Après l’utilisation de la musique de Grieg par les réclamiers, voici une nouvelle série de réclames se servant de musique classique pour vendre des produits.
En 1993, CNP Assurances faisait découvrir au grand public la valse n°2 de Chostakovitch.
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La sarabande de Haendel a servi à faire vendre des jeans.
Kia a fait très fort dans sa pub diffusée pour le Superbowl de 2014 avec cette version de « Nessun dorma » du Turandot de Puccini, interprétée par Morpheus de la série Matrix.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Peut-être vous souvenez-vous de cet article écrit il y a deux ans, après le festival de musique baroque de Monflanquin (47), consacré à la musique baroque des Amériques. Ces musiques ont été composées par des aborigènes évangélisés par les jésuites. Après le départ de ceux-ci, la tradition est restée, et un des premiers opéras écrits sur le continent américain est San Ignacio de Loyola, de Zipoli.
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(Cette année, le programme du festival sera consacré à Vivaldi et Haendel. Ne le ratez pas si vous passez à Villereal le 31 juillet ou à Monflanquin le 1er août).
À peu près à la même époque, en France, on fantasmait sur les sauvages d’Amérique, comme nous le montre Rameau dans ses Indes galantes.
Cliquez sur les sauvages d’Amérique
Bien plus tard, un des plus européens des compositeurs, le tchèque Dvorak, accepte un poste de professeur du conservatoire de New York. Les rythmes américains nourriront son Quatuor américain et sa Symphonie du Nouveau Monde.
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Puccini, qui a situé ses opéras en France (la Bohème), en Italie (Tosca), au Japon (Madame Butterfly), en Chine (Turandot), en a également situé un aux États-Unis, avec La Fanciulla del West (La fiancée du Far West).
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Aux États-Unis, Scott Joplin a créé l’opéra-jazz avec Treemonisha.
Après lui, deux compositeurs, John Adams et Philip Glass (et même trois avec Steve Reich), créeront le minimalisme et la musique répétitive, comme dans A Perfect American (qui raconte les dernières années de Walt Disney),
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Doctor Atomic (sur la vie du physicien Robert Oppenheimer) ou encore la visite du président Nixon en Chine (Nixon in china).
Ce mois-ci, l’Agenda Ironique est hébergé par Tiniak. Et qu’est-ce qui nous est demandé par Tiniak ? Voici :
Alors, puisque le climat comprime ses demi-saisons, tel un député réprimant sa demi-mesure, et que nous basculons subito de l’hiver en été (et rincés proprement), je vous propose, pour thème générique de l’Agenda Ironique : “Joindre les deux bouts”.
Alors… Il s’agira de produire un texte (récit, poésie, brèves de comptoir… faites-vous plaisir) dans lequel vous ferez le lien entre deux opposés – NB : au-delà de 2, toujours fonctionner par paires, hein ? Subséquemment, vous devrez trancher (à l’os) – tels les O’Hara et les O’Timmins (ou alors les Capulet et les Montaigu – ‘nzbâ, JL ?), entre le parti-pris des ABS ou celui des GPS, lesquels tiennent fermement sur leurs lignes de liste, sachant…
Mots imposés chez les ABS (au moins 1 par initiale) :
Abscons / Ajoignement / Ajoppé(e)
Boudiche / Barbarella / Bangalore
Salsa du démon / Saucisse-frites / Sapajou
Mots imposés chez les GPS (au moins 1 par initiale) :
Gluer / Gabeler / Goo goo g’joob!
Pétrir / Ploion / Peccadille
Sauf-conduit / Samaritaine / Sous-fifre
Alors, vous pouvez soit, opter pour ne traiter que l’une ou l’autre de ces catégories, soit les opposer l’une à l’autre dans un même texte.
Enfin, merci d’employer (au moins) l’une de ces expressions en sus : “Ne pas être contre un tour de moulin” ; “Briller dans les ruelles” ou alors “Ne pas s’asseoir sur le compte-gouttes”.
Bonus ludique: je vous propose d’utiliser, à l’envi mais sans en abuser, cette possibilité d’écrire à l’envers en suivant ce lien : SᴚƎΛNƎ,Ꞁ ∀ ƎᴚᴉᴚϽƎ – https://www.dcode.fr/ecriture-a-l-envers…
Mais tout ceci est tellement mieux esspliqué sur le blog poLétique et tocs :
Or donc, Tiniak nous propose de produire des textes faisant des liens entre deux concepts opposés, i.e. de produire des oxymores (ou oxymorons). Le plus célèbre des oxymores se trouve dans Le Cid, de Corneille, avec « cette obscure clarté qui tombe des étoiles ». Le Cid a été porté à l’opéra par Massenet.
