Mes opéras préférés

LES BORÉADES, de RAMEAU (1763)

Dernière tragédie lyrique de RAMEAU, les répétitions des Boréades ont été interrompues par sa mort en 1764. Il faudra attendre plus de deux siècles pour qu’on la redécouvre.

Rameau, alors âgé de plus de 80 ans, a su y développer pour la musique de ses ballets des talents symphoniques nouveaux.

Le pitch : La reine Alphise aime Abaris, mais elle doit choisir pour mari un descendant de Borée, le dieu du Vent. Cet amour interdit provoque la colère de Borée, qui la condamne à mort. Heureusement, on apprend (à la fin) qu’Abaris est lui-même un descendant de Borée. Alphise peut donc le choisir pour époux sans avoir à renoncer à son trône.

Acte I : La reine Alphise avoue sa lassitude à sa confidente Sémire. Elle doit en effet choisir son mari parmi les Boréades, les descendants de Borée, le dieu du Vent, mais elle aime un étranger, Abaris. Sémire lui rappelle que ce choix provoquera la colère de Borée. Les deux Boréades, Calisis et Borilée, pressent Alphise de choisir entre eux, mais celle-ci déclare qu’elle suivra le choix d’Apollon. Après une pastorale où alternent les chants et les chœurs, Alphise exprime ses craintes (Air : « Un horizon serein… ».)

Rameau les Boréades Un horizon sereinCliquez sur Alphise

Acte II : Dans le temple d’Apollon, le grand prêtre Adamas se souvient que quand Apollon lui a confié le jeune Abaris, il lui a fait promettre de ne pas lui révéler son origine tant qu’il ne serait pas digne d’être du sang des dieux (Air : « Charmes trop dangereux »).

Rameau les Boréades Charmes trop dangereuxCliquez sur l’image

Il appelle Abaris, qui lui révèle son amour pour Alphise. Adamas ordonne à ses prêtres d’obéir en tout à Abaris jusqu’à l’annonce du futur roi. Alphise arrive à son tour. Elle vient demander au prêtre d’intercéder en sa faveur auprès d’Apollon. Restée seule avec Abaris, elle lui raconte un songe où elle a vu Borée détruire son royaume. Abaris demande à Apollon de les protéger et, oubliant son rôle de prêtre, il déclare son amour pour Alphise. Alphise lui répond en retour, mais ses suivantes approchent. Abaris modifie alors son chant d’amour en chant de gloire pour Apollon, que tout le monde reprend en chœur (Chœur : « Chantons le dieu »). La femme de Borée entre avec ses suivantes, portant un vase sacré et dansant pour Athéna. La danse est interrompue par l’arrivée de Borée, Calisis et Borilée, qui disent à Alphise qu’il faut écouter l’amour quand il se manifeste. Éros paraît. Il donne une flèche magique à Alphise en lui disant de suivre ce trait enchanté. Le chœur célèbre Amour et Apollon, mais est interrompu par Borée et ses fils, qui se demandent si Amour leur sera contraire ou favorable.

Acte III : Alphise est seule avec ses pensées, partagée entre son rêve tragique et le charme de l’amour (Air : « Songe affreux, image cruelle »).

Rameau les Boréades songe affreux, image cruelleCliquez sur Alphise

Abaris entre. Il a peur d’être sacrifié par Alphise au devoir, mais Alphise le rassure. Le peuple entre et chante les louanges de l’Hymen (Chœur : « Triomphe hymen, l’amour t’appelle »).

Rameau les Boréades Triomphe Hymen, l'amour t'appelleCliquez sur l’image

Adamas demande à la reine de choisir son mari, mais celle-ci annonce que pour respecter la volonté de Borée de voir un de ses fils sur le trône, elle renonce à son titre de reine au profit de son amour pour Abaris. Elle tend la flèche magique à Abaris. Calisis et Borilée réclament le trône devenu vacant. Abaris veut protéger la reine en renonçant à son amour, mais elle persiste. Les deux prétendants en appellent à leur père Borée. Celui-ci fait alors éclater une tempête qui emporte Alphise.

Acte IV : Entrée.

Rameau les BoréadesCliquez sur la symphonie d’entrée de l’acte IV.

Le peuple supplie Borée de se calmer (Chœur : « Nuit redoutable, jour affreux »).

Quand enfin la tempête s’arrête, Abaris arrive, abattu (Air : « Tout cède aux efforts de l’orage »).

Rameau les Boréades Tout cède aux efforts de l'orage (la Tempête)Cliquez sur Abaris

Adamas lui demande de renoncer à son amour pour rétablir le calme. Abaris veut se frapper avec la flèche, mais Adamas lui rappelle que cette flèche peut le faire gagner face à ses rivaux. La muse Polymnie lui demande d’invoquer les Zéphyrs pour qu’ils le conduisent au royaume du Tonnerre. Avec l’aide de l’amour, il va fléchir le dieu sévère.

Acte V : Dans son royaume, Borée ordonne aux vents de continuer à frapper la Terre, mais ceux-ci répondent faiblement qu’un mortel les force au repos. Alphise entre avec ses fils. Borée lui ordonne de choisir entre eux, sous peine d’être réduite en esclavage, mais elle refuse. Borée, furieux, ordonne à ses sujets de continuer à la tourmenter. Abaris apparaît. Les Boréades se moquent de lui, venu les arrêter. Il se sert de sa flèche magique pour les calmer.

Rameau les Boréades Acte V scene IVCliquez sur Abaris face à Borée et ses fils

Apollon paraît, et révèle qu’Abaris est son fils, et qu’il l’a eu d’une nymphe elle-même descendante de Borée. Ainsi, Abaris étant un descendant de Borée, rien ne s’oppose plus à son mariage avec Alphise. Apollon scelle leur sort, et répand une lumière éternelle sur le sombre royaume de Borée.

(Source principale : le livret et le DVD de William Christie.)

Mes opéras préférés

WOZZECK, d’Alban BERG (1917-1922)

Wozzeck est une œuvre phare dans l’histoire de l’opéra du XXe siècle. En effet, Wozzeck est le premier opéra atonal (mais pas encore dodécaphonique), même si Alban BERG y a introduit des formes classiques (passacailles, fugues, rondos, scherzos, …).

Autre nouveauté, si l’apport de la psychologie se développait déjà depuis la fin du siècle précédent, c’est la première fois que la psychologie du héros principal nous est présentée de l’intérieur.

L’œuvre a été écrite de 1917 à 1922, et créée à Berlin en 1925, et connut assez rapidement un succès international. Elle a été classée par les nazis comme faisant partie de l’art dégénéré et mise à l’index.

Chaque acte est découpé en cinq scènes, parfois courtes, indépendantes musicalement et reliées entre elles par des interludes musicaux. Le livret s’inspire du Woyzeck de BÜCHNER, qui lui-même avait écrit sa pièce d’après un fait divers datant de 1821.

