Cinéma, Valse, Woody Allen

Woody ALLEN – les années 2000

J’avais laissé notre ami Woody au millénaire précédent, regardons à présent sa filmographie des années 2000.

 escrocs mais pas trop                                                                            source

Dans Escrocs mais pas trop (Small Time Crooks) qui date de 2000 (et donc de la dernière année du millénaire précédent), le rêve des nouveaux riches dépeints par Woody ALLEN est d’assister à une première à l’opéra ! On peut y entendre une valse de STRAUSS pendant une soirée de collecte de fonds pour l’opéra, mais on y voit également le personnage joué par Woody s’endormir pendant un concert RACHMANINOFF. On peut aussi y entendre une des suites pour violoncelle seul de BACH jouée dans une église à Venise, pendant la fugue européenne de la femme de Woody.

le sortilège du scorpion de jade                                                                            source

Le Sortilège du scorpion de Jade (2001) a peu de citations musicales, excepté le Sur un marché persan de KETELBEY.

  Hollywood ending                                                                           source

Dans Hollywood Ending (2002), le thème est celui d’un cinéaste qui devient psychosomatiquement aveugle au moment du tournage de son film (on est proche du thème de l’acteur qui devient flou devant la caméra de Deconstructing Harry). Le cinéaste se compare alors à BEETHOVEN, qui écrivait de la musique alors qu’il était sourd. Et le thème de l’opéra, employé comme image de la réussite sociale, est abordé dans une conversation entre le cinéaste et son fils punk.

   Melinda et Melinda                                                                           source

Dans Melinda et Melinda (2004), le Concerto en ré de STRAVINSKY joue un rôle important. Ce film illustre la querelle (théâtrale) entre les tragiques et comiques, comme avait pu le faire PROKOFIEV dans L’Amour des 3 oranges. Un des personnages du film a composé deux opéras, et est comparé par l’une des deux Melinda à VERDI ou PUCCINI. Enfin, on peut entendre quelques mesures de la 7e symphonie de Beethoven comme illustration sonore d’un film de série Z de la Hammer !

  Match point                                                                          source

On entend beaucoup d’opéras dans Match Point (2005), premier film de la période européenne de Woody ALLEN. Le héros en est un arriviste qui cherche à entrer dans une riche famille anglaise. Pour ce faire, il doit accompagner la fille de la famille à l’opéra écouter La Traviata, puis Rigoletto de Verdi. On entend dès le générique le tube qu’est le Una furtiva lagrima, extrait de l’Élixir d’amour de DONIZETTI. On a aussi droit à des extraits des Pêcheurs de perle de BIZET, de Macbeth, d’Otello ou du Trouvère de Verdi, ainsi que du Guillaume Tell de ROSSINI.

  scoop                                                                           source

Scoop (2006) utilise également la musique classique puisque la BOF comporte la Danse du sabre de KATCHATURIAN, Peer Gynt de GRIEG ou encore Le Lac des cygnes de TCHAÏKOVSKI.

  Le rêve de Cassandre                                                                           source

Quant au Rêve de Cassandre (2007), la musique en est de Philip GLASS, compositeur contemporain, l’un des papes de la musique répétitive et auteur d’opéras, dont un sur la personne de Walt DISNEY.

  Vicky Cristina Barcelona                                                                            source

Dans Vicky Cristina Barcelona (2008), qui se passe en Espagne, la guitare est évidemment présente et une partie de la musique est de l’Espagnol Isaac ALBENIZ, avec Granada et Asturias.

  Whatever works                                                                             source

Et dans Whatever Works, de 2009, on retrouve Beethoven avec la 5e et la 9e symphonie, ainsi que la fameuse Marche nuptiale de MENDELSSOHN.

Animation 1, littérature, Mythologie, Nature

LE STUDIO GHIBLI

Studio Ghibli was founded by Hayaho MIYAZAKI (Spirited away) and Isao TAKAHATA (Grave of the fireflies).

Le studio GHIBLI est un studio de dessins animés, ou plus précisément d’anime puisqu’il s’agit d’animation japonaise, fondé en 1985 par Hayao Miyazaki (Le Voyage de Chihiro) et Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles).

On ne le sait pas toujours, mais Miyazaki, qui mêle animisme japonais et écologie dans ses longs métrages, est également attiré par l’Europe, et ceux de ses films qui ne se passent pas au Japon se passent souvent dans une espèce de Mitteleuropa.

Le compositeur attitré de Miyazaki est Joe Hisaishi, mais des éléments de musique classique se trouvent également dans les bandes originales.

