Écrivains, histoire, littérature, Philosophie

VOLTAIRE et ROUSSEAU, LES JOYEUX DUETTISTES – chapitre 1 – JJ.ROUSSEAU

Cliquez sur le textejesuistombc3a9parterre

chantait Gavroche dans les Misérables de VH.

En fait, le chansonnier BÉRANGER avait déjà écrit avant HUGO dans une de ses chansons :

rousseauvoltaire

traduisant ainsi le fait qu’à l’époque de la Restauration, on attribuait l’origine de la Révolution française aux écrits de VOLTAIRE et ROUSSEAU.

Initialement, j’avais prévu de traiter nos amis dans un seul billet, mais devant l’abondance de matière à traiter, j’ai décidé d’en faire deux billets jumeaux.

Voyons donc ici les rapports entre Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) et la musique.

Dès 1747, DIDEROT et D’ALEMBERT confient à Rousseau (1715 – 1778) la rédaction des articles sur la musique de leur Encyclopédie, et il écrira encore en 1767 un Dictionnaire de musique qui restera longtemps un modèle du genre. Cependant cinquante ans après, ses écrits sont déjà controversés, comme on peut le voir sur le préliminaire de l’édition de 1791.

rousseau encyclopédie

Si l’opéra de JJ.ROUSSEAU Le Devin du village (1752) a connu à son époque un honnête succès, on connaît moins le reste de sa carrière de compositeur. Pourtant, dès 1744, il compose Les Muses galantes qui ne sera jamais joué au théâtre. La première représentation en 1745, privée, provoqua le début de ses querelles avec RAMEAU.

JJ.ROUSSEAUCliquez sur le portrait de JJ.Rousseau

En 1745, il écrit de la musique complémentaire pour Les Fêtes de Ramire, d’après La Princesse de Navarre, un opéra que RAMEAU avait écrit au début de l’année sur un livret de VOLTAIRE. Les difficultés liées à cette reprise influeront sur les difficultés relationnelles entre Rousseau et Rameau.

En 1752, c’est donc Le Devin du village, sans doute son opéra le plus connu.

rouffeau devinCliquez sur l’image

Pourtant, suite à l’échec relatif de cette œuvre, les difficultés entre Rousseau et Rameau éclatent au grand jour avec sa Lettre sur la musique française (1753) où il défend la supériorité de la musique italienne sur la musique française (en fait la prééminence de la mélodie, qu’il défendait, contre l’harmonie, que défendait Rameau). Rousseau prétendait en effet que le français était une langue qui ne se chantait pas, au contraire de l’italien, alimentant ainsi ce qu’on a appelé la querelle des Bouffons, démarrée l’année précédente.

En 1762, Rousseau écrit un Pygmalion, qu’il aurait voulu faire mettre en musique par GLUCK. Celui-ci n’étant pas disponible, il se tourne vers l’obscur Horace COIGNET et Rousseau écrira lui-même 2 des 22 chansons de cette pièce.

Bien entendu, la musique prenant une place importante dans son univers mental, on trouve de nombreuses allusions à la musique dans ses œuvres littéraires, comme Les Confessions.

Monsieur R. dit (😉):

Les accents de la voix passent jusqu’à l’âme ; car ils sont l’expression naturelle des passions, et en les peignant ils les excitent.

Ne ratez pas très prochainement sur ce blog les rencontres entre Voltaire et l’opéra.

Divers

Les histoires d’amour finissent mal… (3)

Après avoir laissé Aïda et Radamès emmurés vivants à la fin du billet consacré à Aïda, il me revient que je vous avais promis une troisième livraison de la série « Les histoires d’amour finissent mal… ». Après donc avoir examiné les plus belles morts d’héroïnes et les plus belles morts de héros, voici le troisième volet consacré à la mort, celui où l’héroïne et le héros meurent ensemble.

Rassurez-vous, pour alléger l’atmosphère, je vais me mettre très prochainement à un billet sur les plus beaux duos d’amour.

Dans l’acte fondateur de l’opéra, l’Orfeo (1607) de MONTEVERDI, ce n’est pas vraiment dans la mort qu’Orphée rejoint son Eurydice définitivement retournée au royaume des morts perdue, mais dans une apothéose puisque son père Apollon le fait monter au ciel pour lui offrir l’immortalité.

Ensuite viennent environ deux siècles, baroques, où l’on ne meurt pas beaucoup car cela ne se faisait pas de représenter la mort sur scène.

