littérature, Mes opéras préférés, opéra russe

LA DAME DE PIQUE (PIKOVAYA DAMA), de TCHAÏKOVSKI (1890)

La Dame de pique est un opéra de TCHAÏKOVSKI composé sur un livret de son frère Modeste d’après une nouvelle de POUCHKINE, et créé à Saint-Pétersbourg en 1890. C’est avec Eugène Onéguine un des deux plus connus de ce compositeur, et on y retrouve sa francophilie, notamment avec le chœur d’enfants introductif et avec le personnage de la Comtesse qui se rappelle sa jeunesse à Paris.

Acte I : Le rideau se lève à Saint-Pétersbourg, au parc où les gouvernantes emmènent les enfants. On voit ceux-ci jouer les petits soldats, comme dans Carmen de BIZET que Tchaïkovski révérait. Sourine et Tchékalinski parlent de leur ami Herrmann. Celui-ci, taciturne, passe ses nuits dans les cercles de jeu, mais sans toucher aux cartes. Herrmann se confie à Tomski : il est amoureux d’une belle et riche inconnue.

Le Prince Eletski se joint à ses amis pour annoncer son mariage. Tout le monde s’en réjouit, sauf Herrmann tout à son désespoir. Alors que Lisa approche avec sa grand-mère, la comtesse, Herrmann reconnaît en Lisa sa belle inconnue. L’air sombre de Herrmann fait peur aux deux femmes qui l’ont déjà remarqué tournant autour d’elles. Tomski raconte une anecdote sur la comtesse. Dans sa jeunesse, elle avait perdu sa fortune au jeu à Paris. En échange d’un rendez-vous galant avec le comte de Saint-Germain, elle avait obtenu le secret de trois cartes gagnantes, qui lui avaient permis de regagner sa fortune. Sourine et Tchékalinski, par plaisanterie, proposent à Herrmann d’obtenir ce secret, mais Herrmann, lui, ne pense qu’à obtenir l’amour de Lisa. L’orage se déchaîne sur le parc.

Dans son salon, Lisa fait de la musique avec ses amies (Duo).

Tchaïkovsky Dame de pique Duo Lisa PolinaCliquez sur le salon de musique

Son amie Pauline chante une chanson mélancolique, puis pour consoler Lisa, un air populaire russe que toutes reprennent en chœur. La gouvernante vient les gronder de la part de la Grand-Mère, disant que c’est l’heure d’aller se coucher. Restée seule dans sa chambre, Lisa confie son chagrin à la nuit. Elle n’aime pas Eletski, c’est vers Herrmann que vont ses pensées. Herrmann apparaît à la fenêtre et lui confie son amour, et son souhait de mourir maintenant qu’il sait qu’elle va se marier avec un autre. Il se cache lorsque la comtesse vient dire à Lisa qu’il est l’heure de se coucher, mais en la voyant, il se rappelle le secret des trois cartes de la comtesse. Il renonce à la mort à laquelle il aspirait pour s’en emparer. Quand ils sont à nouveau seuls, il supplie Lisa qui finit par céder et se donne à lui.

 Acte II : Lors d’un bal, le Prince Eletski s’étonne de la froideur de sa fiancée. Déclarant son amour dans un air plein de noblesse, il dit à Lisa que si elle ne l’aime pas, il est prêt à renoncer à elle pour assurer son bonheur.

dame de pique amour herrmannCliquez sur l’image

Herrmann paraît, obsédé par le secret des trois cartes. Sourine et Tchékalinski poursuivent leurs plaisanteries au sujet des trois cartes de la comtesse.

Suit une très mozartienne pastorale sur le thème de l’amour triomphant de la richesse. Quand Herrmann se trouve face à face avec la comtesse, l’idée des richesses qu’il pourrait obtenir avec les trois cartes le hante.

dame de pique pastoraleCliquez sur l’image

Lisa lui confie une clé qui lui permettra de la rejoindre la nuit dans sa chambre, en passant par celle de sa grand-mère. Il accepte le rendez-vous de Lisa, mais c’est bien le secret de la comtesse qu’il compte ravir.