Ainsi dans Nausicaä de la Vallée du vent (1984), cette citation de la Sarabande d’Haendel.

Hisaichi Nausicaä HaendelCliquez sur Nausicaä

ponyo walkyrie

Dans Ponyo sur la falaise (2008), la petite fille poisson s’appelle Brünnehilde, comme la Walkyrie de WAGNER, avant d’être nommée Ponyo par un petit garçon qui la recueille. Son histoire est proche de celle d’Ondine, d’E.TA. Hoffmann, ou de la petite Sirène d’Andersen et donc de la Rusalka de Dvorak.

Dvorak Rusalka METCliquez sur Rusalka

Vers la fin du film, Ponyo/Brunehilde chevauche une vague géante, sur la musique de la Chevauchée des Walkyries.  Le vent se lève

Dans Le vent se lève (2013) apparaît le personnage de Castorp, directement inspiré du Castorp de La Montagne magique (1924) de Thomas Mann. Or ce roman est écrit en contrepoint de la Mort à Venise (1912) du même Mann, roman qui a été transposé à l’opéra par B.Britten (1972). Il a également été adapté au cinéma par Visconti, avec la géniale utilisation de la musique de Mahler (adagietto de la 5e symphonie).

Mahler Symphonie n° 5 adagiettoCliquez sur l’image

Quant à Takahata, son goût pour la musique occidentale transparaît non seulement dans ses musiques de films, mais également dans le sujet même de certains de ses films. Ainsi de Gauche le violoncelliste (1981), où un jeune violoncelliste s’entraîne la nuit, au milieu d’animaux qui l’aident. Le concert qu’il prépare avec son orchestre de jeunes est la Symphonie pastorale de Beethoven. yamada                                                                             source

Dans Mes Voisins les Yamada (1999), une série de saynètes de la vie familiale au Japon, des extraits musicaux ponctuent le film, et on peut y entendre notamment la marche nuptiale du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, la symphonie des jouets attribuée à Léopold Mozart ou encore les symphonies 1 et 5 de Mahler.

Et enfin, pour tout savoir sur l’univers du studio Ghibli, une seule adresse, l’excellent site Buta Connection.

Si ce billet vous a plu, celui sur Walt DISNEY pourrait vous plaire également.

Animation 1, Nature

Ô rage, oh des espoirs…

… que la canicule s’arrête.

Storm and despair !

En dépit de ce titre en forme de jeu de mots, ce n’est pas de CORNEILLE que je vais vous parler aujourd’hui. J’ai parlé dans un autre billet de l’auteur du Cid (adapté par MASSENET), de Polyeucte (adapté par DONIZETTI), et collaborateur de MOLIÈRE sur le livret du Psyché de LULLY.

Non, je ne vous en parlerai pas, mais ce sont des phénomènes atmosphériques appelés orages que je vais parler.

Dans Didon et Énée (1689) de PURCELL, les sorcières qui veulent la perte de la reine Didon font éclater un orage pour isoler le prince Énée.

Une autre scène d’orage intervient dans le Xerxès (1738) de HAENDEL.

Dans Les Boréades (1763) de RAMEAU, le demi-dieu Borée fait éclater une tempête, et le chœur doit le supplier pour arrêter l’orage. On pourra d’ailleurs comparer cet orage à celui de Platée (1745) du même Rameau.

Dans sa reprise du Roland de LULLY, un siècle après lui, l’Italien PICCINNI met le héros Médor aux prises avec l’orage : en butte aux fureurs de l’orage.

Chez les romantiques, l’orage avait une saveur particulière, ne parlons-nous pas de Sturm und Drang (orage et passion) pour cette époque. Dans le Freischütz (1821)  de WEBER, dans la fantastique scène de la gorge aux loups, deux orages se croisent au-dessus des héros en train de fondre leurs balles maudites à minuit.

[Je ne peux résister ici au plaisir de présenter l’orage du 4e mouvement de la Symphonie Pastorale (1808) de Beethoven, interprétée ici par Disney dans Fantasia (1940)].

WAGNER n’est pas en reste, puisqu’à la fin de l’Or du Rhin, Donner provoque un orage pour former l’arc-en-ciel par lequel les dieux vont pouvoir entrer  au Walhalla.

Wagner Rheingold l'orageCliquez sur l’orage

C’est par un orage que débute La Walkyrie quand Siegmund en fuite doit trouver refuge chez Hunding et Sieglinde.

On trouve un bel air post-orage dans Les Pêcheurs de perles (1863) de BIZET : L’orage s’est calmé.

bizet pêcheurs de perle l orage s est calméCliquez sur Zurga

TCHAIKOVSKY a orchestré un orage dans La Dame de pique (1890) et JANACEK dans Katia Kabanova, un opéra tiré de l’Orage du dramaturge russe Ostrovsky.

