Oulipo, Poésie

À CLYMÈNE, de Verlaine (1869)

Après « Mon rêve familier« , de Verlaine, je vous propose ce mois-ci un autre poème de Verlaine, « À Clymène », paru en 1869 dans le recueil les Fêtes galantes.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Mystiques barcarolles,
Romances sans paroles,
Chère, puisque tes yeux,
Couleur des cieux,

Cliquez sur la barcarolle
Cliquez sur l’es romances sans paroles

Puisque ta voix, étrange
Vision qui dérange
Et trouble l’horizon
De ma raison,

Puisque l’arôme insigne
De ta pâleur de cygne
Et puisque la candeur
De ton odeur,

Cliquez sur l’image

Ah ! puisque tout ton être,
Musique qui pénètre,
Nimbes d’anges défunts,
Tons et parfums,

Cliquez sur l’image

A, sur d’almes cadences
En ses correspondances
Induit mon cœur subtil,
Ainsi soit-il !

Cliquez sur l’Amen

Citations musicales :

Barcarolles : Offenbach, Les Contes d’Hoffmann « Barcarolle »

Romances sans paroles : Mendelssohn, Romances sans paroles

Ta paleur de cygne : Wagner, Lohengrin

D’anges défunts : Louati, Les Ailes du désir

Ainsi soit-il : Berlioz, La Damnation de Faust, « Amen ».

Et puis, il y un bonhomme qui s’y entendait beaucoup mieux que moi pour mettre Verlaine en musique, c’est mon pote Gabriel Fauré, alors voici :

Cliquez sur l’image
littérature, Oulipo, Poésie

« MON RÊVE FAMILIER », de VERLAINE (1866)

Après « le Vampire« , de Baudelaire, je vous propose ce mois-ci un poème de Verlaine, « mon Rêve familier », paru en 1866 dans les Poèmes saturniens.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Cliquez sur Cavaradossi

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Cliquez sur Jenufa

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Cliquez sur Leporello

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Cliquez sur le flûtiste

Citations musicales :

D’une femme inconnue, et que j’aime : Puccini Tosca « Recondita armonia ».

Les moiteurs de mon front blême : Janacek Jenufa « Zdravas Kralovno (Ave Maria) ».

Est-elle brune, blonde ou rousse ? : Mozart Don Giovanni « air du catalogue ».

Pareil au regard des statues : Vivaldi Orlando furioso « Sol da te ».

littérature, Oulipo, Poésie

« LE VAMPIRE », de BAUDELAIRE (1851)

Après « Feuillet d’album », de Mallarmé, je vous propose ce mois-ci un poème de Baudelaire, « le Vampire », paru en 1857 dans les Fleurs du mal.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Toi qui, comme un coup de couteau,
Dans mon cœur plaintif es entrée ;
Toi qui, forte comme un troupeau
De démons, vins, folle et parée,

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De mon esprit humilié
Faire ton lit et ton domaine ;
– Infâme à qui je suis lié
Comme le forçat à la chaîne,

Cliquez sur l’image

Comme au jeu le joueur têtu,

Cliquez sur l’image

Comme à la bouteille l’ivrogne,
Comme aux vermines la charogne
– Maudite, maudite sois-tu !

J’ai prié le glaive rapide
De conquérir ma liberté,
Et j’ai dit au poison perfide
De secourir ma lâcheté.

Hélas ! le poison et le glaive
M’ont pris en dédain et m’ont dit :
« Tu n’es pas digne qu’on t’enlève
À ton esclavage maudit,

Cliquez sur l’image

Imbécile ! – de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire ! »

Cliquez sur l’image

Citations musicales :

un troupeau de démons : Berlioz, la Damnation de Faust, pandaemonium.

lié comme le forçat à la chaîne : Beethoven Fidelio, « O welche Lust ».

le joueur : Prokofiev, le Joueur.

ton esclavage maudit : Saint-Saëns, Samson et Dalila, « Dieu d’Israël ».

ton vampire : Marschner, le Vampire, ouverture.

