littérature, Oulipo, Poésie

« LE MIROIR BRISÉ », de Jacques PRÉVERT (1945)

Après « Le Pont Mirabeau« , de Guillaume Apollinaire, je vous propose ce mois-ci un poème de Jacques Prévert, « le Miroir brisé », extrait de Paroles.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Le petit homme qui chantait sans cesse

le petit homme qui dansait dans ma tête

le petit homme de la jeunesse

a cassé son lacet de soulier

et toutes les baraques de la fête

tout d’un coup se sont écroulées

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et dans le silence de cette fête

dans le désert de cette tête

j’ai entendu ta voix heureuse

ta voix déchirée et fragile

enfantine et désolée

venant de loin et qui m’appelait

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et j’ai mis ma main sur mon cœur

où remuait

ensanglantés

les sept éclats de glace de ton rire étoilé.

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Citations musicales :

Toutes les barques de la fête tout d’un coup se sont écroulées : Leoncavallo Paillasse « Vesti la Giubba »

Ta voix déchirée et fragile enfantine et désolée… qui m’appelait : Ravel L’Enfant et les Sortilèges, final (Ma-man)

Mon cœur… ensanglantés : Poulenc Banalités « Sanglots ».

Animation 1, Écrivains, Contes et légendes, littérature

HANS CHRISTIAN ANDERSEN (1805-1875)

Hans Christian Andersen est né à Odense, au Danemark, le 2 avril 1805, dans une famille modeste. Son père meurt quand il a 11 ans. Très jeune, Hans Christian s’intéresse au théâtre. Il est également doté d’une belle voix, et prend des cours de chant. En 1822, grâce au directeur du Théâtre royal, Jonas Collin, qui l’avait pris en amitié, Andersen obtient une bourse d’études et entre au collège, à l’âge de 17 ans !

En 1827, ses premiers poèmes sont publiés dans un journal. En 1828, c’est un récit de voyage qui est publié, le Voyage à pied à Amager. Après une parution en journal, le Voyage paraît en livre et rencontre un beau succès.

En 1833, Andersen voyage en Allemagne où il rencontre le compositeur Louis Spohr, avant de se rendre à Paris où il fait la connaissance de Cherubini et de Heine. Il poursuit son périple par la Suisse et l’Italie.

Quand il vit au Danemark, il est très proche de la famille de Collin, dont il tombera amoureux de la fille, Louise. Cet amour demeurera sans suite.

En 1835, Hans Christian publie un recueil de Contes de fées.

En 1847, lors d’un voyage en Angleterre, il est accueilli par Charles Dickens.

À partir de 1860, Andersen est reçu par la famille royale du Danemark, où il lit des contes aux enfants royaux.

En 1867, il est nommé citoyen d’honneur de la ville d’Odense. C’est le début de sa reconnaissance par le Danemark. Il renonce peu à peu à ses voyages partout en Europe.

Hans Christian Andersen meurt d’un cancer du foie à Copenhague le 4 août 1875, à l’âge de 70 ans.

Ce n’est pas par ses romans, encore moins par ses pièces de théâtre qui n’ont jamais rencontré le succès, que le nom d’Andersen nous est resté. Son legs à l’humanité, ce sont ses contes, qu’il a écrits de 1832 à 1848. Une bonne partie d’entre eux ont été mis en musique.

La princesse au petit pois (1835), premier des trois contes de Gérard Pesson. Opéra pour enfants de Ernst Toch (1927).

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La petite sirène (1837), ballet de Henriques (1906), film de Disney (2007) et Ponyo sur la falaise de Miyazaki (2008). Le sujet de la petite Sirène est proche de celui d’Ondine (1816) d’E.T.A. Hoffmann, qui inspirera à Dvorak sa Rusalka.

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Les habits neufs de l’empereur (1837) Gyorgi Ranki (1953)

Le vaillant soldat de plomb (1838) ballet de Balanchine sur la musique de Jeux d’enfants de Bizet (1975).