Acte I : Le soldat Wozzeck rase le capitaine. Le capitaine lui fait la morale, car Wozzeck a eu, avec Marie, un enfant « sans la bénédiction de l’église ». Le capitaine provoque Wozzeck, qui tient le rasoir sous sa gorge. Pourtant, Wozzeck ne se rebelle pas et continue à raser le capitaine.

Berg Wozzeck débutCliquez sur Wozzeck et le capitaine

Dans la nature, Wozzeck cherche à comprendre le sens de la vie. Il a recours à la bible, et déclare que cet endroit est maudit. Son camarade Andres ne le comprend pas. Lui ne voit ni n’entend rien, si ce n’est le clairon qui appelle les soldats à la caserne.

Marie regarde le défilé militaire avec son amie Margret. Elles regardent le tambour-major. Margret sent que Marie n’éprouve plus d’amour pour Wozzeck. Marie endort son enfant en lui chantant une berceuse. Quand Wozzeck rentre, Marie lui reproche de ne pas s’intéresser à son enfant, mais Wozzeck, encore en proie à ses hallucinations, ne reconnaît ni Marie ni son enfant.

Berg Wozzeck Acte I scène 3 Tschin BumCliquez sur l’image

Wozzeck vend son corps à la science, c’est-à-dire au docteur militaire qui fait des expériences sur lui. Wozzeck sent qu’il ne représente plus rien pour Marie. Il veut en parler au docteur, mais celui-ci ne l’écoute pas. Il ne s’intéresse qu’à ses expériences, pas aux hommes.

Berg Wozzeck le docteurCliquez sur le docteur

Marie et le tambour-major se rencontrent. Marie admire sa force. Elle hésite, puis le fait entrer chez elle.

Acte II : Marie reçoit des boucles d’oreille du tambour-major. Voyant le bijou, Wozzeck prend peur et essaie de retenir Marie avec de l’argent.

Le capitaine fait peur au docteur, en lui prédisant des problèmes de santé. Le docteur fait peur à Wozzeck. Les deux le tourmentent au sujet de Marie et du tambour-major, mais Wozzeck tient bon.

Berg Wozzeck Act II scene 2 Wohin so eiligCliquez sur l’image

Wozzeck réclame la vérité à Marie, qui la lui assène : son amour pour lui est mort. « Plutôt un couteau dans le corps qu’une main sur moi ! » Un abîme s’ouvre devant Wozzeck.

Le soir, dans le jardin de l’auberge, Wozzeck découvre Marie avec le tambour-major. Son monde s’écroule alors qu’un ivrogne s’approche de lui et lui dit qu’il « pue le sang ».

Berg Wozzeck Lustig; lustig Aber es riechtCliquez sur l’image

La nuit à la caserne, Wozzeck ne réussit pas à dormir. Le tambour-major, ivre, rentre et se vante de ses exploits amoureux. Ils se battent, mais le tambour-major prend le dessus.

Acte III : Marie lit dans la bible l’histoire de la pécheresse Marie-Madeleine, mais n’arrive pas à réconcilier bible et réalité. Elle raconte à son enfant l’histoire d’un enfant abandonné de tous. Prise de remords, elle implore la pitié de Dieu.

Le soir, au bord de l’étang, Wozzeck croise Marie. Il veut lui parler du temps où ils s’aimaient. La lune, rouge, monte dans le ciel. Croyant voir du sang, il frappe Marie.

Berg Wozzeck final (MET)Cliquez sur Wozzeck et Marie

La nuit, à l’auberge Wozzeck chante et danse pour oublier. Le sang qu’il a sur lui alerte Margret. Wozzeck s’enfuit.

Wozzeck cherche son couteau. Il le trouve et le jette dans l’étang. En voulant se laver du sang qui le macule, il se noie dans l’étang.

Des enfants jouent et se moquent de l’enfant de Marie, car sa mère est morte.

Berg Wozzeck Act III scene 5Cliquez sur l’image

Mes opéras préférés, opéra russe

LA KHOVANTCHINA, de MOUSSORGSKI (1872 – 1880)

La Khovantchina est la dernière œuvre sur laquelle a travaillé MOUSSORGSKI. Il l’a commencée en 1872, réunissant le matériel historique qui allait lui permettre d’en écrire le livret. À la fin de 1873, celui-ci est à peu près achevé, et certaines idées musicales sont déjà couchées sur le papier. Il la délaissera en suite pratiquement pendant toute l’année 1874, au cours de laquelle il s’est consacré à la publication de Boris Godounov après sa création à Saint-Pétersbourg, ainsi qu’aux Tableaux d’une exposition.

Il consacrera ensuite les années 1875 et 1876 à l’écriture des quatre premiers actes, et il faudra attendre 1880 pour qu’il se mette au cinquième acte. Malheureusement, son état de santé allant en se dégradant ne lui permit pas d’achever la partition, son delirium tremens lui faisant perdre une grande partie des facultés créatrices.

C’est l’infatigable RIMSKI-KORSAKOV qui orchestrera la partition ce qui en permettra la création en 1886 à Saint-Pétersbourg. Au XXe siècle, CHOSTAKOVITCH en fera une nouvelle orchestration, probablement plus fidèle au langage musical âpre de Moussorgski.

Le pitch : Dans la Russie de Pierre le Grand (vers 1682), deux factions s’opposent aux réformes que le tsar a entreprises, sur fond de querelles religieuses et politiques. Le camp des streltsy, mené par les princes Khovanski, se révolte contre le tsar. Pierre le Grand qualifie cette révolte de Khovantchina (soit la barbarie des Khovanski) et fait massacrer ses opposants.

Moussorgski la Khovantchina bande annonceCliquez sur la bande-annonce

Ouverture : L’ouverture est le seul morceau qui soit devenu « grand public » et est régulièrement donnée en concert. Le soleil se lève sur la Moskova, éclairant les bulbes dorés des églises.

Moussorgski la Khovantchina préludeCliquez sur l’image

Acte I : À l’aube, une patrouille de streltsy arrive et se remémore avec joie les massacres qu’ils ont effectués la veille. Un clerc entre à son tour (en ces temps-là, il n’était pas donné à tout le monde de savoir lire et écrire.) Le boyard Chakloviti lui demande d’écrire pour son compte une lettre de dénonciation des princes Khovansky, Ivan le père et André son fils, affirmant qu’ils cherchent à détruire la Russie. Comme le boyard sort, des hommes et des femmes du peuple arrivent et, trouvant sur la place un poteau couvert d’inscriptions, demande au clerc de lire ce qui est écrit. Il s’exécute : c’est le compte-rendu des exécutions faites par les streltsy la veille.

Le prince Ivan arrive en grande pompe et les Moscovites le saluent avec ferveur. Quand il sort arrive Emma, une Allemande que le prince André poursuit de ses assiduités pressantes. Entre à son tour Marfa, l’ancienne maîtresse d’Ivan, qui aime toujours celui-ci. Elle prend la défense d’Emma quand le prince Ivan revient. Frappé par la beauté d’Emma, il demande à ses streltsy de s’emparer d’elle, mais André s’oppose à la volonté de son père. À ce moment le prêtre Dosifei entre avec ses Vieux-Croyants (les tenants de la liturgie orthodoxe ancienne). Il sépare les deux princes, confie Emma à Marfa, et appelle à marcher sur Moscou pour défendre la vraie foi.