Divers, Poésie

LES MÉLODIES DE FAURÉ

Compositeur de l’intime, même son Requiem est doux et apaisé, Gabriel Fauré a écrit beaucoup de mélodies. Ses huit premiers opus sont d’ailleurs des recueils de mélodies.

Je vous propose donc ici une petite sélection de ces mélodies, un genre qu’il affectionnait et qu’il a pratiqué tout au long de sa carrière.

L’Opus 1 contient, « le Papillon et la Fleur », sur un poème de Victor Hugo, et « Mai ».

Cliquez sur n°1 de l’opus 1

L’Opus 4 contient « le Lamento du pêcheur », un texte de Théophile Gautier retenu par Berlioz dans ses Nuits d’été.

Cliquez sur l’image

L’Opus 5 contient « Chant d’automne », sur un poème de Charles Baudelaire.

Cliquez sur le n° 1 de l’opus 5

L’Opus 7 contient le fameux « Après un rêve ».

Cliquez sur l’image

L’Opus 39 contient « les Roses d’Ispahan ».

Cliquez sur l’image

L’Opus 46 contient son fameux « Clair de lune », sur un poème de Paul Verlaine.

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L’Opus 51 contient « au Cimetière », un autre poème de Gautier retenu par Hector Berlioz dans ses Nuits d’été.

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L’Opus 61, la bonne Chanson, est un recueil de 9 mélodies sur des textes de Paul Verlaine.

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Enfin, un de ses tout derniers ouvrages, l’Opus 118 intitulé l’Horizon chimérique, est un cycle de mélodies sur des poèmes de Jean de la Ville de Mirmont.

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littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

FEUILLET D’ALBUM, de MALLARMÉ (1890)

Après « Le miroir brisé« , de Jacques Prévert, je vous propose ce mois-ci un poème de Mallarmé, « Feuillet d’album ».

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Ce sonnet a été écrit pour la fille d’un ami poëte de Mallarmé.

Tout à coup et comme par jeu

Mademoiselle qui voulûtes

Ouïr se révéler un peu

Le bois de mes diverses flûtes

Cliquez sur le flûtiste

Il me semble que cet essai

Tenté devant un paysage

A du bon quand je le cessai

Pour vous regarder au visage

Cliquez sur l’image

Oui ce vain souffle que j’exclus

Cliquez sur l’image

Jusqu’à la dernière limite

Selon mes quelques doigts perclus

Manque de moyens s’il imite

Votre très naturel et clair

Rire d’enfant qui charme l’air.

Cliquez sur les enfants

Citations musicales :

Mes diverses flûtes : Debussy, Syrinx.

Ce vain souffle : Verdi, La Traviata « Adio del passato ».

Au visage : Poulenc, Sept chansons « Belle et ressemblante ».

Rire d’enfant : Aboulker, Douce et Barbe-bleue.

littérature, Oulipo, Poésie

« LE MIROIR BRISÉ », de Jacques PRÉVERT (1945)

Après « Le Pont Mirabeau« , de Guillaume Apollinaire, je vous propose ce mois-ci un poème de Jacques Prévert, « le Miroir brisé », extrait de Paroles.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Le petit homme qui chantait sans cesse

le petit homme qui dansait dans ma tête

le petit homme de la jeunesse

a cassé son lacet de soulier

et toutes les baraques de la fête

tout d’un coup se sont écroulées

Cliquez sur l’image

et dans le silence de cette fête

dans le désert de cette tête

j’ai entendu ta voix heureuse

ta voix déchirée et fragile

enfantine et désolée

venant de loin et qui m’appelait

Cliquez sur l’image

et j’ai mis ma main sur mon cœur

où remuait

ensanglantés

les sept éclats de glace de ton rire étoilé.

