Agenda Ironique, Fantaisie

FAFNER DANS LA VILLE ÉTRANGÈRE

Cet article s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Ironique de Février 2021, A.I. dont le cahier des charges se trouve ici :

Hydres et chimères (Agenda ironique de février) ‹ In the Writing Garden ‹ Reader — WordPress.com

Pour faire simple, le narrateur doit être un dragon venant s’emparer de l’objet de sa convoitise, mais importuné par un moins que rien venu lui en contester la jouissance.

Le dragon doit alors se débarrasser du fâcheux, mais sans se servir de l’arme galvaudée des dragons qui consiste à calciner ses adversaires !

Ceux qui connaissent mon appétence pour la musique dite classique, voire pour l’opéra, m’auront vu venir avec mes gros sabots, mon héros s’appellera Fafner !

Je m’présente, je m’appelle Fafner, j’aimerai bien, réussir ma vie, être aimé-é ! Je suis le frère de Fasolt. Nous étions deux gentils géants gérants d’un petite entreprise de construction qui marchait plutôt bien. Mes problèmes ont commencé quand, avec mon frère, nous avons reçu une grosse commande pour la construction d’une ville destinée à recevoir les héros morts au combat. Notre client était le dieu en chef, un certain Wotan (en emporte le vent) qui voulait l’habiter avec les autres dieux. Mais v’là-t’y pas qu’au moment de nous payer, il y a eu un léger problème. Nous devions recevoir en paiement Freia, la belle-sœur de Wotan. Ça nous intéressait, parce que Freia faisait pousser des pommes qui donnaient la jeunesse à ceux qui les mangeaient. Et rogntudju ! ce scélérat de Wotan n’a pas voulu tenir sa promesse, alors même qu’il tenait sa légitimité de dieu en chef par le respect de sa parole.

Wagner Rheingold FreiaCliquez sur mon frère et moi transigeant pour savoir si on garde Freia ou pas

Bref, on a transigé, et accepté de recevoir en paiement l’Or du Rhin, un trésor volé par un nain lubrique laid comme un pou qui avait abjuré l’amour. Le seul problème, c’est que cet or était maudit, et que celui ou celle qui serait en sa possession s’exposerait à des ennuis terribles. En effet, nous n’avions pas plus tôt été payés qu’une fâcheuse dispute s’en est suivie avec mon frère Fasolt, et que j’ai dû le tuer un petit peu (un petit peu beaucoup même), pour rester seul possesseur de l’or. Dès lors, j’ai pris une forme de dragon, et suis allé veiller sur mon or dans une caverne perdue au fin fond de la forêt.

Wagner Rheingold HAlt, du GierigerCliquez sur la dispute fâcheuse entre moi et mon frère

J’m’ennuie tout seul dans ma caverne. J’irai bien visiter la ville que nous avons construite, mon frère et moi. Walhalla City, qu’elle s’appelle ! Et qui sait, peut-être y rencontrerai-je l’amour. Je me suis donc retransformé en humain et ai pris la route pour Walhalla City. Le gardien, un certain Onésime, m’a fait visiter. Je n’ai rien reconnu. Ils ont fait des aménagements, cette ville m’est devenue étrangère.

D’abord, ils ont transformé le portail d’entrée en arc-en-ciel, deuxièmement, ils ont réservé un coin arboré où Freia cultive ses pommes magiques. Quand je la vois, c’est à me faire regretter de l’avoir abandonnée il n’y a guère en échange de l’or ! Tertio, il y a aussi une sorte d’espèce de caserne sur une esplanade qui n’était pas sur nos plans. C’est là qu’ils logent tous les héros morts au combat. Comme ils viennent des quatre coins du globe, ils s’expriment dans un véritable baragouin pour se faire comprendre. Ils ont appelé ça Esplanade des Invalides.

Mais revenons à mon sujet. Onésime m’a appris que dans ma forêt, il y a une vierge endormie sur un rocher, protégée par un cercle de feu, et qui attend le héros qui viendra la réveiller.

