Divers, histoire

Mouvements sociaux et opéra

Alors qu’a eu lieu ce 19 janvier 2019 l’acte X du mouvement Les Gilets jaunes, on me demande si l’opéra a traité des mouvements sociaux.

Je vais essayer ici de répondre à cette excellente question (merci Frédéric).

Jusqu’au XVIIIe siècle, les sujets d’opéra étaient tirés essentiellement de la mythologie, et les questions sociales n’étaient donc pas (ou peu) traitées.

Une exception nous vient d’Angleterre, pays pourtant peu réputé pour son art lyrique, avec le Beggars’opera (L’opéra des gueux) (1728) qui constitue une violente satire politique et sociale.

À partir de la moitié du XVIIIe siècle, les choses changent avec l’apparition des philosophes et penseurs comme Voltaire ou Rousseau en France, ou Schiller en Allemagne.

Ainsi, Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro met en scène le petit peuple représenté par Figaro, valet du comte Almaviva. Dans Le Nozze di Figaro (1786), adaptation de Mozart, le comte qui a des vues sur Suzanne, elle-même femme de chambre de la comtesse, se fait remettre à sa place par Figaro qui lui rappelle qu’il a aboli le droit de cuissage.

mozart se vuol venireCliquez sur Figaro

Bien entendu, la Révolution française a suscité musique et opéras.

L’influence de Schiller dans le mouvement d’émancipation des peuples, il s’agit ici d’émancipation politique, pas encore sociale, apparaît dans des opéras tels que Guillaume Tell, de Rossini, ou les Brigands de Verdi. Beethoven dont on sait l’attachement farouche à la liberté a d’ailleurs mis en musique l’hymne à la joie pour le final de sa IXe symphonie.

Lors d’une représentation de La Muette de Portici d’Auber à Bruxelles en 1830, le grand air « Amour sacré de la Patrie » a donné le départ de la révolution belge ayant abouti à la création de ce pays.

Auber la Muette de Portici amour sacré

Verdi lui-même était très engagé dans le mouvement qui devait libérer l’Italie du joug autrichien. VERDI était d’ailleurs devenu l’acronyme de Victor Emmanuel, Roi DItalie.

Wagner, l’exact contemporain de Verdi, a fait le coup de poing en compagnie de Bakounine sur les barricades de Dresde en 1848. Cette participation aux émeutes lui vaudra de longues années d’exil. Nourri de la pensée de Schopenhauer, on trouve des éléments de son idéal révolutionnaire dans sa trilogie avec prologue L’Anneau du Niebelungen, qui voit disparaître la race des dieux au profit des hommes, un des nombreux thèmes abordés étant d’ailleurs la recherche d’un être qui soit totalement libre.

Victor Hugo a raconté les mouvements du peuple dans Les Misérables. L’adaptation de son roman en comédie musicale a été un des plus grands succès de ce genre.

hugo les MisérablesCliquez sur Cosette

Un des successeurs d’Hugo pour la description de la vraie vie des gens, Émile Zola,  a travaillé avec Bruneau pour des opéras naturalistes, adaptant notamment Le Rêve, d’après le cycle des Rougon-Macquart.

Plus tard au XXe siècle, Kurt Weill et son Opéra de quat’sous, sur un livret de Bertold Brecht, a continué à décrire la vraie vie des vraies gens.

Divers, Histoire de l'opéra

LES BALLETS RUSSES

Quel est le point commun entre ces compositeurs d’opéra : STRAVINSKY, PROKOFIEV, R.STRAUSS, RAVEL, DEBUSSYSATIE, POULENC ou DE FALLA ?

La réponse est dans le titre de ce billet, tous ces compositeurs ayant écrit de la musique pour les ballets russes de DIAGHILEV (1872 – 1929) au début du siècle dernier.

La compagnie des Ballets russes a été fondée en 1909 à Saint-Pétersbourg. À ses débuts, elle se contentait de monter des ballets sur des musiques déjà existantes, permettant ainsi de faire connaître au public occidental la musique de compositeurs tels que MOUSSORGSKI ou RIMSKI-KORSAKOV au travers de leurs tournées.

Très vite, elle passe commande de musiques originales à à peu près tout le milieu de la musique contemporaine de l’époque.

C’est ainsi qu’en 1910 a lieu la création de L’Oiseau de feu de Stravinsky.