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Le jardin du paradis (1839) a inspiré à Debussy Ce qu’a vu le vent d’ouest.

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Le vilain petit canard (1842) mis en musique par Prokofiev (1914)

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Le Rossignol et l’empereur de Chine (1843) adapté par Stravinsky (1909).

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La reine des neiges (1844) opéra de Sergeï Banevitch (1979) et film de Disney (2013).

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La bergère et le ramoneur (1845) a fait l’objet du dessin animé de ce nom par Paul Grimaud et Jacques Prévert (1953), repris sous le nom de le Roi et l’Oiseau avec une musique de Joseph Kosma.

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La petite fille aux allumettes (1845) a suscité deux opéras de August Enna (1897) et de Helmut Lachenmann (1996).

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Divers

LES MARCHES FUNÈBRES

J’évoquais il n’y a guère les marches musicales, en citant notamment les marches funèbres. Si celle de Chopin est probablement la plus célèbre, il en existe quelques autres également très intéressantes. En voici une petite sélection.

Ainsi, Henry Purcell a composé cette musique pour l’enterrement de la reine Mary.


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Mozart Musique funèbre maçonnique

Chopin

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Wagner Dans Le Crépuscule des dieux, le corps de Siegfried tué par le traître Gunther navigue sur le Rhin.

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Après la mort de Wagner à Venise, Liszt a composé pour son beau-père cette Gondole funèbre.

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Le premier mouvement de la cinquième symphonie de Mahler est une marche funèbre.

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Alphonse Allais Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd.

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Et si vous aimez les surprises, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

Cliquez donc sur le bonus surprise mystère si vous aimez les surprises
Mes opéras préférés

ARIODANTE, de HAENDEL (1735)

Ariodante de Haendel a été créé le 8 janvier 1735 à Londres. Le livret écrit d’après l’Orlando furioso de l’Arioste est d’Antonio Salvi.

Le pitch : Ariodante aime Ginevra, la fille du roi d’Écosse, mais l’infâme Polinesso, qui convoite le trône d’Écosse, courtise Ginevra. Dalinda, la suivante de Ginevra aime Polinesso et est courtisée par Lurcanio, le frère d’Ariodante. Polinesso va mettre la dévotion aveugle de Dalinda au service de son ambition.

Acte I : Ariodante et Ginevra chantent leur amour quand le roi les rencontre dans le jardin. Il se réjouit du mariage prochain de sa fille avec Ariodante (air : « Voli colla sua tromba.)

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Polinesso va se servir de Dalinda pour faire croire à Ariodante que Ginevra est infidèle. Il lui demande de revêtir les habits de Ginevra et d’entrer dans sa chambre avec Polinesso. En échange de son aide, il lui promet son aide (air : « Spero per voi ».)

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Dalinda, qui n’est pas certaine des sentiments de Lurcanio, le repousse, espérant plutôt se marier avec Polinesso. Le roi et la cour s’apprêtent à célébrer le mariage de Ginevra et Ariodante.

Acte II : Polinesso dit à Ariodante que Ginevra l’aime. Ariodante le provoque en duel, mais Polinesso lui demande de se cacher et d’observer. Ariodante voit alors celle qu’il croit être sa future femme entrer dans sa chambre avec Polinesso. Lurcanio, qui a également assisté à la scène, empêche Ariodante de se tuer.

Le roi d’Écosse, qui a appris par Lurcanio l’infidélité de sa fille Ginevra, la renie. On apprend qu’Ariodante s’est suicidé. Polinesso veut maintenant faire assassiner Dalinda, seule témoin de sa bassesse. Ariodante, qui n’est pas mort, erre dans la forêt, se plaignant de l’infidélité de sa belle (air : « Scherza infida ».)

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Il rencontre les spadassins de Polinesso et les met en fuite. Ginevra, apprenant la mort d’Ariodante, tombe dans la folie. (Air : « Il mio crudel Martoro ».)