Acte II : Le prince Golitisine lit une lettre de la tsarine, qu’il a aimée mais dont il se méfie à présent. Marfa entre, proposant de lui lire son avenir. Elle lui prédit la disgrâce et l’exil. Quand elle sort, Golitisne se rappelle ses hauts faits au service de la Russie et demande que l’on tue Marfa.

Le prince Ivan entre et reproche à Golitsine d’avoir affaibli le pouvoir des boyards. Le ton monte entre les deux hommes quand Dosifei arrive et tente de les calmer. Comme les princes veulent le remettre à sa place, il leur révèle qu’il était lui-même prince avant que de devenir un homme au service de Dieu. Il recommande à Ivan de mieux surveiller ses hommes, qu’il juge au service du diable.

Marfa entre en demandant du secours parce qu’on a cherché à la tuer, et que seule l’arrivée des troupes du tsar lui a permis de se sauver. Elle prévient les deux hommes que les soldats du tsar arrivent pour mater la Khovantschina.

Acte III : Dans le camp des Vieux-Croyants, les hommes chantent qu’ils ont vaincu l’hérésie. Marfa arrive discrètement et chante une chanson d’amour. La mère Susanna la surprend et lui reproche cette chanson inspirée par le diable. Mais Dosifei arrive et la défend auprès de Susanna, lui disant que c’est elle l’impie.

Moussorgski la Khovantchina chanson d'amour de MarfaCliquez sur Marfa

Chakloviti s’est approché du camp, et prédit la fin des streltsy avant de partir. Ceux-ci surgissent et chantent des chansons à boire, alors que les femmes les rudoient pour leur mauvais comportement. L’un d’entre eux, Kouzka, chante la ballade de la médisance.

Le clerc arrive, épouvanté, disant que des mercenaires sont en train de cerner le camp des streltsy. En outre, les troupes du tsar arrivent et ont massacré les mercenaires. Les hommes demandent à Ivan quelle attitude tenir, mais celui-ci leur dit de rentrer chez eux et d’attendre dans le calme.

Moussorgski la Khovantchina fin de l'acte IIICliquez sur la fin de l’acte III

Acte IV : Chez le prince Ivan, les servantes chantent pour distraire le prince. Il demande à ses esclaves persanes de danser pour lui.

Moussorgski la Khovantchina Danses persanesCliquez sur l’image

Moussorgski la Khovantchina danses persanes 2Cliquez sur l’image

La danse est interrompue par un messager qui arrive pour le prévenir d’un malheur qui le menace. Chakloviti entre à son tour, porteur d’une convocation de la part de la tsarine. Flatté, Ivan met ses plus beaux habits, mais il est tué dès qu’il sort de chez lui.

À Moscou, le peuple voit une charrette conduire le prince Govitsine en exil. Marfa prévient Dosifei que les mercenaires vont encercler les streltsy pour les massacrer. Le prêtre conclut que le temps de leur disparition dans les flammes est arrivé.

Le prince André entre, à la recherche de Marfa. Il menace celle-ci, qui lui dit qu’il n’a rien compris, que son père est mort et que l’heure de sa fin est proche. Entrent les streltsy portant des billots et des haches. Alors qu’ils s’apprêtent à mourir, on apprend que le tsar les gracie.

Acte V : Dans un ermitage dans une forêt, refuge des vieux-croyants, Dosifei annonce la fin de l’ancienne religion orthodoxe.

Marfa entre accompagnée d’Ivan. Elle espère toujours sauver son amour, mais lui ne pense qu’à son Emma. Elle met enfin le feu au bûcher funèbre, et tous périssent dans le feu, sous le regard horrifié des soldats du tsar qui arrivent à ce moment.

(Sources principales : la production de l’opéra de Paris de février 2022, et le programme associé.)

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Compositrices, littérature, Mes opéras préférés, Mythologie, Nature

LIKE FLESH, de Sivan ELDAR (2022)

Grande émotion en ce mois de janvier 2022 à l’Opéra de Lille avec la création mondiale de l’opéra Like Flesh, de la compositrice israélienne Sivan ELDAR, sur un livret de la Britannique Cordelia LYNN. L’équipe artistique était complétée par la metteuse en scène italienne Silvia COSTA et le chef d’orchestre français Maxime PASCAL.

Like Flesh présentation opéra de LilleCliquez sur Caroline SONRIER, directrice de l’Opéra de Lille

Commandé par les opéras de Lille, Montpellier et Nancy en 2018, Like Flesh est donc l’aboutissement de plus de 3 ans de travail, pour lequel la compositrice a dû mettre en musique les mots de la librettiste, alors que la metteuse en scène a dû pour une fois, non pas déconstruire une histoire déjà connue de tous (ou presque) pour en proposer une autre lecture, mais au contraire nous proposer une scénographie nous permettant de comprendre une histoire que nous ne connaissons a priori pas déjà. Pour cela, elle s’est appuyée sur les avancées permises par la technologie, notamment avec un dispositif s’appuyant sur une intelligence artificielle pour animer les vidéos qui accompagnent le déroulement de l’action.

Eldar Like Flesh inteview Silvia CostaCliquez sur l’image pour entendre Silvia COSTA

La musique est composée pour un orchestre de chambre amplifié (sonorisé) et un second « orchestre » de 64 haut-parleurs disséminés dans la salle pour permettre au public d’être immergé dans le son des arbres.

Eldar Like Flesh Teaser de l'IRCAMCliquez sur la bande-annonce de l’IRCAM 

Eldar Like Flesh Maxime PascalCliquez sur l’image pour entendre Maxime PASCAL

Les personnages principaux de Like Flesh sont la Forêt, le Forestier (qui coupe les arbres), sa femme et une étudiante venue dans la forêt pour apprendre.

Le pitch : La Femme est malheureuse en mariage et aspire à un monde au-delà des frontières de la chair. L’arrivée dans la forêt de l’étudiante va lui faire découvrir un autre amour, et la poussera à se métamorphoser en arbre. Mais le monde est dur même pour les arbres, et après sa métamorphose, elle sera encore convoitée par le forestier pour l’argent qu’il pourra tirer de son bois et par l’amante qui continue à l’aimer.

Le thème de la métamorphose en arbre est librement inspiré des Métamorphoses d’OVIDE, et notamment de la légende de Daphné qui, poursuivie par Apollon, se transforme en laurier pour lui échapper.

Eldar Like Flesh Teaser Opéra de LilleCliquez sur la bande-annonce de l’Opéra de Lille

La construction narrative se fait suivant une alternance de scènes où la forêt (représentée par le chœur) s’exprime et d’autres où les humains parlent.

I : Ce que savait la forêt. La forêt nous raconte son passé depuis les temps immémoriaux.

II : Les oiseaux ne viennent plus ici. Pendant que le forestier expose sa vision de la forêt : du capital, la femme se désole de voir tout bétonné et la vie – plantes, insectes et oiseaux – qui s’en va.

