Divers, Mythologie, Nature

LA MER

L’été, les vacances, la mer…

Dans la musique classique, si on dit La Mer, on pense tout de suite à DEBUSSY et son poème symphonique datant de 1904. Mais la mer a également inspiré bien des compositeurs d’opéras, et ce dès MONTEVERDI, qui dans Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (1640) fait dialoguer Junon et Jupiter pour que Neptune calme son courroux et laisse Ulysse rentrer à Ithaque.

On retrouve l’univers marin chez PURCELL dans Didon et Énée (1689) ainsi que dans King Arthur (1691), où à la fin de ce semi-opéra l’enchanteur Merlin invoque Éole qui fait surgir une île des flots déchaînés, une île où trône Britannia (Rule Britannia) !

Purcell King Arthue Fairest Isle

WAGNER n’est pas en reste pour la représentation de la mer, et ceci dès le Vaisseau fantôme (1842) qui commence par une tempête et finit par un engloutissement, et surtout dans Tristan und Isolde (1859), dont une bonne partie de l’action se passe sur le bateau qui conduit Isolde escortée par Tristan en Cornouailles.

En 1863, BIZET écrit Les Pêcheurs de perle, dont l’action se passe sur l’île de Ceylan (Sri Lanka). C’est pour Bizet l’occasion d’écrire un de ses plus beaux duos.

Bizet les Pêcheurs de perle Au fond du temple saint

Dans le Roi d’Ys (1878 puis 1888) de LALO, la mer engloutit la ville d’Ys.

L’ouverture d’Otello (1886) de VERDI nous montre une mer déchaînée sur laquelle navigue le général Ot(h)ello, de retour à Venise après une victoire contre les Turcs.

On retrouve Debussy et son Pelléas et Mélisande (1902) dont l’action se situe près de la mer (voir la scène inquiétante dans la grotte). Et est-ce en pensant au roi d’Ys qu’il a intitulé un de ses préludes pour piano La Cathédrale engloutie (1910) ?

Debussy La Cathédrale engloutie

À la même époque que Pelléas, PUCCINI fait chanter dans Madame Butterfly (1903) un de ses plus beaux airs à l’héroïne, qui attend le retour de son mari en regardant la mer.

En 1945, BRITTEN ressuscitera l’opéra anglais, plus de deux siècles après Purcell, avec Peter Grimes (1945).

Et puis, même si ce n’est pas de l’opéra, ne boudons pas notre plaisir en écoutant le Poème de l’amour et de la mer, de CHAUSSON.

Chausson poème de l'amour et de la merCliquez sur la mer

Animation 1, Cinéma, Mes opéras préférés, Mythologie

LA WALKYRIE (DIE WALKÜRE), de WAGNER (1855 – 1870)

The Valkyrie is one of the most popular Wagner’s opera.

Premier opéra de la trilogie avec prologue L’anneau du Nibelung (on dit aussi tétralogie), la Walkyrie a été composée en 1855 alors que WAGNER était en exil à Zürich, mais il faudra attendre 1870 pour la création de l’œuvre à Munich. Souhaitée par Louis II de Bavière, alors mécène de WAGNER, cette création se fera contre la volonté de l’auteur. La première version « autorisée » sera celle de 1876, à l’occasion de l’ouverture du théâtre d’opéra que WAGNER a fait construire à Bayreuth pour la représentation de ses œuvres, avec la représentation intégrale de l’Anneau du Nibelung.

L’ouverture du troisième acte, la célébrissime Chevauchée des Walkyries doit être une des musiques les plus utilisées au cinéma, de Apocalypse now à Mon nom est personne, en passant par Blues Brothers. Signalons aussi sa référence dans l’anime Ponyo sur la falaise, du génial Miyazaki.

Suivant la classification proposée dans l’opéra selon Georges Bernard SHAW, nous sommes ici en présence du schéma [(S+T)/(B+A)], où les amours de la soprano (Sieglinde) et du ténor (Siegmund) sont contrariées par le baryton (Wotan) et l’alto (Fricka).

Acte I: Après une brève introduction figurant l’orage qui gronde au dehors, Siegmund entre dans la maison de Hunding et Sieglinde et demande l’hospitalité.