Cliquez sur Roberto el Cid
Je pourrais rester un instant avec Massenet et son Don Quichotte, qui n’a jamais été contre un tour de moulin à vent, mais des différentes versions musicales du Quichotte, je préfère la version comédie musicale de Jacques Brel, avec sa Quête.
Cliquez sur Jacques Brel
On peut trouver un autre occis maure à la fin d’Otello de Verdi, quand le général maure Otello, qui a tué sa femme Desdemona par jalousie, se donne la mort sur le corps de celle-ci.
Cliquez sur Placido Otello
À la fin du second acte de Tosca, de Puccini, Floria Tosca exige de Scarpia, le fourbe et cruel chef de la police, un sauf-conduit pour délivrer son amant Cavaradossi.
Cliquez sur Floria Callas
Puisque Tiniak m’y invite (discrètement), je peux aussi vous parler du mythe de Roméo et Juliette, ces rejetons de deux familles que tout oppose, les Montaigu et les Capulet, et pourtant tombés amoureux au premier regard. Bien entendu, la pression sociale exercée par les familles empêchera leur ajoignement.
Cliquez sur Mark Montaigu et Emilou Capulet en duo
Un autre oxymoron, à la croisée de la bande dessinée, de la science-fiction et de la musique, est la rencontre entre le personnage (érotique) de Jean-Claude Forest, Barbarella, et de l’Ange. Et croyez-moi, cette rencontre n’est pas une peccadille ! Barbarella a fait l’objet en 1968 d’une version filmique où le personnage principal était incarné par Jane Fonda. Barbarella a également fait l’objet d’un spectacle musical de David Stewart en 2004.
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Arrivés là de mon délire, vous pouvez vous demander le pourquoi du titre « Joindre les debouts ». Eh bien, dans l’Hymne des nations, de Verdi, on trouve une surprenante citation de l’Internationale, « Debout les damnés de la Terre », coincée entre une citation du God Save the King et une de la Marseillaise.
Doktor Faust est un opéra en trois tableaux, deux prologues et un intermezzo de Ferrucio Busoni. Busoni a écrit lui-même son livret. Doktor Faust a été créé à Dresde le 21 mai 1925. C’est une des nombreuses adaptations musicales du mythe de Faust.
Avant de porter son choix sur le docteur Faust, Busoni avait songé à Léonard de Vinci, le « Faust italien », ou Don Juan. Pour son « opera ultima », il a réutilisé des matériaux musicaux préexistants au livret, comme le Nocturne symphonique ou la Sonatina seconda. Busoni travaillera à son Doktor Faust de 1916 à 1924, et le laissera inachevé à sa mort, le 27 juillet 1924.
Premier tableau : Alors que Faust travaille dans son bureau quand Wagner lui annonce que trois étudiants de Cracovie viennent le trouver. Faust ne veut recevoir personne, mais à l’évocation d’un livre, le Clavis Astartis Magica, il se ravise et les fait entrer. Les étudiants remettent à Faust une clef, une lettre et un livre.
À minuit, Faust commence les incantations et six démons apparaissent. Faust veut connaître leurs pouvoirs, mais les réponses de cinq premiers ne le satisfont pas. Sa peur cède la place à l’arrogance : tout ça pour ça ? Il veut se remettre au travail quand le sixième démon se manifeste : « Faust, je suis rapide comme la pensée ». C’est Méphistophélès qui promet à Faust d’exaucer tous ses vœux s’il promet, après sa mort, de le servir. Faust commence par refuser, mais Méphistophélès le met face à sa réalité : les créanciers menacent, le frère de Marguerite, que Faust a déshonorée, le poursuit pour la venger, et le bûcher le menace. Faust finit par accepter le pacte avec le diable.
Scène principale : Dans une cathédrale, le frère de Marguerite veut se venger de celui qui a souillé sa sœur. Méphistophélès dit à Faust de se débarrasser de lui, mais Faust refuse de se salir les mains. Méphistophélès fait tuer le frère par des soldats, et porte cette mort au compte de Faust.