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Acte III : Polinesso, qui veut flatter le roi d’Écosse, s’offre de défendre l’honneur de Ginevra dans un tournoi. Il est blessé mortellement par Lurcanio à qui Dalinda a dévoilé le complot de Polinesso. Polinesso meurt en avouant son forfait. Le roi bénit alors les unions d’Ariodante et de Ginevra et de Lurcanio et de Dalinda. Ariodante est tout content (air : « Dopo notte ».)

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(Source principale : la production de la BBC à Londres en 1996 et le DVD associé.)

Agenda Ironique

LA MARCHE DU PÈLERIN

Ce mois-ci, c’est Sabri Na qui héberge l’Agenda Ironique. Et quoi qu’elle demande, Sabrina, et bien voilà :

Pour le mois de septembre, je vous propose de parler de pèlerinage, de pilgrimage en anglais (pile – Grimm – âge).

Parlons donc de marche au sens large, au sens figuré, au sens de la marche que vous souhaitez !

Une marche qui nous permet d’apprendre, comme un conte initiatique, si possible sans sciatique.

Il faudra y incorporer les mots : paille / barrette / berger / bol (tibétain ou non).

Et pour les plus téméraires, celleux qui n’ont pas froid aux yeux ni mal aux pieds, il faudra y ajouter cette phrase biscornue comme on les aime : « Celui qui pense droit marche de travers » de Jean Dypréau.

Mais tout ça est tellement mieux esspliqué chez Sabri Na que le mieux est d’y aller en cliquant sur le lien cidsous :

Lien cidsous

On rencontre toute sorte de pèlerins, et de pèlerines, dans l’univers de l’opéra. Mon préféré est Tannhaüser qui, pour avoir brouté sur le mont de Vénus, est condamné à aller en pèlerinage à Rome pour demander pardon au pape. Quand un matin un berger célèbre le lever du soleil avec son chalumeau, on voit les pèlerins revenir de Rome. Ils ont été tous été pardonnés, sauf Tannhaüser qui n’a pas obtenu sa rémission. Si vous voulez savoir comment l’histoire se termine, cliquez donc ici.

Dans Le Comte Ory (1828) de Rossini, le héros et ses compagnons, déguisés en pèlerines pour entrer dans un couvent, mettent la main sur la réserve de vin, qu’ils boivent au bol ou à la paille.

Rossini le Comte Ory buvons du vin
Cliquez sur les fausses pèlerines

Et quand ils ont trop bu, qu’ils tiennent à peine sur leurs jambes, ils citent un de leur adage préféré : « Celui qui penche doit marcher de travers ».

Il est d’autres formes de marches, citons par exemple :

les marches nuptiales,

Cliquez sur la marche nuptiale

les marches funèbres,

Cliquez sur la marche funèbre

les marches héroïques, que l’on joue parfois pour célébrer les barrettes des têtes galonnées,

Cliquez sur la marche héroïque

les marches du palais,

Cliquez sur les marches du palais

les marches triomphales,

Cliquez sur la marche triomphale

ou encore les marches hongroises,

Cliquez sur la marche hongroise

Et si vous avez aimé la marche funèbre de Chopin, retrouvez ici quelques autres marches funèbres.

littérature

URSULE MIROUËT, de BALZAC (1841)

Ursule Mirouët est un roman de Balzac qui fait partie, dans la Comédie humaine, des Scènes de la vie de Province. Si je vous en parle sur ce site consacré à la musique et à la littérature, c’est d’abord parce que c’est un très bon roman et aussi parce que Balzac se sert de la musique pour décrire les états d’âme de l’héroïne, Ursule Mirouët.

Le pitch : Dans une petite ville de province (Nemours), le vieux docteur Minoret se retire avec sa pupille Ursule Mirouët. Sa fortune, qu’il veut laisser à Ursule après sa mort, attise la convoitise de sa famille, qui réussit à voler et détourner l’héritage. Ursule aime Savinien de Portenduère, un héritier de la noblesse ancienne, mais la mère de Savinien ne veut pas d’une mésalliance dans sa famille. Pauvre Ursule !