Il faut attendre le début du XIXe siècle et le romantisme pour que l’on se mette à mourir en scène. Ainsi à la fin de Norma (1831) de BELLINI, la grande prêtresse gauloise Norma, qui a perdu l’amour du père de ses enfants le romain Pollione, choisit de mourir sur le bûcher avec lui.

Dans le Vaisseau fantôme (1842) de WAGNER, le Hollandais volant, qui espérait avoir l’amour sincère d’une mortelle, Senta en l’occurrence, repart errer sans fin sur les flots, ce qui est une sorte de mort au-delà de la mort. Mais Senta se précipite à sa suite dans les flots, et rachète ainsi de sa propre mort la malédiction éternelle du Hollandais.

Au dernier acte de Tristan und Isolde de WAGNER, après la mort de Tristan, Isolde ne peut lui survivre et meurt d’amour pour son Tristan, c’est le fameux LiebesTod, la mort d’amour.

Dans Roméo et Juliette de Gounod, Roméo se suicide devant le corps inanimé de Juliette. Quand celle-ci sort de sa mort artificielle pour retrouver son Roméo, elle se donne la mort pour le retrouver.

roùeo et juliette finalCliquez sur l’image

Dans Aïda de VERDI, une variation sur le thème de Roméo et Juliette puisque Radamès est général égyptien et Aïda la fille du général éthiopien ennemi. Leur amour est donc un amour impossible. À la fin de l’œuvre, les deux amants sont emmurés vivants et meurent ensemble.

À la fin du Crépuscule des dieux (1874) de Wagner, Siegfried est lâchement assassiné par Gunther. La walkyrie Brünnhilde dresse alors un bûcher pour brûler son corps, puis l’ayant embrasé se jette dedans avec son cheval.

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Dans Otello (1886) de VERDI, Otello maladivement jaloux étrangle sa femme Desdémone, puis, apprenant qu’il a été trompé par le traitre Iago, se suicide sur le corps de sa femme.

otello final

Enfin, dans Tosca (1899) de PUCCINI, l’héroïne Floria Tosca se suicide sur le corps de son amant Caparadossi quand elle se rend compte que le simulacre d’exécution qui devait lui permettre de prendre la fuite avec lui était en fait un simulacre de simulacre d’exécution, et que Caparadossi a été réellement exécuté.

tosca finalCliquez sur l’image

Compositeurs

Georges BIZET (1838 – 1875)

Georges BIZET, le créateur de Carmen, est né à Paris le 25 octobre 1838. Sa mère, pianiste, lui donne ses premières leçons de musique.

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Il entre au conservatoire à l’âge de 10 ans et, pianiste doué, obtient son premier prix de piano à 14 ans. Il apprend la composition auprès d’HALÉVY, l’auteur de La Juive. À 17 ans, il écrit sa Symphonie en ut et l’année d’après il participe à un concours d’opérette organisé par OFFENBACH, concours dont il gagne le premier prix avec Le Docteur miracle. À 19 ans, il obtient le grand prix de Rome et part à la Villa Médicis.

Les Pêcheurs de perles (1863) est sa première grande œuvre montée sur scène. On y trouve le fameux duo « Au fond du temple saint » et l’air Je crois entendre encore. En 1866, il écrit La jolie fille de Perth d’après Walter SCOTT.

bizet pecheurs de perleCliquez sur l’image

En 1869, il épouse Geneviève, la fille de son professeur de composition Halévy.

En 1872, il écrit une musique de scène pour L’Arlésienne de Daudet, avec sa célèbre Marche des rois.

bizet l'arlésienneCliquez sur l’image

En 1874, il reçoit une commande pour une pièce légère avec une fin heureuse de la part de l’Opéra Comique : ce sera l’opéra Carmen sur un livret de Meilhac et Halévy. Cet Halévy était d’ailleurs de sa famille puisqu’il était le cousin de sa femme Geneviève.

Après des débuts difficiles en raison du sujet jugé scabreux, Carmen devient un des plus grands succès mondiaux de l’opéra, mais Bizet ne connaîtra pas ce succès : il meurt le 3 juin 1875 trois mois après la première.

Le succès de Carmen n’est pas que public puisque TCHAÏKOVSKI idolâtrait cette partition et que NIETZSCHE, quand il s’est défait de l’emprise wagnérienne, reconnaissait en Carmen l’antidote au « poison wagnérien ».