Wagner la Walkyrie prélude du 1er acteCliquez sur l’image

Sieglinde montre à Hunding une épée fichée dans l’arbre sacré de la maison par un inconnu, une épée qui attend son héros. La porte de la maison s’ouvre, laissant entrer le souffle du printemps. Des souvenirs communs se réveillent, et Siegmund et Sieglinde se rendent compte qu’ils sont frères et sœurs jumeaux. Siegmund tire alors l’épée de l’arbre et lui donne le nom de Nothung (Détresse). Les jumeaux tombent dans les bras l’un de l’autre.

Wagner Walkyrie NothungCliquez sur l’image

Acte II: Le dieu en chef Wotan ordonne à sa fille la walkyrie Brünnhilde de se porter au secours de Siegmund dans son combat contre Hunding. Sa femme Fricka arrive, furieuse. Elle veut que l’on punisse les jumeaux incestueux Siegmund et Sieglinde, qui sont les enfants de Wotan et d’une mortelle. Wotan essaye de la convaincre qu’il faut un être libre pour libérer les dieux de la malédiction de l’anneau, mais Fricka lui rétorque qu’on ne peut pas être réellement libre en étant aidé des dieux.

Wotan change ses ordres à Brünnhilde concernant Siegmund. Il lui explique que les walkyries sont les filles qu’il a eues avec la déesse mère Erda. Leur rôle est de ramasser les corps des héros morts sur les champs de bataille, pour constituer une armée contre Albérich le Nibelung, afin de l’empêcher de récupérer son anneau. Seul un héros libre pourra récupérer cet anneau sur lequel veille le géant Fafner, métamorphosé en dragon. Ce héros, Wotan l’avait choisi (et presque même créé), ce devait être Siegmund, armé avec l’épée invincible qu’il lui avait léguée.

Siegmund et Sieglinde sont en fuite et Sieglinde, épuisée, s’évanouit. Brünnhilde arrive et annonce à Siegmund qu’il doit mourir, et qu’elle le conduira au Walhalla. Siegmund refuse de quitter Sieglinde et renonce au Walhalla. Il menace de tuer Sieglinde mais Brünnhilde lui apprend qu’elle porte en elle le fruit de ses amours. Devant la force de son amour, Brünnhilde décide de s’opposer à la volonté de Wotan et de sauver le couple. Hunding arrive et le combat commence. Wotan s’interpose et de sa lance sacrée brise Nothung. Hunding tue alors Siegmund et Wotan, méprisant, le tue à son tour pendant que Brünnhilde s’enfuit avec Sieglinde.

Acte III: La célèbre Chevauchée des Walkyries constitue le prologue de cet acte. Les walkyries arrivent, chacune avec son mort cueilli sur les champs de bataille.

Wagner Die Walküre la chevauchée (MET 2019)Cliquez sur l’image

Brünnhilde arrive à son tour, mais avec une femme vivante à la place d’un héros mort. Elle explique la situation à ses sœurs et leur demande de les cacher. Devant leur refus, elle donne son cheval à Sieglinde et lui demande de partir vers l’est. Elle lui confie les débris de Nothung, prédisant qu’un jour le fils de Siegmund saura reforger l’épée.

Wotan arrive, furieux contre sa fille préférée qui lui a désobéi. Il veut la dégrader de son statut de demi-déesse en en faisant une simple mortelle. Brünnhilde explique à son père qu’en agissant comme elle a fait, elle a accompli sa volonté puisque c’est bien la victoire de Siegmund qu’il souhaitait secrètement, même si cela était contraire aux lois divines dont Wotan est le garant. Le dieu se laisse partiellement fléchir. Il endormira Brünnhilde sur un rocher, protégée par un cercle de feu que seul celui qui ne connaît pas la peur pourra franchir. Il fait des adieux bouleversés à sa fille, elle qui a su se montrer plus libre que lui, le dieu (« Du, freier als mir, der Gott ») puis  il convoque Loge, le dieu du feu pour former le cercle de feu qui la protégera.

wagner walkyrie Leb wohlCliquez sur Wotan et Brünnhilde

Et pour avoir la suite de l’histoire, c’est dans Siegfried.

Compositeurs

Hector BERLIOZ (1803 – 1869)

Hector BERLIOZ is THE french romantic composer.

Hector Berlioz, contemporain de Victor HUGO (né en 1802, d’où l’erroné Ce siècle avait deux ans), est LE musicien romantique français.

image d'oreille pour liste de lecture

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Né le 11 décembre 1803 en Isère, Hector apprend la musique en autodidacte dans le Traité d’harmonie de RAMEAU. Son père, médecin, l’envoie faire ses études de médecine à Paris, mais Hector s’évanouit devant son premier cadavre, et il se consacre alors à sa passion, la musique, fréquentant plus les théâtres que les amphithéâtres.