À la cour du duc de Parme, les fêtes battent leur plein quand le maître de cérémonie annonce l’arrivée d’un étranger peu rassurant, le docteur Faust. La duchesse de Parme demande qu’on le fasse entrer. La duchesse est ravie, le duc moins. Faust exerce sa magie diabolique pour séduire la duchesse, faisant apparaître successivement le roi Salomon, et la reine de Saba, Samson et Dalila, et Salomé et Saint-Jean-Baptiste. Le duc fait cesser le jeu mais il est trop tard, la duchesse est sous l’emprise de Faust.
Intermezzo et deuxième tableau :
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Dans une taverne, les étudiants mènent une joyeuse vie quand une dispute éclate entre les étudiants catholiques et les étudiants protestants. Faust essaie de concilier leurs points de vue.
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Aux étudiants qui l’interrogent sur sa vie amoureuse, il raconte qu’il a séduit une duchesse avant de l’abandonner. Méphistophélès intervient alors, tendant à Faust le cadavre d’un nourrisson, fruit de ses amours avec la duchesse. Méphistophélès met le feu à ce qui se révèle n’être qu’une poupée de paille, faisant apparaître Hélène, symbole de la beauté féminine. Faust veut l’étreindre, mais l’apparition Hélène s’évanouit, le laissant seul.
Les trois étudiants de Cracovie reviennent pour récupérer la clef, le livre et la lettre. Faust leur dit qu’il ne les a plus, qu’il les a brûlés. Les étudiants sortent, en prédisant à Faust sa mort prochaine.
Dernier tableau : Faust se retrouve à son point de départ. Wagner a pris sa place à l’université. Faust veut accomplir une dernière bonne action. Il s’approche d’une mendiante, qui n’est autre que la duchesse, qui lui remet son enfant. Revivant son passé, il reconnaît que ni Dieu ni diable ne peuvent l’absoudre de ses responsabilités. Il parle à l’enfant : « Tu redresseras ce que j’ai édifié de travers et tu réaliseras ce que j’ai omis de faire ». Faust meurt.
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(Source principale : la création en France à l’Opéra de Paris d’avril 1989, et le programme associé.)
Et si vous voulez plus de Doktor Faust, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.
Cliquez donc sur le bonus surprise mystère si vous voulez encore plus de Doktor Faust
Fait-il bon s’appeler Elisabeth quand on fréquente le monde de l’opéra ? Cet article est une tentative de réponse à cette question existentielle.
Dans la tradition chrétienne, Sainte-Elisabeth était la mère de Saint-Jean-Baptiste, qui avait annoncé l’arrivée de Jésus, et la cousine de Marie, la mère de Jésus. Sainte-Elizabeth est la patronne de la Hongrie et, en 1862, Franz Liszt écrit l’oratorio la Légende de Sainte-Elizabeth, reine de Hongrie. Elizabeth était la femme de Louis IV de Thuringe. Elle portait du pain aux pauvres, ce que sa belle-famille ne goûtait guère. Un jour qu’elle se rendait ainsi dans les bas quartiers d’Eisenach, on lui demanda ce qu’elle portait sous son manteau. Elle répondit que c’était des roses, avant d’avouer que c’était du pain. Mais quand on la força à ouvrir son manteau, ô miracle, ce sont bien des roses qui s’y trouvaient !
Pour les Britanniques, Elisabeth est le nom de deux grandes reines. Elisabeth Ière a laissé son nom au théâtre élisabéthain, connu aujourd’hui essentiellement par celui de Shakespeare. Dans Le Songe, d’Ambroise Thomas, on apprend qu’il y aurait eu une histoire d’amour entre Élisabeth 1ère et Shakespeare.
Dans Don Carlos, de Verdi, une des héroïnes est Elisabeth de Valois.
Cliquez sur Elisabeth de Valois
Et dans Tannhäuser de Wagner, le héros est tiraillé entre son amour (courtois) pour Elisabeth et son amour (charnel) pour Vénus.
Cliquez sur Elisabeth
Revenons aux reines d’Angleterre et à Gloriana de Britten, un opéra qui nous raconte l’histoire d’Elisabeth la première, écrit à l’occasion du couronnement d’Elisabeth la seconde.
Cliquez sur Elisabeth II à la première de Gloriana
Cliquez sur Elisabet 1ère
Et puis, pour interpréter l’opéra, il faut des chanteuses et des chanteurs. Une des plus grandes du milieu du siècle dernier était Elisabeth Schwarzkopf. Écoutons-la dans un de ses enregistrements de légende, les Quatre derniers lieder de Richard Strauss.
