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Mes opéras préférés

RUSALKA, de DVORAK (1900 – 1901)

Si je connais de longue date le très bel Air à la lune, je n’ai découvert cet opéra dans son intégralité qu’en 2015, lors des magnifiques représentations qui en ont été données à Bastille. Je me suis rendu compte à cette occasion combien les représentations que je me faisais de Dvorak pouvaient être erronées. En effet, pour moi Dvorak était associé à BRAHMS, c’est-à-dire à une école anti-wagnérienne. Or, tout dans Rusalka est wagnérien, à commencer par une utilisation très subtile des leitmotivs.

Neuvième des dix opéras écrits par DVORAK, Rusalka est composé en 1900 et créé en 1901. Le livret combine les thèmes de l’Ondine d’E.T.A.HOFFMANN et de La petite sirène d’ANDERSEN.

En ce qui concerne l’opéra tchèque, Dvorak (1841 – 1904) assure la liaison entre SMETANA (1824 – 1884) et JANACEK (1854 – 1928).

Acte I : Trois dryades (nymphes des bois) chantent au clair de lune au bord d’un lac. Elles aguichent l’Ondin, le génie des eaux, avant de s’enfuir. La naïade (nymphe des eaux) Rusalka confie sa tristesse à son père l’Ondin : elle est tombée amoureuse d’un humain qui vient se baigner dans son lac. Pour l’amour du prince, elle veut devenir humaine et obtenir une âme. Son père essaie de l’en dissuader, car cela la condamnerait. Devant l’insistance de Rusalka, il lui dit que seule la sorcière Jezibaba pourra l’aider. Avant d’invoquer Jezibaba, elle confie son amour à la lune argentée qui baigne le paysage.

renee fleming rusalkaCliquez sur l’image

Puis elle appelle la sorcière, qui la prévient de ce qui l’attend : devant les humains, Rusalka restera muette, et si jamais son humain l’abandonne, elle sera, avec son bien-aimé, victime d’une malédiction éternelle ! Sûre de la force de son amour, Rusalka accepte les conditions de Jezibaba qui lui fabrique alors la potion qui fera d’elle une femme.

À l’aube, des chasseurs se dirigent vers le lac. Le prince apparaît, à la recherche de la naïade, dont il sent la présence, mais qu’il ne peut voir. Resté seul, il aperçoit enfin Rusalka. Émerveillé par sa beauté, il lui demande si elle est femme ou fée (air : Vidino divna, presladka). Muette, Rusalka lui ouvre les bras, et le prince amoureux l’emmène dans son château alors que les autres naïades pleurent la perte de leur sœur.

Acte II : Au château, on prépare la fête pour les noces du prince. Le garde-forestier demande au marmiton ce qui se passe, et le marmiton lui répond que le prince a ramené une femme étrange et muette de la forêt. Le garde lui dit que la forêt est habitée par des nymphes et par la sorcière Jezibaba (Air : « U nàs v lese strasi »). Ils sortent quand le prince arrive avec Rusalka.

Dvorak Rusalka U nas v lese strasi

Le prince se demande s’il percera un jour le secret de sa fiancée (Air : Jiz tyden dlis mi po boku). Parmi les invités, il y a une princesse étrangère qui, jalouse, veut séduire le prince. Celui-ci s’éloigne avec sa nouvelle conquête pendant que le bal commence. Humiliée, Rusalka se réfugie dans le jardin alors que la lune se lève. L’Ondin, qui s’était approché de la fête pleure sur le sort de sa fille (Air : « Cely svet neda ti »).

Dvorak Rusalka Cely svet neda tiCliquez sur l’image

Rusalka avoue à son père qu’elle a été trahie, rejetée par l’homme qu’elle aime. Elle comprend son erreur. Ni femme, ni fée, elle ne peut plus ni vivre ni mourir. Le prince et la princesse reviennent. Il déclare sa flamme à la princesse, lui disant qu’il en a oublié son ancien amour. Désespérée, Rusalka se jette dans ses bras, mais il la repousse. Indigné, l’Ondin se montre au prince, et lui annonce qu’il ne pourra pas échapper à l’étreinte de sa fille. Terrorisé, le prince demande à la princesse de l’aider, mais la belle étrangère l’abandonne à son triste sort.

