Histoire de l'opéra

CES ITALIENS VENUS EN FRANCE

Au XVIIIe siècle, le voyage en Italie était un passage obligé pour tous les artistes européens en formation, qu’ils soient peintres ou musiciens. Un vestige de ce passage en est, en France, le Grand Prix de Rome dont les titulaires se voient offrir un séjour en résidence de 3 ans à la villa Médicis.

Mais des Italiens, et non des moindres, sont aussi venus en France pour se faire reconnaître dans leur art musical.

C’est MAZARIN qui introduit l’opéra en France dès le milieu du XVIIe siècle, en faisant représenter l‘Orfeo de ROSSI (1647). En 1660, à l’occasion du mariage de Louis XIV, il commande à CAVALLI un opéra, Ercole amante.

Toujours à la cour du roi, un autre Italien, Lully (1632 – 1687), est nommé en 1653 compositeur de la musique instrumentale du roi. Il composait à l’époque des ballets. En 1672, il rachète le privilège royal de l’opéra pour toute la France et triomphera dans ce genre musical. Ainsi, le premier compositeur français d’opéra se trouve être un Italien.

Un gros siècle plus tard, ce sont les compositeurs italiens les plus célèbres de leur époque qui éprouveront le besoin de venir à Paris faire adouber leur talent lyrique.

ROSSINI (1792 – 1868) le premier, qui fort de ses succès dans toute l’Europe vient à Paris en 1823 et crée en 1829 son fameux Guillaume Tell. Rossini meurt à Passy.

Rossini Guillaume Tell 2Cliquez sur l’image

DONIZETTI (1797 – 1848) ensuite qui s’installe à Paris en 1838 et il écrit pour la France La Fille du régiment et la Favorite (1840). Son système nerveux est attaqué par la syphilis et il est interné près de Paris. Il est rapatrié à Bergame juste avant sa mort en 1848.

donizetti la fille du régimentCliquez sur l’image

Son cadet (de peu), BELLINI (1801 – 1835) vient en France à l’appel de Rossini en 1833. Il s’installe à Puteaux et c’est là qu’il écrit Les Puritains. Il meurt à Puteaux quelques jours après la création en 1835, et Donizetti écrira un Requiem à la mémoire de son rival et ami.

bellini les puritainsCliquez sur l’image

Le cas de VERDI (1813 – 1901), un des deux géants du XIXe siècle avec WAGNER est intéressant. Verdi donc est né dans la province de Parme en 1813, alors que cette province était sous domination française (napoléonienne). Verdi est donc né en France !

Il a eu l’idée de son opéra sans doute le plus célèbre, La Traviata, en assistant à Paris en 1852 à une représentation de la Dame aux Camélias d’Alexandre DUMAS. En 1855, il vient en France et donne, pour l’opéra de Paris, les Vêpres siciliennes. En 1867, il honore une nouvelle commande de l’Opéra de Paris, Don Carlo (qu’il reprendra en italien sous le titre Don Carlos).

J’aurais aussi voulu vous parler dans ce billet de TUTTI QUANTI, mais je manque d’éléments biographiques. Merci de me les envoyer en commentaire si vous disposez d’éléments biographiques fiables au sujet de Tutti quanti.

Compositeurs, Compositrices, Divers, Histoire de l'opéra

8 MARS 2019 – JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

Ce n’est pas parce que le 8 Mars est la journée internationale de la Femme (en France, on ajoute des droits de la Femme) qu’il faut en conclure que les 364 autres jours de l’année sont des journées de l’homme, messieurs.