La Pologne est un pays d’Europe, entré dans l’Union européenne en 2004, qui est en pleine évolution.
Quand on parle musique classique et Pologne, le premier nom qui (me) vient à l’esprit est celui de Frédéric Chopin (1810-1849). Schumann, critique musical, lance en 1831 lors de l’arrivée sur la scène européenne du jeune Chopin, âgé de tout juste vingt ans, son fameux « Chapeau bas, messieurs, un génie ! » Écoutez quelques transcriptions pour piano d’airs d’opéra.
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Parmi les œuvres de Chopin figurent bien évidemment des polonaises.
Cliquez sur Yuja (sans Momo)
Karol Szymanowski (1882-1937), héritier de la musique de Chopin avant de s’ouvrir aux compositeurs de son temps comme Debussy, Ravel ou Stravinsky, puis de renouer avec ses racines populaires polonaises. Il a écrit l’opéra le Roi Roger entre 1918 et 1924.
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Witold Lutoslawski (1913-1994), d’abord inspiré par Szymanowski, reviendra ensuite aux racines musicales populaires de son pays.
Kristof Penderecki (1933-2020) a commencé sa carrière de compositeur par une période sérielle, conformément aux canons de son époque, avant de revenir à une musique tonale plus classique, comme dans son Requiem polonais. Dans le domaine de l’opéra, il s’est illustré notamment par les Diables de Loudun (1969).
Cliquez sur la scène de l’exorcisme
Henrik Gorecki (1933-2010) a commencé comme Penderecki par une musique proche du sérialisme, avant de se simplifier. De lui, j’aime particulièrement sa Symphonie n° 3, dite des Chants plaintifs.
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Zbigniew Preisner, né en 1955, a composé la musique de la plupart des films de Krzisztof Kieslowski. À la mort de celui-ci, il a composé Requiem for my friend à la mémoire de son ami.
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Wlodek Pawlik, né en 1958, et Leszek Mozdzer, né en 1971, se sont illustrés dans la musique de jazz.
Hania Rani, née en 1990, représente une nouvelle génération de compositrices. Ses compositions les plus connues sont les Inner Symphonies, pour violoncelle, voix, célesta, piano et synthétiseur.
J’ai déjà consacré des articles à Jupiter, et à ses différentes aventures amoureuses, mais aujourd’hui, c’est à sa femme Junon, l’éternelle épouse trompée que je vais m’intéresser. Et comme Junon était une déesse, nous allons voir quelles vengeances terribles elle réservait aux conquêtes de son époux. Les aventures de Jupiter et Junon ont été relatées par Ovide dans ses Métamorphoses.
La première apparition de Junon dans un opéra se trouve dans Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (1640), de Claudio Monteverdi. Sur la mer, les dieux discutent du sort d’Ulysse : Junon demande à Jupiter qu’Ulysse puisse retrouver la paix, mais il faut d’abord que Neptune calme son courroux. Neptune accepte.
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Dans le livre II des Métamorphoses, Ovide nous raconte l’histoire de la nymphe Callisto, une suivante de Diane. Jupiter en tombe amoureux en la voyant et la viole. Callisto est alors chassée par Diane quand celle-ci s’aperçoit qu’elle n’est plus vierge et la malheureuse nymphe finira par être transformée en ourse par Junon.
La Calisto est un opéra de Cavalli créé à Venise en 1651.
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Cavalli a récidivé en 1660 avec Ercole amante. Émue par les plaintes d’Hercule, Vénus lui promet de l’aider dans ses amours. Junon, qui a tout entendu, est furieuse et décide de contrarier les amours d’Hercule (Air : « E vuol dunque ciprigna ».)
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Après Cavalli vient Lully qui a écrit en 1687 Isis, toujours d’après les Métamorphoses. On y apprend que Junon, jalouse de Io courtisée par Jupiter, poursuit celle-ci jusqu’à l’embouchure du Nil. Jupiter demande alors à Junon de l’épargner, ce qu’elle accepte de faire en la transformant en déesse. Dès lors, Io s’appellera Isis et sera vénérée par les Égyptiens. Il y a dans Isis un très bel air tremblé « Hiver qui nous tourmente ».
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Une autre victime de la jalousie et de la vengeance de Junon est Sémélé, la fille du roi Cadmios. Jupiter étant tombé amoureux de Sémélé, Junon prend l’apparence de sa nourrice Béroé, et conseille à la malheureuse de demander à Jupiter de se montrer à elle sous sa forme divine. C’est bien évidemment plus que ne peut en supporter la créature humaine, qui est brûlée vive à la vue de son divin amant. Cette légende a été abondamment mise en musique, notamment par Haendel dans son « operatorio » Sémélé (1744).