En 1911, c’est Pétrouchka du même Stravinsky. En 1912, pas moins que L’après-midi d’un faune de Debussy et Daphnis et Chloé une commande originale passée à Ravel.

1913 est l’année du retentissant scandale du Sacre du Printemps (29 mai), au théâtre des Champs-Élysées alors tout juste inauguré, mais c’est aussi celle de la création de Jeux (le 15 mai) de Debussy (le 15 mai).

Stravinsky Le Sacre du printempsCliquez sur l’image

1914 est l’année de la création de la Légende de Joseph, de Richard Strauss.

En 1917, ce sera Parade de Satie, sur un texte de COCTEAU et avec les décors, costumes et rideau de scène de PICASSO. Pour la petite histoire, c’est dans le texte de présentation qu’APOLLINAIRE a rédigé pour Parade qu’il a introduit le mot sur-réaliste.

rideau_picasso_parade2Cliquez sur l’image

En 1919, les ballets russes monteront le Tricorne de De Falla. Là aussi, les costumes et décors sont de Picasso.

Les années suivantes verront les créations du Chant du rossignol, de Renard, de Mavra, de Pulcinella et des Noces, toutes œuvres de Stravinsky, mais également des Biches de Poulenc, les décors et les costumes étant de Marie LAURENCIN.

les biches poulenc.pngCliquez sur l’image

En 1921, c’est la création de Chout le bouffon de Prokofiev, qui avait fréquenté dans sa jeunesse les soirées musicales de Diaghilev à Moscou, y rencontrant alors Debussy et le jeune Stravinsky.

1929 est la dernière année des ballets russes, qui ne survivront pas à son fondateur. Ce sera l’année de la création du Fils prodigue de Prokofiev.

Rétrospectivement, je trouve très impressionnant le nombre de pièces majeures ainsi créées en vingt ans.

Histoire de l'opéra, Mes opéras préférés

LES INDES GALANTES de RAMEAU (1735)

Les Indes galantes est ce qu’on appelle un opéra-ballet, une forme dérivée de la tragédie lyrique, où la danse tient une grande importance. On ne parle plus de découpage en actes, mais en entrées, chaque entrée pouvant raconter une histoire indépendante des autres, rompant ainsi la règle des trois unités chère aux auteurs classiques.

Le premier opéra-ballet fut l’Europe galante (1697), de Campra. Les Indes galantes est donc une réponse à cette Europe galante.

Composé par RAMEAU en 1735, cet opéra-ballet ne comportait à sa création que trois entrées. La quatrième a été rajoutée à la reprise en 1736.

  • Le Turc généreux : Classique histoire d’Occidentaux qu’une tempête a jetés sur les rivages turcs. Osman tombe amoureux d’Émilie, désespérée d’avoir perdu son fiancé. Quand elle le retrouve, le turc, généreux, les laisse à leur amour.

Rameau Indes galantes Turc généreuxCliquez sur l’image

  • Les Incas du Pérou : Carlos, vainqueur des incas aime la princesse Phani. Huascar le grand prêtre du soleil reproche son attitude à Phani. Il simule une éruption volcanique, mais meurt écrasé par les rochers, laissant Carlos et Phani libres de leur amour.

indes galantes 2Cliquez sur l’image

  • Les fleurs : Tacmas, prince persan, est amoureux de Zaïre, une esclave de son ami Ali, qui lui est amoureux de Fatima. Après un chassé-croisé, tout est bien qui finit bien.

indes galantes 3Cliquez sur l’image

  • Les sauvages d’Amérique : Adario, chef indien battu par les Français et les Espagnols, s’inquiète à propos de Zima dont il est amoureux mais qui est courtisée à la fois par le chef français et le chef espagnol. Zima les rejette pour se tourner vers Adario. Tout se termine autour du calumet de la paix.

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Histoire de l'opéra, opérette, Valse

L’OPÉRETTE

L’opérette est une fille de l’opéra-comique ayant mal tourné, mais les filles qui tournent mal ne sont pas toujours sans agrément.

Camille SAINT-SAËNS

En rédigeant le billet sur OFFENBACH, le roi de l‘opérette, je me suis rendu compte que dans la série « Histoire de l’opéra », j’avais à peine effleuré ce genre. Je vais ici réparer mon oubli.

Au milieu du XIXe siècle, alors que triomphait en France le GOf, le Grand Opéra à la française, apparaît un nouveau genre plus léger, l’opérette, héritière de l’opéra-comique.