Même ROSSINI s’est fendu de son orage dans La Cenerentola (Cendrillon) (1816). C’est un orage qui fait s’arrêter chez Cendrillon les envoyés du roi qui cherchent la jeune femme qui a séduit le prince au bal.

Peut-être connaissez-vous d’autres scènes d’orage ?

Cinéma, histoire, Histoire de l'opéra

Histoire de l’opéra: les années 1915 – 1945

History of opera : 1915 – 1945.

J’avais laissé notre ami l’opéra vers 1915, avec le triomphe du vérisme, le post-wagnérisme et l’apparition du symbolisme. Avant de voir comment l’opéra a évolué entre 1915 et 1945, on peut faire un zoom sur la Grande Guerre et la musique.

Au début du XXe siècle, SCHÖNBERG (1874 – 1951) « invente » l’atonalisme puis le dodécaphonisme. À sa mort, il laisse inachevé un opéra, Moïse et Aaron. Parmi ses élèves, le plus marquant est Alban BERG (1885 – 1935) avec Wozzeck (1917 – 1922) et Lulu (1929 – 1935). L’aspect formel de la construction de ses œuvres prend beaucoup d’importance. J’y reviendrai dans un billet spécifique.

berg wozzeckCliquez sur Wozzeck et Marie

On connaît l’expressionnisme allemand au cinéma (Fritz LANG, Friedrich MURNAU). Quelques représentants de ce mouvement à l’opéra sont HINDEMITH (1895 – 1963), SCHREKER (1878 – 1934) et ZEMLINSKY (1871 – 1942).

Le stalinisme et le nazisme sont tombés d’accord sur un point, la dégénérescence de la musique contemporaine, et ils en ont interdit la diffusion. C’est ainsi que CHOSTAKOVITCH (1906 – 1975) a subi les foudres de la censure stalinienne pour Lady Macbeth de Mzensk ou Le Nez, alors que l’Allemagne nazie parlait de musique dégénérée, obligeant un grand nombre de compositeurs à fuir l’Europe [KRENEK (1900 – 1991), WEILL (1900 – 1950), Schoenberg, Schreker, STRAVINSKY, …].

krenek Johnny spielt aufCliquez sur l’image

Outre Berg, deux grands compositeurs, JANACEK (1854 – 1928) et Richard STRAUSS (1864 – 1949) ont marqué cette période. La musique de Strauss, se débarrassant de l’influence wagnérienne, se tourne vers le passé (cf. Le Chevalier à la Rose et MOZART).

rosenkavalier valseCliquez sur l’image

Les livrets de Janacek ou de Berg sont fortement inspirés des apports nouveaux de la psychologie ou de la psychanalyse dans l’étude des rapports humains.

J’ai évoqué Stravinsky parmi les musiciens ayant fui l’Europe en 1940. On ne s’attend pas forcément à le trouver dans le champ de l’opéra, et pourtant, alors que dans sa jeunesse, il a dynamité certains codes de la musique, 1913 est l’année du scandale du Sacre du Printemps à Paris (c’est aussi l’année du concert scandale du Pierrot lunaire de Schönberg à Vienne), il évoluera comme Strauss vers un retour à un certain classicisme. Il écrira sur des livrets de COCTEAU (Oedipus Rex (1927)d’après SOPHOCLE), de Gide (Perséphone), ou de Ramuz (l’Histoire du soldat), avant son Rake’progress de 1948.

Aux U.S.A., GERSHWIN invente l’opéra jazz avec Porgy and Bess (1935).

L’histoire de l’opéra ne s’arrête pas là (elle ne s’arrête d’ailleurs pas, l’opéra étant un art toujours vivant). Découvrez la suite dans Histoire de l’opéra de 1945 à nos jours.

Animation 1, Cinéma, Mes opéras préférés, Mythologie

LA WALKYRIE (DIE WALKÜRE), de WAGNER (1855 – 1870)

The Valkyrie is one of the most popular Wagner’s opera.

Premier opéra de la trilogie avec prologue L’anneau du Nibelung (on dit aussi tétralogie), la Walkyrie a été composée en 1855 alors que WAGNER était en exil à Zürich, mais il faudra attendre 1870 pour la création de l’œuvre à Munich. Souhaitée par Louis II de Bavière, alors mécène de WAGNER, cette création se fera contre la volonté de l’auteur. La première version « autorisée » sera celle de 1876, à l’occasion de l’ouverture du théâtre d’opéra que WAGNER a fait construire à Bayreuth pour la représentation de ses œuvres, avec la représentation intégrale de l’Anneau du Nibelung.

