Mes opéras préférés, Mythologie

L’OR DU RHIN (RHEINGOLD), de WAGNER (1853 – 1854)

Prologue de L’anneau du Nibelung, le livret de l’Or du Rhin est achevé en 1853, et la musique en 1854. La première publique a lieu à Münich en 1869, par volonté du roi Louis II de Bavière et contre la volonté de WAGNER. La première officielle a lieu en 1876, pour l’ouverture du Festspielhaus de Bayreuth.

Pour l’Or du Rhin, Wagner rompt avec le traditionnel découpage en actes. Il est composé de quatre scènes reliées entre elles de manière continue grâce à des interludes musicaux.

Les filles du Rhin jouent, insouciantes, dans le Rhin. Elles sont censées garder l’Or du Rhin. Le Nibelung Alberich, un nain lubrique, les entend rire. Il s’approche et leur fait des avances, mais il est si laid qu’elles le repoussent.

Wagner Rheingold prélude BoulezCliquez sur les filles du Rhin

Voyant un éclat doré dans l’eau, il demande aux filles ce que c’est. Elles répondent que c’est l’Or du Rhin, que leur père leur a demandé de garder. Quelqu’un qui forgerait un anneau avec cet or pourrait dominer le monde, mais seul celui qui renierait l’amour pourrait s’en emparer. Devant les moqueries des filles du Rhin, Alberich maudit solennellement l’amour, et s’enfuit au Nibelheim avec le trésor volé. Les filles du Rhin se désespèrent.

Chez les dieux, Fricka réveille son mari Wotan, le dieu en chef, et lui annonce que le Walhalla, un palais que Wotan a fait construire par les deux géants Fafner et Fasolt, est achevé. Fricka est inquiète pour sa sœur Freia, que Wotan a promise aux géants comme prix de la construction. Wotan lui confie qu’il a envoyé Loge, le dieu du feu, chercher une autre récompense que Freia. Celle-ci entre, bientôt suivie par les géants qui viennent se faire payer leur ouvrage. Wotan leur annonce que Freia doit rester, mais Fasolt rappelle à Wotan qu’il tient sa légitimité des runes sacrées gravées sur sa lance, et qu’il se doit de tenir ses promesses.

Wagner Rheingold scène 2Cliquez sur l’image

Loge arrive. Il dit qu’il s’est trouvé quelqu’un pour préférer l’or à l’amour d’une femme : Alberich, qui a volé l’Or du Rhin. Loge conseille à Wotan de promettre cet or en lieu et place de Freia. Les géants acceptent et sortent avec Freia en attendant que Wotan leur apporte l’or. Dès qu’ils sont sortis, les dieux commencent à vieillir, car Freia, avec ses Pommes d’Or, leur procurait la jeunesse éternelle. Wotan suit Loge dans les profondeurs de la terre (le Nibelheim), pour voler l’or à Alberich.

Au Nibelheim, Alberich a contraint son frère, Mime, à lui forger un heaume magique qui permet à celui qui le porte de se métamorphoser à volonté ou de se rendre invisible. Wotan et Loge arrivent et discutent avec Mime, qui leur parle du heaume magique. Alberich arrive, conduisant les Nibelungen qu’il a réduits en esclavage et leur faisant faire un gros tas avec l’or qu’ils ont extrait de terre. Il menace ses visiteurs, leur annonçant qu’avec ses nouveaux pouvoirs, il va devenir maître du monde. Wotan se fâche, mais Loge, rusé, lui parle du heaume magique, et le défie de prendre la taille d’un animal gigantesque. Alberich se transforme en dragon. Loge lui demande alors de se transformer en un petit animal, comme un crapaud. Alberich se métamorphose en crapaud. Wotan et Loge se précipitent sur lui et le capturent en lui arrachant le heaume.