Acte III : Rusalka se lamente sur son sort au bord du lac de la forêt (Air : « Mladosti své pozbavena »).

Dvorak Rusalka Mladosti své pozbavenaCliquez sur Rusalka

Elle demande l’aide de Jezibaba qui lui indique le moyen de retrouver sa condition de naïade : verser le sang de celui qui l’a séduite (Air : Lidokou krvi musis smsti). Elle lui tend un poignard, mais Rusalka toujours amoureuse refuse et le jette dans le lac. La sorcière la maudit à jamais et ses sœur naïades lui refusent le droit de les rejoindre dans le monde de l’eau.

Les serviteurs du prince viennent demander l’aide de Jezibaba, lui expliquant qu’une magicienne a envoûté le cœur du prince, avant de l’abandonner le soir de leur mariage. Entendant cela, l’Ondin, furieux, promet de se venger des humains.

Les dryades dansent au clair de lune quand l’Ondin les interrompt. Le prince apparaît, cherchant Rusalka là où il l’a vue la première fois. Celle-ci apparaît. Ni vivante, ni morte; ni femme ni fée; elle est condamnée à errer toutes les nuits pour attirer les humains et les noyer dans le lac. Le prince court vers elle et lui demande pardon. Rusalka lui explique qu’un baiser de sa part provoquerait sa mort, mais le prince réclame ce baiser qui lui apportera la paix dans la mort. Rusalka le couvre de baisers et il meurt, heureux, dans ses bras. L’Ondin annonce que le sacrifice a été vain. Après avoir embrassé une dernière fois son amour, elle s’enfonce dans le lac en déplorant son destin maudit.

Animation 1, Bande dessinée

POKÉMON GO (et opéra)

Je vous l’avais promis dès la création de ce blog il y a un peu plus de six mois (cf. la page « à propos ») : il y aura un billet sur le jeu Pokémon GO et l’opéra.

La sortie de la version complémentaire sur console de salon ce 16 novembre va être l’occasion pour moi de tenir cette promesse, et de faire s’interpénétrer la bulle des amateurs d’opéra et la bulle des amateurs de Pokémons.

Dès la première version du jeu, datant d’il y a plus de vingt ans, figuraient les Pokémons Mélofée (n° 35) et Rondoudou (n° 39). Ces Pokémons avaient le pouvoir, par leur chant semblable à celui d’Orphée, d’endormir leurs adversaires.

                                                           mélofée rondoudou

Nous avons découvert il y a peu avec l’arrivée de la 4e génération le Crikzik (n° 401) un Pokémon insecte en forme de lyre et son évolution le Mélokrik, dont le Pokédex nous apprend que quand les antennes du Crikzik s’entrechoquent, elles laissent s’échapper un son de xylophone, alors que le Mélokrik exprime ses émotions par des mélodies.

                                                       criczik  Mélokrik

C’est dans la cinquième génération que l’on trouvera les Pokémons les plus intéressants, avec le Lakmécygne (n° 581), dont le nom est formé d’après Lakmé de Léo DELIBES, et le Lac des Cygnes, le fameux ballet de TCHAÏKOVSKI.

lakmécygne.png

On trouvera également le Vivaldaim (n° 585), un daim qui peut prendre quatre formes suivant les saisons (hommage aux quatre saisons de VIVALDI). La référence à l’univers de l’opéra est encore poussée par le fait que le Vivaldaim a une forme évoluée, le Haydaim (en hommage à Joseph HAYDN.)

                                                    vivaldaim  haydaim.png

Et surtout, n’oubliez pas qu’il est déconseillé de jouer à Pokémon Go quand vous êtes à l’opéra, vous risqueriez de perturber le spectacle, et de gêner vos voisins.

Avec les nouveaux pokémons de la région d’Alola (saison 6) est arrivé Oratoria (n° 730) dont la fiche signalétique bous dit : Surnommé « la diva », il offre un spectacle enchanteur lorsqu’il dirige un chœur composé de ses congénères à la lumière de la lune.

Oratoria

Écrivains

E.T.A. HOFFMANN, vous connaissez ?