Wagner die Walküre scène du feuCliquez sur le rocher protégé par le feu

À sa description, je me suis senti devenir prince charmant, je l’aime déjà ! Je serai ce héros ! Je suis donc retourné à mon antre, et après un bon repas, me suis octroyé une petite pause postprandiale, avant que de me mettre à la recherche de ma bien-aimée. Eh bien non, pas moyen de se reposer en paix. V’là t’y pas qu’un jeune freluquet, vêtu d’une peau de buffle et à l’haleine méphitique est venu me chercher noise.

Wagner Siegfried Fafner, Erwache, WurmCliquez sur le jeune freluquet

Il avait entendu parler de mon trésor, et entendait me le dérober, ainsi que le nouvel objet de ma convoitise. Mais je ne me suis pas laissé faire, et ai usé de tous les moyens de la dialectique pour l’en dissuader. Comme il avait un cor, je lui ai demandé d’en jouer, et l’ai flatté bassement sur son jeu de cor.

« Hé, bonjour, monsieur Siegfried. Sans mentir, si votre jeu se rapporte à votre peau de buffle, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ».

Wagner Siegfried Combat contre le dragonCliquez sur le jeune freluquet venant me réveiller

La flatterie, ça marche à tous les coups, et il est tombé dans le panneau. Il a décidé de postuler pour l’emploi de premier cor solo dans l’orchestre de l’opéra de Walhalla City, le Festspielhaus comme on l’appelle là-bas, et m’a laissé tranquille. J’ai enfin pu partir à la quête de ma belle endormie.

Wagner Siegfried Fanfare d'appelCliquez sur les cuivres du Festspielhaus

Et ce qui s’est passé après, c’est une autre histoire !

Note 1 : Aucun dragon n’a été blessé ni maltraité pour la rédaction du présent billet.

Note 2 : Pour les ceusses qui voudraient en savoir plus sur l’histoire de Fafner, se reporter aux billets suivants:

Rheingold (L’Or du Rhin)

Die Walküre (La Walkyrie)

Siegfried (Siegfried)

Et Richard WAGNER, si du haut de ton Walhalla tu me vois, pardonne-moi.

30 réflexions au sujet de “FAFNER DANS LA VILLE ÉTRANGÈRE”

  1. Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir heureux ou courageux. – Rainer Maria RILKE… Quelle incroyable coïncidence ! Depuis 2 jours, je suis plongée à mes « moments perdus » dans la lecture de LETTRES À UN JEUNE POÈTE, et voilà, quoi. Tu m’en diras tant – hihihi 😊
    Toute belle journée !

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      1. Coucou
        Suis repassée écouter la zik. Et par la même occasion relire cette transposition jubilatoire de l’opéra de Wagner. Tu as assuré, dis donc ! (Et même pété le feu, là, pour le coup).
        Eh bien, moi tossi, je sais pour qui je vais voter, mais je ne te le dirai pas. Pour aujourd’hui, ce sera juste bravo 👏👏👏👏👏
        Bon matin, et rès très beau samedi à toi Euh, moi, ça m’dit un p’tit caf’, pas toi ? ☕☕🎧 🎼 🍏🍏 (ce sont les pommes d’or piquées à Déesse Freia 😊 )
        PS: génial, je trouve, l’AI de février

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  2. Bonjour Jean-Louis,
    De l’appétence pour la musique classique comme tu le dis et ! avec un clin d’oeil -superbe – à la variété française avec Balavoine : » Je m’présente, je m’appelle Fafner, j’aimerai bien, réussir ma vie, être aimé-é !… »
    Bonne journée Fafner et passe le bonjour au dragon
    John

    Aimé par 2 personnes

    1. Thank you, John Duff !
      Tiens, j’ai regardé le « Dialogue of the Carmelites » hier soir sur le site du MET.
      Une réussite absolue, avec une belle distribution (et Régine Crespin), une belle mise en scène, une belle mise en espace, de beaux éclairages, etc…
      Bonne journée, John Duff.