Wagner Rheingold crapaudCliquez sur le crapaud

Remonté à la surface, Wotan exige d’Albérich qu’il lui donne tout son or en échange de la liberté. Alberich ordonne aux Nibelungen de remonter l’or. Quand ils ont fini, Wotan arrache l’anneau du doigt d’Alberich. Alberich maudit alors l’anneau : celui qui portera l’anneau sera l’esclave de l’anneau ! Après le départ du Nibelung, les dieux arrivent, suivis de près par les géants et Freia. Fasolt demande que l’on fasse avec l’or un mur suffisant pour cacher entièrement Freia. Quand les dieux ont fini d’entasser l’or, Fasolt déclare qu’il reste un interstice. Le seul or qui reste, susceptible de le combler, est l’anneau que Wotan porte à son doigt. Wotan refuse. La déesse de la terre, Erda, apparaît alors, et déclare à Wotan que ce sera la fin du monde des dieux s’il ne se résout pas à livrer l’anneau. Wotan s’exécute et les géants se partagent le trésor. Ils se disputent l’anneau et Fafner tue Fasolt pour s’en emparer. Wotan comprend le pouvoir de la malédiction de l’anneau (« Furchtbar nun erfind ich des fluchtes Kraft », soit « Redoutable trouvé-je maintenant la terrible malédiction »). Les dieux peuvent maintenant entrer dans leur château. Donner provoque un orage et Froh crée un arc-en-ciel par lequel les dieux accèdent à leur nouvelle demeure. Loge, qui n’est qu’un demi-dieu, sentant venir la fin du règne des dieux ne les suit pas. Au bas, dans la vallée, on entend les filles du Rhin pleurer la perte de leur or.

Wagner Rheingold finalCliquez sur l’image

Le décor est maintenant planté pour la suite de la tétralogie (ou trilogie avec prologue pour les puristes), avec la Walkyrie.

 

Mes opéras préférés, Mythologie

LA LÉGENDE DE JOSEPH EN ÉGYPTE, de MÉHUL (1807)

Parmi les musiciens « révolutionnaires » dont je parlais dans mon billet précédent figure Nicolas MÉHUL. Parmi ses opéras figure la Légende de Joseph en Égypte, créé en 1807 d’après la légende biblique de Joseph. Cet opéra a une place particulière pour moi, puisque j’ai eu l’occasion de le chanter (dans les chœurs) en 1989, l’année de la célébration du bicentenaire de la Révolution française. C’était une grande première pour moi, surtout si l’on sait que dans la distribution figurait une jeune débutante prometteuse, une certaine Nathalie DESSAY (!) et que nous avons chanté sur les Champs-Élysées (au théâtre du Rond-Point) le 16 juillet 1989 !

Acte I : Dans son palais en Égypte, Joseph, qui a pris le nom de Cléophas, songe à son destin. Il raconte à son confident Utobal que quand il était enfant ses frères, jaloux de l’amour que lui portait leur père Jacob, l’ont vendu à un marchand d’esclaves (Air : « À peine au sortir de l’enfance »). Il était bien vu par son maître, mais la femme de celui-ci, madame Putiphar, lui a fait des avances auxquelles il n’a pas répondu. Furieuse, elle l’a dénoncé faussement et on l’a alors jeté en prison. Là, ayant su interpréter les rêves obscurs de Pharaon, celui-ci en a fait son ministre.

On annonce l’arrivée d’un groupe d’Hébreux. Ce sont les frères de Joseph, envoyés en Égypte par Jacob avec leur plus jeune frère Benjamin. La famine n’y sévit pas, grâce à Joseph qui a su constituer des stocks de nourriture quand celle-ci était abondante. Siméon, le principal responsable de la déchéance de Joseph est pris de remords et voudrait dire la vérité, mais ses frères lui recommandent de se taire.

Méhul Joseph partie 1Cliquez sur l’image

Joseph les reconnaît aussitôt, et il leur demande des nouvelles de leur père. Sans se faire reconnaître, il leur demande d’aller le chercher, leur offrant l’asile (Air : « Allez tous au devant d’un père »).

Acte II : Les Hébreux se sont installés aux portes de la ville. Ils chantent la prière du matin (Chœur : « Dieu d’Israël »), Joseph demande à Benjamin de rencontrer Jacob (Air : « Allez tous au-devant d’un père »). Benjamin explique à Joseph, qu’il n’a pas reconnu, comment la perte de Joseph a affecté Jacob. Jacob se réveille, il a vu Joseph vivant dans un songe.

Méhul Joseph partie 2Cliquez sur Joseph

Utobal vient dire à Joseph que le peuple veut lui faire un triomphe pour l’avoir protégé de la famine. Joseph fait monter Jacob et Benjamin avec lui sur le char triomphal. Ils reconnaissent alors Cléophas.

Acte III : Joseph offre un festin à sa famille. Seul Siméon est absent, rongé par la honte d’avoir vendu son frère Joseph. Des jeunes filles chantent un hymne à la nature (Air et chœur : « Aux accents de notre harmonie »).

Méhul Joseph aux accents de notre harmonieCliquez sur l’image

Utobal vient dire à Joseph que le pharaon lui reproche d’avoir donné de tels honneurs à des étrangers. Joseph part s’expliquer auprès de pharaon. Les frères reviennent avec Siméon, qui avoue son forfait à son père. Jacob les maudit tous, à l’exception de Benjamin. Joseph revient et s’agenouille devant son père en se faisant reconnaître comme Joseph et lui demande de pardonner à ses fils. Jacob, ému, pardonne. Pharaon offre l’hospitalité aux hébreux.