Cliquez sur l’image

Citations musicales :

Toutes les barques de la fête tout d’un coup se sont écroulées : Leoncavallo Paillasse « Vesti la Giubba »

Ta voix déchirée et fragile enfantine et désolée… qui m’appelait : Ravel L’Enfant et les Sortilèges, final (Ma-man)

Mon cœur… ensanglantés : Poulenc Banalités « Sanglots ».

Oulipo, Poésie

« LE PONT MIRABEAU » , d’APOLLINAIRE (1913)

Après « Les fontaines ne chantent plus« , de Raymond Queneau, je vous propose ce mois-ci un poème de Guillaume Apollinaire, « le Pont Mirabeau », extrait d’Alcools (1913).

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Cliquez sur l’image

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Cliquez sur l’image

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Cliquez sur la Speranza

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Cliquez sur l’image

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Citations musicales :

après la peine : Poulenc sept chansons, « Marie ».

Des éternels regards : Messiaen Vingt regards sur l’Enfant-Jésus.

l’Espérance : Rossini Trois chœurs religieux « la Speranza« .

Ni les amours reviennent : Chausson Poème de l’amour et de la mer « La mort de l’amour ».

Agenda Ironique, littérature, Oulipo, Poésie

« LA RIEN QUE LA TOUTE LA », de François Le LIONNAIS

Ce(s) mois-ci, c’est Carnets Paresseux qui nous suggère l’Agenda Ironique de l’été 2025.

Le thème principal en est… Rien !

Voici donc ce qu’il nous demande, Carnets Paresseux :

Récapitulons : rien, le sujet ; les mots imposés haricot, asymptote, ragondin et billevesée ; des mots à éviter : activité, programme, obligation, aristotélicien, gouvernement. Et la forme que vous voulez.

Et puis du mystère, du calendrier, du suspense, des jours et des dates de juillet et d’août ; enfin, évidemment, de l’ironie. Autant que possible, aucun jeu de mots : de la tenue, du style, et pourquoi pas, une morale.

Mais tout ceci est tellement mieux esspliqué chez lui.

Après avoir tout dit sur rien, je vous propose ici mon traditionnel « poème mis en musique à ma façon », avec ce mois-ci La rien que la toute la, de François le Lionnais, soit le premier sonnet écrit sans nom, sans verbe et sans adjectif, sans haricot, sans ragondin, sans asymptote, et surtout sans la moindre billevesée.

Vous vous vous, parce que mais nul dont ce aucune
Quand de ce (pour avec) et ce pourquoi jamais  ;

Cliquez sur l’image

Seulement le et les et déjà si quand nous
Au et contre ces qui d’où vous aussi vous des.

 
Quelque enfin, pas ne tant depuis tout après une
Car si du en auprès (comme un qui je pour vous).

Cliquez sur l’opéra urbain

Et même… Il en leur la plus que ce je ne te
Maintenant et cela ou tel toujours sans très.

 
Là de des puisque vous, moins que pour dont, autour
Desquels celui ne parmi et jusqu’alors – non
Dans le de et par – la qu’il comme la et seuls

Cliquez sur l’image


Désormais tu son donc  ! et tu bien les ici
Mais grâce à lorsque sur dont un les des en eux
Tu Tu Tu à travers les nul dont ce aucune.

Cliquez sur les danseuses en tutu

Citations musicales :

Jamais : Poe / Slatkin, le Corbeau.

Comme un qui je pour vous : Attia, Molière, l’opéra urbain « les Précieuses ridicules ».

Seuls : Purcell « Oh Solitude ».

Tu Tu : Tchaïkovski le Lac des Cygnes.

Poésie

QUELQUES NOUVEAUX HAÏKAÏS (8ème SÉRIE)

C’est l’été et je suis en vacances loin de tout. Quoi de mieux alors qu’une petite série de haïkus (ou haïkaïs) improvisés pour profiter de cette période ?