Je vais vous parler ici de quelques femmes compositrices, en commençant par Élisabeth JACQUET DE LA GUERRE (1665 – 1729), qui a écrit et joué pour Louis XIV et Louis XV. Dans le domaine de l’opéra, elle a composé la tragédie lyrique Céphale et Procris, mais devant le peu de succès rencontré, elle s’en est arrêtée là. D’elle sont restées des cantates et des pièces pour clavecin.

jacquet der la GuerreCliquez sur l’image

Au XIXe siècle, on peut citer Louise BERTIN (1805 – 1877), qui a écrit La Esmeralda dont le livret a été écrit par le grand VH lui-même, d’après son Notre Dame de Paris. Fille du directeur de l’important Journal des Débats, elle a également écrit un Faust. Sa position sociale et son statut de femme l’ont empêchée de connaître un succès qu’elle aurait pourtant mérité, comme en témoigne l’estime que BERLIOZ lui témoignait.

louise BertinCliquez sur l’image

Pendant ce temps en Allemagne, Fanny MENDELSSOHN (1805 – 1847) jouait du piano et composait, malgré l’avis de son père, et de son frère Félix. Ce n’est qu’après son mariage qu’elle pourra développer son art musical, et se faire jouer et publier. Elle a surtout écrit des pièces pour piano, des romances et des cantates. Quand vers la fin de sa vie, elle se lance pour faire connaître sa musique, ses contemporains ne veulent pas croire qu’une femme ait composé cette musique, et l’accusent d’avoir pillé son frère !

fanny mendelssohnCliquez sur l’image

Clara SCHUMANN (1819 – 1896) composait également, mais ce sont ses talents de pianiste qui étaient reconnus, pas ceux de compositrice, et c’est son Robert (SCHUMANN) de mari qui est resté pour la postérité comme un génie de la composition.

clara schumann

Mélanie BONIS (1858 – 1937) choisit comme pseudonyme Mel BONIS pour ses compositions musicales, pour ne pas être reconnue comme femme compositeur. Elle entre au conservatoire à 18 ans. C’est là qu’elle rencontre un chanteur-poète, qui sera le grand amour de sa vie, mais sa famille lui impose un mariage « sérieux ». Elle mettra en musique bien des poèmes de son amour. Sur la fin de sa vie, elle se consacre à de la musique religieuse.

mel bonisCliquez sur l’image

Pour le XXe siècle, on peut citer Germaine TAILLEFERRE (1892 – 1983), seule femme du groupe des six. Elle a écrit une œuvre abondante dans différents styles (piano, mélodie, musique de chambre, musique de films, concertos, opéras…). Elle a participé aux Mariés de la Tour Eiffel, sur un texte de COCTEAU, mais a également écrit un opéra de chambre sur un texte de IONESCO : Le Maître.

Deux autres femmes compositrices se sont distinguées, Lili et Nadia BOULANGER. Lili, la cadette, a été la première femme à gagner le grand prix de Rome. Sa carrière a malheureusement été trop brève, car elle est morte à l’âge de 24 ans, en laissant inachevé son opéra La Princesse Maleine, d’après MAETERLINCK.

Lili Boulanger hymne au soleilCliquez sur le chœur 

Sa grande sœur Nadia est beaucoup plus connue, car au cours des 70 ans qu’elle a consacrés à la formation musicale, elle a vu passer plus de 1000 élèves, dont les compositeurs Aaron COPLAND, Vladimir COSMA, Philip GLASS, Pierre HENRY, Michel LEGRAND ou Lazlo SCHIFFRIN. Outre ses activités de pédagogue, elle a également écrit de la musique, dont des mélodies sur des textes de VERLAINE, HEINE, VH ou Maeterlinck. Elle a également composé un opéra, La Ville morte, sur un livret de D’ANNUNZIO.

Retrouvez d’autres femmes compositrices le 8 mars 2020.

histoire, Valse

PRÉSENCE DE L’HISTOIRE

Depuis la période baroque et jusqu’au classique, la plupart des sujets d’opéras étaient pris dans la mythologie antique. Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que des sujets historiques ont commencé à être choisis pour servir de trame aux opéras.

Les amours de César et Cléopâtre ont donné lieu au Jules César de HAENDEL. (Elles ont aussi servi de sujet à Astérix et Cléopâtre, un des meilleurs albums de la série, mais ça, c’est hors sujet.)

Tout d’abord, ce bouleversement européen qu’a pu être la Révolution française a commencé à donner lieu à des adaptations.

Les reines d’Angleterre ont été mises à l’honneur par DONIZETTI avec sa Trilogie Tudor qui comporte les 3 opéras Maria Stuarda, Anna Bolenna et Roberto Devereux.