Méhul Joseph partie 3Cliquez sur l’image

P.S. Les vidéos présentées ici ne correspondent pas complètement au spectacle donné en 1989. Il s’agit d’un film tourné en 1991 et destiné à présenter le Théâtre Impérial de Compiègne qui allait ouvrir ses portes (j’y étais aussi, dans Gustave III, roi de Suède de D.F.E. AUBER, mais ça, c’est une autre histoire). C’est pourquoi on ne voit pas les choristes dans ce film, mais des figurants.

Mes opéras préférés, Mythologie

IPHIGÉNIE EN TAURIDE, de GLUCK (1779)

Tragédie-opéra de GLUCK créée en 1779 à l’académie royale de musique, c’est la dernière tragédie lyrique de Gluck. Il y a recyclé beaucoup d’airs de sa période italienne. Gluck avait déjà mis en scène Iphigénie dans son Iphigénie en Aulide, d’après Racine, en 1774.

Iphigénie a été envoyée en Tauride par Diane, afin de la protéger d’un sacrifice voulu par son père Agamemnon, pour gagner la guerre de Troie. Quand l’œuvre commence, elle est donc en Tauride (pays imaginaire que l’on peut situer vers l’actuelle Crimée)  depuis quinze ans, sans nouvelles de sa famille.

Acte I : Après une ouverture symphonique évoquant la tempête, Iphigénie se souvient de son cauchemar de la nuit, lui rappelant la malédiction dont sa famille est victime depuis Tantale. Elle a vu sa mère Clytemnestre tuer Agamemnon son père et elle-même tuant son frère Oreste.

Gluck iphigénie en Tauride o toi qui prolongeas mes joursCliquez sur l’image

Le roi des Scythes, Thoas, apparaît. Un oracle lui ayant prédit qu’il mourrait tué par un étranger, il fait mettre à mort tout étranger qui débarque sur son île. Le peuple chante un chant barbare, réclamant du sang pour expier les crimes passés. Deux étrangers sont rejetés par la tempête sur le rivage. Le peuple est content, ils feront de bonnes victimes. On les interroge, mais ils taisent leur nom. Thoas les condamne à mort.

Acte II : Les deux étrangers enchaînés dans leur cellule attendent la mort. Il s’agit d’Oreste et Pylade. Oreste regrette d’avoir entraîné son ami Pylade à la mort (Air : Dieux qui me poursuivez). Pylade essaie de le calmer.

Gluck Iphigénie en Tauride unis dès la plus tendre enfanceCliquez sur Pylade

On les sépare. Oreste se calme avant de s’endormir.

Gluck iphigénie en Tauride la calme rentre...Cliquez sur Oreste

Dans son sommeil, il voit les Euménides, qui l’accusent d’avoir tué sa mère. Iphigénie entre, mais Oreste, dans son trouble, ne la reconnaît pas et croit voir apparaître Clytemnestre. Elle lui demande d’où il vient. Il répond qu’il vient de Mycènes. Elle demande alors des nouvelles d’Agamemnon, et Oreste lui raconte toute la tragédie des Atrides. Iphigénie se rend compte que son cauchemar est devenu réalité.

Gluck Iphigénie en Tauride O malheureuse IphigénieCliquez sur Iphigénie

Acte III : Iphigénie veut prévenir sa sœur Électre. Elle a pitié des condamnés, dont un lui rappelle son frère Oreste, qui aurait le même âge (Air : D’une image hélas trop chérie). Mise en présence des deux hommes, elle discute avec Oreste et Pylade, et se résout à sauver l’un des deux. Elle choisit Oreste et lui donne un message pour sa sœur Électre. Les deux amis se disputent l’honneur de mourir pour l’autre. Oreste décide de rester pour sauver Pylade, et c’est Pylade qui part. Oreste lui recommande de porter ses derniers soupirs à sa sœur.

Acte IV : Iphigénie doit sacrifier Oreste, mais elle est partagée entre son devoir et l’horreur du sacrifice.

Gluck iphigénie en Tauride je t'implore et je trembleCliquez sur l’image

Au moment de mourir, Oreste qui croit sa sœur morte en Aulide, déclare : « Ainsi périt Iphigénie en Aulide », lui révélant ainsi qu’elle est sa sœur. Elle tombe dans ses bras.