Il entre au Conservatoire de Paris en 1823, et en 1829, il met en musique Huit scènes de Faust, de Goethe. En 1828, il écrit pour le prix de Rome la cantate Cléopâtre (plus connue de nos jours sous le nom de la Mort de Cléopâtre), mais n’obtient pas ce prix. En 1830, l’année de son Grand Prix de Rome, il se met en scène dans la Symphonie fantastique, où il relate ses amours rêvées avec une actrice anglaise, Harriet SMITHSON, avec qui il se marie en 1833.

requiem

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Entre 1834 et 1836, il compose son premier opéra, Benvenuto Cellini, et en 1837 son très théâtral Requiem. (Je suis sur la photo ci-dessus, dans le cercle rouge 😄). C’est à la même époque qu’il écrit Les nuits d’été, un recueil de six poèmes de Théophile GAUTIER qu’il met en musique.

nuit d'été image

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En 1844, il compose son Traité d’instrumentation dans lequel il expose sa science de l’instrumentation. Entre 1845 et 1847, il fait des tournées en Allemagne et en Russie. En 1852 et 1854, l’incontournable LISZT organise des semaines Berlioz à Weimar, où Hector peut faire jouer ses œuvres.

En 1845 – 1846, il reprend ses scènes de Faust pour composer La Damnation de Faust, œuvre qui ne rencontre pas de succès. L’opéra Béatrice et Bénédict créé à Baden-Baden en 1862 est enfin un succès, mais en 1863, il échoue à faire représenter son dernier opéra Les Troyens.

berlioz damnation d'amour l'ardente flamme crespin

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Il meurt le 8 mars 1869, après une dernière tournée en Allemagne, Autriche et Russie.

Toute sa vie, Berlioz a souffert du sentiment de n’être pas reconnu, mais il a pourtant obtenu la légion d’honneur à l’âge de 35 ans, son Requiem était une commande de l’état, ainsi que le Te Deum écrit à l’occasion du couronnement de Napoléon III en 1854, mais créé en 1855.

Berlioz était également feuilletoniste dans les gazettes musicales de l’époque, ce qui nous vaut des volumes passionnants sur la vie musicale de son temps.

Écrivains, histoire, littérature

L’OPÉRA SELON G.B. SHAW

L’écrivain Georges Bernard SHAW (1856 – 1950) a défini l’opéra comme étant: Une histoire où un ténor et une soprano veulent coucher ensemble, et où un baryton (et/ou une alto) les en empêche.

Cette définition plaisante est valable pour la grande majorité des opéras que Shaw pouvait entendre à son époque, c’est-à-dire en gros pour les opéras du XIXe siècle.

Écoutons comme exemple le duo d’amour de Tristan et Isolde.

Wagner Tristan und Isolde duo d'amour

Suivant les méthodes de L’OUvroir de LIttérature POtentielle (OULIPO), fondée par QUENEAU et Le LIONNAIS (et al.), et qui a eu PEREC parmi ses membres, je me propose donc de noter ce schéma narratif (T+S)/B (ou [(T+S)/(B+A)], si une alto aide le baryton à contrarier les amours des héros. On verra qu’un très grand nombre d’opéras répondent à ce(s) schéma(s).

Il faut signaler qu’il ne peut s’appliquer aux opéras plus anciens, notamment à ceux du XVIIe siècle où tous les rôles étant chantés par des hommes, il n’y avait pas de sopranos. Voire à ce sujet le billet précédent sur la tessiture et les voix.

A cette époque, le paradigme était plutôt celui d’une femme (voire d’une déesse) qui obtenait par magie ou par enchantement l’amour qu’un  homme ne lui donnait pas, bien souvent parce que le cœur de cet homme était déjà pris. C’est là un thème que l’on trouve dans Atys ou Armide de LULLY, ou encore Alcina de HAENDEL.

Dans ces œuvres, la méchante était chantée par une soprano, la voix aiguë étant alors considérée comme maléfique. On retrouve ces aigus maléfiques dans les airs de la reine de la nuit de La Flûte enchantée de MOZART.