La célèbre scène des enfants (nous marchons la tête haute) a d’ailleurs inspiré bien des compositeurs qui ont incorporé une scène d’enfants au début de leurs opéras, que ce soit Tchaïkovski dans La dame de pique, RIMSKI-KORSAKOV dans Snegourotchka, ou PUCCINI dans La Bohème.

Et allez, c’est aujourd’hui dimanche, et je vous propose un bis pour l’air Je crois entendre encore des Pêcheurs de perles, vous pourrez comparer avec la version présentée plus haut (et m’écrire ce que vous en pensez).

bizet spyresCliquez sur l’image

Bande dessinée, Divers, Géographie, histoire, Shakespeare

L’ÉGYPTE ET L’OPÉRA

Après le billet consacré à Aïda de VERDI, je vais faire un zoume sur la représentation que l’Occident s’est faite de l’Égypte antique à l’opéra. J’en ai eu l’idée en écoutant une passionnante émission sur l’Égypte et l’opéra sur la chaîne Canal Académie.

En 1723, HAENDEL met en musique Jules César en Égypte, qui raconte la rencontre entre Jules César et Cléopâtre, et en 1737, alors qu’il avait abandonné la production d’opéras pour se consacrer à l’écriture d’oratorios, il écrit Israël en Égypte.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Cornélie et Sextus

Si le livret de SCHIKANEDER ne mentionne pas explicitement que l’action de La Flûte enchantée (1791) de MOZART se passe en Égypte, la question ne se pose pas pour de nombreux metteurs en scène, surtout à cause du fameux air de basse « O Isis und Osiris ».

Mozart La Flûte enchantée O Isis und OsirisCliquez sur Zarastro

En 1807, MÉHUL écrit La légende de Joseph en Égypte, opéra tiré d’un sujet biblique racontant la fuite en Égypte.

joseph laurence daleCliquez sur l’image

En 1818, ROSSINI écrit son Moïse en Égypte. Cet opéra sera adapté en français par Rossini en 1827 sous le titre Moïse et Pharaon, le passage de la mer Rouge.

Rossini Moïse en ÉgypteNe cliquez pas sur l’image

En 1869, VERDI reçoit d’Égypte une commande pour un opéra, à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez et de l’inauguration de l’opéra du Caire en 1869. Écrit sur un livret de l’égyptologue MARIETTE, Verdi compose une de ses œuvres les plus connues, l’opéra péplum Aïda, qui ne sera finalement créé qu’en 1871.

Verdi Aïda O terra addioCliquez sur la scène finale d’Aïda

MASSENET y est allé de son opéra égyptien, avec Thaïs (1894), dont on joue encore la célèbre méditation pour violon.

En 1914, les Ballets russes montent La Légende de Joseph, une œuvre commandée à Richard STRAUSS. Celui-ci reviendra en Égypte en 1925 – 1926 avec Hélène d’Égypte.

1914 est aussi l’année de composition de Mârouf, savetier du Caire, un opéra-comique de Henri RABAUD, d’après un conte des Mille et une nuits.

En 1920, le compositeur Florent SCHMITT écrit une musique de scène pour la pièce Antoine et Cléopâtre de SHAKESPEARE.

Arnold SCHOENBERG commence en 1932 un opéra, Moïse et Aaron, qui restera inachevé et ne sera créé qu’en 1954.

Le baryton et auteur de bande dessinée E.P.JACOBS s’est servi de l’imaginaire égyptien dans un de ses chefs d’œuvre : Le secret de la grande pyramide au début des années 50, soit à peine 30 ans après la découverte du tombeau de Toutankhamon.

Et le pape du minimalisme Philip GLASS écrit Akhnaten (Akhénaton) en 1983.

Glass Akhnaten The Window of AppearancesCliquez sur l’image

histoire, Mes opéras préférés

AÏDA de VERDI

Opéra péplum, Aïda est le fruit d’une commande du souverain d’Égypte qui souhaitait, pour l’inauguration du canal de Suez (1869) et de l’Opéra du Caire, la création d’un opéra écrit par un auteur de renom. VERDI étant un des plus célèbres de son époque, c’est à lui qu’on a demandé. Le livret est dû au grand égyptologue Mariette. La guerre de 1870 en retarde la création (l’opéra du Caire sera inauguré avec Rigoletto) et la création d’Aïda a lieu en 1872.