Thoas, qui a appris la fuite de Pylade, vient s’assurer du sacrifice d’Oreste. Iphigénie lui révèle que le captif est son frère, et qu’elle ne peut le frapper. Les prêtresses de Diane défendent Oreste, mais Thoas, furieux, veut tuer et le frère et la sœur. Pylade arrive avec une troupe grecque et tue Thoas. Diane paraît. Elle pardonne à Oreste d’avoir tué sa mère, et lui enjoint de retourner à Mycènes pour monter sur le trône d’Agamemnon. Elle renvoie également Iphigénie en Grèce. Tout le monde se réjouit de cette fin heureuse (Chœur : Les dieux, longtemps en courroux).

Historique, littérature, Mythologie

QUELQUES OPÉRAS BIBLIQUES

Depuis l’origine du genre, les livrets d’opéra étaient tirés de la mythologie (grecque ou latine), mais très vite, des scènes tirées de la Bible ont servi d’argument aux livrets.

Commençons par la Genèse, et le très beau (et méconnu) Déluge (Il Diluvio universale) (1682) de Falvetti.

falvetti il diluvio universalePartagez l’enthousiasme des solistes de la Capella Mediterranea en cliquant sur l’image

À la même époque en France, Marc-Antoine Charpentier mettait en musique l’amitié de David & Jonathas (1688).

charpentier david et jonathasCliquez sur David & Jonathas

Les deux « tragédies bibliques » de Jean RACINE ont été mises en musique par Haendel, qui en a tiré deux oratorios Esther et Athalia.

C’est au XIXe siècle que l’on commencera à faire de « vrais » opéras à partir des textes sacrés de la Bible. Parmi eux, on peut citer ceux se passant en Égypte, comme Joseph (1807) de MÉHUL ou Moïse et Pharaon (1818, puis 1827) de ROSSINI.

Mehul Joseph part 3Cliquez sur l’image

Saint-Saëns écrit l’opéra-péplum Samson et Dalila (1859 – 1877) et Massenet Hérodiade (1881) d’après Flaubert.

saint-saens samson et dalilaCliquez sur Dalila et Samson

massenet hérodiade il est douxCliquez sur l’image

Au XXe siècle, on peut noter Salomé (1905) de R.Strauss ainsi que son ballet La Légende de Joseph, écrit en 1914 pour les Ballets russes, et encore Moïse et Aaron de Schönberg.

Moins directement biblique, on peut aussi noter l’importance de la Bible dans Wozzeck de Berg (le soldat Wozzeck cherche à comprendre le sens de la vie en lisant la bible, et sa femme Marie cherche à comprendre sa propre histoire à travers celle de la pécheresse Marie-Madeleine.)

Dans l’opéra-jazz Porgy & Bess (1935) de Gershwin, un dealer a une lecture impertinente de la Bible.

gershwin porgy and bess it ain t necessarily soCliquez sur l’image

Une autre forme musicale, proche de l’opéra (il s’agit aussi d’histoire racontée en musique), l’oratorio, a également abondamment puisé ses sujets dans la Bible.

Haendel avec Israël en Égypte, Solomon ou encore le Messie, et Haydn avec la Création.

Enfin, retrouvez d’autres opéras bibliques en allant sur l’excellent site Le Voyage lyrique.

https://www.levoyagelyrique.com/l-opera-et-la-bible

Mes opéras préférés, Mythologie

SIEGFRIED, de WAGNER

Voici déjà quelque temps que j’ai laissé la Walkyrie sur son rocher, endormie par son père Wotan, le dieu en chef, en attendant qu’un homme « qui ne connaît pas la peur » vienne la réveiller. Voici donc la suite de l’histoire.

Deuxième pièce de la trilogie avec prologue l’Anneau du Niebelung, Wagner interrompt longuement la composition en 1857 pour se consacrer à Tristan & Isolde et aux Maîtres chanteurs de Nüremberg. Il ne se remet à Siegfried qu’en 1869 et le termine en 1871. Siegfried est créé à Bayreuth en 1876, avec l’ensemble de la tétralogie.

Arrivé à cet endroit de votre lecture, vous devez vous demander s’il faut dire trilogie ou tétralogie. Je reviendrai un jour sur ce sujet, mais pour l’instant imaginez simplement que vous êtes en présence du Seigneur des anneaux de Tolkien (une trilogie) et de Bilbo le Hobbit (un prologue).

