit Ludwig naît à Bonn le 15 ou 16 décembre 1770. Enfant prodige, son père le fait jouer très jeune en société, espérant ainsi le transformer en nouveau Mozart.

Après ses années de formation à Bonn puis à Vienne, il s’installe dans cette ville en 1792, où il fréquente les salons de grands aristocrates mélomanes et mécènes. D’abord reconnu comme pianiste virtuose, il commence à l’être comme compositeur vers la fin du XVIIIe siècle avec ses premiers concertos, sonates, quatuors et symphonies.

Sa vie privée a été malheureuse. Comme son contemporain viennois Schubert (1797 – 1828), il ne trouvera jamais l’âme sœur et en souffrira, mais en plus sa surdité, dont il commence à se plaindre en 1802, l’isolera du reste du monde.

Toujours à la recherche de la liberté (voir la citation en exergue), il écrit une symphonie (la troisième) qu’il compte dédier au général Bonaparte, mais quand il apprend que celui-ci va se faire couronner empereur, il en déchire la dédicace, et appelle sa symphonie l’Héroïque.

Beethoven HéroïqueCliquez sur l’image

En 1803, il se tourne vers l’opéra, le genre incontournable pour un musicien à cette époque, avec Léonore, d’après une pièce écrite pendant la révolution française. Terminé en 1805, l’œuvre est mal accueillie par le public, et il la remanie en 1806, puis en 1814 sous le titre Fidélio (ces reprises expliquent pourquoi il existe 3 versions de l’ouverture de Léonore).

Beethoven Fidélio Chœur des prisonniersCliquez sur les prisonniers

Pendant ce temps, sa production de chefs-d’œuvre continue avec toujours des sonates, des concertos, des symphonies,

Beethoven 5e symphonie débutCliquez sur l’orchestre

de la musique de chambre…

Beethoven Trio les EspritsCliquez sur le trio

En 1816, on fait de lui le chantre de la musique allemande face à la déferlante Rossini qui se répand sur l’Europe, mais c’est cause perdue, et c’est Rossini qui triomphe.

Pendant toutes ces années, sa surdité s’est aggravée, si bien que vers les années 1820, il était devenu (presque) totalement sourd. Ce sont précisément dans ces années qu’il a porté la musique le plus loin, comme si la musique n’était plus qu’une construction de l’esprit, dégagée des contingences physiques qui construisent et transmettent le son.

Retrouvez prochainement ce dernier Beethoven, celui que LISZT appelait le dieu.

Animation 1, Nature

Ô rage, oh des espoirs…

… que la canicule s’arrête.

Storm and despair !

En dépit de ce titre en forme de jeu de mots, ce n’est pas de CORNEILLE que je vais vous parler aujourd’hui. J’ai parlé dans un autre billet de l’auteur du Cid (adapté par MASSENET), de Polyeucte (adapté par DONIZETTI), et collaborateur de MOLIÈRE sur le livret du Psyché de LULLY.

Non, je ne vous en parlerai pas, mais ce sont des phénomènes atmosphériques appelés orages que je vais parler.

Dans Didon et Énée (1689) de PURCELL, les sorcières qui veulent la perte de la reine Didon font éclater un orage pour isoler le prince Énée.

Une autre scène d’orage intervient dans le Xerxès (1738) de HAENDEL.

Dans Les Boréades (1763) de RAMEAU, le demi-dieu Borée fait éclater une tempête, et le chœur doit le supplier pour arrêter l’orage. On pourra d’ailleurs comparer cet orage à celui de Platée (1745) du même Rameau.

Dans sa reprise du Roland de LULLY, un siècle après lui, l’Italien PICCINNI met le héros Médor aux prises avec l’orage : en butte aux fureurs de l’orage.

Chez les romantiques, l’orage avait une saveur particulière, ne parlons-nous pas de Sturm und Drang (orage et passion) pour cette époque. Dans le Freischütz (1821)  de WEBER, dans la fantastique scène de la gorge aux loups, deux orages se croisent au-dessus des héros en train de fondre leurs balles maudites à minuit.

[Je ne peux résister ici au plaisir de présenter l’orage du 4e mouvement de la Symphonie Pastorale (1808) de Beethoven, interprétée ici par Disney dans Fantasia (1940)].

WAGNER n’est pas en reste, puisqu’à la fin de l’Or du Rhin, Donner provoque un orage pour former l’arc-en-ciel par lequel les dieux vont pouvoir entrer  au Walhalla.

Wagner Rheingold l'orageCliquez sur l’orage

C’est par un orage que débute La Walkyrie quand Siegmund en fuite doit trouver refuge chez Hunding et Sieglinde.