Le personnage historique qu’était l’orfèvre Benvenuto Cellini a été porté à la scène par BERLIOZ.

Dans la foulée du mouvement de libération des peuples qui a suivi la Révolution française, deux pièces de SCHILLER mettant en scène des personnages historiques ont fait l’objet d’adaptations à l’opéra, Guillaume Tell avec ROSSINI et Jeanne d’Arc avec VERDI et TCHAÏKOVSKI.

Verdi a représenté dans son Grand Opéra à la française les Vêpres siciliennes en 1855 la révolte des Siciliens contre les Français en 1282, sur un livret de SCRIBE. Il s’agissait là d’une commande de l’Opéra de Paris.

vepres siciliennesCliquez sur l’image

Toujours dans le genre GOf, AUBER a représenté l’assassinat de Gustave III le roi de Suède en 1792 dans son Gustave III ou le Bal masqué (1833), encore sur un livret de Scribe. (Si vous tendez l’oreille, vous pourrez m’entendre dans les chœurs.)

auber gustave IIICliquez sur l’image

Autre personnage historique mis en musique, Boris Godounov a inspiré MOUSSORGSKI pour son monumental Boris Godounov (1872).

boris couronneemntCliquez sur l’image

Je terminerai, sans prétendre à l’exhaustivité sur le sujet, par Guerre et Paix (1952) de PROKOFIEV, qui relate la campagne de Russie de Napoléon.

guerre et paix valseCliquez sur l’image

Histoire de l'opéra, littérature, Philosophie

RAMEAU vs ROUSSEAU : la Querelle des Bouffons

Dans mes récents billets sur VOLTAIRE et ROUSSEAU, les joyeux encyclopédistes, j’ai abordé la Querelle des Bouffons, mais sans expliquer ce qui se cache derrière ce nom rigolo.

En fait, il y a un personnage central qui relie Voltaire et Rousseau, et aussi Denis DIDEROT, l’encyclopédiste en chef. Il s’agit de Jean-Philippe RAMEAU.

La Querelle des Bouffons a pour sujet l’opposition entre la musique italienne et la musique française. (Rappelons qu’à cette époque dans pratiquement toute l’Europe, les opéras étaient chantés soit en italien, soit en français.)

L’opéra français, représenté par Rameau au milieu du XVIIIe siècle était encore sous l’influence de la tragédie lyrique dont les canons avaient été fixés par LULLY presque un siècle plus tôt. En Italie, au contraire, on avait pris l’habitude au début du XVIIIe siècle d’introduire des œuvres légères pendant les entractes des opera seria, ces œuvres étant appelées opera buffa.

En 1752, année de la création à Paris du Devin du village de JJ.Rousseau, une troupe de chanteurs italiens étaient venus représenter des opera buffa, notamment La Servante maîtresse de PERGOLÈSE.

Pergolèse la Servante maîtresseCliquez sur l’image

Si le Devin du village a rencontré un certain succès public, Rameau n’en a pas moins étrillé l’œuvre de son confrère. Dès lors, Rousseau a riposté en décrétant que le français n’était pas une langue faite pour le chant, au contraire de l’italien « naturellement » fait pour la mélodie.

rousseau devinCliquez sur l’image

Au travers de cette querelle entre Rameau et Rousseau, ce sont en fait deux conceptions philosophiques qui s’affrontent, Rousseau défendant via la mélodie une conception « naturelle » de la musique, alors que la volonté de Rameau d’établir un système harmonique ressortait d’une approche « culturelle » de la musique. Rousseau semblait en cela avoir oublié Aristote et sa musique des sphères.

harmonie

Harmonie : les notes se superposent et sont jouées en même temps, formant un « accord ».

mélodie

Mélodie : les notes sont jouées successivement dans le temps, formant une « mélodie ».

Cette querelle qui aurait pu être limitée au milieu musical s’est étendue à toute une partie de la société, avec le Coin de la reine qui soutenait les Bouffons et le Coin du roi qui défendait la musique française.

Écrivains, histoire, littérature, Maria Callas

OSSIAN le barde

Je vous en avais parlé dans le billet sur les filles de l’eau, voici donc celui consacré au barde celtique OSSIAN (IIIe siècle apr. J.-C.), qui est à l’origine d’une supercherie littéraire du XVIIIe siècle.