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Dans Platée (1745) de Rameau, c’est Jupiter qui, lassé de la jalousie de Junon, joue un tour à sa femme, en faisant semblant de tomber amoureux d’une nymphe des marées à l’apparence de grenouille.
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On retrouve Junon au XIXe siècle dans La belle Hélène (1864), d’Offenbach : Sparte s’apprête pour les fêtes d’Adonis. On célèbre Vénus, qui a battu Junon et Minerve dans le concours de beauté du mont Ida, grâce au berger Pâris.
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Et au XXe siècle dans Les mamelles de Tirésias, de Guillaume Apollinaire. On dit que Jupiter prétendait que les femmes connaissaient plus de jouissance que les hommes durant l’amour, et Junon prétendait le contraire. Ils ont fait appel au devin Tirésias qui, ayant été transformé en femme pendant sept ans, était seul à même de répondre à cette question. Tirésias ayant pris le parti de Jupiter, Junon furieuse le rendit aveugle, mais Jupiter amoindrit la peine en lui accordant le don de connaître l’avenir. Francis Poulenc a mis en musique ces Mamelles de Tirésias.
Ercole amante (Hercule amoureux), de Cavalli, est le fruit d’une commande de Mazarin à l’occasion du mariage de Louis XIV avec l’infante d’Espagne Marie-Thérèse d’Autriche. Pour la production de cet opéra, forcément spectaculaire, une nouvelle salle, la « Salle des machines », dotée d’une machinerie phénoménale, devait être construite au Palais des Tuileries. Malheureusement, les travaux de la Salle des Machines n’ont pas été terminés à temps, et c’est un autre opéra de Cavalli , Il Xerse, qui a été monté à la place, dans la grande galerie du Louvre, avec un ballet réglé par Lully, qui n’était encore que maître de ballet. Finalement Ercole amante fut donné devant plus de 7 000 spectateurs le 7 février 1662 dans le nouveau théâtre enfin terminé.
Le livret d’Ercole amante a été repris par Antonia Bembo en 1707.
Comme l’étiquette le voulait, le prologue est dédié aux louanges adressées au Roi.
Prologue : Un chœur de quatorze fleuves (!) chante la gloire du jeune Louis XIV, et en quoi son mariage avec Marie-Thérèse va amener la paix et la prospérité sur l’Europe.
Acte I : Hercule, déjà marié à Déjanire, se désole de la froideur de Yole, qu’il a enlevée par amour (non sans avoir au passage tué son père) (Air : « Come si beffa amor ».)
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Il invoque Cupidon quand Vénus descend du ciel, accompagnée des Grâces.
Émue par les plaintes d’Hercule, elle lui promet de l’aider dans ses amours. Junon, qui a tout entendu, est furieuse et décide de contrarier les amours d’Hercule (Air : « E vuol dunque ciprigna ».)
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Acte II : Illus, le fils d’Hercule, et Yole se déclarent leur amour quand un page vient informer la jeune fille qu’Hercule lui donne rendez-vous au jardin des Fleurs. Illus est jaloux. Le page se demande ce qu’est ce fameux amour, qui agite tout le monde, et qu’il ne connaît pas. Croisant Lychas, un serviteur de Déjanire, il laisse échapper le secret du rendez-vous galant d’Hercule.
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Lychas court le dévoiler à sa maîtresse, qui se plaint (Air : « Misera, ohimé, ch’ascolto ».)
Cliquez sur Déjanire
Dans la grotte du Sommeil, Pasithaée veille sur le Sommeil avec le chœur des zéphyrs et des ruisseaux. Pour faire échouer le projet D’Hercule, Junon s’empare du Sommeil.
Acte III : Vénus assure Hercule de son aide, et lui conseille d’obtenir le fruit de ses désirs « par fraude ou par consentement ». Le tout puissant Hercule avoue qu’il perd ses moyens face aux mystères de l’amour. Le page annonce l’arrivée d’Yole et d’Illus, mais laisse échapper que les deux jeunes gens s’aiment, ce qui trouble Hercule.
Quand Yole arrive, accompagnée d’Illus, elle commence par se révolter véhémentement avant que de subir les charmes de Vénus et de faire à Hercule une déclaration d’amour. Illus est très surpris et révèle à son père son amour pour Yole. Celui-ci chasse son fils.