Alors que l’opéra-comique venait du Théâtre de la Foire, avec un côté populaire moqueur, voire irrévérencieux, son évolution avait fini par le faire rentrer dans le rang et perdre son impertinence. Le compositeur HERVÉ retrouvera ce côté dès 1854, avec des œuvres telles que Le petit Faust (1869), une parodie du Faust de GOUNOD ou son œuvre la plus connue, Mam’zelle Nitouche.

À peu près en même temps qu’Hervé, Offenbach, alors à la direction du théâtre des Bouffes-Parisiens, y produisait des opéras-comiques avec les contraintes de l’époque : un acte unique, et pas plus de quatre personnages. Heureusement, en 1858, cette contrainte est levée, et Offenbach va pouvoir développer des spectacles plus importants.

Parmi ses successeurs en France, on peut noter LECOQ et sa Fille de madame Angot (1872) (écoutez les paroles, elles sont toujours d’actualité !), PLANQUETTE et ses Cloches de Corneville (1877) ou AUDRAN et sa Mascotte (1880).

les cloches de corneville

En 1858, Offenbach rencontre à Vienne Johann STRAUSS, le roi de la valse, et lui conseille d’écrire des opérettes. C’est ainsi que Strauss créera l’opérette viennoise, faite à base de valses. Son opérette la plus célèbre est La Chauve-Souris (Die Fledermaus) (1874).

Johann Strauss La Chauve-souris ChampagneCliquez sur l’image

Un des successeurs de Strauss à Vienne sera Franz LEHAR avec notamment la célébrissime Veuve joyeuse (Die Lustige Witwe) (1905) ou le Pays du sourire (1929).

Lehar La Veuve joyeuse Heure exquiseCliquez sur l’Heure exquise

Au XXe siècle, l’opérette perdra peu à peu son côté satirique ou contestataire pour se rapprocher du théâtre de boulevard, avec Maurice YVAIN [Ta Bouche (1922), Pas sur la bouche (1925)…]

Anniversaire, Divers, Histoire de l'opéra, Valse

LES ANNIVERSAIRES DE 2019

Voici quelques anniversaires que l’on pourra célébrer en 2019 (ou quelques événements que l’on pourra commémorer) :

Il y a 350 ans, en 1669, l’abbé PERRIN obtenait le privilège royal d’établir une Académie d’Opéra pour « y représenter et chanter en Public des Opera & Représentations en Musique & vers François, pareilles & semblables à celles d’Italie ». Cette Académie d’Opéra existe encore de nos jours sous le nom d’Opéra de Paris.

Il y a 275 ans décédait André Campra (1660 – 1744), l’auteur du premier opéra-ballet avec l’Europe galante.

campra

Il y a 200 ans naissait Jacques OFFENBACH (1819 – 1880), le roi de l’opérette.

offenbach

1819 est aussi l’année de composition de l’Invitation à la valse de WEBER et de la Dame du Lac (La Donna del lago), de ROSSINI.

En 1844, il y a 175 ans, naissait Nicolas RIMSKI-KORSAKOV (1844 – 1908).

rimski-korsakov

1844 est aussi l’année de création de I due Foscari de VERDI et de l’ouverture du Carnaval romain de BERLIOZ. Restons avec Berlioz puisque celui-ci est mort il y a 150 ans, en 1869.

berlioz(Hector Berlioz, ouverture du carnaval romain)

Son contemporain, moins connu en France, DARGOMYJSKI (1813 – 1869) a écrit Esméralda (1839), d’après Victor HUGOLa Rusalka (1855), d’après POUCHKINE, et son chef-d’œuvre que la mort laisse inachevé Le Convive de Pierre, d’après le Don Juan de POUCHKINE, et qui sera terminé par CUI et Rimski-Korsakov.

dargomyjski.pngDargomyjski

1869 est aussi l’année de la première version de Boris Godounov, de MOUSSORGSKI, et de Roméo et Juliette de GOUNOD.

En 1894, il y a 125 ans, mourrait CHABRIER (1841 – 1894), l’auteur de l’Étoile.

1894 est aussi l’année où DEBUSSY a commencé Pelléas et Mélisande, et écrit son Prélude à l’après-midi d’un faune, alors que MASSENET écrit Thaïs et Cendrillon.