La voix de baryton représentait l’âge mûr et la sagesse, et donc pas le vilain bonhomme qui contrariait les amours des héros. Le rôle du héros était généralement chanté par un haute-contre. Je vous propose ici d’écouter l’air Ombra mai fu du Serse (Xerxès) de Haendel, chanté par Philippe Jaroussky.

Haendel Serse Ombra mai fu JarrousskyCliquez sur l’image

Plus tard, les goûts évoluant, les voix hautes (sopranos, ténors) ont représenté les héros et les voix basses (altos, barytons, basses) les forces obscures.

Cinéma, Divers, histoire

LES VOIX (LA TESSITURE)

Tessiture? Si t’es sûr… me répondent mes amis quand j’emploie ce mot devant eux. Rassurez-vous, il n’y a rien de grave là-dedans. La tessiture, c’est tout simplement le type de voix avec laquelle on chante.

Aujourd’hui, la catégorisation des voix la plus courante est, dans l’ordre du plus aigu au plus grave, Soprano – Alto – Ténor – Basse (nombre de partitions pour chœurs se réfèrent ainsi au mystérieux club des SATB). Cette répartition se décompose plus finement, ainsi entre sopranos et altos on trouvera les mezzos (d’un mot latin qui veut dire milieu) et entre ténors et basses, on trouvera les barytons (d’un mot grec qui veut dire milieu). Chacune de ces catégories peut elle-même être sous-catégorisée, avec les sopranos colorature, les contraltos, les ténors lyriques, les barytons martins, les basses profondes, etc…

Femme Soprano Castrats Homme
Femme Mezzo
Femme Alto Contre-ténor Homme
Homme Ténor Contralto Femme
Homme Baryton
Homme Basse

Les voix la tessiture (ROH)Cliquez sur la vidéo de présentation des voix du Royal Opera House

L’Encyclopedia Universalis nous propose ainsi le découpage suivant:

  • soprano léger et coloratur, à la virtuosité « volubile »;
  • soprano lyrique ou de demi-caractère;
  • soprano dramatique, puissant, wagnérien;
  • mezzo-soprano, intermédiaire entre soprano et alto;
  • alto et contralto, voix graves aux inflexions émouvantes;
  • haute-contre et ténor léger aux sonorités douces;
  • ténor lyrique ou de demi-caractère;
  • ténor dramatique ou fort ténor;
  • baryton et baryton Martin: voix nuancées, aptes à la mélodie française…;
  • baryton Verdi: généreux, à l’aise dans le répertoire vériste;
  • baryton basse;
  • basse chantante;
  • basse noble, utilisée par MOUSSORGSKI.

Cette distribution des voix n’a pas toujours été la même. Historiquement, l’Église interdisant aux femmes de se produire au théâtre, les rôles de femmes étaient tenus par des hommes, castrats, hautes-contre ou  contre-ténors. Il faudra attendre 1671 pour que cette interdiction soit levée. Dès lors, on a pu voir des femmes sur scène et les entendre chanter à l’opéra, même si l’usage des castrats a perduré encore pendant plus de deux siècles.

Ceci explique pourquoi on trouve des rôles de travestis dans les opéras les plus anciens. Par exemple, dans le Jules César de Haendel, le rôle éponyme est chanté par une femme, car dans la version originale, il était écrit pour un castrat.

Les voix les plus hautes des hommes sont plus hautes que les voix les plus basses des femmes. Ainsi, dans l’extrait ci-dessus de Haendel, le contre-ténor P.Jarrousky chante au-dessus de la contralto N.Stutzmann, ce qui rend ce duo particulièrement émouvant.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur l’image

À propos des castrats, un des plus célèbres a été FARINELLI (1705 – 1782), dont la vie a inspiré le film de G.CORBIAU en 1994. Il a fallu pour reconstituer une voix de castrat enregistrer un contre-ténor et une soprano coloratur, puis mixer les voix avec l’aide des logiciels développés à l’IRCAM.