On trouve les deux personnages d’Ursule Mirouët et de Savinien de Portenduère dans Béatrix, du même Balzac.

Très vite, on apprend que, « dans sa jeunesse, le docteur (Minoret) épousa par amour… la fille du fameux claveciniste Valentin Mirouët, une célèbre musicienne, faible et délicate… (page 784). Cette musicienne s’appelait Ursule Mirouët, comme notre héroïne. La jeune Ursule se trouve être la petite-fille du beau-père du docteur Minoret« .

Cette filiation est expliquée page 812 : « Le beau-père du docteur, le fameux claveciniste et facteur d’instruments Valentin Mirouët, un de nos plus célèbres organistes, était mort en 1785… À son lit de mort, il n’eut pas la consolation, de voir cet enfant gâté. Chanteur et compositeur, Joseph Mirouët, après avoir débuté aux Italiens sous un nom supposé, s’était enfui avec une jeune fille en Allemagne… Joseph Mirouët, doté par la nature d’une voix séduisante… et par-dessus tout compositeur plein de goût et de verve, mena pendant quinze ans cette vie bohémienne que le Berlinois Hoffmann a si bien décrite… Il s’établit à Hambourg où il épousa la fille d’un bon bourgeois, folle de musique, qui s’éprit de l’artiste« .

Cliquez sur le Berlinois Hoffmann

Ursule était une jeune fille très pieuse, qui s’était donné pour mission de conduire son tuteur à l’église. Le docteur avait pour ami le juge de paix et le curé de Nemours, avec qui ils avaient l’habitude de jouer au tric-trac. Un jour, Ursule se joignit à eux et gagna. Pour la remercier, Minoret se décide enfin à lui payer des cours de piano (page 819) : « le lendemain, Minoret, qui jusqu’alors avait refusé de faire apprendre la musique à sa pupille, se rendit à Paris, y acheta un piano, prit des arrangements à Fontainebleau avec une maîtresse et se soumit à l’ennui que devaient lui causer les perpétuelles études de sa pupille… La petite fille devint excellente musicienne… Les incrédules n’aiment pas la musique, céleste langage développé par le catholicisme, qui a pris les noms des sept notes dans un de ses hymnes : chaque note est la première syllabe des sept premiers vers de l’hymne à Saint-Jean.« 

Dans Ursule Mirouët, Balzac consacre de nombreuses pages à ce qu’on appelait à l’époque le « magnétisme animal » et aux théories du célèbre magnétiseur Mesmer. (page 821) : « Vers la fin du XVIIIe siècle, la Science fut aussi profondément divisée par l’apparition de Mesmer, que l’art le fut par celle de Gluck… Mesmer eut donc des adeptes et des antagonistes aussi ardents que les piccinnistes contre les gluckistes.« 

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Page 831, alors que le docteur va voir une « somnambule » pour savoir ce que pense sa pupille, celle-ci lui annonce, à propos d’Ursule pensant à Savinien : « Voici ce qu’elle pense : « Si je chantais bien, si j’avais une belle voix, quand il sera chez sa mère, ma voix irait bien jusqu’à ses oreilles. » C’est donc bien par le chant qu’Ursule espère conquérir le cœur de Savinien.

Page 841 : « Pendant que sa filleule jouait à son parrain des variations sur la Dernière Pensée de Weber« 

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Page 847-848 : La famille du docteur Minoret, voyant l’emprise qu’a la jeune Ursule sur le docteur, se décide à aller chez lui et tenter de le charmer. C’est l’occasion pour Balzac de montrer la bêtise crasse de la famille : « On nous dit que votre filleule a un si beau talent sur le forte , que nous serions bien enchantées de l’entendre. Mme Crémière et moi sommes disposées à prendre son maître pour nos petites; car s’il avait sept ou huit élèves, il pourrait mettre le prix de ses leçons à la portée de nos fortunes…

Volontiers, dit le vieillard, et cela se trouvera d’autant mieux que je veux aussi donner un maître de chant à Ursule.« 

Page 870 : « L’abbé Chaperon entendit en entrant le son du piano. La pauvre Ursule achevait la symphonie en la de Beethoven… Plus la musique est belle, moins les ignorants la goûtent… Ah ! voilà ce qui coûte si cher, dit Mme Crémière à Mme Massin.