Acte I : Dans la forêt, Mime qui a recueilli Siegfried, l’enfant né de l’union incestueuse entre Siegmund et Sieglinde, s’escrime à forger une épée pour le jeune Siegfried. Mais c’est peine perdue, Siegfried casse toutes les épées qu’il forge pour lui. Siegfried revient. Il a capturé un ours qu’il envoie « taquiner » Mime. Mime lui raconte tout ce qu’il a fait pour lui depuis que, « marmot vagissant », il l’a recueilli et élevé. Justement, Siegfried veut savoir qui il est, d’où il vient, qui sont ses parents… Mime finit par lui raconter l’histoire de ses parents Siegmund et Sieglinde, et lui parle de Nothung, l’épée brisée de son père. Siegfried demande à Mime de réparer Nothung, et repart dans la forêt.

Wotan, déguisé en voyageur, vient voir Mime. Il lui propose un marché, il répondra à trois questions que lui posera Mime, et en échange, il lui posera trois questions. Celui des deux qui ne saura pas répondre aux trois questions mettra sa tête en gage. Mime demande au voyageur qui habite les entrailles de la terre, la crête des montagnes, et les hauteurs célestes (cf. Rheingold, l’Or du Rhin), ce à quoi Wotan répond facilement. À son tour, Wotan pose ses questions. Les deux premières sont faciles, mais à la troisième, « qui saura reforger l’épée ? » Mime ne sait pas répondre. Wotan lui apprend avant de repartir que seul celui qui ne connaît pas la peur pourra reforger l’épée.

Siegfried rentre de la forêt. Il demande des nouvelles de Nothung, et Mime est obligé de lui avouer qu’il ne réussit pas à la reforger. Il lui dit qu’il le laissera partir lorsqu’il connaîtra la peur, et il lui parle de Fafner qui est susceptible de lui faire connaître cette peur. Siegfried se met alors en tête de reforger l’épée, puis d’aller voir Fafner pour connaître la peur et être libéré de Mime. Et le voilà qui lime, qui forge, qui actionne le soufflet, qui forge (Air de la forge : « Nothung, Nothung, Neidliches Schwert »).

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Pendant que Siegfried s’active sur la forge, Mime prépare à la cuisine un poison qui lui permettra de tuer Siegfried une fois Fafner vaincu et de s’emparer ainsi du trésor des Niebelungen.

Acte II : Au fond de la forêt, devant la grotte où Fafner garde l’Or du Niebelung, Alberich et le voyageur se rencontrent. Wotan réveille Fafner pour le prévenir de l’arrivée de Siegfried, mais celui-ci ne lui prête pas attention et se rendort. Siegfried arrive, guidé par Mime, effrayé. Il renvoie Mime pour rester seul et médite. Il entend le chant d’un oiseau sur une branche, et se demande ce que peut signifier son chant.

wagner siegfried murmures de la forêtCliquez sur Siegfried

Il essaie d’imiter le chant de l’oiseau avec son cor, mais le seul résultat qu’il obtient est de réveiller le géant Fafner, métamorphosé en dragon, qui l’attaque. Siegfried se sert alors de Nothung pour tuer le dragon.

Wagner siegfried tue le dragonCliquez sur Siegfried

Une goutte du sang lui touche la main. Alors qu’il se lèche la main pour nettoyer le sang, il acquiert le pouvoir de comprendre l’oiseau, qui lui parle du trésor et du heaume magique cachés dans la grotte. Siegfried entre alors pour les chercher, pendant que Mime et Alberich se disputent leur victime. Mais quand Siegfried ressort de la caverne, ils prennent peur et s’éclipsent discrètement. L’oiseau reprend son chant, et prévient Siegfried des intentions de Mime. Ainsi quand celui-ci vient lui offrir à boire, Siegfried le tue. L’oiseau lui parle alors de la présence de Brünnhilde, endormie sur son rocher, protégée par un cercle de feu. Siegfried part à sa recherche.

Acte III : Wotan vient demander conseil à Erda, déesse de la terre et source du savoir. Mais celle-ci ne voit pas tout, et il apparaît évident à Wotan que la fin des dieux qu’elle lui a prophétisée est inéluctable. Il cherche à léguer son pouvoir à Siegfried pour faire cesser la malédiction de l’anneau d’Albérich. Siegfried arrive, guidé par l’oiseau. Il demande à Wotan le chemin du rocher, mais Wotan tente de s’interposer. Siegfried brise alors la lance de Wotan avec Nothung, son épée. C’est le début de la fin du règne des dieux.

Siegfried se dirige alors vers le cercle de feu où Brünnhilde dort sur son rocher et le franchit sans peine. Là, retirant le casque et l’armure du guerrier allongé, il découvre une femme (« Es ist kein Mann ! »). Intimidé, il finit par la réveiller d’un baiser. Brünnhilde salue alors le soleil, mais commence par résister à Siegfried. Puis elle finit par céder, et Brünnhilde devient une mortelle, amoureuse d’un humain. L’opéra se termine par leur duo d’amour.

wagner siegfried scène finaleCliquez sur le Festspielhaus

Retrouvez la suite dans le Crépuscule des dieux.