Dans ce Roméo et Juliette au pays des pharaons, on retrouve le schéma type de l’opéra selon G.B.SHAW (S+T/B+A). Un jeune chef militaire égyptien, Radamès, est amoureux d’une esclave, Aïda. Or celle-ci se trouve être la fille du roi des Éthiopiens, contre l’armée duquel Radamès doit se battre. C’est très cornélien tout ça !

C’est l’occasion pour Verdi d’écrire de très beaux airs et ensemble, dont le tube pour ténor « Celeste Aïda » ou la marche triomphale avec les célèbres trompettes d’Aïda.

Acte I : Dans le palais royal de Memphis, le grand prêtre Ramphis annonce à Radamès, jeune capitaine de l’armée égyptienne, que la déesse Isis a nommé le chef qui mènerait l’armée au combat contre les Éthiopiens, sur le point d’envahir l’Égypte. Radamès rêve de ce poste et de la victoire, qui lui permettrait de demander la main d’Aïda, une jeune esclave d’Amnéris, la fille du pharaon. (Air : Celeste Aïda.)  Amnéris, amoureuse de Radamès, se demande s’il en aime une autre. Lorsqu’Aïda paraît, Amnéris comprend au trouble de Radamès qui est sa rivale (Trio). Un messager arrive : les Éthiopiens, conduits par Amonasro, ont envahi l’Égypte et marchent sur Thèbes. Le pharaon dévoile le choix d’Isis, c’est Radamès qui dirigera l’armée égyptienne. Tout le monde lui souhaite la victoire, même Aïda déchirée entre son amour pour sa patrie et son amour pour Radamès (Air : Ritorna vincitor).

Dans le temple de Memphis, les prêtres et les prêtresses invoquent le dieu Ptah. Ramphis remet à Radamès un glaive sacré qui le mènera à la victoire (Duo : « Nume, custode e vindice »).

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Acte II : Amnéris et les femmes attendent le retour de l’armée et de Radamès, victorieux des Éthiopiens. Voulant tester les sentiments d’Aïda, Amnéris lui annonce la mort de Radamès. Aïda est désespérée. Amnéris révèle alors qu’elle a menti et qu’il est vivant. Devant la joie d’Aïda, Amnéris laisse éclater sa fureur en révélant qu’elles sont rivales (Duo : Pietà ti prenda del mio dolor).

À Thèbes, le peuple acclame son armée (marche : « trompettes d’Aïda »). Derrière le défilé des troupes victorieuses suit Radamès, porté en triomphe. On amène les prisonniers, mais Aïda, reconnaissant parmi eux son père Amonasro, se trahit. Celui-ci plaide pour son peuple. Radamès ému demande la libération des prisonniers. Le pharaon accepte à condition qu’Aïda et son père restent en Égypte, et donne la main de sa fille à Radamès. Amnéris est heureuse, Aïda pas.

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Acte III : La nuit sur les bords du Nil, près du temple d’Isis. Amnéris et Ramphis viennent invoquer Isis avant le mariage d’Amnéris. Au même moment, Aïda attend Radamès qui lui a donné rendez-vous à cet endroit. Elle chante son désespoir de ne plus voir sa patrie (Air : « Oh, patria mia »).

Verdi Aïda O patria miaCliquez sur l’image

Amonasro tente de la convaincre de trahir Radamès au nom de cette patrie, et essaie de connaître le chemin que doit prendre l’armée égyptienne pour pouvoir l’attaquer. Aïda refuse et se fait maudire par son père, avant de se laisser convaincre, pour sauver son peuple et revoir sa patrie. Entendant Radamès arriver, Amonasro se cache. Aïda réussit à convaincre Radamès de fuir avec elle, et demande quel chemin prendre pour éviter de croiser la route de l’armée égyptienne (Duo : Fuggiam gli ardori inospiti). Il le lui dit. Amonasro sort alors de sa cachette, et Radamès se rend compte qu’il a trahi son secret et sa patrie. Ils essaient de convaincre Radamès de les suivre en Éthiopie où il pourra couler des jours heureux avec Aïda, mais à ce moment, Amnéris et Ramphis sortent du temple d’Isis. Amonasro veut la poignarder, mais Radamès l’en empêche, avant de favoriser la fuite du père et de sa fille, et de se livrer à Ramphis.