Herrmann pénètre dans la chambre de la comtesse. Entendant des bruits de pas, il se cache et la vieille dame entre avec ses suivantes. Se remémorant sa jeunesse, elle évoque les réceptions auxquelles elle allait à Paris. (Air de Grétry qui personnellement m’émeut toujours : « Je crains de lui parler la nuit ».)

dame de pique comtesseCliquez sur l’image

Comme elle s’assoupit, elle voit Herrmann se dresser devant elle, qui la menace et lui demande de révéler son secret. Terrifiée, elle meurt sans parler. Lisa entre alors et réalise que ce n’est pas pour elle que Herrmann est venu, mais pour le secret de sa grand-mère.

Acte III : Après un prologue orchestral, le rideau s’ouvre sur Herrmann lisant une lettre de Lisa, qui lui donne rendez-vous à la nuit pour lui permettre de se disculper de la mort de sa grand-mère. Dans un demi-sommeil, Herrmann revit les événements de la nuit précédente, il croit entendre un requiem, il veut fuir, mais le spectre de la comtesse se dresse devant lui et lui donne la formule des cartes : le trois, le sept, l’as, en lui demandant d’épouser Lisa.

Lisa, qui attend Herrmann, veut croire à son innocence (grand air de Lisa).

dame de pique air de lisa acte IIICliquez sur l’image

Quand il arrive enfin, il répète machinalement les mots d’amour que Lisa lui dit. Il est obsédé par l’idée d’aller à la salle de jeu. Finalement, tout à son obsession, il repousse Lisa qu’il ne reconnaît même plus. Désespérée, celle-ci va se jeter dans la Neva.

Le prince Eletski arrive au cercle de jeu. Il déclare aux joueurs qui s’étonnent de sa présence qu’il a perdu sa fiancée et qu’il vient pour se venger. Après une chanson légère de Tomski et un chœur des joueurs, le jeu peut commencer. Herrmann arrive et mise sur les cartes révélées par la comtesse et gagne sur les deux premières. Il remet tous ses gains en jeu sur la troisième carte, et le prince Eletski relève le défi. Herrmann joue donc l’as, mais c’est la Dame de Pique qui sort. Regardant cette carte funeste, il croit voir le visage ricanant de la comtesse. Il se suicide et, en mourant, demande pardon au prince. Il croit voir Lisa, implore son amour, et meurt.

Tchaïkovski la Dame de pique scène finaleCliquez sur l’image

Fantaisie, littérature, Premier avril

HAVRE & CAUMARTIN

Qui étaient HAVRE & CAUMARTIN me demandais-je récemment dans mon billet sur D.F.E. AUBER ?

Quelques recherches sur la toile vont me permettre aujourd’hui d’apporter un éclairage sur ces joyeux duettistes.

Daniel François Henri HAVRE est né au Havre (ça ne s’invente pas) le 1er avril 1830 et est mort à Paris en 1897.

Ludovic CAUMARTIN est né à Paris, dans le quartier de l’opéra, le 29 février 1833 et est mort à Paris en 1908.

Ils se rencontrent dans le milieu littéraire des années 1850, et très vite décident de travailler ensemble pour écrire des pièces à quatre mains, soit pour le théâtre, soit pour le genre à la mode, l’opéra-comique.

C’est ainsi qu’ils signent leur première production commune, le Duo des Chats de ROSSINI.

havre caumartin duo des chatsCliquez sur l’image

Si un certain goût de la mystification de leur part fait que leurs œuvres ne sont plus très connues aujourd’hui, ils ont quand même travaillé pour des compositeurs aussi célèbres que GOUNOD, OFFENBACHBIZET ou MASSENET.