Un écrivain écossais, Mc PHERSON, a prétendu dans les années 1760 avoir traduit ses œuvres en anglais moderne. Ces textes, qui racontent l’histoire de Fingal, ont eu un énorme retentissement aux époques préromantiques, puis romantiques, et ont à leur tour inspiré écrivains et musiciens. C’est ainsi que surfant sur la vague de l’ossianisme, et dans un contexte d’éveil des nationalités, l’Écossais Walter SCOTT a poursuivi dans la veine d’une littérature écossaise.

Le grand GOETHE lui-même, dans Les souffrances du jeune Werther, fera traduire par son héros les poèmes d’OSSIAN.

La France napoléonienne a succombé aussi à l’ossianisme, c’est ainsi que LESUEUR, un des maîtres de BERLIOZ écrira l’opéra Ossian ou les bardes (1804) et MÉHUL l’opéra Uthal (1806).

mehuk uthalCliquez sur l’image

On peut aussi attribuer à sa postérité l’opéra Norma de BELLINI, dont l’action se passe en Gaule et l’héroïne, Norma, est une prêtresse druidique.

callas casta divaCliquez sur l’image

Parmi les mises en musique de l’univers d’Ossian figure la Grotte de Fingal (1829), de MENDELSSOHN.

On retrouve Werther dans l’opéra de MASSENET d’après le roman de Goethe. Werther retrouvant Charlotte lui lit les traductions d’Ossian qu’il avait écrites pour elle, ce qui nous donne le sublime Pourquoi me réveiller après lequel se révèle l’amour (impossible) que Charlotte a pour lui.

pourquoi me réveiller alagnaCliquez sur l’image

Retrouvez BRAHMS et son opus 27, Gesang aus Fingal (c’est une autre version que celle des « filles de l’eau » comme ça vous pourrez comparer différentes interprétations.)

Plus près de nous, les Pink Floyd ont écrit leur propre Fingal’s Cave (la Grotte de Fingal) sur l’album Zabriskie Point (1970).

pink floyd fingal

Écrivains, histoire, Philosophie

VOLTAIRE ET ROUSSEAU, LES JOYEUX DUETTISTES – chapitre 2 – VOLTAIRE

Nous avons vu il n’y a guère les relations entre ROUSSEAU et la musique. Voyons à présent les liens entre VOLTAIRE et la musique.

L’activité de librettiste de Voltaire (1694 – 1778) est certainement moins connue que celle de Rousseau. Pourtant, il commence une collaboration avec RAMEAU dès 1733, avec Samson, un projet d’opéra qui ne verra pas le jour à cause de la censure. Presque vingt ans plus tard, les deux auteurs retravailleront ensemble, créant La Princesse de Navarre, puis Le Temple de la Gloire (1745).

la princesse de NavarreCliquez sur l’image

Au-delà des livrets directement écrits par Voltaire, d’autres œuvres de lui ont été reprises pour servir à des livrets d’opéra.

Ainsi, le prolifique GRÉTRY a écrit Le Huron, d’après L’Ingénu, en1768.

Le Zaïre de Voltaire a été abondamment utilisé pour des sujets d’opéra. On peut noter par exemple le Zaïde (1780) de MOZART, ou le Zaïra (1829) de BELLINI.

mozart ZaideCliquez sur l’image

ROSSINI se servira des textes de Voltaire pour son Tancrède (1813) et son Sémiramide (1823).

rossini semiramideCliquez sur l’image

La pièce Sémiramis avait déjà été traitée par DESTOUCHES en 1718.

Destouches SémiramisCliquez sur les Ombres

Elle le sera également en 1802 par Charles-Simon CATEL (1773 – 1830).

Catel SémiramisCliquez sur l’image

En 1819, c’est l’Olympie que SPONTINI adaptera :

Spontini OlympieCliquez sur l’image

Même VERDI écrira un peu connu Alzira (1845) d’après la tragédie Alzire (1736).

