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JE ME SOUVIENS (Georges PEREC – 3)

Après La Disparition et La Vie, mode d’emploi, voici le troisième billet consacré à la présence de la musique dans l’œuvre de Georges PEREC.

Je me souviens est le titre d’un recueil de brefs souvenirs écrits par Perec entre 1973 et 1977, et paru en 1978. Ce recueil forme une sorte d’autobiographie en 480 fragments, selon une méthode chère à Perec, celle des listes (et non des LISZT comme disent les musiciens). Parmi ces fragments, une onzaine d’entre eux a trait à la musique classique dont on sait que Perec était un fin connaisseur.

Les voici, avec leur « traduction ».

24 – Je me souviens du Concerto pour hautbois de CIMAROSA. (Domenico Cimarosa [1749 – 1801] était un compositeur italien. Il est connu notamment pour son opéra Le Mariage secret). 

Cimarosa concerto pour hautboisCliquez sur l’orchestre

43 – Je me souviens de l’Adagio d’ALBINONI. (Tomaso Albinoni [1671 – 1751] était un compositeur vénitien, connu pour un célèbre adagio… qu’il n’a pas composé.)

Albinoni AdagioCliquez sur l’orchestre

66 – Je me souviens de l’opérette La Belle Arabelle, avec les Frères Jacques.

120 – Je me souviens des deux films de Roberto BENZI. (Roberto Benzi, né en 1937, était un enfant prodige qui a donné son premier concert à l’âge de 6 ans, et est devenu chef d’orchestre à 11 ans. Deux films lui ont été consacrés : Prélude à la gloire en 1950 [il avait donc 13 ans] et l’Appel du destin en 1953.)

123 – Je me souviens que la violoniste Ginette NEVEU est morte dans le même avion que Marcel CERDAN. (Ginette Neveu [1919 – 1949] était une violoniste soliste de niveau international, élève de Georges ENESCO.)

154- Je me souviens que PADEREWSKI a été élu Président de la République polonaise. (Ignace Paderewski [1860 – 1941] était un pianiste soliste virtuose. Il a écrit un opéra, Manru, créé en 1901. Outre sa carrière de pianiste, il a connu une dimension politique, contribuant au soulèvement populaire des Polonais contre l’Allemagne. Il a été Président du Conseil national polonais en exil [et non pas Président de la République]). 

159 – Je me souviens que RAVEL était très fier de son Boléro.

Ravel Boléro

166 – Je me souviens que Dinu LIPATTI apprit très tard, vers vingt ans, à jouer du piano. (Dinu Lipatti [1917 – 1950) était un pianiste soliste roumain.)

274 – Je me souviens d’un très beau récital donné dans la cathédrale de Chartres (en 1953 ?) par la pianiste Monique de La BRUCHOLLERIE. (M. de La Bruchollerie [1915 – 1972] était une pianiste concertiste française.)

307 – Je me souviens de:

     – Pourquoi les filles du Nord sont-elles précoces ?

     – Parce que le concerto en sol mineur.

430 – Je me souviens combien j’aimais Johann STRAUSS et de mon bonheur quand j’ai vu Valses de Vienne au Châtelet.

Retrouvez le 4e volet de la série des billets consacrés à Perec avec Cantatrix Sopranica L.

 

 

 

 

 

 

Cinéma, Valse, Woody Allen

Woody ALLEN – les années 2000

J’avais laissé notre ami Woody au millénaire précédent, regardons à présent sa filmographie des années 2000.

 escrocs mais pas trop                                                                            source

Dans Escrocs mais pas trop (Small Time Crooks) qui date de 2000 (et donc de la dernière année du millénaire précédent), le rêve des nouveaux riches dépeints par Woody ALLEN est d’assister à une première à l’opéra ! On peut y entendre une valse de STRAUSS pendant une soirée de collecte de fonds pour l’opéra, mais on y voit également le personnage joué par Woody s’endormir pendant un concert RACHMANINOFF. On peut aussi y entendre une des suites pour violoncelle seul de BACH jouée dans une église à Venise, pendant la fugue européenne de la femme de Woody.

le sortilège du scorpion de jade                                                                            source

Le Sortilège du scorpion de Jade (2001) a peu de citations musicales, excepté le Sur un marché persan de KETELBEY.