Ainsi en 1858, ils écrivent le livret du Médecin malgré lui pour Gounod, mais très vite les critiques découvrent la supercherie et réattribuent le texte d’origine à MOLIÈRE.

gounod médecin malgré lui glouglouCliquez sur l’image

De même, ils proposent à Bizet le livret d’un opéra, les Pêcheurs de poissons, mais celui-ci ne plaît pas, et c’est finalement un autre opéra, sur un sujet proche, que Bizet écrira : les Pêcheurs de perles.

bizet pêcheurs de perleCliquez sur l’image

Enfin, il faut noter que Havre – Caumartin ont également été piratés. Ainsi, écoutez le texte de la Vocalise de RACHAMANINOFF. Il a été intégralement pompé sur un des textes de nos joyeux compères !

rachmaninoff vocaliseCliquez sur l’image

De même pour le texte de la célèbre méditation de Thaïs de Massenet,

massenet méditation thaisCliquez sur l’image

qui a été intégralement repris par John CAGE dans son immortel 4 min 33 s.

Cage 4 min 33 s

(Note à benêts, ce billet a été composé avec toute la rigueur musicologique dont vous me savez capable en vue d’être publié ce 1er avril 2019.)

Écrit le 2 avril 2019 : Vous l’aviez peut-être compris, ce billet est un poisson d’avril, et donc toute la partie musicologique est rigoureusement fausse. Par contre, les vidéos ont été soigneusement choisies pour illustrer mon propos.

La station Havre-Caumartin tire son nom du fait qu’elle se trouve à la croisée du passage du Havre (proximité avec la Gare Saint-Lazare oblige, puisque la Gare Saint-Lazare est la gare qui dessert la Normandie, et que Le Havre est une ville de Normandie), et la rue Caumartin (ne me demandez pas qui était Caumartin, faut pas pousser.)

Animation 1, Compositrices, Contes et légendes, Divers, littérature, Mythologie

CENDRILLON (CINDERELLA – CENERENTOLA)

Parmi les contes et légendes de notre enfance figure l’histoire de Cendrillon, cette petite fille victime de sa marâtre et de ses deux vilaines sœurs qui la confinent aux tâches domestiques.

Archétype des contes, on en connaît des versions dans toutes les cultures, et ce depuis l’antiquité. Par exemple, dans l’Égypte antique, on trouve l’histoire d’une jeune esclave à qui un aigle enleva une chaussure puis la fit tomber au pied du pharaon, qui n’eut alors de cesse que de retrouver la propriétaire de cette chaussure.

Les versions que nous connaissons sont celle de Perrault (1697) ou celle des frères Grimm un siècle plus tard.

Étant donné son sujet à portée universelle, il n’est donc pas étonnant que l’Opéra s’en soit emparé, et ce dès 1759 avec un opéra-comique de Laruette.

Parmi les versions qui nous sont restées figure la Cenerentola (1817) de Rossini

Rossini Cenerentola BartoliCliquez sur l’image

L’opéra Cendrillon (1899) de Massenet est encore parfois représenté.

massenet cendrillonCliquez sur l’image

Créé en 1900, le Conte du tsar Saltan de Rimsky-Korsakov reprend le thème du tsar qui cherche une épouse, et finit par choisir la plus jeune de 3 sœurs, provoquant la fureur et la vengeance des deux ainées et de leur mère.

On peut noter encore Cendrillon (1904), un opéra miniature (merci Wikipédia) de Pauline Viardot.

cendrillon viardotCliquez sur l’image

En 2002, la compositrice Isabelle ABOULKER écrit Cendrillon, un opéra pour enfants.

Aboulker CendrillonCliquez sur l’image

D’autres adaptations musicales existent, dont le ballet de Prokofiev datant de 1940, ou encore des comédies musicales.

cendrillon prokofievCliquez sur l’image

Les studios DISNEY ne se sont pas trompés sur la portée universelle du conte en créant le dessin animé Cendrillon (Cinderella en VO) en 1950.

Cendrillon DisneyCliquez sur l’image

En 2016, une jeune anglaise âgée de dix ans écrit Cinderella, son premier opéra complet.

Deutscher Cinderella Up in the skyCliquez sur l’image

Divers, Oulipo, Poésie

« EL DESDICHADO », de Gérard de NERVAL

Ce billet inaugure une nouvelle catégorie, la catégorie OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle), à laquelle je raccrocherai les billets déjà écrits sur PEREC ou QUENEAU.