III : Ce qu’ont fait les arbres. Les arbres annoncent la désertification de la Terre.

IV : La couleur rouge. L’étudiante arrive pour essayer de comprendre la vie, les arbres, la communion entre tous les arbres.

V : Leçons qu’apprend la gentillesse. La femme demande à son mari ce que ressentent les arbres quand il les coupe.

VI : Ce qu’a fait l’humain. L’humain est venu dans la forêt avec une hache, et nous avons crié de joie : « Regardez, le manche est des nôtres ! ».

VII : Le troisième rêve. La femme et l’étudiante découvrent leur amour naissant. La femme se métamorphose en arbre.

VIII : Ce qu’a fait l’humain après. Dans un crépitement de mots, la forêt égrène une litanie de tous les objets que créent les humains.

IX : Donc. Ta femme s’est changée en arbre. L’étudiante a appris au forestier que sa femme s’est changé en arbre. L’homme voit déjà le bénéfice qu’il pourra en tirer.

X : Regrets. Le forestier et sa femme discutent. Il se demande comment il aurait dû faire pour que leur amour perdure.

XI . Ce qu’a vu la forêt. La forêt sait la violence dont sont capables les hommes. Elle a la mémoire des juifs pendus à ses branches.

XII : Un arbre se souvient. L’étudiante et l’arbre discutent. Le forestier dit que l’étudiante dort dans les branches de son arbre. Mais les machines humaines arrivent , qui vont tout dévaster.

XIII : Entrelacement. Dans ce duo forêt, femme/arbre, la femme répond à la forêt que l’étudiante l’a blessée en voulant graver son amour sur l’écorce.

XIV : Comportement du bois. Le forestier et l’étudiante échangent leur perception de la femme devenue arbre.

XV : L’hiver, à nouveau. Le forestier et l’étudiante concluent. L’étudiante a cherché à devenir arbre, comme son aimée, mais n’a pas réussi, alors elle en a fendu le tronc pour venir s’y loger/lover alors que le forestier, lui, ne cherche qu’à entretenir ce bois qu’il pourra un jour couper pour le vendre.

La forêt a le dernier mot : Écoutez. La vie, pleine d’espoir se forme dans les failles. Nos racines poussent en chantant, trouvent d’étranges fossiles : un arbre, un squelette, une hache.

(Sources principales : le dossier de presse de l’Opéra de Lille, la présentation par l’équipe artistique le 12 janvier, et bien sûr la création le 21 janvier 2022.)

Mes opéras préférés, opérette

LE PAYS DU SOURIRE, de LEHAR (1923 – 1929)

Le Pays du sourire (Das Land des Lächelns) est une des dernières opérettes écrites par Franz LEHAR. Sa tonalité est douce amère, ce qui est relativement rare pour ce genre d’œuvre. Après une première version intitulée la Tunique jaune en 1923, qui ne connaîtra pas le succès, Lehar reprend sa partition en 1929 pour en faire le Pays du Sourire, qui connaîtra un véritable triomphe. Cette œuvre comporte un certain nombre d’incontournables de l’opérette comme « À l’ombre blanche des pommiers en fleurs » ou « Toujours sourire », et les plus grandes stars de l’art lyrique n’hésitent pas à les chanter, pour leur plaisir et pour le nôtre.

Le pitch : la comtesse viennoise Lisa se marie avec un prince chinois Sou-Chong (l’histoire ne dit pas s’il se prénomme Alain.) Elle part vivre en Chine avec son mari, mais a des difficultés à s’habituer aux coutumes de ce pays.

Lehar Le pays du sourire Je t'ai donné mon cœurCliquez sur le prince Sou-Chong

Ouverture.

Lehar le Pays du sourire OuvertureCliquez sur l’ouverture

Acte I : Dans un salon à Vienne, le comte de Lichtenfels donne une fête en l’honneur de sa fille Lisa. Parmi les invités figure Gustave, un cousin et amoureux de Lisa. Celui-ci déclare sa flamme à Lisa, qui le repousse. Gustave pense que sa cousine aime l’ambassadeur de Chine, le prince Sou-chong, et la prévient du danger de former des couples interraciaux.

Le prince de Chine arrive et annonce à Lisa qu’il soit rendre en Chine pour devenir Premier ministre.

Lehar Le pays du sourire Dans l'ombre balnche des pommiers en fleursCliquez sur l’image

Lisa n’hésite pas et lui déclare qu’elle veut se marier avec lui et le suivre en Chine.

Lehar le Pays du sourire Bei einem Tee a deuxCliquez sur Richard Tauber, le créateur du rôle de Sou-Chong, pour qui Lehar a ciselé ces airs

Acte II : De retour en Chine, le prince s’apprête à recevoir ses nouvelles fonctions. Lisa a sympathisé avec Mi, la petite sœur de Sou-Chong. Mais Tchang, l’oncle du prince et gardien des traditions n’approuve pas l’union de Lisa et Sou-Chong. Il veut que celui-ci épouse les quatre princesses chinoises qui lui sont réservées, suivant la coutume. Sou-Chong finit par accepter si ces unions ne restent qu’une formalité.

Gustave arrivé en mission en Chine courtoise Mi. Quand il apprend ce qu’on prépare pour le prince, il en informe Lisa, qui demande des explications à son mari. Il a beau dire qu’il ne s’agit que d’une formalité, Lisa veut repartir en Europe. Le prince l’empêche de quitter son palais.

Lehar Le pays du sourire Dein ist mein ganzes HerzCliquez sur Sou-Chong

Lehar Le pays du sourire Au salon d'une pagodeCliquez sur l’image

Acte III : L’amitié de Gustave et Mi s’est transformée en amour.

Lehar le Pays du sourire mon amour et ton amourCliquez sur l’image

Lisa demande à Gustave de l’aider à quitter le palais et Mi leur apprend l’existence d’un passage secret. Au moment de s’échapper, ils sont surpris par Sou-Chong qui, généreux, les laisse partir. Ainsi, les deux amours sont brisées, et Sou-Chong console sa petite sœur en lui rappelant qu’il faut toujours sourire.

Lehar le Pays du sourire Toujours sourireCliquez sur l’image

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Mes opéras préférés

ALCINA, de HAENDEL (1735)

Alcina est un des derniers opéras écrits par HAENDEL, d’après Orlando Furioso de l’ARIOSTE. Il a été créé à Londres en 1735. Comme son nom l’indique, la figure centrale de cette œuvre est Alcina, une magicienne (ou sorcière) qui avait la funeste habitude de transformer en rochers ou en bêtes furieuses les hommes qui abordaient son île. Un jour, le chevalier Ruggiero aborde sur cette île mais, tombée amoureuse, Alcina use de ses enchantements pour le retenir auprès d’elle au lieu de le transformer.

Parmi les sorcières que l’on peut rencontrer à l’opéra, Alcina en est une des plus tragiques, et son amour pour Ruggiero s’exprime sous toutes les formes, l’amour heureux (Ah, mio cor), l’amour réconfort (Si, son quella), l’amour vengeur (Ombre pallide) jusqu’à l’amour désespéré (Mi restano le lagrime).