La musique ouvre à l’homme un royaume inconnu… (E.T.A. HOFFMANN)

L’écrivain romantique allemand Ernst Théodor Amadeus HOFFMANN (1776 – 1822) n’est pas forcément très célèbre en France, mais il occupe une place importante dans l’univers romantique. Connu aujourd’hui essentiellement pour ses Contes fantastiques, écrits dans la veine du roman gothique, il était également dessinateur et compositeur. Parmi ses opéras, Ondine (1816) ne sera pas sans influence sur des opéras tels que Rusalka (1900) de DVORAK ou La Femme sans ombre (1917) de Richard STRAUSS.

Hoffmann admirait le génie de MOZART ou BEETHOVEN, et il a d’ailleurs changé son troisième prénom pour prendre celui d’Amadeus, en hommage à Mozart.

Les pièces pour piano Kreisleriana (1838) de SCHUMANN s’inspirent de l’univers d’Hoffmann (Johannes Kreisler est un de ses personnages, dont les textes apparaissent dans les … Kreisleriana d’Hoffmann.)

Schumann Kreisleriana

TCHAÏKOVSKI a été également influencé par notre poète. il a écrit son propre opéra Ondine (1869), mais devant le peu de succès rencontré, il en a brûlé la partition. Son ballet CasseNoisette(1891) a eu plus de succès. Le sujet est tiré du Casse-Noisette d’Alexandre DUMAS, qui était déjà une adaptation du Casse-Noisette et le roi des souris d’Hoffmann.

Tchaïkovski Casse-Noisette

Un autre ballet célèbre, Coppélia (1870) de Léo DELIBES, est inspiré par la nouvelle l’Homme de sable.

Delibes Coppélia valse des heures

Le principal apport d’Hoffmann dans l’histoire de l’opéra reste cependant le seul opéra « sérieux » d’OFFENBACH. En effet, « le petit Mozart des Champs-Élysées » comme l’appelait WAGNER voulait accéder au statut de compositeur « sérieux » et pour cela, il lui fallait une œuvre « sérieuse ». Ce sera Les Contes d’Hoffmann, dont le livret fut écrit par Jules BARBIER sur des thèmes extraits de ses Contes fantastiques. Le héros en est Hoffmann lui-même, poète qui après avoir rencontré trois images de la femme finit par renoncer à l’amour pour se mettre au service exclusif de sa muse, la poésie.

Nous assistons donc ici à une prodigieuse mise en abîme de l’univers d’Ernst Théodor Amadeus puisque l’écrivain Hoffmann a imaginé un conte, don Juan,  où le héros a l’occasion d’assister à une représentation de l’opéra du même nom de Mozart, représentation qui se termine par la mort dans des circonstances étranges de la cantatrice qui joue le rôle de Donna Anna, alors que les Contes d’Hoffmann mettent en scène ce même écrivain qui voit, entre autres, mourir une cantatrice qui, malade, se rapproche de la mort chaque fois qu’elle chante ! À la fin de l’acte, elle meurt, ayant chanté une fois de trop.

histoire

11 novembre 1918 – 11 novembre 2018

En cette journée de célébration du centième anniversaire de l’armistice de 1918, je vais vous parler d’œuvres écrites en rapport avec la Grande Guerre.

Commençons par Guillaume APOLLINAIRE, ce poète naturalisé français, gravement blessé à la tête pendant la guerre, et dont l’œuvre a été abondamment mise en musique. Il est mort le 9 novembre 1918.

Francis POULENC (1899 – 1963) est certainement celui qui a le plus déposé de musique sous les textes de son ami Apollinaire. Mobilisé en 1918, puis servant au ministère de la Marine jusqu’en 1921, il commence dès 1918 avec le Bestiaire ou le cortège d’Orphée.

Suivront de nombreuses mélodies dont, par exemple Sanglots, extraite des Banalités.

Notre amour est bercé par les calmes étoiles,

Or nous savons qu’en nous, bien des hommes respirent,

C’est la chanson des rêveurs,

Qui s’étaient arraché le cœur,

J’ai un gros faible aussi pour Marie, dans les 7 chansons pour chœur a capella. En plus, les ténors y ont une très belle phrase mélodique, qui, comme Sanglots, fait partie des airs qui m’habitent en permanence :

Je passais, au bord de la Seine,
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine,
Il s’écoule, et ne tarit pas.

En 1947, Poulenc écrit un opéra-bouffe, les Mamelles de Tirésias.