En 2019, nous célébrerons le centenaire de la mort de LEOCAVALLO (1857 – 1919), l’auteur de Paillasse (Pagliacci) en 1892.

Ce seront aussi les centenaires de l’Amour des 3 oranges de PROKOFIEV, du début de Katia Kabanova de JANACEK ainsi que de l’Enfant et les sortilèges de RAVEL. Le même Ravel écrit La Valse alors que l’on a créé La Femme sans ombre de Richard STRAUSS (écrit en 1917).

Enfin, il y a 75 ans, Benjamin BRITTEN réinventait l’opéra anglais avec Peter Grimes alors qu’il y a 50 ans, d’autres Anglais, les WHO, donnaient naissance à leur opéra-rock Tommy.

tommy the who.pngTommy Overture

Et pour les anniversaires de 2020, c’est ici.

Divers, histoire, littérature

LA RÉVOLUTION FRANCAISE (1)

Puisque Les feuillets du patrimoine a eu l’amabilité de me citer récemment, je me suis dit rendons lui la pareille en rebondissant sur son billet sur la Révolution (ou plutôt sur le « rien » du journal de Louis XVI au 14 juillet 1789). Ceci me permet en outre de tester les liens inter-blogs (j’espère que ça va fonctionner 😀).

La Révolution française a inspiré directement ou indirectement maints opéras ou sujets d’opéra.

La pièce Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, est considérée comme un préfigurateur de la Révolution. Elle a inspiré notamment le chef-d’œuvre mozartien Les Noces de Figaro. Sur l’aspect prérévolutionnaire, voir l’air « Se vuol ballare… » (Le comte a des vues sur la fiancée de son valet Figaro, qui lui chante [je traduis approximatif : Si le baron veut danser, je saurais l’accompagner à la guitare…])

Mozart Le nozze Se vuol ballareCliquez sur Figaro

Beethoven

Le plus connu des opéras inspirés par la Révolution française est Fidélio (1814), de BEETHOVEN (1770 – 1827). Beethoven était épris de liberté, et les idéaux de la Révolution française avaient une résonance en lui. Aussi choisit-il Léonore ou l’amour conjugal, une pièce française inspirée d’un fait divers de la Révolution, pour sujet de son unique opéra.

Beethoven Fidélio choeur des prisonniersCliquez sur les prisonniers

À l’époque où il écrivait la première version de Fidélio, Beethoven composait sa 3e symphonie, initialement dédiée à Bonaparte, le sauveur des idées de la Révolution française. Quand il apprend en 1804 que Bonaparte se fait couronner empereur, Beethoven déchire la dédicace, et renomme sa symphonie Héroïque.

Parmi les compositeurs ayant écrit pour la Révolution figure MÉHUL (1763 – 1817), dont le Chant du départ nous est resté. Méhul a composé une trentaine d’opéras, dont Joseph (1807), qui a connu le succès dans toute l’Europe. (Si vous écoutez bien la vidéo du Chant du départ, vous pourrez m’entendre dans le chœur 😀.)

Méhul le Chant du départCliquez sur l’image

Le destin tragique du poète révolutionnaire André CHÉNIER (1760 – 1794) a servi de trame à l’opéra vériste Andrea Chénier (1896) de l’italien GIORDANO.

Enfin, last but not LISZT comme disent les musiciens, il faut noter le poignant Dialogues des Carmélites (1953), de POULENC (1899 – 1963), d’après BERNANOS, qui raconte l’histoire de religieuses qui finissent guillotinées par les révolutionnaires pour n’avoir pas voulu abjurer leur foi. Écoutons la poignante scène finale où les religieuses chantent le Salve Regina en montant à l’échafaud, leur chant s’éteignant petit à petit au fur et à mesure que tombe le couperet de la guillotine.

Poulenc Dialogue des Carmélites scène finaleCliquez sur l’image

Retrouvez ici d’autres musiques composées pour la révolution française.

Post-Scriptum : j’allais oublier l’opéra-rock La Révolution française (1973) de Claude Michel SCHÖNBERG, un des plus gros succès de la comédie musicale française.

histoire

LOUIS XIV ET L’OPÉRA

On le sait, le genre musical « opéra » est né des suites des cérémonies grandioses qui avaient été données à l’occasion du mariage d’Henry IV et Marie de Médicis, la réplique du duc de Mantoue à ces magnificences florentines ayant donné l’Orfeo de MONTEVERDI.

