Après « Il pleure dans mon cœur », de Paul Verlaine, je vous propose ce mois-ci un poème de Maeterlinck, « Offrandes obscures », paru en 1887 dans le recueil Parnasse de la jeune Belgique.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
J’apporte mon mauvais ouvrage
Analogue aux songes des morts,
Et la lune éclaire l’orage
Sur la faune de mes remords :
Les serpents violets des rêves
Qui s’enlacent dans mon sommeil,
Mes désirs couronnés de glaives,
Des lions noyés au soleil,
Des lys au fond des eaux lointaines
Et des mains closes sans retour,
Et les tiges rouges des haines
Entre les deuils verts de l’amour
Seigneur, ayez pitié du verbe !
Laissez mes mornes oraisons
Et la lune éparse dans l’herbe
Faucher la nuit aux horizons.
Citations musicales :
La lune éclaire l’orage : Weber, le Freischütz, « scène de la gorge aux loups ».
Couronnés de glaive : Rossini, Stabat mater, « Cujus anima ».
Les tiges rouges des haines entre les deuils verts de l’amour : Prokofiev, Roméo et Juliette.
Seigneur, ayez pitié : Fauré, Requiem, « Introït et Kyrie ».