Haendel Rinaldo Cara Sposa (Farinelli)Cliquez sur Farinelli

L’affaire de hauteur se complexifie si on tient compte de la hausse du diapason à travers les siècles. En effet, aux époques pré-baroques et  baroques, il n’y avait pas d’organisme international pour fixer les poids et mesures, ni a fortiori la hauteur des  notes. Ainsi le diapason qui, pour faire simple, fixe la hauteur du LA sur laquelle tous les instruments de l’orchestre s’accordent, n’était pas le même dans tous les pays, ni même dans toutes les régions. Il aura fallu attendre la fin du XIXe siècle, puis le XXe pour qu’on se mette d’accord sur un LA universel, qui est aujourd’hui fixé à 440 Hz. Mais depuis le baroque, le diapason est ainsi passé d’une valeur moyenne de 415 Hz à 440 Hz, ce qui n’est pas sans poser des problèmes aux chanteurs, puisque ce glissement revient à changer toutes les hauteurs d’environ un ton. Un contre-ut baroque devenant un contre-ré !

Enfin, si cet article vous a plu, je vous conseille d’aller sur l’excellent site Le Voyage lyrique, qui a publié un dossier très complet et très richement illustré. Je vous conseille notamment la vidéo de Kathleen Ferrier, l’enregistrement du dernier castrat (mort en 1922), et enfin les vidéos des octavistes, voix hyper graves que, je l’avoue, je ne connaissais pas.

Divers

SCÈNES DE FOLIE À L’OPÉRA

(Scenes of Madness in opera).

Je ne vais pas parler ici des scènes de folie collective auxquelles on peut assister dans nos salles d’opéra de la part du public quand tel divo ou telle diva a particulièrement bien chanté.

En préparant mon livre, je me suis rendu compte que la folie a particulièrement inspiré les auteurs, et que les scènes de folie sont souvent les plus réussies dans leurs œuvres.

La représentation de la folie à l’opéra commence dès l’œuvre originelle qu’est l’Orfeo (1607) de MONTEVERDI. À la fin de l’œuvre, Orphée est rendu fou par la perte d’Eurydice avant qu’Apollon ne vienne le chercher pour le mener au ciel.

Monteverdi Orfeo finalCliquez sur Apollon et Orphée

Dans Atys (1676) de LULLY, la déesse Cybèle frappe Atys de folie. Dans sa folie meurtrière, croyant voir un monstre affreux, Atys tue Sangaride, qu’il aime et dont Cybèle était jalouse. Quand il reprend ses esprits, le chœur déplore son geste (Atys lui-même fait périr ce qu’il aime).

Dans les opéras inspirés d’Orlando furioso (Roland furieux) de l’ARIOSTE, on trouve également de belles scènes de folie. Dans Orlando furioso (1727) de VIVALDI, Orlando devient fou quand il découvre le mariage d’Angélica et de Médor. Croyant voir Angelica dans une statue de l’enchanteur Merlin, il veut s’en emparer et tue le gardien du temple.

vivaldi orlando furioso folieCliquez sur l’image

En 1747, RAMEAU fait intervenir le personnage de la Folie dans sa comédie Platée. Ce personnage a le pouvoir, grâce à une lyre volée à Apollon, de rendre gai un chant funeste et triste un chant badin. Rameau veut par là affirmer la priorité de la musique sur les paroles pour traduire des sentiments.

rameau folieCliquez sur la folie

Le XIXe siècle nous vaut aussi des cas de folie. Dans Lucia di Lammermoor (1835)  de DONIZETTI, Enrico arrange un mariage entre sa sœur, Lucia, et un riche Lord pour redorer la fortune de la famille, mais Lucia est déjà amoureuse d’un autre. Suite à différentes péripéties, Lucia devenue folle tue son Lord de mari. Son retour sur scène nous vaut son Air de la folie,  un des morceaux les plus connus de la partition. On peut noter que Donizetti lui-même est mort fou.

donizetti Lucia air de la folieCliquez sur Lucia

Dans le Trouvère (1853) de VERDI, opéra à la limite de l’opéra gothique, la gitane Azucena a enlevé le fils de son ennemi pour venger la mort de sa mère sur le bûcher. Mais au moment de jeter l’enfant au feu, elle est prise de folie et tue son propre enfant.

Autre scène de folie impressionnante, celle d’Ophélie au 4e acte de l’Hamlet d’Ambroise THOMAS.

Thomas Hamlet air de la folieCliquez sur Ophélie

À la fin de Boris Godounov (1869) de MOUSSORGSKI, Boris pris de remords pour avoir fait assassiner le tsarévitch et prendre sa place sur le trône est pris de visions et de convulsions dans une scène hallucinée, avant de mourir. On peut noter que Moussorgski, alcoolique,  a été atteint de delirium tremens.

moussorgski Boris Godounov mort GhiaurovCliquez sur Boris

Au XXe siècle, les apports de la psychologie et de la psychanalyse influent les livrets. Ainsi dans Wozzeck (1917-1922) de BERG, le héros est-il frappé de folie, et suivi par le médecin qui étudie son cas.