L’ouverture du troisième acte, la célébrissime Chevauchée des Walkyries doit être une des musiques les plus utilisées au cinéma, de Apocalypse now à Mon nom est personne, en passant par Blues Brothers. Signalons aussi sa référence dans l’anime Ponyo sur la falaise, du génial Miyazaki.

Suivant la classification proposée dans l’opéra selon Georges Bernard SHAW, nous sommes ici en présence du schéma [(S+T)/(B+A)], où les amours de la soprano (Sieglinde) et du ténor (Siegmund) sont contrariées par le baryton (Wotan) et l’alto (Fricka).

Acte I: Après une brève introduction figurant l’orage qui gronde au dehors, Siegmund entre dans la maison de Hunding et Sieglinde et demande l’hospitalité.

Wagner la Walkyrie prélude du 1er acteCliquez sur l’image

Sieglinde montre à Hunding une épée fichée dans l’arbre sacré de la maison par un inconnu, une épée qui attend son héros. La porte de la maison s’ouvre, laissant entrer le souffle du printemps. Des souvenirs communs se réveillent, et Siegmund et Sieglinde se rendent compte qu’ils sont frères et sœurs jumeaux. Siegmund tire alors l’épée de l’arbre et lui donne le nom de Nothung (Détresse). Les jumeaux tombent dans les bras l’un de l’autre.

Wagner Walkyrie NothungCliquez sur l’image

Acte II: Le dieu en chef Wotan ordonne à sa fille la walkyrie Brünnhilde de se porter au secours de Siegmund dans son combat contre Hunding. Sa femme Fricka arrive, furieuse. Elle veut que l’on punisse les jumeaux incestueux Siegmund et Sieglinde, qui sont les enfants de Wotan et d’une mortelle. Wotan essaye de la convaincre qu’il faut un être libre pour libérer les dieux de la malédiction de l’anneau, mais Fricka lui rétorque qu’on ne peut pas être réellement libre en étant aidé des dieux.

Wotan change ses ordres à Brünnhilde concernant Siegmund. Il lui explique que les walkyries sont les filles qu’il a eues avec la déesse mère Erda. Leur rôle est de ramasser les corps des héros morts sur les champs de bataille, pour constituer une armée contre Albérich le Nibelung, afin de l’empêcher de récupérer son anneau. Seul un héros libre pourra récupérer cet anneau sur lequel veille le géant Fafner, métamorphosé en dragon. Ce héros, Wotan l’avait choisi (et presque même créé), ce devait être Siegmund, armé avec l’épée invincible qu’il lui avait léguée.

Siegmund et Sieglinde sont en fuite et Sieglinde, épuisée, s’évanouit. Brünnhilde arrive et annonce à Siegmund qu’il doit mourir, et qu’elle le conduira au Walhalla. Siegmund refuse de quitter Sieglinde et renonce au Walhalla. Il menace de tuer Sieglinde mais Brünnhilde lui apprend qu’elle porte en elle le fruit de ses amours. Devant la force de son amour, Brünnhilde décide de s’opposer à la volonté de Wotan et de sauver le couple. Hunding arrive et le combat commence. Wotan s’interpose et de sa lance sacrée brise Nothung. Hunding tue alors Siegmund et Wotan, méprisant, le tue à son tour pendant que Brünnhilde s’enfuit avec Sieglinde.

Acte III: La célèbre Chevauchée des Walkyries constitue le prologue de cet acte. Les walkyries arrivent, chacune avec son mort cueilli sur les champs de bataille.

Wagner Die Walküre la chevauchée (MET 2019)Cliquez sur l’image

Brünnhilde arrive à son tour, mais avec une femme vivante à la place d’un héros mort. Elle explique la situation à ses sœurs et leur demande de les cacher. Devant leur refus, elle donne son cheval à Sieglinde et lui demande de partir vers l’est. Elle lui confie les débris de Nothung, prédisant qu’un jour le fils de Siegmund saura reforger l’épée.