Le haïkaï (ou haïku) est une forme de poésie japonaise visant à évoquer en quelques mots l’essence des choses. Il se compose, dans notre alphabet occidental, de 3 vers de cinq, sept et cinq pieds.

Didon et Enée

Un opéra de Purcell

La mort de Didon

Cliquez sur la mrot de Didon

Premier opéra

L’orfeo, Monteverdi

Déjà tout est dit !

Cliquez sur l’image

Fable écologique

Like Flesh de Sivan Eldar

Une métamorphose.

Cliquez sur l’image

Madame Butterfly

Sur la mer calmée monte une fumée

Pauvre Cio-Cio-San.

Cliquez sur cette pauvre cio-Cio-San

Et vous pouvez toujours m’envoyer vos haïkus en commentaire. S’ils m’inspirent, je les intégrerai dans une prochaine livraison.

Agenda Ironique, littérature, Oulipo, Poésie

UN RIEN DE POÉSIE

Ce(s) mois-ci, c’est Carnets Paresseux qui nous suggère l’Agenda Ironique de l’été 2025.

Le thème principal en est… Rien !

Voici donc ce qu’il nous demande, Carnets Paresseux :

Récapitulons : rien, le sujet ; les mots imposés haricot, asymptote, ragondin et billevesée ; des mots à éviter : activité, programme, obligation, aristotélicien, gouvernement. Et la forme que vous voulez.

Et puis du mystère, du calendrier, du suspense, des jours et des dates de juillet et d’août ; enfin, évidemment, de l’ironie. Autant que possible, aucun jeu de mots : de la tenue, du style, et pourquoi pas, une morale.

Mais tout ceci est tellement mieux esspliqué chez lui.

On définit généralement un expert comme étant quelqu’un qui connaît un maximum de choses sur un sujet très restreint. Si on pousse ce raisonnement asymptotiquement, on infère que le climax de l’expertise est donc de connaître Tout sur rien !

Mine de rien, la référence musicale évidente sur le rien en musique doit être le fameux Air de rien de John Cage, plus connu sous son titre 4 mn 33 s.

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Jean Tardieu nous propose, dans la Môme néant, un bel exemple de rien en poésie :

Quoi qu’a dit ? A dit rin.

Quoi qu’a fait ? A fait rin.

À quoi qu’ a pense ? A pense a rin.

Pourquoi qu’a dit rien ? pourquoi qu’a fait rin ? Pourquoi qu’a pense a rin ?

A’ xiste pas.

Le plus beau discours que je connaisse sur le rien est dû à Raymond Devos, avec son sketch Parler pour ne rien dire.

Cliquez sur l’image

Mais trève de billevesées, revenons à un univers qui m’est cher, celui de l’opéra (je ne sais pas si vous avez remarqué, mais l’univers de l’opéra m’est cher). Comme le rappelle Vladimir Jankelevitch dans ses ouvrages de musicologie, c’est avec la mort de Mélisande qu’on s’approche le plus près du mystère du passage de la vie à la mort : « Elle est partie sans rien dire, je n’ai rien entendu ».

Cliquez sur l’image

Les historiens de la musique nous le disent, Hector Berlioz jouait du flageolet dans sa jeunesse. Il ne s’agit évidemment pas du haricot, mais bel et bien d’une petite flûte. Mais ce vaurien n’a pas suvi les conseils de son père, qui voulait faire de lui un médecin. Passant plus de temps dans les théâtres que dans les amphihéâtres, il finira compositeur. Dans sa Symphonie fantastique (1830), il mettra en scène de façon spectaculaire l’ancien thème grégorien du Dies Irae.

Cliquez sur l’image

Un rien plus tard, en 1836, Meyerbeer s’est servi d’un hymne non pas grégorien, mais luthérien, pour l’ouverture de son Grand opéra à la française, les Huguenots.

Cliquez sur le vieil hymne luthérien

Et si, arrivé là, vous en voulez encore, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

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