Acte IV : Dans le palais, Amnéris s’inquiète du sort de Radamès, qu’elle aime malgré sa trahison. Elle le fait venir. Radamès se défend et lui reproche d’avoir tué Aïda. Amnéris lui dit qu’Aïda a réussi à s’enfuir et lui promet la grâce s’il accepte de ne plus la revoir, mais il refuse. Radamès est jugé et est condamné à être emmuré vivant, au grand dam d’Amnéris (Chœur : Spirto del nume).

Dans la crypte du temple, Radamès se lamente sur son sort. Il entend un bruit, c’est Aïda qui a réussi à se glisser avec lui. Ils meurent dans les bras l’un de l’autre (Duo : « O terra, addio ») tandis que dans le temple, Amnéris prie pour qu’ils obtiennent la paix éternelle.

Verdi Aïda O terra addioCliquez sur l’image

 

Divers, histoire

Mouvements sociaux et opéra

Alors qu’a eu lieu ce 19 janvier 2019 l’acte X du mouvement Les Gilets jaunes, on me demande si l’opéra a traité des mouvements sociaux.

Je vais essayer ici de répondre à cette excellente question (merci Frédéric).

Jusqu’au XVIIIe siècle, les sujets d’opéra étaient tirés essentiellement de la mythologie, et les questions sociales n’étaient donc pas (ou peu) traitées.

Une exception nous vient d’Angleterre, pays pourtant peu réputé pour son art lyrique, avec le Beggars’opera (L’opéra des gueux) (1728) qui constitue une violente satire politique et sociale.

À partir de la moitié du XVIIIe siècle, les choses changent avec l’apparition des philosophes et penseurs comme Voltaire ou Rousseau en France, ou Schiller en Allemagne.

Ainsi, Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro met en scène le petit peuple représenté par Figaro, valet du comte Almaviva. Dans Le Nozze di Figaro (1786), adaptation de Mozart, le comte qui a des vues sur Suzanne, elle-même femme de chambre de la comtesse, se fait remettre à sa place par Figaro qui lui rappelle qu’il a aboli le droit de cuissage.

mozart se vuol venireCliquez sur Figaro

Bien entendu, la Révolution française a suscité musique et opéras.

L’influence de Schiller dans le mouvement d’émancipation des peuples, il s’agit ici d’émancipation politique, pas encore sociale, apparaît dans des opéras tels que Guillaume Tell, de Rossini, ou les Brigands de Verdi. Beethoven dont on sait l’attachement farouche à la liberté a d’ailleurs mis en musique l’hymne à la joie pour le final de sa IXe symphonie.

Lors d’une représentation de La Muette de Portici d’Auber à Bruxelles en 1830, le grand air « Amour sacré de la Patrie » a donné le départ de la révolution belge ayant abouti à la création de ce pays.

Auber la Muette de Portici amour sacré

Verdi lui-même était très engagé dans le mouvement qui devait libérer l’Italie du joug autrichien. VERDI était d’ailleurs devenu l’acronyme de Victor Emmanuel, Roi DItalie.

Wagner, l’exact contemporain de Verdi, a fait le coup de poing en compagnie de Bakounine sur les barricades de Dresde en 1848. Cette participation aux émeutes lui vaudra de longues années d’exil. Nourri de la pensée de Schopenhauer, on trouve des éléments de son idéal révolutionnaire dans sa trilogie avec prologue L’Anneau du Niebelungen, qui voit disparaître la race des dieux au profit des hommes, un des nombreux thèmes abordés étant d’ailleurs la recherche d’un être qui soit totalement libre.

Victor Hugo a raconté les mouvements du peuple dans Les Misérables. L’adaptation de son roman en comédie musicale a été un des plus grands succès de ce genre.

hugo les MisérablesCliquez sur Cosette

Un des successeurs d’Hugo pour la description de la vraie vie des gens, Émile Zola,  a travaillé avec Bruneau pour des opéras naturalistes, adaptant notamment Le Rêve, d’après le cycle des Rougon-Macquart.

Plus tard au XXe siècle, Kurt Weill et son Opéra de quat’sous, sur un livret de Bertold Brecht, a continué à décrire la vraie vie des vraies gens.

Divers, Histoire de l'opéra

LES BALLETS RUSSES

Quel est le point commun entre ces compositeurs d’opéra : STRAVINSKY, PROKOFIEV, R.STRAUSS, RAVEL, DEBUSSYSATIE, POULENC ou DE FALLA ?