Wotan arrive, furieux contre sa fille préférée qui lui a désobéi. Il veut la dégrader de son statut de demi-déesse en en faisant une simple mortelle. Brünnhilde explique à son père qu’en agissant comme elle a fait, elle a accompli sa volonté puisque c’est bien la victoire de Siegmund qu’il souhaitait secrètement, même si cela était contraire aux lois divines dont Wotan est le garant. Le dieu se laisse partiellement fléchir. Il endormira Brünnhilde sur un rocher, protégée par un cercle de feu que seul celui qui ne connaît pas la peur pourra franchir. Il fait des adieux bouleversés à sa fille, elle qui a su se montrer plus libre que lui, le dieu (« Du, freier als mir, der Gott ») puis  il convoque Loge, le dieu du feu pour former le cercle de feu qui la protégera.

wagner walkyrie Leb wohlCliquez sur Wotan et Brünnhilde

Et pour avoir la suite de l’histoire, c’est dans Siegfried.

Cinéma, Divers, histoire

LES VOIX (LA TESSITURE)

Tessiture? Si t’es sûr… me répondent mes amis quand j’emploie ce mot devant eux. Rassurez-vous, il n’y a rien de grave là-dedans. La tessiture, c’est tout simplement le type de voix avec laquelle on chante.

Aujourd’hui, la catégorisation des voix la plus courante est, dans l’ordre du plus aigu au plus grave, Soprano – Alto – Ténor – Basse (nombre de partitions pour chœurs se réfèrent ainsi au mystérieux club des SATB). Cette répartition se décompose plus finement, ainsi entre sopranos et altos on trouvera les mezzos (d’un mot latin qui veut dire milieu) et entre ténors et basses, on trouvera les barytons (d’un mot grec qui veut dire milieu). Chacune de ces catégories peut elle-même être sous-catégorisée, avec les sopranos colorature, les contraltos, les ténors lyriques, les barytons martins, les basses profondes, etc…

Femme Soprano Castrats Homme
Femme Mezzo
Femme Alto Contre-ténor Homme
Homme Ténor Contralto Femme
Homme Baryton
Homme Basse

Les voix la tessiture (ROH)Cliquez sur la vidéo de présentation des voix du Royal Opera House

L’Encyclopedia Universalis nous propose ainsi le découpage suivant:

  • soprano léger et coloratur, à la virtuosité « volubile »;
  • soprano lyrique ou de demi-caractère;
  • soprano dramatique, puissant, wagnérien;
  • mezzo-soprano, intermédiaire entre soprano et alto;
  • alto et contralto, voix graves aux inflexions émouvantes;
  • haute-contre et ténor léger aux sonorités douces;
  • ténor lyrique ou de demi-caractère;
  • ténor dramatique ou fort ténor;
  • baryton et baryton Martin: voix nuancées, aptes à la mélodie française…;
  • baryton Verdi: généreux, à l’aise dans le répertoire vériste;
  • baryton basse;
  • basse chantante;
  • basse noble, utilisée par MOUSSORGSKI.

Cette distribution des voix n’a pas toujours été la même. Historiquement, l’Église interdisant aux femmes de se produire au théâtre, les rôles de femmes étaient tenus par des hommes, castrats, hautes-contre ou  contre-ténors. Il faudra attendre 1671 pour que cette interdiction soit levée. Dès lors, on a pu voir des femmes sur scène et les entendre chanter à l’opéra, même si l’usage des castrats a perduré encore pendant plus de deux siècles.

Ceci explique pourquoi on trouve des rôles de travestis dans les opéras les plus anciens. Par exemple, dans le Jules César de Haendel, le rôle éponyme est chanté par une femme, car dans la version originale, il était écrit pour un castrat.

Les voix les plus hautes des hommes sont plus hautes que les voix les plus basses des femmes. Ainsi, dans l’extrait ci-dessus de Haendel, le contre-ténor P.Jarrousky chante au-dessus de la contralto N.Stutzmann, ce qui rend ce duo particulièrement émouvant.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur l’image

À propos des castrats, un des plus célèbres a été FARINELLI (1705 – 1782), dont la vie a inspiré le film de G.CORBIAU en 1994. Il a fallu pour reconstituer une voix de castrat enregistrer un contre-ténor et une soprano coloratur, puis mixer les voix avec l’aide des logiciels développés à l’IRCAM.

Haendel Rinaldo Cara Sposa (Farinelli)Cliquez sur Farinelli

L’affaire de hauteur se complexifie si on tient compte de la hausse du diapason à travers les siècles. En effet, aux époques pré-baroques et  baroques, il n’y avait pas d’organisme international pour fixer les poids et mesures, ni a fortiori la hauteur des  notes. Ainsi le diapason qui, pour faire simple, fixe la hauteur du LA sur laquelle tous les instruments de l’orchestre s’accordent, n’était pas le même dans tous les pays, ni même dans toutes les régions. Il aura fallu attendre la fin du XIXe siècle, puis le XXe pour qu’on se mette d’accord sur un LA universel, qui est aujourd’hui fixé à 440 Hz. Mais depuis le baroque, le diapason est ainsi passé d’une valeur moyenne de 415 Hz à 440 Hz, ce qui n’est pas sans poser des problèmes aux chanteurs, puisque ce glissement revient à changer toutes les hauteurs d’environ un ton. Un contre-ut baroque devenant un contre-ré !