Cinéma, Divers, littérature, Mythologie, Shakespeare

ROMÉO & JULIETTE

La tragique histoire des amants de Vérone, racontée au théâtre par ShakespeareE en 1597, a inspiré bien des compositeurs, de Bellini à Bernstein. Le thème des deux jeunes gens issus de familles rivales, voire ennemies, est très ancien, et on le retrouve, comme celui de Cendrillon, dans à peu près toutes les civilisations et à toutes les époques. La légende de Pyrame et Thisbé, narrée par OVIDE dans les Métamorphoses, en est un exemple.

L’Italien Bellini, donc, a écrit un I Capuletti e i Montecchi en 1830. Mais c’est Gounod avec son Roméo et Juliette de 1867 qui connaîtra le plus grand succès.

gounod roméo et juliette o nuit divineCliquez sur Roméo

L’allemand Sutermeister a écrit un très beau (et rare) Romeo und Julia en 1939.

Une autre adaptation intéressante est celle de Bernstein qui transpose la rivalité dans le Brooklyn du XXe siècle, avec sa comédie musicale West Side Story (1957). Les deux « familles » rivales d’où viennent les deux jeunes qui s’aiment, Tony et Maria, sont alors les Portoricains et les Italiens. Le film qui en a été tiré est resté célèbre, avec ses 11 oscars.

bernstein WSS TonightCliquez sur Tony et Maria

Plus près de nous encore, la comédie musicale (2001) de Presgurvic a connu un beau succès.

La richesse du thème de Roméo et Juliette a également inspiré des compositeurs comme Berlioz avec sa symphonie lyrique en 1837, Tchaïkovski et son ouverture-ballet en 1869 ou Prokofiev et son ballet en 1938.

Tchaikovski roméo et julietteCliquez sur l’image

Prokofiev Roméo et JulietteCliquez sur l’image

Plus près de nous, le Juliet et Romeo du groupe Dire Straits est un de leur plus gros succès.

dire straits juliet and romeoCliquez sur Mark KNOPFLER

Animation 1, Compositrices, Contes et légendes, Divers, littérature, Mythologie

CENDRILLON (CINDERELLA – CENERENTOLA)

Parmi les contes et légendes de notre enfance figure l’histoire de Cendrillon, cette petite fille victime de sa marâtre et de ses deux vilaines sœurs qui la confinent aux tâches domestiques.

Archétype des contes, on en connaît des versions dans toutes les cultures, et ce depuis l’antiquité. Par exemple, dans l’Égypte antique, on trouve l’histoire d’une jeune esclave à qui un aigle enleva une chaussure puis la fit tomber au pied du pharaon, qui n’eut alors de cesse que de retrouver la propriétaire de cette chaussure.

Les versions que nous connaissons sont celle de Perrault (1697) ou celle des frères Grimm un siècle plus tard.

Étant donné son sujet à portée universelle, il n’est donc pas étonnant que l’Opéra s’en soit emparé, et ce dès 1759 avec un opéra-comique de Laruette.

Parmi les versions qui nous sont restées figure la Cenerentola (1817) de Rossini

Rossini Cenerentola BartoliCliquez sur l’image

L’opéra Cendrillon (1899) de Massenet est encore parfois représenté.

massenet cendrillonCliquez sur l’image

Créé en 1900, le Conte du tsar Saltan de Rimsky-Korsakov reprend le thème du tsar qui cherche une épouse, et finit par choisir la plus jeune de 3 sœurs, provoquant la fureur et la vengeance des deux ainées et de leur mère.

On peut noter encore Cendrillon (1904), un opéra miniature (merci Wikipédia) de Pauline Viardot.

cendrillon viardotCliquez sur l’image

En 2002, la compositrice Isabelle ABOULKER écrit Cendrillon, un opéra pour enfants.

Aboulker CendrillonCliquez sur l’image

D’autres adaptations musicales existent, dont le ballet de Prokofiev datant de 1940, ou encore des comédies musicales.

cendrillon prokofievCliquez sur l’image

Les studios DISNEY ne se sont pas trompés sur la portée universelle du conte en créant le dessin animé Cendrillon (Cinderella en VO) en 1950.

Cendrillon DisneyCliquez sur l’image

En 2016, une jeune anglaise âgée de dix ans écrit Cinderella, son premier opéra complet.