Notre grand monarque Louis XIV (1638 – 1715) n’a pas été en reste pour se servir de cet art afin de construire sa propre gloire.

C’est MAZARIN qui a introduit l’opéra en France, où il y avait depuis Henri IV et Louis XIII une tradition de représentations de ballets de cour. En 1647, il fait représenter l’Orfeo de Luigi ROSSI. En 1660, il commande à CAVALLI un opéra pour le mariage de Louis XIV, Ercole amante. Le projet ayant pris du retard, c’est un autre des opéras de Cavalli qui est monté, Serse (Xerxès).

cavalli Ercole amanteCliquez sur l’image

Le ballet de cour est apparu dès la fin du XVIe siècle, à la cour des Valois. Il trouvera son apogée avec Louis XIV qui, bon danseur, participera lui-même à ce genre de spectacle. Quand le Roi-Soleil arrêtera de danser, le genre périclitera, pour laisser peu à peu la place à la comédie-ballet, genre dans lequel collaboreront MOLIÈRE et LULLY.

Lully, nommé en 1653 compositeur de la musique instrumentale du Roi, s’impose peu à peu dans le genre du Ballet. Début 1653, il est chargé de régler un ballet commandé par Mazarin, Le Ballet de la Nuit, dans lequel le roi représente le soleil qui dissipe les ténèbres et dont la lumière va faire pâlir tous les autres astres. Quelle plus belle manière que de montrer au monde qu’il va falloir compter avec le jeune Louis, alors âgé de quinze ans ! De là viendra le surnom de Roi-Soleil qui restera celui de Louis XIV pour la postérité.

Lully ballet de la nuitCliquez sur Loulou XIV

Dans les années qui suivent la prise du pouvoir par Louis XIV (1661), Lully reçoit les positions de Surintendant de la musique du roi et de Maître de la musique de la famille royale.

Sa collaboration avec MOLIÈRE dans les comédies-ballets commence en 1664 avec Le Mariage forcé. Suivront ensuite notamment L’Amour Médecin (1665) et Le Bourgeois Gentilhomme (1670). Après sa brouille avec Lully, Molière collaborera avec CHARPENTIER, notamment pour Le Malade imaginaire (1673).

Charpentier Molière le Malade imaginaireCliquez sur l’image

En 1672, Lully rachète à PERRIN le privilège de l’opéra pour toute la France, suite à une faillite frauduleuse. Il devient alors Directeur de l’Académie Royale de Musique, où il créera 14 tragédies lyriques ainsi que plusieurs ballets et œuvres diverses jusqu’en 1687.

À l’époque de Louis XIV, il fallait flatter le souverain. Ainsi, chacune des tragédies lyriques de Lully commence-t-elle par un prologue vantant les grandes Qualités du roi, desquelles les dieux eux-mêmes étaient jaloux.

Après la mort de la reine, et sous l’influence de Madame de MAINTENON, Louis XIV a une crise de foi et se détourne de l’opéra. QUINAULT, son librettiste, tombe en disgrâce et interrompt sa carrière après avoir terminé le livret d’Armide en 1686.

Voyons maintenant quelques opéras dans les prologues desquels les grandes qualités de Loulou XIV sont célébrées :

Dans le prologue d’Alceste, la nymphe de la Seine (sic) se languit du Héros, parti à la guerre. La gloire arrive, précédant le Héros (comprendre le roi, Louis XIV). Tout le monde se réjouit, et les Plaisirs préparent un divertissement pour fêter le retour du Héros. Ce sera Alceste.

Lully Alceste PrologueCliquez sur Loulou XIV, le Héros de la nymphe de la Seine

Dans Atys, c’est à un dieu que l’on compare Louis XIV dans le prologue. Peut-être est-ce pour cela qu’Atys était un des opéras préférés de Loulou XIV.

Lully Atys PrologueCliquez sur le prologue

Dans Rolandune des dernières tragédies lyriques de Lully, composée d’après Orlando Furioso de l’Arioste et créée à Versailles au début de l’année 1685, Démégorgon chante les louanges du roi Louis XIV, et se propose de raconter les exploits de Roland, comparant ainsi le roi au héros fameux de l’histoire de France.