Quand SAINT-SAËNS, déjà connu pour ses talents de pianiste virtuose, voudra se faire reconnaître à l’opéra, passage obligé pour être reconnu comme un VRAI musicien, il se servira du livret de Samson comme sujet de son premier projet d’opéra. Bien lui en prit, puisque cette adaptation nous donnera Samson et Dalila, qui connaîtra un très grand succès.

mon coeur s'ouvre à ta voixCliquez sur l’image

Plus près de nous, au siècle dernier, on peut encore signaler que Léonard Bernstein a écrit en 1956 Candide, une opérette d’après le conte éponyme de Voltaire. Voltaire a encore été mis en musique avec Micromégas (1978) de Paul Méfano.

bernstein candideCliquez sur l’image

méfano micromégasCliquez sur l’image

À la mort de Voltaire, son corps a été translaté au Panthéon. Écoutons donc de GOSSEC l’hymne sur la translation du corps de Voltaire au Panthéon.

Gossec hymne sur la translation du corps de Voltaire au PanthéonCliquez sur l’image

Écrivains, histoire, littérature, Philosophie

VOLTAIRE et ROUSSEAU, LES JOYEUX DUETTISTES – chapitre 1 – JJ.ROUSSEAU

Cliquez sur le textejesuistombc3a9parterre

chantait Gavroche dans les Misérables de VH.

En fait, le chansonnier BÉRANGER avait déjà écrit avant HUGO dans une de ses chansons :

rousseauvoltaire

traduisant ainsi le fait qu’à l’époque de la Restauration, on attribuait l’origine de la Révolution française aux écrits de VOLTAIRE et ROUSSEAU.

Initialement, j’avais prévu de traiter nos amis dans un seul billet, mais devant l’abondance de matière à traiter, j’ai décidé d’en faire deux billets jumeaux.

Voyons donc ici les rapports entre Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) et la musique.

Dès 1747, DIDEROT et D’ALEMBERT confient à Rousseau (1715 – 1778) la rédaction des articles sur la musique de leur Encyclopédie, et il écrira encore en 1767 un Dictionnaire de musique qui restera longtemps un modèle du genre. Cependant cinquante ans après, ses écrits sont déjà controversés, comme on peut le voir sur le préliminaire de l’édition de 1791.

rousseau encyclopédie

Si l’opéra de JJ.ROUSSEAU Le Devin du village (1752) a connu à son époque un honnête succès, on connaît moins le reste de sa carrière de compositeur. Pourtant, dès 1744, il compose Les Muses galantes qui ne sera jamais joué au théâtre. La première représentation en 1745, privée, provoqua le début de ses querelles avec RAMEAU.

JJ.ROUSSEAUCliquez sur le portrait de JJ.Rousseau

En 1745, il écrit de la musique complémentaire pour Les Fêtes de Ramire, d’après La Princesse de Navarre, un opéra que RAMEAU avait écrit au début de l’année sur un livret de VOLTAIRE. Les difficultés liées à cette reprise influeront sur les difficultés relationnelles entre Rousseau et Rameau.

En 1752, c’est donc Le Devin du village, sans doute son opéra le plus connu.

rouffeau devinCliquez sur l’image

Pourtant, suite à l’échec relatif de cette œuvre, les difficultés entre Rousseau et Rameau éclatent au grand jour avec sa Lettre sur la musique française (1753) où il défend la supériorité de la musique italienne sur la musique française (en fait la prééminence de la mélodie, qu’il défendait, contre l’harmonie, que défendait Rameau). Rousseau prétendait en effet que le français était une langue qui ne se chantait pas, au contraire de l’italien, alimentant ainsi ce qu’on a appelé la querelle des Bouffons, démarrée l’année précédente.

En 1762, Rousseau écrit un Pygmalion, qu’il aurait voulu faire mettre en musique par GLUCK. Celui-ci n’étant pas disponible, il se tourne vers l’obscur Horace COIGNET et Rousseau écrira lui-même 2 des 22 chansons de cette pièce.

Bien entendu, la musique prenant une place importante dans son univers mental, on trouve de nombreuses allusions à la musique dans ses œuvres littéraires, comme Les Confessions.

Monsieur R. dit (😉):

Les accents de la voix passent jusqu’à l’âme ; car ils sont l’expression naturelle des passions, et en les peignant ils les excitent.

