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LA DAME DE PIQUE (PIKOVAYA DAMA), de TCHAÏKOVSKI (1890)

La Dame de pique est un opéra de TCHAÏKOVSKI composé sur un livret de son frère Modeste d’après une nouvelle de POUCHKINE, et créé à Saint-Pétersbourg en 1890. C’est avec Eugène Onéguine un des deux plus connus de ce compositeur, et on y retrouve sa francophilie, notamment avec le chœur d’enfants introductif et avec le personnage de la Comtesse qui se rappelle sa jeunesse à Paris.

Acte I : Le rideau se lève à Saint-Pétersbourg, au parc où les gouvernantes emmènent les enfants. On voit ceux-ci jouer les petits soldats, comme dans Carmen de BIZET que Tchaïkovski révérait. Sourine et Tchékalinski parlent de leur ami Herrmann. Celui-ci, taciturne, passe ses nuits dans les cercles de jeu, mais sans toucher aux cartes. Herrmann se confie à Tomski : il est amoureux d’une belle et riche inconnue.

Le Prince Eletski se joint à ses amis pour annoncer son mariage. Tout le monde s’en réjouit, sauf Herrmann tout à son désespoir. Alors que Lisa approche avec sa grand-mère, la comtesse, Herrmann reconnaît en Lisa sa belle inconnue. L’air sombre de Herrmann fait peur aux deux femmes qui l’ont déjà remarqué tournant autour d’elles. Tomski raconte une anecdote sur la comtesse. Dans sa jeunesse, elle avait perdu sa fortune au jeu à Paris. En échange d’un rendez-vous galant avec le comte de Saint-Germain, elle avait obtenu le secret de trois cartes gagnantes, qui lui avaient permis de regagner sa fortune. Sourine et Tchékalinski, par plaisanterie, proposent à Herrmann d’obtenir ce secret, mais Herrmann, lui, ne pense qu’à obtenir l’amour de Lisa. L’orage se déchaîne sur le parc.

Dans son salon, Lisa fait de la musique avec ses amies (Duo).

Tchaïkovsky Dame de pique Duo Lisa PolinaCliquez sur le salon de musique

Son amie Pauline chante une chanson mélancolique, puis pour consoler Lisa, un air populaire russe que toutes reprennent en chœur. La gouvernante vient les gronder de la part de la Grand-Mère, disant que c’est l’heure d’aller se coucher. Restée seule dans sa chambre, Lisa confie son chagrin à la nuit. Elle n’aime pas Eletski, c’est vers Herrmann que vont ses pensées. Herrmann apparaît à la fenêtre et lui confie son amour, et son souhait de mourir maintenant qu’il sait qu’elle va se marier avec un autre. Il se cache lorsque la comtesse vient dire à Lisa qu’il est l’heure de se coucher, mais en la voyant, il se rappelle le secret des trois cartes de la comtesse. Il renonce à la mort à laquelle il aspirait pour s’en emparer. Quand ils sont à nouveau seuls, il supplie Lisa qui finit par céder et se donne à lui.

 Acte II : Lors d’un bal, le Prince Eletski s’étonne de la froideur de sa fiancée. Déclarant son amour dans un air plein de noblesse, il dit à Lisa que si elle ne l’aime pas, il est prêt à renoncer à elle pour assurer son bonheur.

dame de pique amour herrmannCliquez sur l’image

Herrmann paraît, obsédé par le secret des trois cartes. Sourine et Tchékalinski poursuivent leurs plaisanteries au sujet des trois cartes de la comtesse.

Suit une très mozartienne pastorale sur le thème de l’amour triomphant de la richesse. Quand Herrmann se trouve face à face avec la comtesse, l’idée des richesses qu’il pourrait obtenir avec les trois cartes le hante.

dame de pique pastoraleCliquez sur l’image

Lisa lui confie une clé qui lui permettra de la rejoindre la nuit dans sa chambre, en passant par celle de sa grand-mère. Il accepte le rendez-vous de Lisa, mais c’est bien le secret de la comtesse qu’il compte ravir.

Herrmann pénètre dans la chambre de la comtesse. Entendant des bruits de pas, il se cache et la vieille dame entre avec ses suivantes. Se remémorant sa jeunesse, elle évoque les réceptions auxquelles elle allait à Paris. (Air de Grétry qui personnellement m’émeut toujours : « Je crains de lui parler la nuit ».)

dame de pique comtesseCliquez sur l’image

Comme elle s’assoupit, elle voit Herrmann se dresser devant elle, qui la menace et lui demande de révéler son secret. Terrifiée, elle meurt sans parler. Lisa entre alors et réalise que ce n’est pas pour elle que Herrmann est venu, mais pour le secret de sa grand-mère.