Pour cette première création, je vais partir du poème « El Desdichado » de Gérard de Nerval, avec la contrainte oulipienne d’associer aux substantifs une citation musicale extraite de l’univers de l’opéra.

Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé,

Le prince d’Aquitaine à la tour abolie,

Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé,

Porte le soleil noir de la mélancolie.

rameau castor et pollux tristes apprets

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’a consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

berlioz le spectre de la rose crespin

Suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Byron ?

Mon front est rouge encore du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

haendel alcina ombre pallideCliquez sur Alcina

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Citations musicales:

Le veuf : La Veuve joyeuse de LEHAR.

L’Étoile de CHABRIER

Le soleil noir : Tristes apprêts, pâles flambeaux (Castor et Pollux de RAMEAU) : Télaïre, fille su soleil, renonce à la lumière de son père.

Tombeau : Roméo et Juliette de GOUNOD, Roméo vient près du tombeau où le corps de Juliette repose.

La fleur : Carmen de BIZET, « La Fleur que tu m’avais jetée ».

La rose : « Le spectre de la rose », des Nuits d’été de BERLIOZ.

Du baiser : D’amour l’ardente flamme de La Damnation de Faust de Berlioz. Marguerite, abandonnée par Faust, se souvient des baisers d’amour qu’ils échangeaient.

Dans la grotte : « Ombre pallida » de Alcina de HAENDEL. Dans sa grotte, la magicienne Alcina invoque les esprits pour se venger d’un trahison.

La lyre d’Orphée : renvoi vers l’Orfeo de MONTEVERDI.

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le faire savoir, je pourrais envisager de maltraiter ainsi d’autres poèmes. Et si vous aimez Gérard de Nerval, vous pourriez aimer Fantaisie.

Écrivains, littérature

Boris VIAN (1920-1959)

Boris VIAN (1920 – 1959), dont on fête ce 10 mars l’anniversaire de la naissance était le prototype de l’intellectuel des années 1940 – 1960.

Diplômé de l’École Centrale, il travaille le jour à l’AFNOR et passe ses nuits à écrire ou à faire de la musique (jazz) dans les caves de Saint-Germain-des-Prés.

En 1946, QUENEAU publie le premier roman de Boris, Vercoquin et le plancton, chez Gallimard, où il était éditeur. C’est aussi l’année de J’irai cracher sur vos tombes, paru aux éditions du Scorpion, un pastiche des romans noirs américains et du sulfureux Henry MILLER. Ce livre paru sous le pseudonyme de Vernon SULLIVAN fait scandale.

En 1947 paraît son livre le plus célèbre aujourd’hui, L’Écume des jours, « le plus poignant des romans d’amour contemporain » selon Raymond QUENEAU.

Touche-à-tout surdoué, Vian a aussi composé des chansons (Le Déserteur, qui sera interdit à la radio), fait connaître la littérature populaire américaine en France en traduisant polars et Science-Fiction (Le Monde des non-A, de VAN VOGT).

vian le déserteurCliquez sur l’image

Au début des années 50, CAMUS le fait entrer au journal Combat, et Vian devient membre du Collège de pataphysique (satrape).

En 1957, on crée son opéra Le Chevalier de neige, sur une musique de George DELERUE. En 1958, il écrit Fiesta une comédie-musicale avec une musique de Darius MILHAUD.

boris vian le chevalier de neigeCliquez sur l’image

En 1959, Boris Vian écrit Arne Saknussen, opéra de chambre avec une musique de Delerue.

Boris meurt d’une crise cardiaque en 1959, lors de la première du film J’irai cracher sur vos tombes.

L’écume des jours, a été adapté à l’opéra par Edison DENISOV et créé à l’Opéra-comique en 1986. La partition cite assez largement la musique de Duke ELLINGTON. (Chloé, l’héroïne, porte le nom d’un titre célèbre du Duke.)