  Hollywood ending                                                                           source

Dans Hollywood Ending (2002), le thème est celui d’un cinéaste qui devient psychosomatiquement aveugle au moment du tournage de son film (on est proche du thème de l’acteur qui devient flou devant la caméra de Deconstructing Harry). Le cinéaste se compare alors à BEETHOVEN, qui écrivait de la musique alors qu’il était sourd. Et le thème de l’opéra, employé comme image de la réussite sociale, est abordé dans une conversation entre le cinéaste et son fils punk.

   Melinda et Melinda                                                                           source

Dans Melinda et Melinda (2004), le Concerto en ré de STRAVINSKY joue un rôle important. Ce film illustre la querelle (théâtrale) entre les tragiques et comiques, comme avait pu le faire PROKOFIEV dans L’Amour des 3 oranges. Un des personnages du film a composé deux opéras, et est comparé par l’une des deux Melinda à VERDI ou PUCCINI. Enfin, on peut entendre quelques mesures de la 7e symphonie de Beethoven comme illustration sonore d’un film de série Z de la Hammer !

  Match point                                                                          source

On entend beaucoup d’opéras dans Match Point (2005), premier film de la période européenne de Woody ALLEN. Le héros en est un arriviste qui cherche à entrer dans une riche famille anglaise. Pour ce faire, il doit accompagner la fille de la famille à l’opéra écouter La Traviata, puis Rigoletto de Verdi. On entend dès le générique le tube qu’est le Una furtiva lagrima, extrait de l’Élixir d’amour de DONIZETTI. On a aussi droit à des extraits des Pêcheurs de perle de BIZET, de Macbeth, d’Otello ou du Trouvère de Verdi, ainsi que du Guillaume Tell de ROSSINI.

  scoop                                                                           source

Scoop (2006) utilise également la musique classique puisque la BOF comporte la Danse du sabre de KATCHATURIAN, Peer Gynt de GRIEG ou encore Le Lac des cygnes de TCHAÏKOVSKI.

  Le rêve de Cassandre                                                                           source

Quant au Rêve de Cassandre (2007), la musique en est de Philip GLASS, compositeur contemporain, l’un des papes de la musique répétitive et auteur d’opéras, dont un sur la personne de Walt DISNEY.

  Vicky Cristina Barcelona                                                                            source

Dans Vicky Cristina Barcelona (2008), qui se passe en Espagne, la guitare est évidemment présente et une partie de la musique est de l’Espagnol Isaac ALBENIZ, avec Granada et Asturias.

  Whatever works                                                                             source

Et dans Whatever Works, de 2009, on retrouve Beethoven avec la 5e et la 9e symphonie, ainsi que la fameuse Marche nuptiale de MENDELSSOHN.

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FAUST, de GOUNOD (1859)

Cet opéra de GOUNOD comporte un des airs les plus connus du répertoire grâce à… HERGÉ, qui a fait de l’Air des bijoux le morceau favori de sa cantatrice Bianca Castafiore, alias le rossignol milanais.

castafiore

Gounod, qui connaissait l’œuvre de GOETHE depuis sa jeunesse, a composé son opéra sur un livret des duettistes Barbier et Carré. Le Faust de Gounod est un des opéras les plus joués au monde.

L’argument en est celui de Faust qui, au début du premier acte, s’interroge sur l’inanité de sa vie passée à la recherche de la connaissance. Méphistophélès qu’il invoque lui promet tout ce qu’il veut. Faust demande la jeunesse, et Méphisto la lui promet en échange de son âme.

Au début du second acte, lors d’une kermesse villageoise, Valentin qui s’apprête à partir à l’armée confie sa sœur Marguerite à Dieu.

avant de quitter ces lieuxCliquez sur l’image

Méphistophélès apparaît et entonne son air Le veau d’or est toujours debout, rappelant que c’est toujours le diable qui mène la danse. Faust entre, cherchant Marguerite que Méphisto lui avait fait voir. Une valse commence sur la place du village.

Le veau dor est toujours deboutCliquez sur l’image

Au troisième acte, Faust salue la demeure de Marguerite (Salut, demeure chaste et pure). Méphisto se moque de son idéalisme et dépose sur le seuil de Marguerite un coffret rempli de bijoux. Marguerite arrive en chantant sa ballade du roi de Thulé. Découvrant  le coffret, elle l’ouvre et chante son fameux air des bijoux.

il était un roi de thuléCliquez sur l’image

Au début du quatrième acte, nous retrouvons Marguerite qui a donné naissance à l’enfant qu’elle a eu avec Faust, qui depuis l’a quittée. Valentin revient de la guerre (chœur : Gloire immortelle de nos aïeux). Il veut voir sa sœur et entre dans la maison. Faust arrive alors avec Méphisto qui chante une sérénade à Marguerite (Vous qui faites l’endormie). Valentin sort et se bat en duel avec Faust, mais c’est Faust qui l’emporte. Valentin maudit sa sœur avant de mourir.