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Dieu me garde de donner de l’argent pour que ma petite fille me fasse des charivaris pareils dans la maison, répondit Mme Massin.

Elle dit que c’est du Béthovan, qui passe cependant pour un grand musicien, dit le receveur, il a de la réputation.

Ma foi, ce ne sera pas à Nemours, reprit Mme Crémière, et il est bien nommé Bête à vent…

Il faut que M. le juge de paix aime bien jouer pour entendre ces sonacles, dit Mme Crémière.« 

Lors de la première rencontre entre Savinien et Ursule, le charme de la musique agit déjà puisque Savinien déclare (page 878) : « J’espère, monsieur le docteur, que vous me recevrez chez vous; j’aime la musique, et je me souviens d’avoir entendu le piano de Mlle Ursule.« 

Pages 890-891, Balzac nous livre un étonnant aveu de l’impuissance des mots à transmettre certaines émotions que seule la musique peut permettre de communiquer : « Il arrive souvent qu’un morceau pauvre en lui-même, mais exécuté par une jeune fille sous l’empire d’un sentiment profond, fasse plus d’impression qu’une grande ouverture pompeusement dite par un orchestre habile. Il existe en toute musique, outre la pensée du compositeur, l’âme de l’exécutant, qui, par un privilège acquis seulement à cet art, peut donner du sens et de la poésie à des phrases sans grande valeur. Chopin prouve aujourd’hui pour l’ingrat piano la vérité de ce fait déjà démontré par Paganini pour le violon.

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Ce beau génie est moins un musicien qu’une âme qui se rend sensible et qui se communiquerait par toute sorte de musique, même par de simples accords. Par sa sublime et périlleuse organisation, Ursule appartenait à cette école de génies si rares; mais le vieux Schmucke, le maître qui venait chaque samedi et qui pendant le séjour d’Ursule à Paris la vit tous les jours, avait porté le talent de son élève à toute sa perfection. Le Songe de Rousseau, morceau choisi par Ursule, une des compositions de la jeunesse d’Hérold, ne manque pas d’ailleurs d’une certaine profondeur qui peut se développer à l’exécution; elle y jeta les sentiments qui l’agitaient et justifia bien le titre de Caprice que porte ce fragment… Savinien pénétra donc dans ce délicieux royaume, entraîné par ce cœur qui, pour s’interpréter lui-même, empruntait la puissance du seul art qui parle à la pensée par la pensée elle-même, sans le secours de la parole, des couleurs ou de la forme.« 

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Par l’effet de calomnies, Ursule croit que Savinien va se marier avec une autre, et se réfugie dans la musique. Et c’est par la musique que l’ignoble Goupil, qui voudrait se marier avec Ursule, essaye de la conquérir (page 944) : « … Ursule joua du piano fort tard, elle se coucha presque rassurée et accablée de sommeil. À minuit environ, elle fut réveillée par un concert composé d’une clarinette, d’un hautbois, d’une flûte, d’un cornet à pistons, d’un trombone, d’un basson, d’un flageolet et d’un triangle…« 

Page 945 : « La sérénade était, à ce qu’il paraît, charmante ! Il y avait un cornet à pistons ! – Qu’est-ce qu’un piston ? – Un nouvel instrument de musique ! … Trois jours après, au milieu de la nuit, trois violons, une flûte, une guitare et un hautbois donnèrent une seconde sérénade… il lut cette terrible prophétie : Tu n’épouseras pas Ursule. Si tu veux qu’elle vive, hâte-toi de la céder à celui qui l’aime plus que tu ne l’aimes ; car il s’est fait musicien et artiste pour lui plaire, et préfère la voir morte à la savoir ta femme.« 

Je ne vais pas vous raconter la fin, pour ne pas divulgacher l’histoire, mais je peux quand même dire que Balzac nous réserve une fin étonnante, avec l’apparition d’un fantôme !