Le pitch : Bradamante aime Ruggiero, retenu prisonnier par les sorts de la magicienne Alcina. Partie à la recherche de Ruggiero avec l’aide de Melisso, Bradamante aborde l’île de la magicienne. Morgana, la sœur d’Alcina, tombe amoureuse de Bradamante, qui s’était déguisée en homme (Ricciardo) pour le voyage. Après moult qui pro quo dus au travestissement de Bradamante, les sorts d’Alcina sont brisés et tout finit bien pour les deux amants.

ACTE I : La belle Bradamante, qui se fait passer pour son cousin Ricciardo, et Melisso, le tuteur de Ruggiero, sont partis à la recherche de celui-ci. Pris dans un naufrage, ils abordent sur l’île de la magicienne Alcina. Bradamante et Melisso sont découverts par Morgana, la sœur d’Alcina. (Il s’agit là de la Fata Morgana, en français la Fée Morgane, que l’on retrouve dans bien des légendes, dont celle du Graal et du roi Arthur.) Morgana est attirée par Ricciardo, Bradamante déguisée en homme. Un chœur chante les délices de ces lieux quand arrive la magicienne Alcina, accompagnée de Ruggiero, sous le charme d’Alcina. Oberto, un jeune homme, recherche son père, une ancienne victime des sorts d’Alcina. Ruggiero, amoureux d’Alcina, a oublié Bradamante.

Oronte, l’ancien amant de Morgana, menace Bradamante dont il est jaloux. Bradamante se défend (Air : « È gelosia ») et Morgana la prend sous sa protection.

Haendel Alcina È gelosiaCliquez sur Bradamante

Pour se venger, Oronte révèle à Ruggiero qu’Alcina s’est éprise de Bradamante, et le raille de croire à son amour. Ruggiero se plaint auprès d’Alcina d’avoir été abandonné, mais Alcina s’en défend (Air : « Si, son quella »).

Haendel Alcina Si son quellaCliquez sur Alcina

Bradamante se dévoilant essaie de convaincre Ruggiero qu’elle est sa fiancée, mais Ruggiero ne la croit pas. Il se précipite chez Alcina pour la convaincre de changer en bête celui qu’il croit être son rival. Pour la sauver, Morgana presse Bradamante de quitter l’île. Bradamante feint de céder à Morgana, qui lui a déclaré son amour (Air : « Tornami a vagheggiar »).

Haendel Alcina Tornami a vagheggiar (Devieilhe)Cliquez sur Morgana

Acte II : Melisso reproche à Ruggiero son attitude ingrate, puis lui donne un anneau magique, capable de détruire les sorts d’Alcina. Ruggiero est immédiatement libéré et pense à sa Bradamante. Celle-ci paraît, mais comme elle a toujours l’apparence de Ricciardo, Ruggiero croit qu’il s’agit d’un nouveau sortilège d’Alcina. Bradamante insiste, et Ruggiero finit par la croire.

Alcina veut changer Ricciardo en bête, mais Ruggiero et Morgana réussissent à la convaincre de ne pas le faire (Air : « Ama, sospira, ma non ti offende ».)

Haendel Alcina Ama, sospiro... Un momento di contenteCliquez sur Morgana et Oronte (ou Ricciardo ?)

Afin de s’échapper, Ruggiero convainc Alcina de le laisser partir à la chasse, en lui promettant, non sans duplicité, d’être fidèle à celle qu’il aime (air : « Mio bel tesoro ».)

Haendel Alcina Mio bel tesoroCliquez sur l’image

Oberto entre. Il cherche toujours son père, et Alcina lui promet qu’il le retrouvera bientôt. Oronte vient rapporter à Alcina que Ruggiero s’apprête à s’enfuir. Alcina se lamente d’avoir été trahie (Air : « Ah, mio cor ! schemito sei ! »).

Haendel Alcina Ah ! mio cor, schernito seiCliquez sur Alcina

Oronte prévient Morgana que son nouvel amant l’abandonne, mais Morgana le laisse seul à sa déception (Air : « E un folle, è un vile affato »). Ruggiero et Bradamante se déclarent leur amour, mais Morgana les surprend et leur reproche leur trahison. Ruggiero, qui s’apprête à rompre les sorts d’Alcina, chante une dernière fois la verte nature qui va ainsi perdre sa beauté factice (Air : « Verdi prati »).

Haendel Alcina Verdi pratiCliquez sur Bradamante, Morgana et Ruggiero

Dans une grotte, Alcina invoque les esprits pour se venger, tout en se plaignant de la trahison dont elle se sent victime (Air : « Ombre pallide »).

Haendel Alcina Ombre pallide et mi restano le lagrimaCliquez sur Alcina

Acte III : Morgana réussit à se faire pardonner d’Oronte (Air : « Credete al mio dolore »).

Haendel Alcina Credete al mio coreCliquez sur Morgana

Alcina tente encore de retenir Ruggiero. Ruggiero s’apprête à détruire les monstres et les enchantements d’Alcina (Air : « Sta nell’Ircana »).

Haendel Alcina Sta nell'Ircana pietrosa tanaCliquez sur Ruggiero

Alcina et Oronte n’ont plus qu’à constater la victoire de Ruggiero (Air : « Mi restano le lagrima »)

Haendel Alcina Mi restano le lagrimeCliquez sur Alcina

quand Oberto paraît, cherchant toujours son père. Alcina lui demande de tuer une bête fauve, mais Oberto comprend qu’il s’agit de son père et se tourne contre Alcina (Air : « Barbara ! Io ben lo so ».) Après une dernière tentative pour séparer Bradamante et Ruggiero (Trio : « Non è amor, nè gelosia »),

Haendel Alcina Non è amor, nè gelosiaCliquez sur l’image

ce dernier détruit l’urne magique qui abrite tous les sorts d’Alcina. Aussitôt, tous les chevaliers prisonniers de ces sorts sont libérés et retrouvent leur forme humaine (Chœur : « Dall’orror di notte cieca »).

Haendel Alcina Dall'orro di notte ciecaCliquez sur Georges Frédéric

(source : moi-même d’après le livret, une diffusion sur ARTE le 10/07/2015 et une interview du chef Christophe Rousset)

Mes opéras préférés

DE LA MAISON DES MORTS, de JANACEK (1927 – 1928)

De la Maison des morts (Z mrtvého domu) est le dernier opéra de JANACEK, qui est mort pendant la révision de son œuvre avant sa publication. Le texte est de Janacek lui-même, qui a choisi dans l’œuvre de DOSTOÏEVSKI (Souvenirs de la maison des morts), de quoi composer son livret. L’œuvre fut créée à Prague en 1931, avant de disparaître jusqu’en 1958. Il n’y a pas réellement d’histoire dans cette pièce, mais plutôt la juxtaposition de scènes, de fragments, les prisonniers exposant chacun leur tour ce qui les a conduits au bagne.