Enfin, si cet article vous a plu, je vous conseille d’aller sur l’excellent site Le Voyage lyrique, qui a publié un dossier très complet et très richement illustré. Je vous conseille notamment la vidéo de Kathleen Ferrier, l’enregistrement du dernier castrat (mort en 1922), et enfin les vidéos des octavistes, voix hyper graves que, je l’avoue, je ne connaissais pas.

Cinéma, Mes opéras préférés

LE TROUVÈRE, de VERDI (1853)

Écrit d’après un drame espagnol datant de 1836, Le Trouvère (Il Trovatore) (1853) est le deuxième volet de la trilogie verdienne. En effet, en trois ans, Verdi écrira Rigoletto (1851) et La Traviata (1853). Créée donc à Rome début 1853, l’œuvre connut un succès retentissant, même si on a critiqué certaines faiblesses du livret. Elle a servi de référence aux Marx Brothers dans le film A night at the operaa night at the opera

Acte I: Dans une salle de garde, le capitaine Ferrando raconte que le comte de Luna passe ses nuits sous le balcon de Leonora pour y surprendre un trouvère qui courtise sa bien-aimée. Il raconte aussi l’histoire du père du comte qui découvrit un matin une bohémienne penchée sur le berceau d’un de ses deux garçons. L’enfant étant tombé malade, la gitane fut condamnée au bûcher. Azucena, la fille de la gitane, a alors enlevé le frère cadet du comte pour le brûler vif à son tour.

Dans les jardins du palais, Leonora avoue à sa confidente qu’elle est amoureuse d’un trouvère qui vient lui faire la cour toutes les nuits (Air: Tacea la notte placida). Le comte de Luna arrive au moment où le trouvère commence sa sérénade (Air: Deserto sulla terra). Dans l’obscurité, Leonora veut se jeter dans les bras du trouvère, mais tombe dans ceux du comte. Cette méprise provoque un duel entre les deux rivaux.

Acte II: Au matin, les gitans s’activent dans leur camp (Chœur des enclumes: Vedi! Le fosche notturno spoglie).

Verdi Le Trouvère choeur des enclumesCliquez sur l’image

Azucena raconte à son fils Manrico, blessé, qu’elle a voulu venger sa mère, brûlée par le père du comte, en enlevant le fils de celui-ci, mais dans un accès de folie, c’est son propre fils qu’elle a jeté au feu (Air: Condotta ell’era in ceppi). Manrico veut alors savoir de qui il est le fils, mais Azucena évitant de répondre, rappelle qu’elle a toujours été une mère pour lui, le relevant et le soignant après le combat contre les soldats du comte.

Il dit que avant ce combat, pendant son duel avec le comte et alors qu’il pouvait le tuer, une force mystérieuse l’en a empêché. Azucena lui fait jurer de la venger en poignardant le comte.

Un messager vient annoncer à Manrico qu’il doit prendre le commandement de la forteresse. Azucena veut retenir son fils, mais il part (Duo: Perigliarti ancor languete).

Léonora qui croyait Manrico mort veut se retirer au couvent. Dans le cloître où elle doit prononcer ses vœux, Luna et Ferrando guettent son arrivée pour l’enlever (Air: Il balen del suo sorriso). Manrico les devance et enlève Léonora, ravie qu’il soit toujours vivant (ensemble: E deggio, e posso crederlo).

Acte III: Alors que les soldats du comte se préparent à l’assaut de la forteresse (Chœur: Squilli, echeggi la tromba guerriera), Luna se consume de jalousie à savoir Léonora dans les bras de son rival. Ferrando arrive: on a capturé une vieille gitane qui rôdait. Ferrando l’interroge et il finit par la reconnaitre comme étant la ravisseuse du frère du comte. Elle laisse échapper qu’elle est la mère de Manrico (Giorni poveri vivea). Luna la condamne au bûcher dans le but de faire venir Manrico et ainsi récupérer Léonora.

Face à l’imminence de l’assaut, Manrico rassure Léonora pendant qu’on prépare leur mariage (Ah si, ben mio). Un soldat arrive qui annonce que Luna a capturé Azucena. Manrico révèle qu’Azucena est sa mère, et abandonne Léonora pour aller la délivrer (Di quella pira l’orrendo).