(Source principale : La Comédie humaine, Ursule Mirouët, bibliothèque de la Pléiade, volume III, éditions Gallimard 1976.)

Divers

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX – 8 – LA FLÛTE ENCHANTÉE

Ayant récemment vu sur ARTE la très belle mise en scène de Cédric Klapisch pour La Flûte enchantée de Mozart, je me suis rendu compte que, dans la caractérisation des différents personnages, on pouvait reconnaître les sept péchés capitaux.

La liste des sept péchés capitaux, telle que fixée par Saint-Thomas d’Aquin (1224 – 1274) dans sa Somme théologique est : l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la jalousie, la colère, et la paresse.

L’orgueil est un des défauts (léger) de l’oiseleur Papageno qui, au début de l’histoire, se vante d’avoir tué le serpent qui menaçait le prince Tamino. Dans ce premier air, on peut aussi entendre un éloge de la paresse.

Cliquez sur l’incarnation de l’orgueil et de la paresse

Je n’ai pas trouvé dans cet opéra d’incarnation de la gourmandise, tout juste peut-on signaler le besoin de boire de Papageno au second acte, avant qu’il ne rencontre sa Papagena qui va lui donner à boire.

La luxure est représentée par Monostatos, l’esclave de la reine de la nuit qui ne pense qu’à assouvir son désir pour la pauvre Pamina.

Cliquez sur l’incarnation de la luxure

Je n’ai pas trouvé dans la Flûte d’incarnation de l’avarice. À la limite, on peut considérer que la haine de la reine de la nuit pour Sarastro vient du fait qu’il a gardé pour lui le cercle sacré d’Isis, qu’il destine aux initiés. Ceci peut également être considéré comme de la jalousie. Décidément, cette reine a tous les défauts.

La colère de la reine de la nuit s’exprime dans un des airs les plus célèbres de la Flûte enchantée, « Der Hölle Rache ».

Cliquez sur l’incarnation de la colère
3 bis -Liste alphabétique des écrivains, Mallarmé, Shakespeare

LISTE ALPHABÉTIQUE DES ÉCRIVAINS CHRONIQUÉS SUR CE SITE

Grande nouvelle, j’ai signé cette semaine avec Le Lys bleu ( https://www.lysbleueditions.com/ ) mon contrat d’édition pour mon opus 2, qui sera consacré aux Écrivains, dramaturges et librettistes ! À cette occasion, voici la liste alphabétique des écrivains à qui j’ai consacré un article sur mon site.

Après Mes opéras préférés et Compositeurs et compositrices, méta-billets vous permettant d’accéder directement aux billets de ces catégories par simple clic sur les liens proposés, voici un troisième méta-billet alphabétique qui vous permettra de retrouver les billets classés dans la catégorie Écrivains. Pour retrouver facilement ces méta-billets, j’ai créé les catégories « 1 – mes opéras préférés« , « 2 – compositeurs » et « 3 – écrivains » qui apparaissent au début de la liste des catégories.

hofmann

image Homère

niet

image Ronsard

Shakespeare par Adrian

image Tolstoï

Oulipo, Poésie

« LE PONT MIRABEAU » , d’APOLLINAIRE (1913)

Après « Les fontaines ne chantent plus« , de Raymond Queneau, je vous propose ce mois-ci un poème de Guillaume Apollinaire, « le Pont Mirabeau », extrait d’Alcools (1913).

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

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Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

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Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Cliquez sur la Speranza

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

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Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Citations musicales :

après la peine : Poulenc sept chansons, « Marie ».

Des éternels regards : Messiaen Vingt regards sur l’Enfant-Jésus.

l’Espérance : Rossini Trois chœurs religieux « la Speranza« .

Ni les amours reviennent : Chausson Poème de l’amour et de la mer « La mort de l’amour ».