Janacek De la maison des morts (Z mrtveho domu)Cliquez sur l’ouverture

Acte I : Dans un bagne en Sibérie, les prisonniers sortent d’un baraquement. Certains s’amusent avec un aigle dont l’aile est brisée, pendant que d’autres se disputent. On annonce l’arrivée d’un noble parmi eux. Goriantchikov entre. Le commandant ordonne qu’on lui rase le crâne et qu’on l’enchaîne. Il lui demande son crime, Goriantchikov répond qu’il est prisonnier politique. Furieux, le commandant le condamne à cent coups de fouet.

Janacek De la maison des morts acte I arrivé de GorantchovCliquez sur l’image

Le petit et le grand prisonnier jouent avec l’aigle blessé. Le grand prisonnier dit que l’aigle ne s’habitue pas à la prison. Le petit prisonnier répond que ce n’est pas comme l’homme. Louka et Skouratov se souviennent de leur passé en discutant. Louka raconte qu’il était dans un régiment ukrainien, mais qu’un jour, suite à une injustice, il a tué son commandant. C’est pour cela qu’il se retrouve au bagne. Goriantchikov revient, il a été battu par les gardes.

Janacek De la maison des morts fin acte ICliquez sur l’image

Acte II : Quelques mois plus tard, Goriantchikov entre avec Aléia, un jeune prisonnier avec qui il s’est lié d’amitié, et Skouratov. Goriantchikov demande à Aléia s’il a une sœur. Aléia répond que oui, et aussi que sa mère a dû mourir de chagrin en le sachant au bagne. Goriantchikov lui propose de lui apprendre à lire et à écrire.

Janacek De la maison des morts Acte II Goriantchov et AleiaCliquez sur Aléia et Goriantchikov

Une cloche sonne, les prisonniers arrêtent le travail, c’est jour de fête. On annonce l’arrivée du général, qui inspecte toute la Sibérie. Skouratov dit qu’il est ici à cause de l’amour d’une femme. On lui demande son histoire. Il était en garnison dans une ville pleine d’Allemands, et une jeune femme, Louisa, lui avait plu. Mais elle a cessé de le voir, parce qu’on l’avait promise à un Allemand, un beau parti. Un jour, il est allé la voir, son fiancé était là, et il l’a tué d’un coup de pistolet. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé au bagne. Quand il a fini son histoire, on annonce la représentation d’un opéra, l’histoire de Kedril et Don Juan, suivie de la pantomime de la belle meunière. Quand la représentation est terminée, les prisonniers rentrent dans leur baraquement, une prostituée s’éloigne avec un prisonnier. Une querelle s’élève entre Goriantchikov et un prisonnier, Aléia est blessé en voulant s’interposer.

Acte III : À l’infirmerie de la prison. Aléia est allongé, fiévreux. Chapkine raconte son histoire. Il a participé à un cambriolage, mais il s’est fait prendre. Au commissariat, le commissaire lui a tiré les oreilles si fort qu’elles sont restées décollées, et depuis il souffre des oreilles. Il est interrompu par Skouratov en proie au délire qui pense à sa Louisa. Les autres le forcent à se recoucher. C’est au tour de Chichkov de raconter son histoire. Il connaissait un riche fermier, qui avait une fille, Akoulina. Filka, son valet de ferme, pour se venger de son maître, l’a quitté en déclarant qu’il avait déshonoré sa fille et qu’il le fera savoir partout.

Janacek De la maison des morts Acte III air de ChichkovCliquez sur Chichkov

Un jour qu’il était pris de boisson, sa mère l’a marié à Akoulina, mais le soir de la noce, dans la chambre, il se rend compte que sa femme était vierge. Plus tard, il s’est rendu compte que sa femme aime toujours Filka. Il promet de la tuer. Pendant qu’il raconte son histoire, Louka meurt et on se rend compte qu’il s’agit de son ennemi Filka.

On appelle Goriantchikov. Le commandant lui fait des excuses : il est libre. Goriantchikov demande qu’on relâche l’aigle, dont l’aile est guérie. Les prisonniers chantent la liberté.

(Sources principales : la production de l’opéra de Paris en 1988 et le programme associé, et la production du festival d’Aix-en-Provence de 2007 avec la mise en scène de Patrice Chéreau [DVD Deutsche Gramophon, 2008].)

littérature, Mes opéras préférés

LES ÉCLAIRS, d’HERSANT (et ECHENOZ), 2021

J’ai assisté ce 2 novembre à la création, mondiale, du drame joyeux les Éclairs, une commande de l’Opéra Comique de Paris au romancier Jean ECHENOZ (prix Médicis en 1983 et prix Goncourt en 1999) et mis en musique par Philippe HERSANT.

Les Éclairs est le fruit d’une commande du directeur du Théâtre de l’Opéra Comique à Jean Echenoz, qui avait quartier libre pour le sujet. Il a alors choisi d’adapter le troisième volume de son cycle des vies imaginaires (après Ravel, 2006 et Courir, 2008), le roman Des Éclairs (2010), une biographie très librement inspirée de la vie de Nikola TESLA. En recevant peu après le livret, déjà tout découpé, le directeur l’a proposé au compositeur Philippe Hersant, qu’il rêvait de voir écrire un opéra pour sa vénérable institution.

Philippe Hersant est né en 1948. Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, il est pensionnaire de la Villa Médicis de 1978 à 1980. Le catalogue de ses œuvres est riche de plus de cent numéros d’opus, dont trois opéras (Le Château des Carpathes en 1992 et le Moine noir en 2002).

Hersant Missa Brevis KyrieCliquez sur le Kyrie de la Missa Brevis de Philippe HERSANT

Pour son livret, Echenoz a gardé la trame générale de son roman, mais il a ajouté un personnage féminin, la journaliste Betty, ce qui lui permet de transformer le style du roman : une narration par l’auteur pratiquement sans dialogues, par une narration par un des personnages de l’œuvre. Un personnage secondaire masculin, Angus Napier, disparaît.

Le travail a ensuite commencé entre le librettiste et le compositeur pour « faire » véritablement un opéra, avec des airs, des duos, des chœurs, bref tout ce qui fait un opéra.

Hersant Echenoz des éclairs duettoCliquez sur Philippe Hersant et Jean Echenoz

Le pitch : L’histoire raconte, de façon très libre et romancée, la vie de Nikola Tesla (appelé ici Gregor), prototype du savant fou et asocial et inventeur du courant alternatif.

Hersant Les Éclairs Bande annonceCliquez sur la bande-annonce

Acte I : l’ingénieur Gregor a quitté l’Europe pour tenter sa chance aux États-Unis. Le paquebot transatlantique sur lequel il fait la traversée connaît une panne de sa dynamo, plongeant les gens de la compagnie maritime dans le désespoir, mais Gregor se propose de réparer cette dynamo. Tout le monde est heureux, y compris Betty, une journaliste qui faisait la traversée sur ce même bateau. L’arrivée à New York se fait sur une très subtile citation de la Symphonie du Nouveau Monde de DVORAK.