Ne ratez pas très prochainement sur ce blog les rencontres entre Voltaire et l’opéra.

Bande dessinée, Divers, Géographie, histoire, Shakespeare

L’ÉGYPTE ET L’OPÉRA

Après le billet consacré à Aïda de VERDI, je vais faire un zoume sur la représentation que l’Occident s’est faite de l’Égypte antique à l’opéra. J’en ai eu l’idée en écoutant une passionnante émission sur l’Égypte et l’opéra sur la chaîne Canal Académie.

En 1723, HAENDEL met en musique Jules César en Égypte, qui raconte la rencontre entre Jules César et Cléopâtre, et en 1737, alors qu’il avait abandonné la production d’opéras pour se consacrer à l’écriture d’oratorios, il écrit Israël en Égypte.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Cornélie et Sextus

Si le livret de SCHIKANEDER ne mentionne pas explicitement que l’action de La Flûte enchantée (1791) de MOZART se passe en Égypte, la question ne se pose pas pour de nombreux metteurs en scène, surtout à cause du fameux air de basse « O Isis und Osiris ».

Mozart La Flûte enchantée O Isis und OsirisCliquez sur Zarastro

En 1807, MÉHUL écrit La légende de Joseph en Égypte, opéra tiré d’un sujet biblique racontant la fuite en Égypte.

joseph laurence daleCliquez sur l’image

En 1818, ROSSINI écrit son Moïse en Égypte. Cet opéra sera adapté en français par Rossini en 1827 sous le titre Moïse et Pharaon, le passage de la mer Rouge.

Rossini Moïse en ÉgypteNe cliquez pas sur l’image

En 1869, VERDI reçoit d’Égypte une commande pour un opéra, à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez et de l’inauguration de l’opéra du Caire en 1869. Écrit sur un livret de l’égyptologue MARIETTE, Verdi compose une de ses œuvres les plus connues, l’opéra péplum Aïda, qui ne sera finalement créé qu’en 1871.

Verdi Aïda O terra addioCliquez sur la scène finale d’Aïda

MASSENET y est allé de son opéra égyptien, avec Thaïs (1894), dont on joue encore la célèbre méditation pour violon.

En 1914, les Ballets russes montent La Légende de Joseph, une œuvre commandée à Richard STRAUSS. Celui-ci reviendra en Égypte en 1925 – 1926 avec Hélène d’Égypte.

1914 est aussi l’année de composition de Mârouf, savetier du Caire, un opéra-comique de Henri RABAUD, d’après un conte des Mille et une nuits.

En 1920, le compositeur Florent SCHMITT écrit une musique de scène pour la pièce Antoine et Cléopâtre de SHAKESPEARE.

Arnold SCHOENBERG commence en 1932 un opéra, Moïse et Aaron, qui restera inachevé et ne sera créé qu’en 1954.

Le baryton et auteur de bande dessinée E.P.JACOBS s’est servi de l’imaginaire égyptien dans un de ses chefs d’œuvre : Le secret de la grande pyramide au début des années 50, soit à peine 30 ans après la découverte du tombeau de Toutankhamon.

Et le pape du minimalisme Philip GLASS écrit Akhnaten (Akhénaton) en 1983.

Glass Akhnaten The Window of AppearancesCliquez sur l’image

histoire, Mes opéras préférés

AÏDA de VERDI

Opéra péplum, Aïda est le fruit d’une commande du souverain d’Égypte qui souhaitait, pour l’inauguration du canal de Suez (1869) et de l’Opéra du Caire, la création d’un opéra écrit par un auteur de renom. VERDI étant un des plus célèbres de son époque, c’est à lui qu’on a demandé. Le livret est dû au grand égyptologue Mariette. La guerre de 1870 en retarde la création (l’opéra du Caire sera inauguré avec Rigoletto) et la création d’Aïda a lieu en 1872.

Dans ce Roméo et Juliette au pays des pharaons, on retrouve le schéma type de l’opéra selon G.B.SHAW (S+T/B+A). Un jeune chef militaire égyptien, Radamès, est amoureux d’une esclave, Aïda. Or celle-ci se trouve être la fille du roi des Éthiopiens, contre l’armée duquel Radamès doit se battre. C’est très cornélien tout ça !