Claude DEBUSSY (1862 – 1918) a été inspiré par l’atmosphère de la Grande Guerre. Il a écrit notamment le Noël des enfants qui n’ont plus de maison.

Son contemporain RAVEL (1875 – 1937) a écrit lui, contre la guerre, Trois beaux oiseaux du paradis (mon ami z-il est à la guerre).

Dimitri CHOSTAKOVITCH a écrit sa 14e symphonie en 11 mouvements, chacun correspondant à un poème. Six de ces poèmes sont d’Apollinaire.

On retrouve Ravel avec son Concerto pour la main gauche. L’histoire de ce concerto est intéressante. En effet, le pianiste Paul WITTGENSTEIN (le frère de l’auteur du tractatus logico-philosophicus) qui avait perdu un bras à la guerre a demandé à Ravel, PROKOFIEV et BRITTEN, ou encore Richard STRAUSS, KORNGOLD ou HINDEMITH de lui écrire des morceaux pour la main gauche.

On peut terminer en disant que l’histoire, malheureusement, ne nous apprend rien puisque des musiciens comme Korngold ou Hindemith font partie de ceux dont la musique, jugée dégénérée par les nazis, a été interdite, voire brûlée, et qu’ils ont dû prendre la fuite de leur pays.

Écrivains, Cinéma, littérature, Philosophie

Friedrich NIETZSCHE et la musique

Sans la musique, la vie serait une erreur (F.NIETZSCHE).

Rassurez-vous, je ne vais pas ici vous faire un cours sur les idées philosophiques de NIETZSCHE, j’en serais bien incapable et ce n’est pas le sujet de ce blog. Simplement, ayant entendu parler de Nietzsche lors d’une conférence sur WAGNER, il m’est venu à l’idée de vous parler des rapports qu’entretenait Fred le moustachu avec la musique.

Friedrich Nietzche naît le 15 octobre 1844 à Röcken.

Dans sa jeunesse, Frédéric Nietzsche, bon pianiste, s’est essayé à la composition musicale, et il a distribué ses lieders à ses amis, notamment Cosima, la fille de LISZT, épouse du chef d’orchestre von Bülow avant que d’être celle de Wagner.

nietzsche et la musiqueCliquez sur Fred

Dans La naissance de la tragédie, il est encore sous l’influence de SCHOPENHAUER et Wagner, et il réfléchit à la dualité Apollon vs Dionysos, ce qui le rapproche de Robert SCHUMANN dont toute la vie (et toute l’œuvre) a été une tentative de résolution de ces deux faces de sa personnalité. Pour faire simple, on peut dire que la pensée dionysienne est liée à la nature et à l’ivresse de l’instant présent alors que la pensée apollinienne est centrée sur la raison, et sur la culture qui prend le pas sur la nature.

Une des compositions de Nietzsche, Manfred méditation d’après l’œuvre de Lord BYRON, peut d’ailleurs être rapprochée par le thème de l’une des compositions de Schumann, qui a écrit une musique de scène pour cette pièce. Et pour ce qui est de la double personnalité avec laquelle Schumann devait se battre, elle est illustrée par Eusébius le rêveur introverti et Florestan le passionné combatif, doubles de Schumann que l’on retrouve dans les Davidsbündlertänze ou le Carnaval.

Schumann CarnavalCliquez sur le pianiste

Très inspiré par l’œuvre de Wagner, Nietzsche s’est intéressé aux thèmes du surhomme et de la liberté, thèmes qui sont au cœur notamment de la tétralogie. Il finira par se détacher du « poison wagnérien » (sic) quand il découvre en 1881 le Carmen de BIZET.

Friedrich Nietzche meurt le 25 août 1900 à Weimar, à l’âge de 55 ans.

Une de ses dernières œuvres, Also spracht Zarathustra, a inspiré à Richard STRAUSS le poème symphonique du même nom. Œuvre un peu oubliée du public, Stanley KUBRICK a contribué à la populariser en s’en servant pour la BOF de son génial 2001 Odyssée de l’espace.

Strauss zarathustra kubrickCliquez sur l’image

Mythologie, Nature, Poésie

LES MUSES AIMENT LES ARTS

Nous lézards aimons les Muses

Elles Muses aiment les arts

Avec les arts on s’amuse

On muse avec les lézards…

Je ne peux m’empêcher de citer le début de ce poème de QUENEAU en introduction à ce billet consacré aux muses zet aux arts.