Armide (1686) est une tragédie lyrique, dernière œuvre écrite par Lully en collaboration avec Quinault. Son sujet, qui aurait été choisi par Louis XIV lui-même, est tiré de La Jérusalem Délivrée, du Tasse. Ce même livret de Quinault a été repris un siècle plus tard pour servir de sujet de « concours » entre Gluck et Piccini. La Gloire et la Sagesse louent le Héros (Louis XIV) qui incarne ces deux qualités. Elles proposent de raconter l’histoire du chevalier Renaud.

Retrouvez les aventures des rois de France et de la musique avec Louis XV.

 

histoire

11 novembre 1918 – 11 novembre 2018

En cette journée de célébration du centième anniversaire de l’armistice de 1918, je vais vous parler d’œuvres écrites en rapport avec la Grande Guerre.

Commençons par Guillaume APOLLINAIRE, ce poète naturalisé français, gravement blessé à la tête pendant la guerre, et dont l’œuvre a été abondamment mise en musique. Il est mort le 9 novembre 1918.

Francis POULENC (1899 – 1963) est certainement celui qui a le plus déposé de musique sous les textes de son ami Apollinaire. Mobilisé en 1918, puis servant au ministère de la Marine jusqu’en 1921, il commence dès 1918 avec le Bestiaire ou le cortège d’Orphée.

Suivront de nombreuses mélodies dont, par exemple Sanglots, extraite des Banalités.

Notre amour est bercé par les calmes étoiles,

Or nous savons qu’en nous, bien des hommes respirent,

C’est la chanson des rêveurs,

Qui s’étaient arraché le cœur,

J’ai un gros faible aussi pour Marie, dans les 7 chansons pour chœur a capella. En plus, les ténors y ont une très belle phrase mélodique, qui, comme Sanglots, fait partie des airs qui m’habitent en permanence :

Je passais, au bord de la Seine,
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine,
Il s’écoule, et ne tarit pas.

En 1947, Poulenc écrit un opéra-bouffe, les Mamelles de Tirésias.

Claude DEBUSSY (1862 – 1918) a été inspiré par l’atmosphère de la Grande Guerre. Il a écrit notamment le Noël des enfants qui n’ont plus de maison.

Son contemporain RAVEL (1875 – 1937) a écrit lui, contre la guerre, Trois beaux oiseaux du paradis (mon ami z-il est à la guerre).

Dimitri CHOSTAKOVITCH a écrit sa 14e symphonie en 11 mouvements, chacun correspondant à un poème. Six de ces poèmes sont d’Apollinaire.

On retrouve Ravel avec son Concerto pour la main gauche. L’histoire de ce concerto est intéressante. En effet, le pianiste Paul WITTGENSTEIN (le frère de l’auteur du tractatus logico-philosophicus) qui avait perdu un bras à la guerre a demandé à Ravel, PROKOFIEV et BRITTEN, ou encore Richard STRAUSS, KORNGOLD ou HINDEMITH de lui écrire des morceaux pour la main gauche.

On peut terminer en disant que l’histoire, malheureusement, ne nous apprend rien puisque des musiciens comme Korngold ou Hindemith font partie de ceux dont la musique, jugée dégénérée par les nazis, a été interdite, voire brûlée, et qu’ils ont dû prendre la fuite de leur pays.

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FAVART le chansonnier et l’opéra-comique

La tradition du chansonnier est fort ancienne en France. Sa première formalisation en est la fondation en 1730 du Caveau par PIRON et Crébillon fils. Leurs réunions bimensuelles étaient l’occasion de chanter et/ou de pratiquer l’épigramme. On trouve parmi les membres de ce cercle Jean-Philippe RAMEAU. La tradition du caveau se perpétue de nos jours avec le Caveau de la République, célèbre repère de chansonniers.

Un autre chansonnier célèbre est Charles-Simon FAVART (1710 – 1792). Favart a commencé très jeune une carrière de compositeur d’opéras-comiques, de vaudevilles ou de parodies. Écoutons-le dans une parodie d’Hippolyte et Aricie de Rameau.

Le genre opéra-comique date de 1714. En 1697, la Comédie-Italienne avait fermé sous la pression de la Comédie-Française, jalouse de cette concurrence. Les comédiens-italiens se sont alors installés sur les foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent, au Théâtre de la Foire. On y donnait des pastiches, de l’italien pasticcio, c’est-à-dire des paroles nouvelles chantées sur des airs déjà connus. Mais la Comédie-Française, toujours soucieuse de défendre son privilège royal de spectacles dialogués, empêche les représentations parlées. De même, l’Académie royale de musique, qui avait le privilège royal pour la musique chantée, limite à deux le nombre de voix autorisées dans les spectacles. En 1714, le Théâtre de la Foire obtient le privilège de Louis XIV pour un nouveau genre : l’opéra-comique, qui alterne des parties parlées et des parties chantées, et le Théâtre de la Foire devient le Théâtre de l’Opéra-Comique. Malgré son nom, il n’est donc pas question d’humour dans l’opéra-comique.