Deutscher Cinderella Up in the skyCliquez sur l’image

Compositrices, Contes et légendes, Divers, littérature, Mythologie

ONDINES ET NAÏADES (LES FILLES DE L’EAU)

​Les filles de l’eau, sirènes, ondines, naïades, appartiennent à l’imaginaire populaire, et ceci quel que soit le lieu et quelle que soit l’époque. Il n’est dès lors pas étonnant d’en trouver sur les scènes d’opéra.

Les sirènes, dans la mythologie grecque, étaient des créatures marines mi-femmes, mi-oiseaux. Musiciennes, elles étaient dotées d’une voix telle que quand un marin les entendait, il était fatalement attiré vers elles et se noyait. (Eh oui, il était difficile de résister au chant des sirènes.) On trouve ainsi un duo de sirènes dès le King Arthur(1691) de PURCELL (Two daughters…) suivi du sublime « How hapy the lovers ».

how happy the loversCliquez sur l’image

La compositrice Lili BOULANGER (1893 – 1918) a écrit une pièce intitulée Les Sirènes.

Lili Boulanger Les SirènesCliquez sur l’image

C’est aussi le cas de Cécile Chaminade (1857-1944).

Chaminade les SirènesCliquez sur l’image

Créatures vivant en eau douce (près des sources ou dans les rivières), on retrouve les naïades de la mythologie grecque dans les mythologies germaniques sous le nom d’ondines.

Alors que Richard STRAUSS met en scène une ondine dans son Ariane à Naxos, c’est l’adaptation romantique qu’en fait E.T.A. HOFFMANN dans son opéra Ondine qui connaîtra le plus d’avatars puisque TCHAÏKOVSKI écrit un opéra de ce titre (qu’il brûlera devant le peu de succès rencontré par cette œuvre), et surtout DVORAK avec sa Rusalka.

renee fleming rusalkaCliquez sur l’ondine Rusalka

En 1845, LORTZING écrit un opéra romantique magique, Undine.

Lortzing UndineCliquez sur l’image

À l’époque préromantique, il y a eu une supercherie littéraire autour de l’œuvre du barde celtique OSSIAN. Dans ces légendes celtiques apparaît la vierge d’Inistore, qui a été mise en musique par SCHUBERT et BRAHMS.

SCHUBERT, La fille d’Inistore D281.

Vous ne pouvez pas imaginer quel plaisir c’est pour moi de pouvoir mettre du Brahms, un de mes compositeurs préférés, sur ce blog. Et en plus un de mes morceaux favoris (chanté par le Chœur de Chambre du Conservatoire de Lille quand j’y étais, à la fin du millénaire dernier) et proposé ici sous la direction de Frieder BERNIUS, très grand chef de chœur avec qui j’ai eu l’ineffable joie de chanter du… Brahms.

BRAHMS, Gesang aus Fingal, opus 27.

brahms berniusCliquez sur l’image

On trouve aussi des créatures de l’eau sur le Rhin, l’une des plus connues étant la Lorelei, dont le mythe a été popularisé par les romantiques BRENTANO et HEINE. L’histoire de la Lorelei a été abondamment mise en musique, notamment par LISZT et Clara SCHUMANN et il y a même une opérette d’OFFENBACH et un opéra de CATALANI portant ce titre.

De non moins fameuses nixes (les nymphes allemandes) sont les filles du Rhin que l’on retrouve dans L’Or du Rhin de WAGNER (attention, ça commence pianissimo avant de monter progressivement).

On retrouve ces mêmes filles du Rhin à l’issue des 15 heures de l’Anneau du Niebelung. En gros, au début de l’Or du Rhin, les filles du Rhin qui étaient les gardiennes de l’Or du Rhin se le font voler par Alberich (le niebelung) qui pour cela doit renoncer à l’amour. (C’est amour contre richesse, quoi). Avec l’or, Alberich fait forger un anneau magique qui confère le pouvoir à celui qui le possède. Wotan, le dieu en chef le lui vole, et Alberich prononce alors une terrible malédiction sur l’anneau, quiconque le possédera mourra. Wotan doit le céder à deux géants, qui commencent par se tuer (ou plutôt l’un tue l’autre). C’est le début de la malédiction de l’anneau. Wotan veut récupérer l’anneau, mais pour cela seul un être libre peut le faire. C’est très nietzschéen tout ça. (Et attention spoiler, cet être c’est Siegfried). À la fin du Crépuscule des dieux, la walkyrie Brünnhilde fait un bûcher pour brûler le corps de Siegfried, lance l’anneau maudit dans le Rhin et se jette dans le bûcher pour mourir avec son héros. Les filles du Rhin provoquent alors la montée des eaux qui met fin au Walhalla, la demeure des dieux, et ouvre la voie au règne des hommes.

crépuscule finalCliquez sur l’image

Enfin, après cet apocalyptique final, offrons-nous un peu de calme avec Ondine, une pièce pour piano de Maurice RAVEL, extraite de Gaspard de la nuit.