Les muses, au nombre de 9, étaient les filles de Zeus et de Mnémosyne (la déesse de la mémoire).

​CALLIOPE ​Poésie épique
​CLIO ​Histoire
​ÉRATO ​Poésie lyrique
​EUTERPE Musique
​MELPOMÈNE ​Tragédie
​POLYMNIE ​Rhétorique
​TERPSICHORE ​Danse
​THALIE ​Comédie
​URANIE ​Astronomie

À l’époque baroque, les dieux, les nymphes et les Muses apparaissaient sans problème dans les livrets d’opéra. Il est donc naturel d’y rencontrer des Muses. Par exemple dans Alceste de LULLY, à la fin de l’œuvre, Apollon descend de l’Olympe avec les Muses.

Dans Platée, de RAMEAU, qui raconte un complot de Jupiter pour ridiculiser la nymphe Platée (et la jalousie de sa femme Junon), la Muse de la Comédie Thalie se joint à ce complot.

Rameau Platée ThalieCliquez sur la Thalie de Rameau

Dans les Boréades, du même Rameau, c’est Polymnie (la rhétorique) qui intervient pour essayer d’adoucir Borée, le dieu du vent.

Rameau les BoréadesCliquez sur l’image

On peut également noter que Campra a écrit un opéra-ballet intitulé Les Muses (1703) ou encore citer l’opéra-ballet les Fêtes de Thalie (1714), de MOURET, où l’on voit Melpomène (la Tragédie) se disputer avec Thalie (La Comédie) pour savoir qui doit avoir la prééminence sur l’opéra. À cette époque pré-hollywoodienne, quand un spectacle avait du succès, on faisait une suite, et c’est ainsi que dans la Revanche du fils du retour des Fêtes de Thalie (je ne suis pas certain du titre exact de cette suite), c’est au tour de Terpsichore (la Danse) et de Polymnie d’entrer dans la danse (si j’ose dire) pour revendiquer leur part dans le succès de l’opéra.

On retrouve ce même thème au XXe siècle où PROKOFIEV fait s’affronter Comédie et Tragédie pour savoir qui doit avoir la préséance sur l’autre dans L’amour des 3 oranges (1919). Les Muses y sont représentées par le chœur.

Prokofiev l'Amour des 3 oranges tragiques vs lyriquesCliquez sur l’image

Enfin dans les Contes d’Hoffmann d’OFFENBACH c’est la muse de la Poésie qui veut s’assurer de l’exclusivité des faveurs du poète Hoffmann.

littérature, Mythologie, Nature, Poésie

le vin, LE VENT, la vie… (1 LE VENT)

… est un recueil de poésies du poète antéislamique Abu NUWAS (757 – 815), dans lequel il célèbre tous les plaisirs qui enivrent sa vie, que ce soit le vin, ou l’amour sous toutes ses formes.

Vine, Wind, Life is a book of poems written by Abu Nuwas.

Dans ce billet, je vous parlerai de la présence du vent dans l’opéra. Il y aura bien sûr un « LE VIN, le vent, la vie ». En l’attendant, je vous conseille le très bon article sur les chansons à boire de l’opéra de l’excellent site Le voyage lyrique.

C’est dans les opéras baroques que l’on trouve le plus l’influence du vent, puisqu’à cette époque les sujets étaient pour l’essentiel puisés dans la mythologie, et Éole, le dieu du vent pouvait donc participer à l’action.

Ainsi dès 1673 dans Alceste de LULLY, on voit Éole calmer les flots pour permettre à Admète et Alcide de poursuivre Lycomède qui a enlevé Alceste.

Dans King Arthur de PURCELL, au début de l’acte V, l’enchanteur Merlin invoque Éole. Le dieu du vent calme la mer déchaînée. Des flots surgit une île, l’Angleterre, the fairest isle.