écume des joursNe cliquez pas sur l’image

Nature, Poésie

LA NUIT (1) : LA NUIT DES AMANTS

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La nuit, cette suspension du temps et de la vie où tout devient possible…

Nuits lumineuses, nuits bénies des amants, où les esprits et les corps se fondent…

Nuits obscures où se trament les complots, les trahisons et où s’opère la magie noire…

Je vais traiter dans ce premier billet consacré à la nuit de la nuit par les amants bénie.

En 1818, SCHUBERT écrit ses Hymnes à la nuit, d’après les très beaux textes de NOVALIS.

Schubert Hymne 1 D 659Cliquez sur l’image

En 1841, BERLIOZ écrit un cycle de mélodies sur des vers de Théophile GAUTIER : Les Nuits d’été.

En 1853, VERDI fait chanter à l’héroïne du Trouvère son « Tacea la notte placida »

verdi tacea la notteCliquez sur l’image

Berlioz encore, dans Béatrice & Benedict (1862), avec « Nuit paisible et sereine ».

Berlioz B&BCliquez sur l’image

GOUNOD nous offre dans Roméo et Juliette (1867) et dans son Faust (1868) deux beaux nocturnes.

gounod nuit d'hyménéeCliquez sur l’image

faust gounod o nuit d'amourCliquez sur l’image

Tout le 2e acte de Tristan und Isolde de WAGNER (Tristan, ze opéra de l’amour !) est l’acte de la nuit, où a lieu une des plus belles scènes d’amour écrites pour l’opéra, avec son crescendo amoureux qui finit dans une extase quasi mystique.

Wagner Tristan und Isolde O sink hernieder, Nacht der LiebeCliquez sur la partition

En 1881, OFFENBACH nous livre dans ses Contes d’Hoffman sa célébrissime Barcarolle.

barcarolleCliquez sur l’image

Dans la continuité lyrique de Tristan figure une des premières œuvres de SCHÖNBERG : La nuit transfigurée (Verklärte Nacht) écrite en 1899.

Voilà, je suis obligé de m’arrêter, mais il y aurait encore tant de belles nuits à vous souhaiter, avec les Nocturnes de Chopin ou de Fauré, par exemple. Et le cas de la mise en musique du Songe d’une nuit d’été du grand Bill fera l’objet d’un billet spécifique.

Qui sait, peut-être y aura-t-il une deuxième livraison de Nuits d’amour, qu’en pensez-vous ?

Histoire de l'opéra, littérature, Philosophie

RAMEAU vs ROUSSEAU : la Querelle des Bouffons

Dans mes récents billets sur VOLTAIRE et ROUSSEAU, les joyeux encyclopédistes, j’ai abordé la Querelle des Bouffons, mais sans expliquer ce qui se cache derrière ce nom rigolo.

En fait, il y a un personnage central qui relie Voltaire et Rousseau, et aussi Denis DIDEROT, l’encyclopédiste en chef. Il s’agit de Jean-Philippe RAMEAU.

La Querelle des Bouffons a pour sujet l’opposition entre la musique italienne et la musique française. (Rappelons qu’à cette époque dans pratiquement toute l’Europe, les opéras étaient chantés soit en italien, soit en français.)

L’opéra français, représenté par Rameau au milieu du XVIIIe siècle était encore sous l’influence de la tragédie lyrique dont les canons avaient été fixés par LULLY presque un siècle plus tôt. En Italie, au contraire, on avait pris l’habitude au début du XVIIIe siècle d’introduire des œuvres légères pendant les entractes des opera seria, ces œuvres étant appelées opera buffa.

En 1752, année de la création à Paris du Devin du village de JJ.Rousseau, une troupe de chanteurs italiens étaient venus représenter des opera buffa, notamment La Servante maîtresse de PERGOLÈSE.