C’est l’occasion pour Verdi d’écrire de très beaux airs et ensemble, dont le tube pour ténor « Celeste Aïda » ou la marche triomphale avec les célèbres trompettes d’Aïda.

Acte I : Dans le palais royal de Memphis, le grand prêtre Ramphis annonce à Radamès, jeune capitaine de l’armée égyptienne, que la déesse Isis a nommé le chef qui mènerait l’armée au combat contre les Éthiopiens, sur le point d’envahir l’Égypte. Radamès rêve de ce poste et de la victoire, qui lui permettrait de demander la main d’Aïda, une jeune esclave d’Amnéris, la fille du pharaon. (Air : Celeste Aïda.)  Amnéris, amoureuse de Radamès, se demande s’il en aime une autre. Lorsqu’Aïda paraît, Amnéris comprend au trouble de Radamès qui est sa rivale (Trio). Un messager arrive : les Éthiopiens, conduits par Amonasro, ont envahi l’Égypte et marchent sur Thèbes. Le pharaon dévoile le choix d’Isis, c’est Radamès qui dirigera l’armée égyptienne. Tout le monde lui souhaite la victoire, même Aïda déchirée entre son amour pour sa patrie et son amour pour Radamès (Air : Ritorna vincitor).

Dans le temple de Memphis, les prêtres et les prêtresses invoquent le dieu Ptah. Ramphis remet à Radamès un glaive sacré qui le mènera à la victoire (Duo : « Nume, custode e vindice »).

aida illustr 1Cliquez sur l’image

Acte II : Amnéris et les femmes attendent le retour de l’armée et de Radamès, victorieux des Éthiopiens. Voulant tester les sentiments d’Aïda, Amnéris lui annonce la mort de Radamès. Aïda est désespérée. Amnéris révèle alors qu’elle a menti et qu’il est vivant. Devant la joie d’Aïda, Amnéris laisse éclater sa fureur en révélant qu’elles sont rivales (Duo : Pietà ti prenda del mio dolor).

À Thèbes, le peuple acclame son armée (marche : « trompettes d’Aïda »). Derrière le défilé des troupes victorieuses suit Radamès, porté en triomphe. On amène les prisonniers, mais Aïda, reconnaissant parmi eux son père Amonasro, se trahit. Celui-ci plaide pour son peuple. Radamès ému demande la libération des prisonniers. Le pharaon accepte à condition qu’Aïda et son père restent en Égypte, et donne la main de sa fille à Radamès. Amnéris est heureuse, Aïda pas.

aida illustr 2Cliquez sur l’image

Acte III : La nuit sur les bords du Nil, près du temple d’Isis. Amnéris et Ramphis viennent invoquer Isis avant le mariage d’Amnéris. Au même moment, Aïda attend Radamès qui lui a donné rendez-vous à cet endroit. Elle chante son désespoir de ne plus voir sa patrie (Air : « Oh, patria mia »).

Verdi Aïda O patria miaCliquez sur l’image

Amonasro tente de la convaincre de trahir Radamès au nom de cette patrie, et essaie de connaître le chemin que doit prendre l’armée égyptienne pour pouvoir l’attaquer. Aïda refuse et se fait maudire par son père, avant de se laisser convaincre, pour sauver son peuple et revoir sa patrie. Entendant Radamès arriver, Amonasro se cache. Aïda réussit à convaincre Radamès de fuir avec elle, et demande quel chemin prendre pour éviter de croiser la route de l’armée égyptienne (Duo : Fuggiam gli ardori inospiti). Il le lui dit. Amonasro sort alors de sa cachette, et Radamès se rend compte qu’il a trahi son secret et sa patrie. Ils essaient de convaincre Radamès de les suivre en Éthiopie où il pourra couler des jours heureux avec Aïda, mais à ce moment, Amnéris et Ramphis sortent du temple d’Isis. Amonasro veut la poignarder, mais Radamès l’en empêche, avant de favoriser la fuite du père et de sa fille, et de se livrer à Ramphis.