Purcell King Arthur Fairest IsleCliquez sur l’île féérique

Dans le dernier de ses opéras, et peut-être le dernier opéra baroque puisqu’en 1763, le classicisme avait débuté, RAMEAU choisit Les Boréades dans lequel la reine Alphise doit choisir pour époux parmi les Boréades, c’est-à-dire les descendants de Borée, le dieu du Vent. Mais c’est un étranger, Abaris, qu’elle aime. Si elle cède à son amour, elle provoquera la colère de Borée. Après diverses péripéties, que je raconterai un jour dans un billet consacré aux Boréades, Borée en colère frappe la Terre de ses vents, provoquant la terreur chez les humains (Nuit redoutable, jour affreux). Au début de l’acte V, Borée ordonne aux vents de continuer à frapper la Terre, mais ceux-ci sont devenus faibles à cause d’un humain. En fait, on apprend qu’Abaris est un fils d’Apollon et d’une nymphe, elle-même descendante de Borée. Ainsi Alphise peut se marier avec Abaris et tout est bien qui finit bien.

Rameau les BoréadesCliquez sur l’image

Passons à l’époque classique avec l’opéra seria Idoménée (1780) de MOZART. L’histoire se passe en Crête après la chute de Troie. Au début du 3e acte, Ilia, fille de Priam, prend la nature à témoin de sa douleur (en français : Zéphir léger et charmant).

Mozart Idoménée Zefiretti lusinghieriCliquez sur l’image

Quelques années plus tard, ROSSINI dans son Barbier de Séville compare les ravages de la calomnie à un petit vent qui enfle et enfle. Air de la calomnie : « La calunnia è un venticello ».

Rossini le barbier de Sévilla La CalunniaCliquez sur la calomnie

Et en dehors du chant de l’opéra, je ne peux résister à vous présenter une des pièces impressionnistes de DEBUSSY : Ce qu’a vu le vent d’ouest.

Debussy Ce qu'a vu le vent d'OuestCliquez sur le pianiste

Et pour terminer, une très belle chanson de BREL, qui est déjà un classique de la chanson francophone.

Divers

Je me souviens…

Je me souviens est le titre d’un livre de Georges PEREC paru en 1978. J’y reviendrai.

Sur ce thème des remémorations, je vais ici vous parler de quelques souvenirs mémorables liés à l’opéra.

Je me souviens de ma première Walkyrie à Rouen. C’était dans les années 70 et ça devait être mon premier opéra vu sur scène.

Je me souviens de Saint-François d’Assise de MESSIAEN. Mon premier spectacle au palais Garnier quand je suis arrivé à Paris pour y travailler. Un rêve. José van Dam chantant J’ai peur sur la route, Christiane Eda-Pierre dans le rôle de l’ange, Siegmund Nimsgern dans le rôle du lépreux, et le prêche aux oiseaux sous la baguette de Seiji OZAWA.

Je me souviens d’Atys de Lully à la salle Favart, sous la direction de William Christie, qui a contribué à la redécouverte de tout un monde baroque.

Je me souviens du choc éprouvé avec The Turn of the screw de BRITTEN. D’enthousiasme, je suis retourné le voir le lendemain.

Je me souviens de Tristan und Isolde à Bayreuth. Le silence absolu (et dans le noir) d’où émergea de façon si ténue le début du prélude du 1er acte. Et à l’entracte, j’avais pu me glisser en coulisse pour assister au changement de décor.

Je me souviens de la mort de Boris Godounov chantée par Nicolaï Ghiaurov à Garnier, si expressif dans son jeu et son chant qu’il était presque choquant de le voir se relever et saluer après une mort si réussie.

Je me souviens de Rusalka de DVORAK, un spectacle frôlant la perfection (musique, chant, décors, mise en scène, éclairages…)

Je me souviens de Joseph de MÉHUL que j’ai eu le privilège de chanter en juillet 1989 sur les Champs-Élysées. Il y avait dans cette production une petite jeune qui débutait, une certaine Nathalie DESSAY. Elle chantait au milieu du chœur, juste à côté de moi.

Je me souviens avoir inauguré, dans les chœurs, le Théâtre Impérial de Compiègne, avec Gustave III de AUBER et Laurence DALE dans le rôle de Gustave. (Je me souviens également avoir découvert ce que peuvent être les relations entre un chef d’orchestre et son orchestre, mais ça, je ne peux pas en écrire le détail. En tout cas, ça m’a servi ultérieurement dans les fonctions managériales qu’il m’est arrivé d’exercer.)