Cinéma, littérature, Mythologie, Woody Allen

PYGMALION

Pygmalion est un personnage mythologique, dont l’histoire nous est contée par OVIDE dans ses Métamorphoses. Sculpteur, il tombe amoureux d’une de ses sculptures, celle de Galatée. Fils d’Athéna, il obtient d’Aphrodite, déesse de l’amour, qu’elle donne vie à son amour de pierre. Il a deux enfants avec elle, Paphos et Matharmé.

(A propos de Paphos et Matharmé, il est intéressant de noter que le dernier sonnet de MALLARMÉ est Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos).

Pygmalion est ainsi devenu l’archétype d’une « personne amoureuse d’une autre et qui la conseille et la façonne pour la conduire au succès », suivant la définition du Larousse.

Les amours d’Acis et Galatée font elles-mêmes l’objet d’une narration par Ovide dans ses Métamorphoses.

Tant le mythe de Pygmalion que celui d’Acis et Galatée ont été portés à l’opéra.

En effet, en 1770, ROUSSEAU écrit un mélodrame de ce nom, dont il a composé la musique pour deux des vingt-deux morceaux, Horace COIGNET écrivant le reste.

Son « rival », Jean-Philippe RAMEAU avait, lui, écrit un ballet, Pygmalion, en 1748. Il sera suivi par GRÉTRY en 1776.

Rameau Pygmalion Ouverture

En 1816 DONIZETTI, alors âgé de 19 ans, écrit son premier opéra Il Pigmalione.

G.B.SHAW a écrit sa pièce Pygmalion en 1914. Cette pièce a été adaptée en comédie musicale avec une musique de F.LOEWE, au théâtre en 1956, puis surtout dans le génial film My Fair Lady (1964) de Georges CUKOR avec Audrey HEPBURN.

On retrouve le thème de Pygmalion dans Maudite Aphrodite (1995), de Woody ALLEN.

Les amours d’Acis et Galatée (le modèle de Pygmalion) ont également été relatées par Ovide dans ses Métamorphoses. Cette légende a été mise en musique par LULLY en 1686 et par HAENDEL en 1731.

haendel acis et galatée

Animation 1, Divers, Mythologie

LES SORCIÈRES À L’OPÉRA

De tout temps, les sorcières ont occupé une bonne place à l’opéra, depuis le Didon et Enée (1689) de PURCELL jusqu’aux Diables de Loudun (1969) de PENDERECKI.

Parmi les plus marquantes figurent, outre celles de Didon et Enée déjà citées, la sorcière Alcina de l’Orlando furioso (Roland furieux) de l’ARIOSTE, et ses nombreuses adaptations dans le monde lyrique (Orlando furioso (1727) de VIVALDI, Alcina (1735) de HAENDEL,…)

Purcell Didon & Enée Sorcières

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Au XIXe siècle, on trouve encore la présence de sorcières dans le Macbeth de VERDI, ou la Naïna de Ruslan et Ludmila (1842), le premier opéra russe, écrit par GLINKA, le père de la musique russe. Il y a aussi la sorcière mangeuse d’enfants de Hänsel et Gretel (1893) d’HUMPERDINCK.

Humperdinck Hansel und Gretel

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Dans le folklore russe, la figure de la Baba Yaga peut être assimilée à celle d’une fée ou d’une sorcière. On en trouve une dans Les Tableaux d’une exposition de MOUSSORGSKI, dans le morceau La cabane sur des pattes de poule.

moussorgski Tableaux d'une exposition Baba Yaga

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En 1900, dans Rusalka (1900) de DVORAK, c’est Jezibaba la sorcière qui aide l’héroïne à entrer dans le monde des humains, puis qui la maudit quand elle refuse de tuer le prince qu’elle aime, mais qui l’a rejetée.

Dvorak Rusalka Jezibaba

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Et pour le XXe siècle, on trouve la Fata Morgana (la Fée Morgane) dans l’Amour des trois oranges (1919) de PROKOFIEV, ainsi que les Diables de Loudun déjà cité.

Et comme vous commencez à me connaître, j’adore l’univers du dessin animé, je ne peux donc pas résister à vous mettre l’Apprenti sorcier de Paul DUKAS, extrait du Fantasia de DISNEY, où l’on voit Mickey serrer la main du chef d’orchestre STOKOWSKI.