Et puis, en dehors de l’opéra, il y a une autre folie célèbre, celle de CORELLI, que tout le monde a peu ou prou entendue un jour.

Corelli la foliaCliquez sur le violoniste

Et pour en savoir (beaucoup) plus, rendez-vous sur le site du Voyage lyrique:

https://www.levoyagelyrique.com/la-folie-a-l-opera.

Cinéma, Mes opéras préférés

LE TROUVÈRE, de VERDI (1853)

Écrit d’après un drame espagnol datant de 1836, Le Trouvère (Il Trovatore) (1853) est le deuxième volet de la trilogie verdienne. En effet, en trois ans, Verdi écrira Rigoletto (1851) et La Traviata (1853). Créée donc à Rome début 1853, l’œuvre connut un succès retentissant, même si on a critiqué certaines faiblesses du livret. Elle a servi de référence aux Marx Brothers dans le film A night at the operaa night at the opera

Acte I: Dans une salle de garde, le capitaine Ferrando raconte que le comte de Luna passe ses nuits sous le balcon de Leonora pour y surprendre un trouvère qui courtise sa bien-aimée. Il raconte aussi l’histoire du père du comte qui découvrit un matin une bohémienne penchée sur le berceau d’un de ses deux garçons. L’enfant étant tombé malade, la gitane fut condamnée au bûcher. Azucena, la fille de la gitane, a alors enlevé le frère cadet du comte pour le brûler vif à son tour.

Dans les jardins du palais, Leonora avoue à sa confidente qu’elle est amoureuse d’un trouvère qui vient lui faire la cour toutes les nuits (Air: Tacea la notte placida). Le comte de Luna arrive au moment où le trouvère commence sa sérénade (Air: Deserto sulla terra). Dans l’obscurité, Leonora veut se jeter dans les bras du trouvère, mais tombe dans ceux du comte. Cette méprise provoque un duel entre les deux rivaux.

Acte II: Au matin, les gitans s’activent dans leur camp (Chœur des enclumes: Vedi! Le fosche notturno spoglie).

Verdi Le Trouvère choeur des enclumesCliquez sur l’image

Azucena raconte à son fils Manrico, blessé, qu’elle a voulu venger sa mère, brûlée par le père du comte, en enlevant le fils de celui-ci, mais dans un accès de folie, c’est son propre fils qu’elle a jeté au feu (Air: Condotta ell’era in ceppi). Manrico veut alors savoir de qui il est le fils, mais Azucena évitant de répondre, rappelle qu’elle a toujours été une mère pour lui, le relevant et le soignant après le combat contre les soldats du comte.

Il dit que avant ce combat, pendant son duel avec le comte et alors qu’il pouvait le tuer, une force mystérieuse l’en a empêché. Azucena lui fait jurer de la venger en poignardant le comte.

Un messager vient annoncer à Manrico qu’il doit prendre le commandement de la forteresse. Azucena veut retenir son fils, mais il part (Duo: Perigliarti ancor languete).

Léonora qui croyait Manrico mort veut se retirer au couvent. Dans le cloître où elle doit prononcer ses vœux, Luna et Ferrando guettent son arrivée pour l’enlever (Air: Il balen del suo sorriso). Manrico les devance et enlève Léonora, ravie qu’il soit toujours vivant (ensemble: E deggio, e posso crederlo).

Acte III: Alors que les soldats du comte se préparent à l’assaut de la forteresse (Chœur: Squilli, echeggi la tromba guerriera), Luna se consume de jalousie à savoir Léonora dans les bras de son rival. Ferrando arrive: on a capturé une vieille gitane qui rôdait. Ferrando l’interroge et il finit par la reconnaitre comme étant la ravisseuse du frère du comte. Elle laisse échapper qu’elle est la mère de Manrico (Giorni poveri vivea). Luna la condamne au bûcher dans le but de faire venir Manrico et ainsi récupérer Léonora.

Face à l’imminence de l’assaut, Manrico rassure Léonora pendant qu’on prépare leur mariage (Ah si, ben mio). Un soldat arrive qui annonce que Luna a capturé Azucena. Manrico révèle qu’Azucena est sa mère, et abandonne Léonora pour aller la délivrer (Di quella pira l’orrendo).