Compositrices

Graciane FINZI (née en 1945)

Photo Georges Tourdjman 

Graciane Finzi naît le 10 juillet 1945 à Casablanca dans une famille de musiciens. Son père était violoniste et sa mère pianiste. À l’âge de 3 ans, Graciane jouait déjà du piano.

Après des études au Conservatoire de Casablanca, Graciane entre à l’âge de dix ans au Conservatoire National Supérieur de Paris en solfège spécialisé et à douze ans en classe de piano. Elle obtient très tôt ses prix d’harmonie (1962), de contrepoint (1964), de fugue (1964) et de composition. Elle écrit d’ailleurs sa première œuvre pour passer le concours d’entrée dans la classe de composition. Elle a comme professeurs Elsa Barraine pour la lecture à vue et Tony Aubin en classe de composition.

En 1979, Graciane Finzi est nommée professeur au CNSM.

Elle a reçu de nombreux prix et distinctions :

En 1982, elle reçoit le Prix de la promotion symphonique de la SACEM et en 1989 le Prix Georges Enesco.

En 1992, le Prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) pour son opéra Pauvre assassin

En 2001, le Grand Prix Sacem pour l’ensemble de son œuvre

En 2006, le Prix Chartier de l’institut de France

En 2013, le Grand Prix Musique SACD

En 2020, le Prix Florent Schmitt de l’Institut de France. Graciane Finzi est nommée Chevalière des Arts et Lettres

En 2024, le Grand prix de l’UNAC

Le 14 juillet 2025, Graciane Finzi est promue Chevalière de La Légion d’honneur.

Le répertoire de Graciane Finzi compte environ 180 œuvres, dont sept opéras et 4 œuvres lyriques pour enfants. Très intéressée par l’apprentissage de la musique pour les enfants, elle écrit le Clavier fantastique (1999), d’après Jules Verne, un « opéra pédagogique » qui s’adresse à des enfants de tous les milieux.

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Parmi ses opéras, citons entre autres Le dernier jour de Socrate (1988), livret de Jean-Claude Carrière ou Fraülein Else (2013), opéra de chambre d’après Schnitzler.

Plusieurs de ses œuvres symphoniques sont des commandes de Radio-France, et ont été créées par les orchestres de cette maison.

Entre 2001 et 2003, Graciane Finzi est compositrice en résidence à l’Orchestre National de Lille.

Ses œuvres sont dirigées par des chefs d‘orchestre tels que Myung-Whun Chung, Jésus Lopez Cobos, Jean-Claude Casadesus, Adrian Sunshine…

Là-bas peut-être, opéra pour adolescents et tout public, commande de l’Orchestre National de Lille.

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Outre ses œuvres symphoniques et lyriques, le répertoire de Graciane Finzi comporte de la musique de chambre et de la musique lyrique. Elle a ainsi mis en musique des classiques comme Lamartine (la Vie, l’Amour), Hugo, Verlaine (C’est l’heure exquise, Marine, 2022) ou Mallarmé (Un coup de dés jamais… 1998), et des contemporains comme Michel Cassé.

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Impression Tango (2005) pour violon (ou alto, ou violoncelle) et accordéon.

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L’Attente et le Retour, pour erhu, suonà et orchestre, créé à Shanghaï en 2007.

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Diane et Actéon (2010), pour quatuor et cordes et soprano, d’après les Métamorphoses d’Ovide.

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Ouverture pour une symphonie (2020)

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En 2022, Graciane Finzi écrit L’existence du possible (2022) pour la finale du concours de cheffes d’orchestre « la Maestra » à la Philharmonie de Paris organisé par le Paris Mozart Orchestra dirigé par Claire Gibault.

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Et voici un dernier extrait musical : Océan sonore.

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Pour suivre l’actualité de Graciane Finzi, le mieux est d’aller sur son site internet Graciane-Finzi.fr, avec beaucoup d’informations et de vidéos de sa musique.

(Cet article a été aimablement relu et corrigé par Graciane Finzi, qu’elle en soit ici remerciée.)