Acte III : Après un prologue orchestral, le rideau s’ouvre sur Herrmann lisant une lettre de Lisa, qui lui donne rendez-vous à la nuit pour lui permettre de se disculper de la mort de sa grand-mère. Dans un demi-sommeil, Herrmann revit les événements de la nuit précédente, il croit entendre un requiem, il veut fuir, mais le spectre de la comtesse se dresse devant lui et lui donne la formule des cartes : le trois, le sept, l’as, en lui demandant d’épouser Lisa.

Lisa, qui attend Herrmann, veut croire à son innocence (grand air de Lisa).

dame de pique air de lisa acte IIICliquez sur l’image

Quand il arrive enfin, il répète machinalement les mots d’amour que Lisa lui dit. Il est obsédé par l’idée d’aller à la salle de jeu. Finalement, tout à son obsession, il repousse Lisa qu’il ne reconnaît même plus. Désespérée, celle-ci va se jeter dans la Neva.

Le prince Eletski arrive au cercle de jeu. Il déclare aux joueurs qui s’étonnent de sa présence qu’il a perdu sa fiancée et qu’il vient pour se venger. Après une chanson légère de Tomski et un chœur des joueurs, le jeu peut commencer. Herrmann arrive et mise sur les cartes révélées par la comtesse et gagne sur les deux premières. Il remet tous ses gains en jeu sur la troisième carte, et le prince Eletski relève le défi. Herrmann joue donc l’as, mais c’est la Dame de Pique qui sort. Regardant cette carte funeste, il croit voir le visage ricanant de la comtesse. Il se suicide et, en mourant, demande pardon au prince. Il croit voir Lisa, implore son amour, et meurt.

Tchaïkovski la Dame de pique scène finaleCliquez sur l’image

Mes opéras préférés, opéra russe

Eugène ONÉGUINE, de TCHAÏKOVSKI (1877)

Parmi la dizaine d’opéras écrits par TCHAÏKOVSKI, Eugène Onéguine est certainement un des plus populaires. Écrit en 1877 d’après une nouvelle de POUCHKINE, il a été créé à Moscou en 1879. Sixième opéra écrit par Tchaïkovski, c’est le premier à avoir rencontré un vrai succès.

Je l’ai vu l’année dernière à l’Opéra de Paris à Bastille, dans une distribution qui devait comporter la (très) grande soprano Anna Netrebko. Avant le lever de rideau, il y a eu une annonce informant qu’Anna ne serait pas présente ce soir-là. Bronca dans la salle, les gens étant venus du monde entier pour entendre la Netrebko. Une petite jeune a chanté/joué le rôle « au pied levé » : Elena Stikihina.  Et à la fin, la bronca est devenue une ovation comme j’en ai rarement entendu.

Acte I : Un soir d’été à la campagne, madame Larine et la nourrice évoquent le passé sur le thème : l’habitude finit par l’emporter sur l’amour. Les deux filles de la maison entrent, Tatiana la rêveuse et Olga la pragmatique. Lenski, le fiancé d’Olga arrive accompagné de son voisin Onéguine. Onéguine demande à Tatiana ce qu’elle trouve à faire dans cette campagne reculée. Tatiana répond qu’elle lit et rêve.

Le soir venu, Tatiana troublée par sa rencontre avec Onéguine n’arrive pas à dormir. Elle décide de lui écrire une lettre dans laquelle elle lui révèle son amour (extraordinaire Air de la lettre !) qu’au matin elle lui fait porter. Onéguine arrive et répond qu’il ne peut pas s’engager.

renée fleming air de la lettreCliquez sur l’image

Acte II : Il y a bal ce soir chez les Larine en ce jour de la fête de Tatiana (Chœur Vot tak Syurpriz). Tatiana et Onéguine dansent, mais très vite les cancans des vieilles l’exaspèrent. Il décide de rendre Lenski jaloux en dansant avec Olga. Lenski en fait le reproche à Olga qui lui répond qu’elle trouve Onéguine charmant. Un invité français (et ridicule), monsieur Triquet chante des couplets qu’il a écrits pour Tatiana. Onéguine propose une autre danse à Olga, mais c’en est trop pour Lenski qui s’énerve et provoque Onéguine.

Lenski arrivé sur le lieu du duel pense à sa mort prochaine et se rappelle sa jeunesse (air de Lenski). Onéguine arrive et pense à leur amitié passée (Duo), mais le duel a lieu et Onéguine tue Lenski.

duel onéguine
Duo Onéguine Lenski

Acte III : Plusieurs années plus tard, Onéguine est de retour d’exil. La scène se passe chez le prince Grémine, qui est accompagné d’une ravissante jeune femme qui attire l’attention d’Onéguine. Le prince chante son amour pour sa femme (air de Grémine) avant de la présenter à Onéguine : c’est Tatiana. À sa vue, Onéguine sent renaître les jours passés de sa jeunesse et l’amour qu’il a laissé échapper.

air de grémineCliquez sur l’image

Quelques jours plus tard, dans la demeure des Grémine, Tatiana est troublée : elle a reçu une lettre d’Onéguine, qui demande à la voir. Quand Onéguine paraît, il se jette à ses pieds et lui déclare son amour. Elle lui rappelle la lettre qu’elle lui avait écrite plusieurs années auparavant, et le mépris avec lequel il lui avait répondu. Elle l’accuse de ne s’intéresser à elle que parce qu’elle est devenue riche et célèbre. Onéguine s’obstine. Tatiana finit par lui avouer qu’elle aussi l’aime, mais qu’elle restera fidèle à son mari. Elle se lève et s’en va, laissant Onéguine à sa douleur.