Acte IV: Après l’assaut, Manrico et Azucena sont prisonniers de Luna. Léonora s’approche, comptant obtenir leur libération (D’amor sull’ali rosee). On entend le chœur prier pour une âme qui va mourir (Miserere d’un alma). Manrico répond au chœur et Léonora se reprend à espérer. Luna ordonne que les prisonniers soient exécutés à l’aube. Léonora se promet à lui s’il libère Manrico (Duo: Mira, di acerbe lagrima). Le comte accepte alors que Léonora avale discrètement un poison.

Dans son cachot, Azucena a eu une vision de sa mort sur le bûcher et demande à Manrico de la défendre. Il cherche à la calmer (Duo: Si la stanchezza l’opprime). Léonora arrive avec la promesse de libération qu’elle a obtenue de Luna, et lui demande de s’enfuir sans elle, mais Manrico l’accuse d’avoir vendu leur amour. Léonora, sentant la fin venir, lui avoue qu’elle a préféré mourir plutôt que d’appartenir à un autre homme (quatuor: Prima che d’altri vivere). En voyant Léonora mourir dans les bras de Manrico, Luna furieux ordonne son exécution immédiate. La gitane révèle alors au comte que c’est son propre frère qu’il vient de faire mourir. Azucena est enfin vengée.

Animation 1

Lotte REINIGER (1899-1981)

Vu cette nuit sur Arte une série de films d’animation de Lotte REINIGER, une cinéaste allemande qui a travaillé des années 1920 aux années 1970. Sa technique est faite d’ombres chinoises à base de papier découpé (on retrouve cette technique dans Princes et Princesses de Michel Locelot).

J’en parle ici parce que parmi les courts métrages diffusés, il y a deux adaptations (assez libres) d’opéras: Carmen et Papageno (d’après La Flûte enchantée). Ces petits films d’une dizaine de minutes chacun peuvent faire une bonne introduction à ces opéras, puisqu’on peut y entendre les principaux airs.

Bizet Carmen (Reiniger Gipsy Carmen)Cliquez sur Carmen

Mozart la Flûte enchantée (Papageno - Reiniger)Cliquez sur Papageno

En 1926, Lotte Reiniger réalise Les Aventures du prince Ahmed, qui est considéré comme le premier long métrage d’animation (sorti avant Blanche-Neige de Disney, qui date de 1937).

Et voici quelques unes de ses autres productions :

Reiniger GalatheaCliquez sur Galathée

Animation 1, Cinéma, littérature

LE FANTÔME DE L’OPÉRA

Le Fantôme de l’opéra (1910) est un roman fantastique de Gaston LEROUX, le père de Rouletabille et Chéri-bibi. Il se passe presqu’entièrement dans les locaux du Palais Garnier, dans le microcosme sociétal que constitue le peuple de l’opéra, chanteuses, danseuses, machinistes, ouvreuses, directeurs…

Sans vouloir espoillier l’histoire, sachez qu’un être mystérieux qui vit au milieu du lac caché sous l’opéra tombe amoureux d’une cantatrice qui, elle, aime un jeune noble. Ce roman donne l’occasion à Leroux de nous faire visiter l’opéra, des sous-sols au toit, de la salle aux loges et aux coulisses, tout en décrivant avec une ironie mordante tout le petit monde de l’opéra.

Une partie de l’histoire est rythmée par les représentations du Faust de GOUNOD, jusqu’à l’enlèvement de la chanteuse en pleine représentation, quand elle chante l’air Anges purs, anges radieux.

Gounod Faust Anges purs, anges radieuxCliquez sur l’image

Le roman a inspiré bien des adaptations, dont la comédie musicale d’Andrew LLOYD WEBBER.

Lloyd Weber The Phantom of OperaCliquez sur l’image

Une autre adaptation est le film culte Phantom of the Paradise, de Brian De PALMA. Ce film est une énième adaptation du mythe de Faust, transposé dans le monde du show business moderne. Un auteur, compositeur de la première version rock de Faust se fait voler son œuvre puis sa voix par un imprésario qui a lui-même vendu son âme au diable. Comme souvent chez De Palma, ce film est truffé de citations, notamment une amusante parodie de la fameuse scène sous la douche de Psychose, d’Alfred HITCHCOCK, ou un « Taxi, suivez cette voiture! » tout droit sorti de l’univers de Tex AVERY.