Après une succession d’interdictions et de relances, l’institution reprend en 1752, et notre Favart devient codirecteur de l’Opéra-Comique. C’est en son honneur qu’aujourd’hui encore le Théâtre de l’Opéra-Comique porte le nom de Salle Favart.

Dès 1753, DAUVERGNE fait jouer un opéra-comique, la Coquette trompée, qui met en scène madame Favart.

Dauvergne la Coquette trompéeCliquez sur l’image

Notons que Madame Favart est également un opéra-comique d’OFFENBACH, qui sera représenté à… l’Opéra-Comique en juin 2019.

Offenbach Madame Favart OuvertureCliquez sur madame Favart

Arrivé là, ce billet devrait être terminé, mais pourquoi ce titre Favart le chansonnier ? En fait, vers 1750, Favart dirigeait la troupe de comédiens-chanteurs qui accompagnaient le Maréchal de Saxe en campagne. Et Favart était donc le Chansonnier du Maréchal. Q.E.D. On reste dans le vaudeville quand on sait que le Maréchal de Saxe ayant des vues sur madame Favart, le couple a dû s’enfuir !

Et pour en savoir plus sur Charles Favart, cliquez sur le lien.

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KING ARTHUR, de PURCELL (1691)

Dans l’arbre phylogénétique de l’opéra, les œuvres de PURCELL occupent un rameau à part. En effet, King Arthur est un semi-opéra, un genre qui dérive du masque de cour élisabéthain, qui consistait à donner des représentations chantées et dansées par les nobles de la cour de la reine Élisabeth 1re, environ un siècle avant Purcell. Les héros ne chantent pas eux-mêmes, ce sont plutôt des génies ou des divinités qui chantent, soutenus par un chœur omniprésent.

Pour avoir chanté King Arthur il n’y a guère, et dans de très bonnes conditions artistiques, je peux affirmer que c’est un vrai bonheur pour un choriste que de chanter cette œuvre (voir l’affiche du concert en tête de ce billet).

King Arthur, donc, a été créé en 1691, deux ans après Didon et Enée et ressort de l’épopée arthurienne.

Acte I : L’armée saxonne offre à ses dieux, Wotan et Freïa, un sacrifice avant la bataille. Mais alors que les saxons se livrent à une beuverie, les bretons les provoquent avec un Come if you dare (Viens si tu l’oses en français).

purcell king arthur come if you dareCliquez sur l’image

Acte II : Le roi Arthur et ses troupes poursuivent les saxons. À une croisée de chemins, ils doivent choisir entre les indications de Philidel, qui les mèneraient en lieu sûr, et celles de Grimbold, qui les perdraient dans les marécages. Ils font le bon choix, et la musique s’adoucit (We brethren of air).

Les villageois donnent une fête pour distraire Emmeline, la fiancée d’Arthur (ensemble et chœur : How blest are shepherds).

Acte III : Le génie du froid veut geler les hommes (célébrissime Cold Song: What power art thou), mais Cupidon fait de la résistance et réclame que son empire règne sur tous les cœurs.

purcell king arthur cold song nomiCliquez sur Klaus NOMI

Acte IV : Un duo de sirènes cherche à vamper Arthur, suivi d’un magnifique air célébrant les délices suprêmes de l’amour (How happy the lover). Alors qu’aucun mortel ne peut résister au chant des sirènes, Arthur résiste.

Purcell King Arthur How happy the loversCliquez sur l’image

Acte V : L’enchanteur Merlin invoque Éole. Le dieu du vent calme la mer déchaînée tandis qu’une île surgit des flots, où trône Britannia.

Un chœur exalte la pêche et l’agriculture, sources de richesses dans un pays enfin pacifié (Round thy coasts).

Enfin, Vénus arrive qui personnifie la beauté parfaite de l’Angleterre (Fairest Isle).

Purcell King Arthue Fairest IsleCliquez sur l’image