Au cinquième acte, Marguerite veut aller prier à l’église, mais elle en est empêchée par Méphisto et ses diables, condamnée qu’elle est à l’enfer. Méphisto transplane Faust à la prison où se trouve Marguerite pour avoir tué son enfant. Quand elle apprend que Faust a signé un pacte avec le diable, elle demande le pardon divin et meurt (Anges purs, anges radieux). Son âme est accueillie au ciel par un chœur d’anges.

anges purs anges radieuxCliquez sur l’image

Bande dessinée, Cinéma, Compositrices, littérature, Mythologie, Philosophie, Valse

LE MYTHE DE FAUST

L’adaptation du Faust de MARLOW (Christopher [1564 – 1593], pas Philip [1934 – 1961]) par le grand GOETHE (1749 – 1832) en 1808 a produit un grand nombre d’œuvres musicales. Goethe a par ailleurs écrit un second Faust en 1832.

Schématiquement, le thème de Faust est celui du savant qui a consacré sa vie à la science et qui, arrivé au soir de sa vie, se demande s’il a suivi la bonne voie. Il passe alors un pacte avec le diable Méphistophélès par lequel en échange de son âme, il a droit à une seconde chance. Il découvre alors les plaisirs terrestres avant de tomber amoureux d’une jeune fille, Marguerite.

On peut noter que l’Allemand Louis SPOHR a écrit un Faust dès 1813, mais son opéra n’était pas inspiré par le drame de Goethe.

Enthousiasmé par la traduction de Gérard de NERVAL, le romantique BERLIOZ met en musique huit scènes de Faust en 1829, avant de compléter son drame avec La Damnation de Faust en 1845.

Louise BERTIN, une compositrice proche de Berlioz, écrira Fausto (sur un livret en italien) en 1831.

Après lui, GOUNOD écrira son Faust en 1859, mais le thème en est si dénaturé (il n’y a pas trace de philosophie là-dedans) que les Allemands prendront l’habitude d’appeler son œuvre Gretchen (Marguerite). Ce Faust sera d’ailleurs parodié par HERVÉ qui écrira l’opérette le petit Faust en 1869.

Hervé le petit FaustCliquez sur Valentin

BOÏTO, le librettiste de Verdi, écrira un Mefistofele en 1868 et plus près de nous, BUSONI écrira un Docktor Faust  de 1916 à sa mort en 1924.

Outre ses adaptations à l’opéra, les personnages de Faust ont beaucoup inspiré les compositeurs romantiques, que ce soit SCHUBERT et son Marguerite au rouet,

Schubert Marguerite au rouetCliquez sur l’image

MENDELSSOHN et sa Nuit de Walpurgis, SCHUMANN et ses Scènes de Faust, LISZT et sa Faust-Symphonie et ses Méphisto valses, et même WAGNER qui a écrit une Ouverture pour Faust.

Liszt Méphisto ValseCliquez sur l’image

En 1880, la compositrice Emilie MAYER écrit cette Faust Ouverture.

Mayer Faust OvertureCliquez sur l’image

En 1914, Lili BOULANGER est la première femme à remporter le Grand prix de Rome, avec sa cantate Faust et Hélène.

Boulanger Faust et Hélène

On retrouve partiellement le thème faustien dans Phantom of the Paradise, le film culte de Brian de PALMA, une transposition dans le milieu du rock du Fantôme de l’opéra (1910) de Gaston LEROUX. On peut noter que dans ce roman qui se passe au palais Garnier, l’héroïne chante le rôle de Marguerite dans le Faust de Gounod.

Et côté bande dessinée, Bianca Castafiore, la célèbre héroïne des aventures de Tintin chante souvent le grand air des bijoux, du même Faust. Et quant à Edgar P. JACOBS, le créateur de Blake et Mortimer, son passé de baryton l’a mené à chanter le personnage de Méphistophélès sur les scènes lyriques.

Gounod Faust le veau d'or FurlanettoCliquez sur l’image