Les studios DISNEY ont également produit une adaptation, Phantom of the Megaplex, disponible sur Disney Channel.

Compositeurs, littérature, Shakespeare

Giuseppe VERDI (1813 – 1901)

Giuseppe VERDI is one of the greatest composers of the XIXth century.

Verdi par Adrian

Giuseppe VERDI (1813 – 1901) est contemporain de WAGNER (1813 – 1883), à qui on l’a opposé stylistiquement.

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La province de Parme où il est né le 10 octobre en 1813 était à l’époque sous occupation napoléonienne. On peut donc considérer que Verdi est français! (cocorico!)

Stylistiquement, il a traversé tout le XIXe siècle en débutant avec des opéras romantiques, puis en se tournant vers le GOf avant de finir, dans une ultime métamorphose, par la comédie.

S’il a connu une très grande célébrité, son destin personnel a été tragique. En effet, entre 1836 et 1838, il se marie, a deux enfants, puis voit mourir ses deux enfants puis sa femme.

Un de ses premiers grands succès est Nabucco (1841), Verdi devenant un symbole de la lutte contre l’occupant autrichien, et son nom devenant l’acronyme de Victor Emmanuel Roi DItalie. Le chœur des hébreux (« Va pensiero ») va vite devenir un second hymne pour les Italiens.

Verdi nabucco va pensieroCliquez sur l’image

En 1844, Verdi entame une collaboration avec le librettiste Piave, qui lui écrira quelques-uns de ses meilleurs livrets (dont Ernani, Macbeth, Rigoletto, et La Traviata).

En 1846, il reçoit commande d’un Macbeth, d’après SHAKESPEARE, qui sera créé en 1847. En 1849, il met en chantier Rigoletto, d’après V.HUGO, opéra qui sera créé à Venise en 1851.

En 1852, il assiste à Paris à une représentation de La Dame au camélia, d’Alexandre DUMAS fils. Sa situation personnelle (il vivait maritalement avec une chanteuse, provoquant ainsi scandale et réprobation autour de lui), lui donne l’idée de tirer un opéra de cette pièce. Ce sera La Traviata (1853) qui après des débuts difficiles à cause de son sujet scabreux finira vite par s’imposer.

Après le triomphe de sa trilogie Rigoletto, Le Trouvère, La Traviata, il se frotte au Grand Opéra à la française avec la création en 1855 des Vêpres siciliennes pour l’opéra de Paris, sur un livret de SCRIBE.

En 1857, il écrit Simon Boccanegra, opéra qui sera remanié en 1881.

Sa renommée croissante lui vaut alors des commandes un peu partout dans le monde. La Forza del Destino (1862) pour Saint Pétersbourg, Don Carlos (1867) pour Paris, et surtout Aïda (1871), commandé pour l’ouverture du canal de suez et l’inauguration de l’opéra du Caire. celeste aida                                                                           source

Sa production d’opéra ralentit sur la fin de sa vie et il écrit, outre de la musique de chambre, son Requiem (1874) qui reste très théâtral. Il rencontre Arigo BOÏTO qui lui apporte le livret d’Otello (1887) et son ultime opéra Falstaff (1892).

verdi otello ave mariaCliquez sur l’image

Il écrit encore les très belles 4 pièces sacrées, créées en 1898.

Verdi meurt à Milan le 27 janvier 1901.

Il a été en phase avec les écrivains de son époque, puisqu’il a écrit Ernani et Rigoletto d’après V.HUGO (1802 – 1885), La Traviata d’après A.DUMAS fils (1824 – 1895) et que SCHILLER (1759 – 1805) dont il a adapté Jeanne d’Arc était presque son contemporain.

Et un petit jeu de mots pourri pour terminer (il ne faut jamais reculer devant un jeu de mots pourri): Savez-vous pourquoi GOUNOD et Verdi étaient fâchés? C’est parce que quand Gounod voulait laver Maria, Verdi ôtait l’eau.

Liste des opéra des Verdi chroniqués sur ce blog :

Macbeth (1847)

Rigoletto (1851)

Le Trouvère (Il Trovatore) (1853)

La Traviata (1853)

La Force du destin (La Forza del destino) (1862)

Aïda (1871)

Simon Boccanegra (1857, puis 1881)

Otello (1887)

Falstaff  (1892 – 1893)