Acte IV: Après l’assaut, Manrico et Azucena sont prisonniers de Luna. Léonora s’approche, comptant obtenir leur libération (D’amor sull’ali rosee). On entend le chœur prier pour une âme qui va mourir (Miserere d’un alma). Manrico répond au chœur et Léonora se reprend à espérer. Luna ordonne que les prisonniers soient exécutés à l’aube. Léonora se promet à lui s’il libère Manrico (Duo: Mira, di acerbe lagrima). Le comte accepte alors que Léonora avale discrètement un poison.

Dans son cachot, Azucena a eu une vision de sa mort sur le bûcher et demande à Manrico de la défendre. Il cherche à la calmer (Duo: Si la stanchezza l’opprime). Léonora arrive avec la promesse de libération qu’elle a obtenue de Luna, et lui demande de s’enfuir sans elle, mais Manrico l’accuse d’avoir vendu leur amour. Léonora, sentant la fin venir, lui avoue qu’elle a préféré mourir plutôt que d’appartenir à un autre homme (quatuor: Prima che d’altri vivere). En voyant Léonora mourir dans les bras de Manrico, Luna furieux ordonne son exécution immédiate. La gitane révèle alors au comte que c’est son propre frère qu’il vient de faire mourir. Azucena est enfin vengée.

Animation 1

Lotte REINIGER (1899-1981)

Vu cette nuit sur Arte une série de films d’animation de Lotte REINIGER, une cinéaste allemande qui a travaillé des années 1920 aux années 1970. Sa technique est faite d’ombres chinoises à base de papier découpé (on retrouve cette technique dans Princes et Princesses de Michel Locelot).

J’en parle ici parce que parmi les courts métrages diffusés, il y a deux adaptations (assez libres) d’opéras: Carmen et Papageno (d’après La Flûte enchantée). Ces petits films d’une dizaine de minutes chacun peuvent faire une bonne introduction à ces opéras, puisqu’on peut y entendre les principaux airs.

Bizet Carmen (Reiniger Gipsy Carmen)Cliquez sur Carmen

Mozart la Flûte enchantée (Papageno - Reiniger)Cliquez sur Papageno

En 1926, Lotte Reiniger réalise Les Aventures du prince Ahmed, qui est considéré comme le premier long métrage d’animation (sorti avant Blanche-Neige de Disney, qui date de 1937).

Et voici quelques unes de ses autres productions :

Reiniger GalatheaCliquez sur Galathée

Animation 1, Cinéma, littérature

LE FANTÔME DE L’OPÉRA

Le Fantôme de l’opéra (1910) est un roman fantastique de Gaston LEROUX, le père de Rouletabille et Chéri-bibi. Il se passe presqu’entièrement dans les locaux du Palais Garnier, dans le microcosme sociétal que constitue le peuple de l’opéra, chanteuses, danseuses, machinistes, ouvreuses, directeurs…

Sans vouloir espoillier l’histoire, sachez qu’un être mystérieux qui vit au milieu du lac caché sous l’opéra tombe amoureux d’une cantatrice qui, elle, aime un jeune noble. Ce roman donne l’occasion à Leroux de nous faire visiter l’opéra, des sous-sols au toit, de la salle aux loges et aux coulisses, tout en décrivant avec une ironie mordante tout le petit monde de l’opéra.

Une partie de l’histoire est rythmée par les représentations du Faust de GOUNOD, jusqu’à l’enlèvement de la chanteuse en pleine représentation, quand elle chante l’air Anges purs, anges radieux.

Gounod Faust Anges purs, anges radieuxCliquez sur l’image

Le roman a inspiré bien des adaptations, dont la comédie musicale d’Andrew LLOYD WEBBER.

Lloyd Weber The Phantom of OperaCliquez sur l’image

Une autre adaptation est le film culte Phantom of the Paradise, de Brian De PALMA. Ce film est une énième adaptation du mythe de Faust, transposé dans le monde du show business moderne. Un auteur, compositeur de la première version rock de Faust se fait voler son œuvre puis sa voix par un imprésario qui a lui-même vendu son âme au diable. Comme souvent chez De Palma, ce film est truffé de citations, notamment une amusante parodie de la fameuse scène sous la douche de Psychose, d’Alfred HITCHCOCK, ou un « Taxi, suivez cette voiture! » tout droit sorti de l’univers de Tex AVERY.

Les studios DISNEY ont également produit une adaptation, Phantom of the Megaplex, disponible sur Disney Channel.