Pergolèse la Servante maîtresseCliquez sur l’image

Si le Devin du village a rencontré un certain succès public, Rameau n’en a pas moins étrillé l’œuvre de son confrère. Dès lors, Rousseau a riposté en décrétant que le français n’était pas une langue faite pour le chant, au contraire de l’italien « naturellement » fait pour la mélodie.

rousseau devinCliquez sur l’image

Au travers de cette querelle entre Rameau et Rousseau, ce sont en fait deux conceptions philosophiques qui s’affrontent, Rousseau défendant via la mélodie une conception « naturelle » de la musique, alors que la volonté de Rameau d’établir un système harmonique ressortait d’une approche « culturelle » de la musique. Rousseau semblait en cela avoir oublié Aristote et sa musique des sphères.

harmonie

Harmonie : les notes se superposent et sont jouées en même temps, formant un « accord ».

mélodie

Mélodie : les notes sont jouées successivement dans le temps, formant une « mélodie ».

Cette querelle qui aurait pu être limitée au milieu musical s’est étendue à toute une partie de la société, avec le Coin de la reine qui soutenait les Bouffons et le Coin du roi qui défendait la musique française.

Animation 1, Cinéma, Fantaisie, Films, littérature

DILILI À PARIS, de Michel OCELOT (2018)

Dilili à Paris

À l’occasion de la sortie en DVD de Dilili à Paris, de Michel OCELOT, je voudrais revenir sur ce très beau dessin animé, qui se passe dans le Paris de la Belle-Époque.

L’héroïne, une petite fille kanake arrivée à Paris, se trouve confrontée à tous les préjugés que l’on peut avoir vis-à-vis:

  • de la couleur de sa peau,
  • de son statut de femme dans un monde gouverné par les hommes,
  • de petite fille face au monde des adultes,

Mais si les choses sont dites, c’est toujours avec légèreté et humour.

L’histoire est donc celle de Dilili et de son ami  Orel qui enquêtent sur une mystérieuse organisation qui enlève les petites filles. Ce sera pour eux l’occasion de rencontrer des figures comme RENOIR, RODIN, Camille CLAUDEL, MONET , TOULOUSE-LAUTREC ou Suzanne VALADON, Anna de NOAILLES, COLETTE ou Marcel PROUST, mais aussi pour la musique DEBUSSY, Emma CALVÉ, Erik SATIE ou Reynaldo HAHN, et encore Louis PASTEUR et Marie CURIE ou Sarah BERNHARDT.

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On y entend la cantatrice Emma CALVÉ (1858 – 1942) chanter un air du Pelléas et Mélisande de Debussy, et à l’occasion, on voit une affiche annonçant sa participation à Carmen , un rôle qu’elle chanté mille fois, de BIZET.

Pelléas cheveuxCliquez sur l’image

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Une partie de l’action se passe dans l’Opéra (le palais Garnier), notamment dans les sous-sols sur le mystérieux lac qui serait sous l’opéra, comme dans le Fantôme de l’opéra de Gaston LEROUX. Et le moyen de se déplacer sur ce lac est une très jolie barque en forme de cygne, en hommage au Lohengrin de WAGNER.

Si vous ne connaissez pas ce film, il faut absolument le voir, c’est tout public grâce aux différents niveaux de lecture, et les décors sont magnifiquement restitués.

Mes opéras préférés, Shakespeare

OTELLO, de VERDI (1887)

Après 10 ans de silence opératique, VERDI revient en 1884 à son genre de prédilection avec un de ses auteurs favoris, SHAKESPEARE, qu’il a déjà mis en musique avec Macbeth.

Drame de la jalousie (je l’aimais, je l’ai tué…), Otello est le fruit d’une collaboration avec le librettiste Boïto, et sera créé en 1887 à la Scala de Milan.

Acte I : Sur le port de Chypre, la foule observe le bateau d’Otello, général vénitien qui revient vainqueur d’une bataille contre les Turcs. La tempête fait rage, et le peuple prie pour que le bateau arrive à bon port. Otello débarque et annonce sa victoire (Air : Esultate). Il rentre dans le palais rejoindre Desdémone, sa femme.

Deux hommes ne participent pas à la liesse générale. Iago, sous-lieutenant d’Otello, qui le déteste parce qu’il n’a pas eu l’avancement qu’il souhaitait, et Roderigo, qui est amoureux de Desdémone.