On trouve un bel air post-orage dans Les Pêcheurs de perles (1863) de BIZET : L’orage s’est calmé.

bizet pêcheurs de perle l orage s est calméCliquez sur Zurga

TCHAIKOVSKY a orchestré un orage dans La Dame de pique (1890) et JANACEK dans Katia Kabanova, un opéra tiré de l’Orage du dramaturge russe Ostrovsky.

Même ROSSINI s’est fendu de son orage dans La Cenerentola (Cendrillon) (1816). C’est un orage qui fait s’arrêter chez Cendrillon les envoyés du roi qui cherchent la jeune femme qui a séduit le prince au bal.

Peut-être connaissez-vous d’autres scènes d’orage ?

Écrivains, Compositrices

GOETHE (1749 – 1832)

Wolfgang GOETHE was a great german writer. His work had been adapted by a lot of classical composers.

Je me suis rendu compte il n’y a guère que je n’avais pas consacré de billet sur ce blog au grand GOETHE. Et pourtant, le génie de Weimar y tient toute sa place.

Né à Francfort en 1749, cet esprit curieux de tout s’installe à Weimar en 1775. Dramaturge, romancier et poète, Goethe s’est également intéressé à la science, notamment à l’optique (il est l’auteur d’un traité des couleurs.)

Admirateur de MOZART, il considère son Don Giovanni comme étant l’idéal de l’opéra, et il écrit une suite à La Flûte enchantée. Goethe a lui-même écrit des livrets, mais ses tentatives n’ont pas été couronnées de succès.

Son œuvre littéraire sera abondamment mise en musique par les compositeurs, qu’ils soient romantiques :

ou post-romantiques :

Quant à l’opéra, l’abondante production littéraire de Goethe a inspiré bien des musiciens, à commencer par les nombreuses adaptations de ses deux livres de Faust, l’adaptation par MASSENET des Souffrances du jeune Werther avec son célèbre Werther ou encore le Mignon d’Ambroise THOMAS d’après les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister.

Enfin, il est intéressant de noter qu’au cours de sa longue vie, Goethe aurait pu voir naître et mourir Mozart (1756 – 1791) le classique, Beethoven (1770 – 1727) le préromantique et romantique et Schubert (1797 – 1828) le romantique.

Cinéma, histoire, Histoire de l'opéra

Histoire de l’opéra: les années 1915 – 1945

History of opera : 1915 – 1945.

J’avais laissé notre ami l’opéra vers 1915, avec le triomphe du vérisme, le post-wagnérisme et l’apparition du symbolisme. Avant de voir comment l’opéra a évolué entre 1915 et 1945, on peut faire un zoom sur la Grande Guerre et la musique.

Au début du XXe siècle, SCHÖNBERG (1874 – 1951) « invente » l’atonalisme puis le dodécaphonisme. À sa mort, il laisse inachevé un opéra, Moïse et Aaron. Parmi ses élèves, le plus marquant est Alban BERG (1885 – 1935) avec Wozzeck (1917 – 1922) et Lulu (1929 – 1935). L’aspect formel de la construction de ses œuvres prend beaucoup d’importance. J’y reviendrai dans un billet spécifique.

berg wozzeckCliquez sur Wozzeck et Marie

On connaît l’expressionnisme allemand au cinéma (Fritz LANG, Friedrich MURNAU). Quelques représentants de ce mouvement à l’opéra sont HINDEMITH (1895 – 1963), SCHREKER (1878 – 1934) et ZEMLINSKY (1871 – 1942).

Le stalinisme et le nazisme sont tombés d’accord sur un point, la dégénérescence de la musique contemporaine, et ils en ont interdit la diffusion. C’est ainsi que CHOSTAKOVITCH (1906 – 1975) a subi les foudres de la censure stalinienne pour Lady Macbeth de Mzensk ou Le Nez, alors que l’Allemagne nazie parlait de musique dégénérée, obligeant un grand nombre de compositeurs à fuir l’Europe [KRENEK (1900 – 1991), WEILL (1900 – 1950), Schoenberg, Schreker, STRAVINSKY, …].

krenek Johnny spielt aufCliquez sur l’image

Outre Berg, deux grands compositeurs, JANACEK (1854 – 1928) et Richard STRAUSS (1864 – 1949) ont marqué cette période. La musique de Strauss, se débarrassant de l’influence wagnérienne, se tourne vers le passé (cf. Le Chevalier à la Rose et MOZART).

rosenkavalier valseCliquez sur l’image

Les livrets de Janacek ou de Berg sont fortement inspirés des apports nouveaux de la psychologie ou de la psychanalyse dans l’étude des rapports humains.