La réponse est dans le titre de ce billet, tous ces compositeurs ayant écrit de la musique pour les ballets russes de DIAGHILEV (1872 – 1929) au début du siècle dernier.

La compagnie des Ballets russes a été fondée en 1909 à Saint-Pétersbourg. À ses débuts, elle se contentait de monter des ballets sur des musiques déjà existantes, permettant ainsi de faire connaître au public occidental la musique de compositeurs tels que MOUSSORGSKI ou RIMSKI-KORSAKOV au travers de leurs tournées.

Très vite, elle passe commande de musiques originales à à peu près tout le milieu de la musique contemporaine de l’époque.

C’est ainsi qu’en 1910 a lieu la création de L’Oiseau de feu de Stravinsky.

En 1911, c’est Pétrouchka du même Stravinsky. En 1912, pas moins que L’après-midi d’un faune de Debussy et Daphnis et Chloé une commande originale passée à Ravel.

1913 est l’année du retentissant scandale du Sacre du Printemps (29 mai), au théâtre des Champs-Élysées alors tout juste inauguré, mais c’est aussi celle de la création de Jeux (le 15 mai) de Debussy (le 15 mai).

Stravinsky Le Sacre du printempsCliquez sur l’image

1914 est l’année de la création de la Légende de Joseph, de Richard Strauss.

En 1917, ce sera Parade de Satie, sur un texte de COCTEAU et avec les décors, costumes et rideau de scène de PICASSO. Pour la petite histoire, c’est dans le texte de présentation qu’APOLLINAIRE a rédigé pour Parade qu’il a introduit le mot sur-réaliste.

rideau_picasso_parade2Cliquez sur l’image

En 1919, les ballets russes monteront le Tricorne de De Falla. Là aussi, les costumes et décors sont de Picasso.

Les années suivantes verront les créations du Chant du rossignol, de Renard, de Mavra, de Pulcinella et des Noces, toutes œuvres de Stravinsky, mais également des Biches de Poulenc, les décors et les costumes étant de Marie LAURENCIN.

les biches poulenc.pngCliquez sur l’image

En 1921, c’est la création de Chout le bouffon de Prokofiev, qui avait fréquenté dans sa jeunesse les soirées musicales de Diaghilev à Moscou, y rencontrant alors Debussy et le jeune Stravinsky.

1929 est la dernière année des ballets russes, qui ne survivront pas à son fondateur. Ce sera l’année de la création du Fils prodigue de Prokofiev.

Rétrospectivement, je trouve très impressionnant le nombre de pièces majeures ainsi créées en vingt ans.

Animation 1, Cinéma

MAGICAL MAESTRO (TEX AVERY)

Après les articles consacrés à Walt DISNEY et au studio GHIBLI, retour vers le monde de l’animation avec Tex AVERY (1908-1980).

Magical maestro est le titre d’un dessin animé du génial Tex AVERY, qui met en scène le baryton Poochini (prononcez Puccini), essayant de chanter le « Largo al factotum » extrait du Barbier de Séville de Rossini, alors qu’un magicien lui fait subir toutes sortes de transformations.

magical maestro

En fait, les musiques d’opéra sont omniprésentes dans les dessins animés de Tex Avery, notamment la marche nuptiale du Lohengrin de Wagner que l’on retrouve dans The early bird deed it, dans One ham’s family, dans Big heel whata, ou dans Lonesome Lenny.

Tex Avery One ham's familyCliquez sur l’image

On peut entendre le galop de l’ouverture du Barbier de Séville dans Dumb hounded, dans Screwball Squirrel, dans Wild & wolfy, dans King size canary, dans The car of tomorrow, dans Rock-a-bye-bear, dans Drag-a-long Droopy.

Tex Avery Drag a long DroopyCliquez sur l’image

On entend le grand air de la reine de la nuit dans Symphony in slang. Roméo et Juliette dans Little tinker, une citation de Un américain à Paris de Gershwin dans One cab’s family.

one cab's familyCliquez sur l’image

Sans parler de l’utilisation de la marche funèbre de Chopin à peu près chaque fois qu’il y a un mort (et on meurt beaucoup chez Tex AVERY).

The flea circus cite Wagner (Lohengrin) et un concerto de Liszt et l’air « Ah vous dirai-je Maman » de Mozart est également abondamment cité.