Acte IV : Dans le palais, Amnéris s’inquiète du sort de Radamès, qu’elle aime malgré sa trahison. Elle le fait venir. Radamès se défend et lui reproche d’avoir tué Aïda. Amnéris lui dit qu’Aïda a réussi à s’enfuir et lui promet la grâce s’il accepte de ne plus la revoir, mais il refuse. Radamès est jugé et est condamné à être emmuré vivant, au grand dam d’Amnéris (Chœur : Spirto del nume).

Dans la crypte du temple, Radamès se lamente sur son sort. Il entend un bruit, c’est Aïda qui a réussi à se glisser avec lui. Ils meurent dans les bras l’un de l’autre (Duo : « O terra, addio ») tandis que dans le temple, Amnéris prie pour qu’ils obtiennent la paix éternelle.

Verdi Aïda O terra addioCliquez sur l’image

 

Divers, histoire

Mouvements sociaux et opéra

Alors qu’a eu lieu ce 19 janvier 2019 l’acte X du mouvement Les Gilets jaunes, on me demande si l’opéra a traité des mouvements sociaux.

Je vais essayer ici de répondre à cette excellente question (merci Frédéric).

Jusqu’au XVIIIe siècle, les sujets d’opéra étaient tirés essentiellement de la mythologie, et les questions sociales n’étaient donc pas (ou peu) traitées.

Une exception nous vient d’Angleterre, pays pourtant peu réputé pour son art lyrique, avec le Beggars’opera (L’opéra des gueux) (1728) qui constitue une violente satire politique et sociale.

À partir de la moitié du XVIIIe siècle, les choses changent avec l’apparition des philosophes et penseurs comme Voltaire ou Rousseau en France, ou Schiller en Allemagne.

Ainsi, Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro met en scène le petit peuple représenté par Figaro, valet du comte Almaviva. Dans Le Nozze di Figaro (1786), adaptation de Mozart, le comte qui a des vues sur Suzanne, elle-même femme de chambre de la comtesse, se fait remettre à sa place par Figaro qui lui rappelle qu’il a aboli le droit de cuissage.

mozart se vuol venireCliquez sur Figaro

Bien entendu, la Révolution française a suscité musique et opéras.

L’influence de Schiller dans le mouvement d’émancipation des peuples, il s’agit ici d’émancipation politique, pas encore sociale, apparaît dans des opéras tels que Guillaume Tell, de Rossini, ou les Brigands de Verdi. Beethoven dont on sait l’attachement farouche à la liberté a d’ailleurs mis en musique l’hymne à la joie pour le final de sa IXe symphonie.

Lors d’une représentation de La Muette de Portici d’Auber à Bruxelles en 1830, le grand air « Amour sacré de la Patrie » a donné le départ de la révolution belge ayant abouti à la création de ce pays.

Auber la Muette de Portici amour sacré

Verdi lui-même était très engagé dans le mouvement qui devait libérer l’Italie du joug autrichien. VERDI était d’ailleurs devenu l’acronyme de Victor Emmanuel, Roi DItalie.

Wagner, l’exact contemporain de Verdi, a fait le coup de poing en compagnie de Bakounine sur les barricades de Dresde en 1848. Cette participation aux émeutes lui vaudra de longues années d’exil. Nourri de la pensée de Schopenhauer, on trouve des éléments de son idéal révolutionnaire dans sa trilogie avec prologue L’Anneau du Niebelungen, qui voit disparaître la race des dieux au profit des hommes, un des nombreux thèmes abordés étant d’ailleurs la recherche d’un être qui soit totalement libre.

Victor Hugo a raconté les mouvements du peuple dans Les Misérables. L’adaptation de son roman en comédie musicale a été un des plus grands succès de ce genre.

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Un des successeurs d’Hugo pour la description de la vraie vie des gens, Émile Zola,  a travaillé avec Bruneau pour des opéras naturalistes, adaptant notamment Le Rêve, d’après le cycle des Rougon-Macquart.

Plus tard au XXe siècle, Kurt Weill et son Opéra de quat’sous, sur un livret de Bertold Brecht, a continué à décrire la vraie vie des vraies gens.