Écrivains, Cinéma, Fantaisie, littérature

Walter SCOTT (1771-1832)

ivanhoé TV

Walter SCOTT (1771 – 1832) est un des écrivains romantiques les plus importants de son époque. L’œuvre de cet auteur de romans historiques, puisant son inspiration dans les légendes écossaises, se situe à la lisière entre le roman gothique et le romantisme et inspirera beaucoup d’opéras.

Quand j’étais petit, on chantait dans la cour de récréation de l’école Ivanhoé, d’après un ancien feuilleton télé (avec Roger Moore), dernier vestige de la célébrité de Scott.

Walter Scott est né le 15 août 1771 à Édimbourg. Très jeune, il est atteint d’une poliomyélite qui le laissera boiteux toute sa vie. On l’envoie se soigner à Bath, où il a l’occasion de découvrir les traditions orales écossaises, et même de rencontrer des gens qui ont vécu les récents conflits entre Écossais et Anglais. En 1777, il retourne à Édimbourg.

Entre 1783 et 1786, Scott fréquente l’université de cette ville et en 1786 – 1787, entre dans le cabinet d’avocat de son père. Quand sa santé le lui permet, il parcourt la campagne écossaise à cheval.

En 1788, il commence des études de droit, tout en traduisant les ballades de Goethe. En 1790, il s’éprend d’une jeune fille d’un milieu aisé, mais celle-ci va finalement se marier à un banquier.

En 1797, il rencontre Charlotte Carpenter, une jeune femme d’origine française, et Scott lui propose le mariage au bout de 3 semaines seulement. Ils se marieront le 24 décembre de cette année.

En 1799, l’année de naissance de la première de leurs filles, Scott est nommé sheriff du comté de Selkirk.

En 1802, il se fait connaître pour ses talents littéraires en publiant les Chants de la frontière écossaise, une anthologie de chants et ballades écossais qu’il a recueillis.

En 1804, Scott publie Sir Tristrem, une version romancée de Tristan. En 1808, il publie une édition critique des œuvres de Dryden.

En 1810, Scott publie la Dame du Lac, qui le rendra immensément populaire dans toute l’Europe. La Dame du Lac sera portée à l’opéra par Rossini en 1819 (La Donna del Lago) et Schubert publiera sept lieder sur des poèmes de la Dame du Lac, les Ellens Gesang opus 52, dont son célèbre Ave Maria.

En 1814, c’est la parution de son premier roman, Waverley, écrit sous pseudonyme. Il récidivera en 1815 avec Guy Mannering et en 1817 avec Rob Roy. En fin d’année, un recueil de ses contes est publié à Paris, comportant notamment les Puritains d’Écosse. Guy Mannering fera l’objet d’un opéra-comique écrit par Louise Bertin en 1825 et de la Dame blanche de Boïeldieu en 1825 également.

Boïeldieu la Dame blanche Viens, gentille dameCliquez sur l’image

En 1819, souffrant de sa jambe et de calculs biliaires, il se croît perdu mais publie quand même à la fin de l’année, Ivanhoé, premier roman médiéval. Ivanhoé sera porté à l’opéra dès 1826 par Rossini, puis par Marschner en 1829 (le Templier et la Juive) et encore par Nicolaï en 1840 (le Templier). On peut aussi noter l’adaptation de Sullivan (celui des opérettes co-signées avec Gilbert) pour un grand opéra anglais écrit en 1891.

Marschner le Templier et la JuiveCliquez sur l’image

Revenons en 1819, avec la parution à Paris d’une nouvelle série de contes, comprenant la Fiancée de Lammermoor.

Début 1821, Scott fait paraître le roman historique Kenilworth. On donne dès 1822 à Paris le Château de Kennilworth, mélodrame en 3 actes avec une musique de M. Alexandre. Cette œuvre sera également adaptée à l’opéra par Auber et Scribe (Leicester, ou le château de Kenilworth, 1823) et par Donizetti (Elisabetta al castello di Kenilworth 1829).

L’année suivante, Scott publie Quentin Durward, un de ses meilleurs romans.

En 1827, Scott publie une Vie de Napoléon Bonaparte en neuf volumes.

En 1828, c’est dans les Chroniques de la Canongate qu’il publie la Jolie Fille de Perth, qui sera adapté à l’opéra par Bizet en 1866.

En 1830, Donizetti écrit son opéra Anna Bolena, d’après la nouvelle Anne Boleyn.

Walter Scott meurt à Londres le 21 septembre 1832 et ne verra donc pas l’adaptation que fera Donizetti de Lucia di Lammermoor (la Fiancée de Lammermoor) en 1835.

Donizetti Lucia di Lammermoor Il dolce Suono dessayCliquez sur la malheureuse Lucia