Tex Avery The flea CircusNe cliquez plus sur le piano

Bien entendu, je ne cite ici que les emprunts à la musique classique, mais de nombreux airs populaires américains ont servi également à Scott Bradley (1891-1977), l’auteur crédité de la musique dans les génériques des dessins animés de Tex Avery.

Histoire de l'opéra, Mes opéras préférés

LES INDES GALANTES de RAMEAU (1735)

Les Indes galantes est ce qu’on appelle un opéra-ballet, une forme dérivée de la tragédie lyrique, où la danse tient une grande importance. On ne parle plus de découpage en actes, mais en entrées, chaque entrée pouvant raconter une histoire indépendante des autres, rompant ainsi la règle des trois unités chère aux auteurs classiques.

Le premier opéra-ballet fut l’Europe galante (1697), de Campra. Les Indes galantes est donc une réponse à cette Europe galante.

Composé par RAMEAU en 1735, cet opéra-ballet ne comportait à sa création que trois entrées. La quatrième a été rajoutée à la reprise en 1736.

  • Le Turc généreux : Classique histoire d’Occidentaux qu’une tempête a jetés sur les rivages turcs. Osman tombe amoureux d’Émilie, désespérée d’avoir perdu son fiancé. Quand elle le retrouve, le turc, généreux, les laisse à leur amour.

Rameau Indes galantes Turc généreuxCliquez sur l’image

  • Les Incas du Pérou : Carlos, vainqueur des incas aime la princesse Phani. Huascar le grand prêtre du soleil reproche son attitude à Phani. Il simule une éruption volcanique, mais meurt écrasé par les rochers, laissant Carlos et Phani libres de leur amour.

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  • Les fleurs : Tacmas, prince persan, est amoureux de Zaïre, une esclave de son ami Ali, qui lui est amoureux de Fatima. Après un chassé-croisé, tout est bien qui finit bien.

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  • Les sauvages d’Amérique : Adario, chef indien battu par les Français et les Espagnols, s’inquiète à propos de Zima dont il est amoureux mais qui est courtisée à la fois par le chef français et le chef espagnol. Zima les rejette pour se tourner vers Adario. Tout se termine autour du calumet de la paix.

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Cinéma, littérature, Mythologie, Woody Allen

PYGMALION

Pygmalion est un personnage mythologique, dont l’histoire nous est contée par OVIDE dans ses Métamorphoses. Sculpteur, il tombe amoureux d’une de ses sculptures, celle de Galatée. Fils d’Athéna, il obtient d’Aphrodite, déesse de l’amour, qu’elle donne vie à son amour de pierre. Il a deux enfants avec elle, Paphos et Matharmé.

(A propos de Paphos et Matharmé, il est intéressant de noter que le dernier sonnet de MALLARMÉ est Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos).

Pygmalion est ainsi devenu l’archétype d’une « personne amoureuse d’une autre et qui la conseille et la façonne pour la conduire au succès », suivant la définition du Larousse.

Les amours d’Acis et Galatée font elles-mêmes l’objet d’une narration par Ovide dans ses Métamorphoses.

Tant le mythe de Pygmalion que celui d’Acis et Galatée ont été portés à l’opéra.

En effet, en 1770, ROUSSEAU écrit un mélodrame de ce nom, dont il a composé la musique pour deux des vingt-deux morceaux, Horace COIGNET écrivant le reste.

Son « rival », Jean-Philippe RAMEAU avait, lui, écrit un ballet, Pygmalion, en 1748. Il sera suivi par GRÉTRY en 1776.

Rameau Pygmalion Ouverture

En 1816 DONIZETTI, alors âgé de 19 ans, écrit son premier opéra Il Pigmalione.

G.B.SHAW a écrit sa pièce Pygmalion en 1914. Cette pièce a été adaptée en comédie musicale avec une musique de F.LOEWE, au théâtre en 1956, puis surtout dans le génial film My Fair Lady (1964) de Georges CUKOR avec Audrey HEPBURN.

On retrouve le thème de Pygmalion dans Maudite Aphrodite (1995), de Woody ALLEN.

Les amours d’Acis et Galatée (le modèle de Pygmalion) ont également été relatées par Ovide dans ses Métamorphoses. Cette légende a été mise en musique par LULLY en 1686 et par HAENDEL en 1731.

haendel acis et galatée