Muni d’une recommandation, il va voir l’inventeur Edison et lui propose d’améliorer son générateur. Il réussit, mais Edison, vexé, n’honore pas son contrat. Il renvoie Gregor, en lui promettant qu’il ne trouvera plus de travail.

Gregor travaille maintenant sur un chantier. Betty le retrouve et lui propose de rencontrer Parker (Westinghouse), un riche entrepreneur et rival d’Edison. Gregor lui soumet son idée de produire du courant alternatif, là où Edison se polarisait sur le courant continu.

Acte II : avec l’argent gagné chez Parker, Gregor vit désormais dans le luxe et fréquente la haute société. Il fait la rencontre de Norman Axelrod, un philanthrope, et de sa femme Ethel.

Chez les Axelrod

Jaloux du succès de Gregor, et soucieux de ses intérêts propres, Edison décide monter l’opinion publique contre l’invention de son rival. Il commence par faire une rafle des animaux de compagnie pour les électrocuter, et montrer ainsi les dangers du courant alternatif. Puis il passe à la vitesse supérieure en électrocutant une éléphante du zoo. Puis, il passe à l’homme, en inventant la chaise électrique et en en faisant une démonstration où il convoque la presse. Malgré les basses manœuvres d’Edison, l’opinion publique reste toujours avec Gregor.

Acte III : Quelques années plus tard, on retrouve Gregor au Colorado, où il est parti poursuivre ses travaux au calme. Il a inventé une machine capable de produire l’énergie librement, et ainsi de contribuer au bien de l’humanité. Il est en outre persuadé qu’il existe des civilisations extraterrestres, et pense pouvoir entrer en communication avec eux.

Betty

Il revient à New York pour mettre en œuvre ses travaux, mais ses idées commencent à le faire passer pour excentrique, et le monde commence à se détourner de lui. Seule Ethel, secrètement amoureuse de Gregor, continue à le défendre devant les hommes. Les idées généreuses de Gregor de faire bénéficier les hommes gratuitement d’une énergie libre ne plaisent pas à Parker, qui finit par rompre son contrat.

Acte IV : Le soir de Noël, les Axelrod attendent Gregor. Celui-ci arrive, disant que sans le soutien financier de Parker, ses affaires vont de plus en plus mal.

Gregor, chez lui, est de plus en plus seul. Ethel vient lui déclarer (enfin) son amour et lui proposer de partir avec lui en Europe, mais Gregor, par fidélité à Norman, refuse sa proposition.

Gregor est désormais sans argent. Il ne vit plus que pour les pigeons qu’il nourrit, ses seuls vrais amis. Ethel vient lui dire une dernière fois son amour avant de le quitter définitivement, mais Gregor n’est déjà plus là pour l’entendre. Il est désormais « ailleurs ».

(Sources principales :

Jean Echenoz, Des Éclairs, roman, éditions de minuit 2010.

Le spectacle de création à l’Opéra comique le 2 novembre 2021, et le programme associé

À l’exception de la première photo, les clichés photographiques sont issus du site de l’opéra Comique et sont sous copyright de Stefan Brion)

Mes opéras préférés, Mythologie

ŒDIPE, d’ENESCO (1931)

C’est en écoutant en 1909 le grand tragédien MOUNET-SULLY à la Comédie-Française interpréter l’Oedipe-roi de SOPHOCLE que Georges ENESCO (1881 – 1955) a l’idée d’écrire son opéra Œdipe. Depuis cette soirée, Enesco restera « comme possédé » par son sujet, qu’il portera plus de vingt ans, de 1909 à 1931.

Le livret est d’Edmond FLEG, un helléniste réputé, et retrace tous les épisodes de la vie d’Œdipe, depuis la faute de son ancêtre Laïos jusqu’à sa retraite dans un lieu caché près d’Athènes.

Œdipe a été créé à l’Opéra de Paris en 1936, et tout de suite reconnu comme une œuvre lyrique majeure du XXe siècle.

Stylistiquement, le langage musical d’Enesco ne doit rien à personne, si ce n’est quelques influences de son ami Maurice RAVEL, notamment dans l’emploi des chœurs.

Le pitch : Victime de la malédiction qui pèse sur les descendants de Laïos, Œdipe subit sa destinée, accumulant les fautes abominables (tuer son père, se marier avec sa mère, être le père de ses frères) tout en restant innocent de ces fautes, puisqu’il cherche toujours à les éviter. Il est le symbole de la fragilité de la destinée humaine face aux arrêts implacables des dieux.

Acte I : À Thèbes, les femmes du palais et les bergers, entourant le grand prêtre, se réjouissent de la naissance du fils de Laïos. Seul le devin Tirésias ne participe pas à la joie générale. En effet, il sait qu’Apollon est apparu à Laïos et lui a défendu d’avoir une postérité, sa race maudite devant s’éteindre avec lui. En concevant avec Jocaste un enfant , il fait porter sur celui-ci le poids de sa faute. Tirésias révèle le destin d’Œdipe, il sera meurtrier de son père, époux de sa mère, frère de ses filles et père de ses frères. Laïos demande à un de ses bergers de conduire le bébé dans une gorge profonde et de le faire mourir.

Enesco Oedipe Acte ICliquez sur l’image

Acte II : Vingt ans plus tard, à Corinthe, Œdipe a été adopté par le roi Polybos et la reine Mérope. Alors qu’il faisait un sacrifice au temple de Delphes, Apollon lui est apparu et lui a révélé son terrible destin. Il veut fuir Polybos et Mérope qu’il croit être ses parents, afin d’y échapper.

Dans sa fuite, il se trouve au croisement de trois chemins. Alors qu’il se demande par où aller, le roi Laïos arrive sur son char. Son cocher fouette Œdipe qui alors abat Laïos d’un coup de massue, puis il tue le guerrier qui accompagnait le roi, ainsi que son cocher.

Œdipe arrive à Thèbes. C’est la nuit et le veilleur veille. Œdipe s’avance, mais le veilleur le prévient que c’est la mort qui l’attend s’il continue son chemin et réveille la sphinge, qui terrorise la ville. Œdipe veut sauver la ville. Il interroge la sphinge qui lui pose son énigme : « qui est plus fort que le destin ? ».

Enesco Oedipe Je t'attendaisCliquez sur la sphinge

Œdipe connaît la réponse, c’est « l’homme ». La sphinge est prise d’un rire incontrôlable et meurt. Le veilleur réveille alors tous les Thébains pour qu’ils se réjouissent et on donne à Œdipe la récompense gagnée pour avoir libéré la ville, la main de la reine Jocaste.