J’ai évoqué Stravinsky parmi les musiciens ayant fui l’Europe en 1940. On ne s’attend pas forcément à le trouver dans le champ de l’opéra, et pourtant, alors que dans sa jeunesse, il a dynamité certains codes de la musique, 1913 est l’année du scandale du Sacre du Printemps à Paris (c’est aussi l’année du concert scandale du Pierrot lunaire de Schönberg à Vienne), il évoluera comme Strauss vers un retour à un certain classicisme. Il écrira sur des livrets de COCTEAU (Oedipus Rex (1927), d’après SOPHOCLE), de Gide (Perséphone), ou de Ramuz (l’Histoire du soldat), avant son Rake’progress de 1948.

Aux U.S.A., GERSHWIN invente l’opéra jazz avec Porgy and Bess (1935).

L’histoire de l’opéra ne s’arrête pas là (elle ne s’arrête d’ailleurs pas, l’opéra étant un art toujours vivant). Découvrez la suite dans Histoire de l’opéra de 1945 à nos jours.

Divers, Mythologie, Nature

LA MER

L’été, les vacances, la mer…

Dans la musique classique, si on dit La Mer, on pense tout de suite à DEBUSSY et son poème symphonique datant de 1904. Mais la mer a également inspiré bien des compositeurs d’opéras, et ce dès MONTEVERDI, qui dans Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (1640) fait dialoguer Junon et Jupiter pour que Neptune calme son courroux et laisse Ulysse rentrer à Ithaque.

On retrouve l’univers marin chez PURCELL dans Didon et Énée (1689) ainsi que dans King Arthur (1691), où à la fin de ce semi-opéra l’enchanteur Merlin invoque Éole qui fait surgir une île des flots déchaînés, une île où trône Britannia (Rule Britannia) !

Purcell King Arthue Fairest Isle

WAGNER n’est pas en reste pour la représentation de la mer, et ceci dès le Vaisseau fantôme (1842) qui commence par une tempête et finit par un engloutissement, et surtout dans Tristan und Isolde (1859), dont une bonne partie de l’action se passe sur le bateau qui conduit Isolde escortée par Tristan en Cornouailles.

En 1863, BIZET écrit Les Pêcheurs de perle, dont l’action se passe sur l’île de Ceylan (Sri Lanka). C’est pour Bizet l’occasion d’écrire un de ses plus beaux duos.

Bizet les Pêcheurs de perle Au fond du temple saint

Dans le Roi d’Ys (1878 puis 1888) de LALO, la mer engloutit la ville d’Ys.

L’ouverture d’Otello (1886) de VERDI nous montre une mer déchaînée sur laquelle navigue le général Ot(h)ello, de retour à Venise après une victoire contre les Turcs.

On retrouve Debussy et son Pelléas et Mélisande (1902) dont l’action se situe près de la mer (voir la scène inquiétante dans la grotte). Et est-ce en pensant au roi d’Ys qu’il a intitulé un de ses préludes pour piano La Cathédrale engloutie (1910) ?

Debussy La Cathédrale engloutie

À la même époque que Pelléas, PUCCINI fait chanter dans Madame Butterfly (1903) un de ses plus beaux airs à l’héroïne, qui attend le retour de son mari en regardant la mer.

En 1945, BRITTEN ressuscitera l’opéra anglais, plus de deux siècles après Purcell, avec Peter Grimes (1945).

Et puis, même si ce n’est pas de l’opéra, ne boudons pas notre plaisir en écoutant le Poème de l’amour et de la mer, de CHAUSSON.

Chausson poème de l'amour et de la merCliquez sur la mer

Animation 1, Cinéma, Mes opéras préférés, Mythologie

LA WALKYRIE (DIE WALKÜRE), de WAGNER (1855 – 1870)

The Valkyrie is one of the most popular Wagner’s opera.

Premier opéra de la trilogie avec prologue L’anneau du Nibelung (on dit aussi tétralogie), la Walkyrie a été composée en 1855 alors que WAGNER était en exil à Zürich, mais il faudra attendre 1870 pour la création de l’œuvre à Munich. Souhaitée par Louis II de Bavière, alors mécène de WAGNER, cette création se fera contre la volonté de l’auteur. La première version « autorisée » sera celle de 1876, à l’occasion de l’ouverture du théâtre d’opéra que WAGNER a fait construire à Bayreuth pour la représentation de ses œuvres, avec la représentation intégrale de l’Anneau du Nibelung.

L’ouverture du troisième acte, la célébrissime Chevauchée des Walkyries doit être une des musiques les plus utilisées au cinéma, de Apocalypse now à Mon nom est personne, en passant par Blues Brothers. Signalons aussi sa référence dans l’anime Ponyo sur la falaise, du génial Miyazaki.