Mes opéras préférés, opéra russe

Boris GODOUNOV, de MOUSSORGSKI

Boris Godounov est un des plus puissants opéras russes.

Chef-d’œuvre de la musique, la genèse de Boris Godounov ne fut pas facile. Adaptée de POUCHKINE, une première version datant de 1869 fut refusée par la censure impériale. MOUSSORGSKI reprend alors sa partition en 1872, ajoute un acte dit « acte polonais » et surtout un personnage féminin, pour se rapprocher des canons de l’opéra qui voulaient qu’il y ait une héroïne.

Outre le rôle-titre, le personnage principal de Boris Godounov est le peuple, Moussorgski retrouvant l’idéal de l’opéra, hérité du théâtre antique où le chœur est partie prenante au drame.

L’orchestration brute de Moussorgski, musicien quasi autodidacte, a heurté les oreilles de ses contemporains, notamment TCHAÏKOVSKY, qui ne comprenait rien à cette partition. RIMSKI-KORSAKOV a cru bon de réorchestrer Boris en 1896, pour le rendre plus audible. Il ira même plus loin en 1906 en faisant une « adaptation » de l’œuvre.

À titre de curiosité, DVORAK a écrit un opéra, Dimitri (1881), qui reprend l’action là où celle de Boris Godounov se termine.

Toutes ces transformations font qu’il est difficile de résumer la trame de l’histoire, selon que l’on prend la version originale de 1869, la version complétée en 1872 ou la version améliorée de 1896, voire l’adaptation de 1906.

Prologue: Dans la cour d’un couvent, le peuple, rudoyé par un policier, se lamente et demande à Boris d’accepter la couronne de tsar. Un boyard annonce que Boris refuse la couronne. Des pèlerins demandent au peuple de se rendre à la rencontre de leur tsar et le boyard leur ordonne de se rendre au Kremlin le lendemain.

À Moscou, devant le Kremlin, le prince Chouïski souhaite longue vie au tsar Boris. Le peuple chante en son honneur (Réjouis-toi, peuple de Russie), mais Boris est sombre, agité de pressentiments.

Boris peupleCliquez sur l’image

Acte I : Dans sa cellule, le moine Pimenn rédige la chronique des faits passés. Grigori, un jeune moine, se réveille. Pimenn lui parle de sa jeunesse, du tsar Ivan le Terrible et de son fils Féodor. Il révèle que le tsar actuel est un régicide et que le tsarévitch assassiné aurait le même âge que Grigori, qui imagine alors de se faire passer pour lui.

Dans une auberge à la frontière, deux moines, Varlaam et Missaïl, font la quête. Ils sont suivis par Grigori, déguisé, qui est en fuite. Varlaam chante les combats contre les Tatars quand des policiers entrent à la recherche de Grigori. Celui-ci détourne l’attention sur un des moines, mais les policiers finissent par se rendre compte que c’est bien lui qu’il recherchent. Grigori prend la fuite.

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Acte II : Xénia, la fille de Boris et fiancée du tsarévitch assassiné pleure celui-ci. Féodor, le fils de Boris, arrive et chante une chanson à sa nourrice. Boris arrive, très fier de l’intelligence de son fils, mais il est toujours hanté par le remords. Le peuple l’accuse de tous les maux qui frappent la Russie. Chouïski entre, porteur de mauvaises nouvelles, un imposteur venu de l’étranger se fait passer pour Dimitri, le tsarévitch assassiné.

Boris méditationCliquez sur l’image

Acte III : Dans une clairière, des gamins entourent un innocent et lui volent un kopeck. L’innocent demande alors à Boris qu’on égorge ces gamins, comme lui a égorgé le Tsarévitch. Il appelle à pleurer sur les malheurs de la Russie.

Au Kremlin, des boyards statuent sur le sort qu’ils réserveront à Dimitri quand ils le captureront. Boris arrive, très troublé, mais Chouïski lui dit qu’un vieillard, Pimenn, veut lui parler. Pimenn entre et lui raconte l’histoire d’un homme qui a vu le tsarévitch lui apparaître en songe et lui a demandé d’aller prier sur sa tombe. Il l’a fait, et sa cécité a été guérie. Boris s’évanouit. Quand il revient à lui, il dit à son fils Féodor qu’il va mourir et lui recommande de prendre soin de sa sœur. Il demande la clémence de Dieu et meurt (mort de Boris) alors que dehors, le peuple se lamente.

Boris mort de BorisCliquez sur l’image

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