Enesco Oedipe Gloire au roi des Thébaisn acte IICliquez sur l’image

Acte III : Vingt ans plus tard, la ville de Thèbes est ravagée par la peste. Le peuple se désole de tous ces enterrements à répétitions. Œdipe a envoyé à Delphes Créon, le frère de Jocaste, pour consulter l’oracle. Celui-ci revient, pour sauver la ville à nouveau, il faut trouver l’assassin de Laïos, qui se trouve dans la ville. Œdipe déclare qu’il faut trouver le meurtrier, l’exil de la cité sera sa punition. Mais si le meurtrier ne se dénonce pas, Œdipe appelle sur lui la malédiction d’Apollon. On appelle Tirésias. Œdipe le soupçonne, mais le devin retourne l’accusation. Il fait témoigner le berger qui a assisté au meurtre du roi Laïos. Quand le berger décrit le crime, Œdipe reconnaît son histoire. Un héraut de Corinthe, envoyé par Polybos et Mérope, qui souhaitent revoir leur « fils ». Il explique qu’il a substitué leur enfant par un enfant trouvé que le berger n’avait pas eu le courage d’exécuter. À ces mots, Jocaste se pend et Œdipe se crève les yeux.

Acte IV : Près d’Athènes, un chœur de vieillards accompagne Thésée qui va invoquer les dieux dans un bois sacré.

Enesco Oedipe Bienveillantes ! Bienfaisantes !Cliquez sur l’image

Œdipe arrive, guidé par sa fille Antigone. Créon arrive, suppliant Œdipe de revenir à Thèbes. Celui-ci refuse, mais Créon et ses hommes s’emparent d’Antigone. À ce moment, Thésée et les vieillards apparaissent. Antigone l’implore et Thésée prend Œdipe et sa fille sous sa protection. Œdipe, après avoir prouvé son innocence face à un destin injuste, recouvre la vue et disparaît dans une grotte.

(Source principale : la production de l’Opéra de Paris d’octobre 2021, et le programme associé.)

Mes opéras préférés

DON PASQUALE, de DONIZETTI (1843)

Dernier avatar du bel canto, Don Pasquale de DONIZETTI est une farce créée à Paris en 1843. Suivant la classification de G.B.SHAW, nous sommes ici en présence du cas classique (S+T)/B où une soprano (Norina) et un ténor (Ernesto) s’aiment, mais voient leur amour contrarié par un baryton/basse (Don Pasquale).

Le pitch : Don Pasquale est un vieux barbon qui veut se marier avec une jeune femme, Norina, après avoir déshérité son neveu Ernesto. Le notaire qui rédige le contrat de mariage est en fait un cousin, qui veille sur les amours de Norina et Ernesto. Le faux contrat signé, Norina va rendre la vie impossible à son faux mari, jusqu’à ce que celui-ci soit content d’apprendre qu’il n’est pas vraiment marié.

Acte I : Don Pasquale, un vieux célibataire, se désole de voir son neveu Ernesto préférer une jeune femme sans fortune, Norina, au mariage avantageux qu’il lui propose. Il décide alors de déshériter son neveu et de se marier lui-même. Il demande à Malatesta, son médecin, de lui trouver une femme. Malatesta lui propose Sophronia, sa propre sœur. Sentant monter en lui un feu insolite suite à la description de Malatesta, Don Pasquale laisse éclater sa joie (air : « Un foco insolito »).

Donizetti Don Pasquale Un foco insolitoCliquez sur Don Pasquale

Il convoque alors son neveu pour lui demander une dernière fois d’accepter une jeune fille riche, mais celui-ci refuse à nouveau. Don Pasquale annonce alors à Ernesto qu’alors, c’est lui qui va se marier avec la sœur de Malatesta. Privé d’argent, Ernesto se désole de devoir renoncer à son amour pour Norina (Air [et duo] : « Sogno soave e casto »).

Donizetti Don Pasquale Sogno soave e castoCliquez sur Ernesto

En attendant l’arrivée de Malatesta, Norina lit un roman d’amour qui la fait bien rire. Elle se targue de connaître aussi le secret du regard qui chavire le cœur des hommes (Air : « So anch’io la virtu magica ».)

Donizetti Don Pasquale (Pretty Yende)Cliquez sur Norina

On lui apporte un petit mot de billet de la part d’Ernesto qui l’informe du projet de mariage de Don Pasquale, qui le déshérite. Il veut quitter l’Europe. Heureusement, Malatesta arrive à point nommé pour informer Norina de son plan : il lui demande de jouer le rôle de Sofronia, sa sœur, pour faire un faux mariage devant un faux notaire, mettant ainsi Don Pasquale dans leur poche.

Acte II : Ernesto est prêt à partir et exprime une dernière fois son amour pour Norina (Air : Povero Ernesto).

Donizetti Don Pasquale Povero ErnestoCliquez sur ce pauvre Ernesto

Malatesta arrive avec sa « sœur », voilée, pour la présenter à Don Pasquale. Norina joue la vierge effarouchée, tout juste sortie du couvent pour aguicher son futur mari. Elle fait monter la pression amoureuse et quand enfin, elle ôte son voile, Don Pasquale n’en peut plus, il réclame un notaire immédiatement. (Trio : « Via, da brava ».)

Donizetti Don Pasquale Via da bravaCliquez sur Don Pasquale, Malatesta et Norina/Sofronia

Le docteur, qui avait tout prévu fait entrer son faux notaire. Subjugué, Don Pasquale fait mettre dans le contrat de mariage que Sofronia sera la maîtresse de la maison. Mais sitôt le contrat signé, le caractère de la rouée jeune femme change. Elle repousse Don Pasquale, jugé trop vieux pour l’accompagner en ville, et choisit Ernesto, revenu dire adieu à son oncle, pour l’accompagner. Ernesto comprend alors la ruse des deux compères et s’en réjouit, alors que Malatesta joue les étonnés.

Acte III : Dans la maison de Don Pasquale, ou plutôt de Sofronia, le train de vie a changé qui a embauché de nouveaux serviteurs et achète tout ce dont elle a envie. Don Pasquale n’en peut plus et cherche à la retenir quand elle s’apprête à aller au théâtre.

Dans la dispute qui s’ensuite, Sofronia gifle le pauvre Don Pasquale ! Avant de sortir, elle laisse tomber comme par mégarde un billet d’Ernesto lui fixant un rendez-vous la nuit dans le jardin. Don Pasquale cherche l’avis du docteur sur l’attitude à tenir. Après avoir prévenu Ernesto du rôle qu’il aurait à tenir la nuit, Malatesta suggère à Don Pasqual de surprendre les jeunes gens dans leur rendez-vous galant.

La nuit dans le jardin, Ernesto donne la sérénade à Norina, qui lui répond en duo (Duo : « Tornami a dir che m’ami ».)

Donizetti Don Pasquale Tornami a dir che m'amiCliquez sur Ernesto et Norina (en civil)

C’est le moment où Don Pasquale et le docteur surgissent. Ernesto a le temps de se cacher, mais Norina doit répondre aux deux hommes. Malatesta réussit enfin à convaincre que le seul moyen de mettre fin à cette situation est de marier son neveu à sa Norina. (Trio : « Eccoli : attenti ben ».)

Ernesto revient, Norina révèle sa véritable identité, et Malatesta explique la situation à Don Pasquale qui, bon joueur, pardonne et bénit les deux jeunes amoureux.

Donizetti Don Pasquale finalCliquez sur le final

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