La foule joyeuse vient fêter le retour de leur chef vainqueur. Pendant la fête, Iago fait boire Cassio et déclenche une querelle entre Cassio, le capitaine a qui on a donné la place que Iago convoitait, et Roderigo. Montano, le prédécesseur d’Otello à Chypre veut les séparer, mais Cassio, ivre, se bat avec lui et le blesse.

Acte II : Iago fait croire à Cassio qu’il est de son côté, et qu’il va l’aider à retrouver les bonnes grâces d’Otello. Il lui suggère d’aller demander l’aide de Desdémone, qui règne sur le cœur d’Otello. Resté seul, il avoue dans un Credo blasphématoire (Air : « Credo in un Dio crudel ») qu’il compte se servir de Cassio et Desdémone pour atteindre Otello.

otello credi un un dio crudeleCliquez sur Iago

(Suite à ce credo blasphématoire, Boïto suggéra à Verdi d’écrire un « Ave Maria » expiatoire. Cet « Ave Maria » sera la première des Quatre pièces sacrées, la dernière œuvre composée par Verdi.)

Desdémone arrive et Cassio va lui parler. Lorsqu’Otello entre, Iago fait semblant d’être troublé par leur rencontre. Il lui fait remarquer perfidement que sa femme discute dans le jardin avec Cassio et suggère qu’ils se connaissent peut-être mieux qu’on ne le croit. Le peuple arrive chantant la beauté et la bonté de Desdémone (Chœur : Dove guardi splendono raggi). À leur départ, celle-ci demande à son mari le retour en grâce de Cassio ce qui, après les insinuations de Iago, alimente ses soupçons et sa fureur. Desdémone voulant lui éponger le front, fait tomber son mouchoir brodé. Alors qu’Émilia, la femme de Iago et la confidente de Desdémone, le ramasse, Iago s’en empare et ordonne à sa femme de se taire (quatuor).

Le poison de la jalousie fait son œuvre et Otello demande à Iago des preuves de la trahison de sa femme. Iago lui dit qu’il a surpris Cassio en train de rêver à Desdémone et à son amour pour elle (Air : « Era la notte, Cassio dormia »), et qu’il garde chez lui le mouchoir brodé qu’Otello avait offert à sa femme, mais que celle-ci a à son tour donné à Cassio. Furieux, Otello jure de se venger (Duo : « Dio vindicator »).

otello final acte IICliquez sur l’image

Otello et Desdémone, dérangés par le bruit, arrivent. Otello, furieux, fait cesser la querelle et dégrade Cassio, avant de renvoyer tout le monde. Quand ils se retrouvent seuls, ils chantent leur amour dans un des plus beaux duos de Verdi (Duo : « Gia nella notte densa ».)

otello gia nella notteCliquez sur Otello et Desdémone

ACTE III : Alors que l’on annonce l’arrivée d’ambassadeurs de Venise, Iago dit à Otello qu’il saura faire avouer Cassio et part le chercher. Comme Desdémone arrive, Otello lui demande de lui montrer le mouchoir brodé qu’il lui avait offert. Desdémone répond qu’elle ne l’a pas sur elle. Elle demande à nouveau la grâce de Cassio, ce qui provoque la colère d’Otello, qui l’accuse d’adultère ! Desdémone s’enfuit, ne comprenant rien à la fureur de son mari. Otello resté seul regrette ses conquêtes vaines face à la trahison de la femme qu’il aime.

Cassio arrive avec Iago. Otello, caché, les écoute. Iago demande à Cassio de lui parler de ses amours avec sa maîtresse Bianca, mais il se débrouille pour qu’Otello pense que ce discours galant a pour sujet Desdémone. Enfin, Cassio sort un mouchoir brodé qu’il a trouvé chez lui. Iago insinue que c’est peut-être Desdémone qui l’y a mis.

