littérature, Oulipo, Poésie

Jacques ROUBAUD (1932-2024)

Nous venons d’apprendre la mort, le 5 décembre 2024, du polymathe oulipien Jacques Roubaud, mathématicien, écrivain et poète, spécialiste des troubadours et/ou du sonnet.

Jacques Roubaud naît le 5 décembre 1932 à Calluire, dans le Rhône.

Il démarre des études littéraires, qu’il interrompt assez tôt. En 1944, il publie un premier recueil de poésies, Poésies juvéniles.

Laissant tomber les études de lettre, il se tourne vers les mathématiques, qu’il enseigne à Rennes, puis à l’université de Paris-Nanterre. Dès lors, des aspects formels mathématiques apparaissent dans son œuvre littéraire, rendant indissociables ces deux aspects de sa personnalité.

En 1966, Roubaud entre à l’Oulipo sous le parrainage de son ami Raymond Queneau. La trilogie de La belle Hortense (1985) est d’ailleurs une « suite » du roman Pierrot mon ami, de Queneau. Roubaud est également proche de Georges Perec, avec qui il écrit un Traité invitant à la découverte de l’art subtil du jeu de Go. À l’Oulipo, Roubaud est le créateur de la fameuse contrainte « Tout texte bâti suivant une contrainte doit contenir la description de cette contrainte ». Dans La Disparition, Perec se sert de textes écrits par Roubaud, dont le sonnet liminaire de ce roman, sonnet qui décrit, respectant ainsi le principe de Roubaud, la contrainte que Perec s’est imposée pour son gigantesque lipogramme en E.

Jacques Roubaud se marie en 1980 avec la photographe Alix Cléo, qui meurt en 1983. Roubaud transpose sa peine au travers de Quelque chose noir et du premier volume de son grand œuvre, Le Grand Incendie de Londres.

Le Grand Incendie de Londres (1989) est la première branche d’une sorte d’autobiographie qui en comprend six. Suivront La Boucle (1993), consacré à ses souvenirs d’enfance, Mathématique (1997) où il nous parle de ses liens avec Bourbaki et où il rend hommage à son maître Hadamas, Dans Poésie (2000), il revient à un autre de ses centres d’intérêt, puisque Roubaud, outre sa somme sur les poèmes des troubadours, a exploré la forme du sonnet et de l’alexandrin. La branche cinq, La Bibliothèque de Warburg (2002), Impératif catégorique (2008) constitue la deuxième partie de la branche 3 (Mathématique) et enfin la sixième branche, La Dissolution (2008).

En 1991, la compositrice Kaija Saarihao met en musique les Échanges de la lumière, et en 2004, elle écrit pour le violon Graal théâtre, d’après la pièce de Roubaud et Florence Delay.

Saariaho Graal ThéâtreCliquez sur Graal Theatre

En 2002, Roubaud travaille avec le compositeur François Sarhan pour qui il écrit la Grande Kyrielle du sentiment des choses.

En 2021, Roubaud est lauréat du prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre.

Jacques Roubaud meurt le 5 décembre 2024 à Paris, à l’âge de 92 ans.

En hommage à Jacques Roubaud, je vous propose une lecture orientée de l’Ode à la ligne 29 des autobus parisiens (2014), un formidable exercice de style oulipien.

Dans l’ode à la ligne 29 … (2014), il décrit ainsi tout ce qu’un voyageur qui emprunte de bout en bout cette ligne d’autobus peut observer.

C’est ainsi que, très vite, partant de Saint-Lazare, il passe par l’opéra (Garnier), où il évoque Falstaff ou Don Juan.

Page 43, il passe par l’avenue E. Reyer, compositeur post-wagnérien auteur des opéras Sigurd et Salammbô.

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Page 48, il est bien question à nouveau d’opéra, mais il s’agit de la pâtisserie qui porte ce nom, et dédiée aux petits rats de l’opéra.

Page 66, il évoque Beaumarchais, et page 69, à propos d’Apollinaire, il cite « Le fleuve est pareil à ma peine, il s’écoule et ne tarit pas », du poème Marie si bellement mis en musique par Francis Poulenc.

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Page 70, il arrive à Bastille, dont il évoque l’opéra. Page 80, se rappelant son éducation musicale, il cite Bach, Beethoven, Mozart et les airs de Haendel, et poursuit page 81 avec les « contemporains  » Brahms, Debussy, Bartok, Schoenberg et Webern.

Page 92, il cite le Fairy Queen de Shakespeare, mis en musique par Purcell,

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et enfin, arrivé vers le bout de la ligne, il arrive à l’arrêt Ravel dont il cite le Concerto pour la main gauche, écrit pour le pianiste Paul Wittgenstein.

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2 réflexions au sujet de “Jacques ROUBAUD (1932-2024)”

  1. En voilà un personnage intéressant ce Jacques ROUBAUD. Tu m’as donné envie de lire  » l’Ode à la ligne 29 des autobus parisiens « .

    Quand à la petite pianiste à la fin, elle est extraordinaire.

    John Duff

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