littérature, Oulipo, Poésie

« MON RÊVE FAMILIER », de VERLAINE (1866)

Après « le Vampire« , de Baudelaire, je vous propose ce mois-ci un poème de Verlaine, « mon Rêve familier », paru en 1866 dans les Poèmes saturniens.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Cliquez sur Cavaradossi

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Cliquez sur Jenufa

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Cliquez sur Leporello

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Cliquez sur le flûtiste

Citations musicales :

D’une femme inconnue, et que j’aime : Puccini Tosca « Recondita armonia ».

Les moiteurs de mon front blême : Janacek Jenufa « Zdravas Kralovno (Ave Maria) ».

Est-elle brune, blonde ou rousse ? : Mozart Don Giovanni « air du catalogue ».

Pareil au regard des statues : Vivaldi Orlando furioso « Sol da te ».

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