Cassio sort et Otello annonce à Iago qu’il va en finir avec Desdémone. Iago répond qu’il en fera de même avec Cassio. Pour le récompenser, Otello lui donne la place de capitaine de Cassio. Les ambassadeurs arrivent. Le doge demande à Otello de rentrer à Venise, Cassio devant prendre sa place en tant que gouverneur de Chypre. Desdémone en est heureuse pour lui, ce qui rend Otello furieux. Il jette sa femme au sol. Perdant toute contenance, Otello renvoie tout le monde et maudit Desdémone, qui quitte la salle. Otello s’évanouit. Iago commence à savourer sa victoire.

Acte IV : Dans sa chambre, Desdémone confie son trouble à Émilia. Elle lui demande de disposer sa robe de mariée sur le lit, avant de chanter la romance du Saule, une chanson triste que chantait autrefois une servante séduite, puis abandonnée (Air : « Piangea cantando nell’erma landa »). Elle fait ses adieux et prie la Vierge Marie de veiller sur elle dans un émouvant « Ave Maria ».

otello ave mariaCliquez sur Desdémone

Elle se couche et s’endort. Otello entre dans la chambre et contemple sa femme endormie. Il la réveille avec des baisers et lui demande si elle a fait ses prières, car elle va mourir. Desdémone proteste encore une fois de son innocence, mais Otello l’étrangle. On frappe à la porte. C’est Émilia qui annonce que Cassio a tué Roderigo en duel. Voyant sa maîtresse étendue, soupirant qu’elle meurt innocente, elle se met à crier. Ses cris font accourir Cassio, Iago, Montano et un ambassadeur. Émilia révèle la trahison de Iago, qui s’enfuit. Comprenant qu’il a accusé (et tué !) à tort son épouse (Air : « Niun mi tema »), il prend son poignard et se l’enfonce dans le cœur. Il meurt sur le corps de sa femme, qu’il embrasse une dernière fois.

otello nun mi temaCliquez sur l’image

Écrivains, histoire, littérature, Maria Callas

OSSIAN le barde

Je vous en avais parlé dans le billet sur les filles de l’eau, voici donc celui consacré au barde celtique OSSIAN (IIIe siècle apr. J.-C.), qui est à l’origine d’une supercherie littéraire du XVIIIe siècle.

Un écrivain écossais, Mc PHERSON, a prétendu dans les années 1760 avoir traduit ses œuvres en anglais moderne. Ces textes, qui racontent l’histoire de Fingal, ont eu un énorme retentissement aux époques préromantiques, puis romantiques, et ont à leur tour inspiré écrivains et musiciens. C’est ainsi que surfant sur la vague de l’ossianisme, et dans un contexte d’éveil des nationalités, l’Écossais Walter SCOTT a poursuivi dans la veine d’une littérature écossaise.

Le grand GOETHE lui-même, dans Les souffrances du jeune Werther, fera traduire par son héros les poèmes d’OSSIAN.

La France napoléonienne a succombé aussi à l’ossianisme, c’est ainsi que LESUEUR, un des maîtres de BERLIOZ écrira l’opéra Ossian ou les bardes (1804) et MÉHUL l’opéra Uthal (1806).

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On peut aussi attribuer à sa postérité l’opéra Norma de BELLINI, dont l’action se passe en Gaule et l’héroïne, Norma, est une prêtresse druidique.

callas casta divaCliquez sur l’image

Parmi les mises en musique de l’univers d’Ossian figure la Grotte de Fingal (1829), de MENDELSSOHN.

On retrouve Werther dans l’opéra de MASSENET d’après le roman de Goethe. Werther retrouvant Charlotte lui lit les traductions d’Ossian qu’il avait écrites pour elle, ce qui nous donne le sublime Pourquoi me réveiller après lequel se révèle l’amour (impossible) que Charlotte a pour lui.

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Retrouvez BRAHMS et son opus 27, Gesang aus Fingal (c’est une autre version que celle des « filles de l’eau » comme ça vous pourrez comparer différentes interprétations.)

Plus près de nous, les Pink Floyd ont écrit leur propre Fingal’s Cave (la Grotte de Fingal) sur l’album Zabriskie Point (1970).

pink floyd fingal