Junon arrive avec le Sommeil dans son char et endort Hercule. Yole se trouve délivrée du charme de Vénus. Junon lui donne une épée pour qu’elle puisse venger le meurtre de son père mais Illus voyant cela la désarme. Mercure vient réveiller Hercule qui, voyant son fils avec une épée, croit qu’il en veut à sa vie. Yole s’accuse quand Déjanire arrive avec Lychas. Hercule veut condamner son fils à mort, mais Yole réussit à le faire changer d’avis en lui disant que ses sentiments pourraient changer s’il épargne Illus. Déjanire et Illus se lamentent sur la cruauté d’Hercule (duo : « Figlio, tu progionerio ».)
Cliquez sur Déjanire et Illus
L’acte se termine par les propos du page et de Lychas sur la folie qui frappe les hommes amoureux.
Acte IV : Illus en prison souffre de jalousie quand le page arrive en barque et lui apprend que Yole s’est mariée avec Hercule (Déjanire a été exilée). Une tempête se lève et Illus se jette à la mer. Junon demande à Neptune de sauver Illus, ce qu’il fait. Junon se réjouit d’avoir contrarié les plans de Vénus.
Dans son exil, Déjanire songe à se suicider.
Yole se recueille devant la tombe de son père. La tombe s’effondre, et le spectre du père dit sa colère de voir Yole mariée avec Hercule (qui, rappelons-le, l’a tué.) Déjanire annonce qu’elle a vu Illus se jeter à la mer. Lychas lui conseille de donner à Hercule la tunique du centaure Nessus, tué par Hercule, revêtue d’un onguent pour faire de lui un mari fidèle.
Cliquez sur le chœur des enfers
Acte V : Aux enfers, les rois qui ont été victimes d’Hercule complotent contre le héros.
Hercule s’apprête pour ses noces avec Iole quand Lychas lui remet la tunique de Nessus. Hercule la revêt, et meurt dans des souffrances atroces, car elle était empoisonnée. Déjanire comprend la vengeance du centaure. Elle veut mourir quand survient Illus, qui tombe dans les bras de sa mère et de sa fiancée. Junon est contente.
Elle annonce qu’Hercule mort est monté au ciel, où Jupiter l’a marié avec la Beauté. Yole, Illus et Déjanire remercient Vénus.
Hercule apparaît dans le ciel avec la Beauté. Le chœur des Planètes chante la récompense accordée à la Vertu, et annonce qu’un nouvel Hercule, Louis XIV, va bientôt se marier avec la Beauté, Marie-Thérèse.
(Source principale : la production de l’opéra d’Amsterdam de 2009, et le DVD associé.)
Antonia Bembo, dont l’opéra Ercole Amante sera monté la saison prochaine à l’Opéra de Paris, est une compositrice italienne née à Venise vers 1643.
Fille d’un médecin, Giacomo Padoani, elle reçoit une éducation raffinée, et apprend la musique auprès de Francesco Cavalli, notamment le chant et la guitare.
En 1659, elle se marie avec Lorenzo Bembo, issu d’une des plus anciennes familles de la noblesse vénitienne, avec qui ils auront 3 enfants. Mais en 1670, Lorenzo part faire la guerre en Crête, laissant Antonia seule avec ses trois enfants, et à peine de quoi subvenir à ses besoins. La situation s’envenime au retour du mari, et Antonia demande une procédure de divorce, rejetée par les autorités.
En 1676, elle fuit Venise et vient à Paris, où sa réputation de chanteuse l’avait précédée. Louis XIV exprime le désir de l’entendre. Conquis, le roi lui octroie une pension à vie, qui lui permet de vivre à Paris, au couvent de Notre-Dame des Bonnes Nouvelles.
Le plus ancien des manuscrits musicaux d’Antonia, les Produzioni Armoniche, date des 1695-1700, et ce recueil est dédié à Louis XIV. C’est dans ce recueil qu’on trouve son air le plus célèbre, le Lamento della Vergine.
Cliquez sur le lamento
Alors que la plupart de ses mélodies sont en italien, on y trouve aussi un air écrit en français, « ah, que l’absence ».
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En 1707, elle écrit l’opéra l’Ercole amante, sur le même livret que celui commandé à Cavalli en 1660 pour le mariage du roi français.
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Outre les œuvres déjà citées, le catalogue d’Antonia Bembo comporte de nombreux airs, des psaumes et des motets.