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  3. Oh la la qu’est-ce qu’on a ri avec les enfants en lisant ton histoire ! Sans compter qu’on complète ou rafraîchit son éducation musicale. Un grand bravo, tu t’en es brillamment sorti ! 👍

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  4. Tout l’opéra, c’est pas d’la soupe !
    Je ne regretterai pas de vous attribuer une voix cette fois-ci encore (pardon, j’ai pas résisté, j’voulais tellement vous l’dire depuis c’t’été).
    🙂

    Aimé par 1 personne

  5. Mais oui Jean-Louis, la flatterie est une arme redoutable. La flatulerie aussi, mais il en reste souvent que du vent, et parfois une odeur que je qualifierais d’indélicate. Mais qu’est-ce que cela soulage !!!
    Ton histoire est drôle, bien ficelée et bien écrite. Je me suis régalé. Merci.
    Et vivent les dragons, je les adore !! Je pense à eux quand je regarde un petit oiseau, ridicule descendant. Comment un moineau pourrait-il bien être le digne successeur d’un dragon ? Ils ne crachent même pas de feu…
    Bonne soirée,
    Régis

    Aimé par 2 personnes

    1. Ah bah tu vois, ami Régis, je suis assez d’accord avec toi, la flatterie, les flagorneries ( j’ai envie de dire) tt ça tt ça, c’est une arme redoutable. J’en parlais ici même, il y a guère, avec notre ami commun, propriétaire des lieux: la brosse à reluire (nos-zegos-en-berne), ça marche à tous les coups.
      Bon d’accord, c du vent, du vent malodorant en plus, mais yaka se boucher les narines épicetout.

      Sinon, j’suis très bcp moins d’accord avec toi sur la kestion des zoziaux. Rien de plus beau que le vol d’un zoziau du ciel. Alors que dans mes contrées, le dragon ( ce pas beau reptile tout zarbi), c’est l’incarnation du mal, de Satan, voire même.La bête de l’Apocalypse. Hé oui, quand même. Ça fout la trouille.

      Enfin je te vais te dire un secret: dans l’adaptation libre et magistrale de L’ Anneau du Nibelung ( la tétralogie de Wagner) qui nous a été faite par monsieur Toutlop’ (ou presque), il n’est pas dit que le géant Fafner transformé en dragon, il se fait zigouiller par Siegfried. Oui oui oui. Et d’ailleurs la belle endormie – Brünnhilde de son prénom, l’amoureuse de Siegfried, c’est ce dernier qui va la trouver. Mais chut, faut pas le dire aux gens. Aussi, on va laisser les sirènes veiller sur l’or au fond du fleuve ( paraîtrait que, des fois, certains m’sieur R se transforment en sirènes, mais c’est une autre histoire. Alors je dis ça je dis rien)🤫

      Bon week-end à toi. A plus tard ici ou ailleurs.☕🐲🐉🐊🦎😘🌞

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      1. Je vais demander aux dragonniers d’éviter ta région afin que tu ne sois pas troublée par le passage incessant de ces drôles de volatiles.
        Les sirènes, je n’en ai jamais croisé, à part la toute petite qui s’ennuie sur son rocher à Copenhague. Quand on la regarde, on ne voit que le quai portuaire qui est derrière. Ça gâche…
        Même dans un jeu de cartes, il n’y en a pas autant, juste quatre reines…

        Bon week-end ma chère Solène. Bisous.
        P.S. : J’aime bien quand tu n’es pas d’accord avec moi…

        Aimé par 2 personnes

    1. Je connais l’Opéra Royal de Wallonie (la photo de la statue de Grétry qui illustre mon article sur ce compositeur a été prise devant ce bâtiment), malheureusement, je n’ai pas provoqué l’occasion d’aller y voir un spectacle pendant mes années péri-liégeoises.
      Bonne journée, Photonanie.

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  6. « abjuré l’amour », wouaw, je ne crois pas avoir précédemment rencontré cette magnifique expression. J’ai apprécié également les clins d’œil à de précédents épisodes de l’agenda.

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