Cinéma, Compositeurs, Maria Callas

Giacomo PUCCINI (1858 – 1924)

Aujourd’hui, voyons le représentant le plus connu de l’école vériste, PUCCINI.

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Puccini, né en 1858 à Lucques en Italie, est issu d’une longue lignée de musiciens, ses quatre aïeux paternels étant compositeurs d’opéras !

Très jeune, il reçoit sa première formation musicale à Lucques. En 1876, il compose sa Missa de Gloria, et en 1879, il entre au conservatoire de Milan où il a comme maître PONCHIELLI.

Avec l’aide d’Arigo BOÏTO, il monte son premier opéra, La Villi, à la Scala de Milan en 1884, opéra qui attire l’attention de Giuseppe VERDI.

Son premier succès est Manon Lescaut (1893), et son premier chef d’œuvre La Bohème (1896). Viennent ensuite Tosca (1900)

Puccini Tosca Vissi d'arte Callas

Cliquez sur l’image

et Madame Butterfly (1904)

Puccini Butterfly Un bel di vedremo

Cliquez sur madame Butterfly

Fort de ses succès, il laisse passer plusieurs années avant son ouvrage suivant, l’opéra western La fille du Far-West, (La Fanciulla del West) qui date de 1910.

Suivront encore La Rondine (1917) écrite pour l’Opéra de Vienne et le Triptyque (1918), une trilogie de trois opéras en un acte, sans lien entre eux. (L’air « O mio babbino caro » de Gianni Schicchi, troisième volet du triptyque, resplendit dans l’ouverture du film A room with a view, de James IVORY.)

Puccini Gianni Schicchi O mio babbino caro a Room wtrh a viewNe cliquez plus sur le professeur Ombrage et le professeur Mac Gonnagal

Il laisse inachevé son dernier opéra Turandot, commencé en 1920, lorsqu’il meurt d’un cancer de la gorge en 1924.

Puccini Turandot Nessun dorma

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Divers

Les histoires d’amour finissent mal… (2)

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Cet adage des Rita Mitsouko s’applique bien aux opéras, qui bien souvent se terminent par la mort de l’héroïne (ou du héros).

Je vais donc vous proposer ici de trouver quelques airs fameux illustrant la mort du héros [pour la mort des héroïnes, voir « Les histoires d’amour finissent mal… (1) « ].mort de don giovanniEn 1787, dans la fantastique scène finale du Don Giovanni de MOZART, la statue du commandeur vient chercher Don Giovanni pour le conduire en enfer.

En 1833, à la fin de Gustave III ou le Bal masqué d’AUBER, Gustave meurt sous les coups de son ministre Ankastrom, alors même qu’il venait de renoncer à son amour pour Amélie, la femme de celui-ci. (Je suis particulièrement heureux de mettre ce final, car je chantais dans les chœurs pour cet enregistrement réalisé lors de l’inauguration du théâtre impérial de Compiègne).

En 1835, à la fin de Lucia di Lammermoor, Edgar se donne la mort quand on lui apprend que Lucia, son amour, est morte.

En 1846, à la fin de la Damnation de Faust de BERLIOZ, Méphistophélès entraîne Faust en enfer dans une chevauchée fantastique.

En 1859, à la fin de Tristan und Isolde de WAGNER, Tristan meurt (avant qu’Isolde ne le rejoigne dans la mort). ghiaurov                                                               Nicolaï GHIAUROV

En 1872, à la fin de Boris Godounov de MOUSSORGSKI, Boris meurt dans une des scènes les plus fortes de l’histoire de l’opéra.

En 1874, dans le Crépuscule des dieux (Götterdammerung) de WAGNER, après la mort de Siegfried, son corps est transporté sur le Rhin, peu avant l’embrasement final et la fin des dieux.

En 1886, Otello meurt sur le corps de sa femme Desdémone quand il comprend qu’il l’a accusée (et tuée) à tort.

En 1957, dans West Side Story les Jets et les Sharks escortent le corps de Tony dans un dernier convoi funèbre.

En 1972, BRITTEN fait mourir Eschenbach du choléra à la fin de son crépusculaire La mort à Venise écrit d’après Thomas MANN.

Enfin, il arrive qu’à l’opéra l’héroïne ET le héros meurent ensemble. Retrouvez ces scènes dans Les histoires d’amour se terminent mal… (3) .