Suivant la classification proposée dans l’opéra selon Georges Bernard SHAW, nous sommes ici en présence du schéma [(S+T)/(B+A)], où les amours de la soprano (Sieglinde) et du ténor (Siegmund) sont contrariées par le baryton (Wotan) et l’alto (Fricka).

Acte I: Après une brève introduction figurant l’orage qui gronde au dehors, Siegmund entre dans la maison de Hunding et Sieglinde et demande l’hospitalité.

Wagner la Walkyrie prélude du 1er acteCliquez sur l’image

Sieglinde montre à Hunding une épée fichée dans l’arbre sacré de la maison par un inconnu, une épée qui attend son héros. La porte de la maison s’ouvre, laissant entrer le souffle du printemps. Des souvenirs communs se réveillent, et Siegmund et Sieglinde se rendent compte qu’ils sont frères et sœurs jumeaux. Siegmund tire alors l’épée de l’arbre et lui donne le nom de Nothung (Détresse). Les jumeaux tombent dans les bras l’un de l’autre.

Wagner Walkyrie NothungCliquez sur l’image

Acte II: Le dieu en chef Wotan ordonne à sa fille la walkyrie Brünnhilde de se porter au secours de Siegmund dans son combat contre Hunding. Sa femme Fricka arrive, furieuse. Elle veut que l’on punisse les jumeaux incestueux Siegmund et Sieglinde, qui sont les enfants de Wotan et d’une mortelle. Wotan essaye de la convaincre qu’il faut un être libre pour libérer les dieux de la malédiction de l’anneau, mais Fricka lui rétorque qu’on ne peut pas être réellement libre en étant aidé des dieux.

Wotan change ses ordres à Brünnhilde concernant Siegmund. Il lui explique que les walkyries sont les filles qu’il a eues avec la déesse mère Erda. Leur rôle est de ramasser les corps des héros morts sur les champs de bataille, pour constituer une armée contre Albérich le Nibelung, afin de l’empêcher de récupérer son anneau. Seul un héros libre pourra récupérer cet anneau sur lequel veille le géant Fafner, métamorphosé en dragon. Ce héros, Wotan l’avait choisi (et presque même créé), ce devait être Siegmund, armé avec l’épée invincible qu’il lui avait léguée.

Siegmund et Sieglinde sont en fuite et Sieglinde, épuisée, s’évanouit. Brünnhilde arrive et annonce à Siegmund qu’il doit mourir, et qu’elle le conduira au Walhalla. Siegmund refuse de quitter Sieglinde et renonce au Walhalla. Il menace de tuer Sieglinde mais Brünnhilde lui apprend qu’elle porte en elle le fruit de ses amours. Devant la force de son amour, Brünnhilde décide de s’opposer à la volonté de Wotan et de sauver le couple. Hunding arrive et le combat commence. Wotan s’interpose et de sa lance sacrée brise Nothung. Hunding tue alors Siegmund et Wotan, méprisant, le tue à son tour pendant que Brünnhilde s’enfuit avec Sieglinde.

Acte III: La célèbre Chevauchée des Walkyries constitue le prologue de cet acte. Les walkyries arrivent, chacune avec son mort cueilli sur les champs de bataille.

Wagner Die Walküre la chevauchée (MET 2019)Cliquez sur l’image

Brünnhilde arrive à son tour, mais avec une femme vivante à la place d’un héros mort. Elle explique la situation à ses sœurs et leur demande de les cacher. Devant leur refus, elle donne son cheval à Sieglinde et lui demande de partir vers l’est. Elle lui confie les débris de Nothung, prédisant qu’un jour le fils de Siegmund saura reforger l’épée.

Wotan arrive, furieux contre sa fille préférée qui lui a désobéi. Il veut la dégrader de son statut de demi-déesse en en faisant une simple mortelle. Brünnhilde explique à son père qu’en agissant comme elle a fait, elle a accompli sa volonté puisque c’est bien la victoire de Siegmund qu’il souhaitait secrètement, même si cela était contraire aux lois divines dont Wotan est le garant. Le dieu se laisse partiellement fléchir. Il endormira Brünnhilde sur un rocher, protégée par un cercle de feu que seul celui qui ne connaît pas la peur pourra franchir. Il fait des adieux bouleversés à sa fille, elle qui a su se montrer plus libre que lui, le dieu (« Du, freier als mir, der Gott ») puis  il convoque Loge, le dieu du feu pour former le cercle de feu qui la protégera.

wagner walkyrie Leb wohlCliquez sur Wotan et Brünnhilde

Et pour avoir la suite de l’histoire, c’est dans Siegfried.