Mes opéras préférés, vérisme

FRANCESCA DA RIMINI, de ZANDONAÏ (1914)

L’opéra Francesca da Rimini, de Riccardo Zandonaï, a été créé le 19 février 1914 à Turin. Le livret est une adaptation d’une pièce de Gabrielle d’Annunzio, qui lui-même avait emprunté le thème à Dante Alighieri. Stylistiquement, il se raccroche au vérisme.

Dans le cinquième chant de l’Enfer de la Divine comédie, comme Dante arrive au second cercle (celui de la luxure), il nous raconte l’histoire de Francesca da Rimini, la fille d’un seigneur de Ravenne mariée à Jean le Boiteux, un jeune homme valeureux mais difforme. Très vite, Francesca se mit à tromper son mari avec le frère de celui-ci, Paul le Beau. Surpris ensemble, ils furent assassinés par Jean.

Suivant la classification de Georges Bernard Shaw, nous avons là un très classique (S+T/B+B), où une soprano et un ténor s’aiment, avec leur amour contrarié par une basse et un baryton.

Le pitch : Paolo Malatesta aime la femme de son frère Giovanni. Le petit frère Malatestino aussi, mais il s’arrange pour que Giovanni tue les deux amants.

Premier acte : À Ravenne, à la cour du château des Polentani, vers mai 1284. Les servantes taquinent le bouffon Simonetto pour qu’il chante pour elles.

Le bouffon évoque la légende de Tristan et Iseult, mais il est interrompu par l’arrivée d’Ostasio, qui pense que Simonetto fait partie de la suite du chevalier Paolo. Le bouffon nie et sort.

Ser Toldo, un avocat, s’étonne que ce bouffon fasse partie de la suite de Paolo. Giovanni, le frère de Paolo, est fiancé pour des raisons politiques à Francesca, la sœur d’Ostasio. Ser Toldo pense que Francesca ne voudra pas du brutal (et boiteux) Giovanni et il conseille à Ostasio de la présenter à son frère Paolo.

Francesca et sa sœur se font leurs adieux en attendant l’arrivée du fiancé (Air : Francesca, dove andrai ? »). Les servantes invitent Francesca à venir voir le beau jeune homme qui passe, mais sous le coup de l’émotion, Francesca se met à pleurer. Elle demande à sa sœur de la reconduire à sa chambre, mais Paolo entre sur ces faits.

Francesca pense que Paolo est le mari qu’on lui destine, et en tombe immédiatement amoureuse. Elle offre une rose à Paolo qui l’accepte et tombe amoureux à son tour. (Chœur : « Per la terra di maggio »).

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Deuxième acte : À Rimini, en décembre et à l’intérieur du château des Malatesta, au moment d’une pause dans la lutte entre les guelfes et les gibelins.

Francesca attend le retour de son mari Giovanni. Paolo entre et Francesca lui reproche la supercherie de leur première rencontre. Paolo reconnaît sa honte et déclare qu’il n’a qu’à mourir, ce qu’il veut faire au combat.

Alors que la bataille reprend, Paolo donne son casque à Francesca pour la protéger. Elle s’approche du parapet quand une flèche frôle Paolo. Il rassure Francesca, il n’a pas été touché. Giovanni arrive, porteur d’une bonne nouvelle pour Paolo, quand il s’aperçoit de la présence de sa femme. Francesca lui donne du vin, et il lui demande d’en donner aussi à son beau-frère.

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Des soldats arrivent. Ils portent l’autre frère de Giovanni, Malatestino, blessé au combat. Elle le ranime avec un peu de vin. Malatestino, qui a perdu un œil, repart au combat.

Troisième acte : Dans les appartements de Francesca, au château de Malatesta, au mois de mars.

Francesca, qui attend le retour de Paolo, lit à ses suivantes l’histoire de Lancelot et Guenièvre. Elle avoue à l’une d’elles la peur que lui inspire Malatestino. Les suivantes font venir des musiciens pour dissiper sa mélancolie, et célèbrent le printemps par des chants et des danses. Francesca demande à ses servantes de dire à Paolo de ne pas venir. (Air : « No ! Smaragdi,no ! »).

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Paolo entre, Francesca le supplie de la laisser tranquille, mais il lui rappelle son serment d’amour. Il demande à Francesca de reprendre l’histoire de Lancelot et Guenièvre, mais leur passion devient plus forte que la raison et ils s’embrassent fougueusement.

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Quatrième acte : Dans une salle du château des Malatesta, six mois plus tard.

Malatestina, qui aime Francesca, raille l’infidélité de celle-ci, qu’il a découverte, avant de descendre dans les cachots couper la tête d’un prisonnier dont les cris avaient dérangé Francesca pendant la nuit.

Giovanni arrive et trouve Francesca, bouleversée par la cruauté de Malatestina. Comme Francesca quitte les lieux, Giovanni fait entrer Malatestino portant la tête du prisonnier. Giovanni veut savoir ce qu’il a fait pour mériter l’horreur de sa femme, mais le jeune homme laisse entendre que ce pourrait être Paolo qui s’est mal conduit.

Dans la chambre de Francesca, le soir. Francesca se réveille d’un cauchemar. Ses suivantes la calment et sortent. Paolo entre et les amants se retrouvent, mais Giovanni leur a tendu un piège. Francesca essaie de protéger Paolo des coups de Giovanni, mais elle est touchée et meurt, et Giovanni tue ensuite Paolo.

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(Source principale : la production du MET de 1984, et le DVD associé)

Maria Callas, Mes opéras préférés, vérisme

ADRIENNE LECOUVREUR, de CILEA (1902)

Adapté d’une pièce de Scribe, Adrienne Lecouvreur (Adriana Lecouvreur) de Cilea s’inspire de la tragédienne Adrienne Lecouvreur, très célèbre à son époque (elle débute à la Comédie-Française en 1717), qui collectionna les amants (Voltaire, le maréchal de Saxe,…) et mourut dans des circonstances étranges. On dit qu’elle fut empoisonnée par la duchesse de Bouillon, qui s’intéressait également au maréchal de Saxe.

Bien que ne répondant pas au cahier des charges du vérisme, les héros et héroïnes ne sont pas des gens « comme nous », mais des princes et princesses, des comtes et comtesses) Adriana Lecouvreur fait partie de ce mouvement musical, Cilea étant même un des représentants de ce mouvement.

Le pitch : Adrienne est courtisée par le comte de Saxe, incognito. Le prince de Bouillon croit que sa maîtresse, la Duclos, le trompe avec le comte. La princesse de Bouillon rompt avec son amant, le comte de Saxe. Quand les deux femmes se rendent compte qu’elles aiment le même homme, la princesse délaissée veut se venger. Elle fait porter un bouquet de violettes empoisonnées à Adrienne qui, l’humant, meurt.

Acte I : Avant le lever de rideau, le prince de Bouillon et son abbé sont avec Michonnet, le régisseur du théâtre. Adrienne Lecouvreur entre. Complimentée, elle chante qu’elle n’est que la servante du théâtre (Air : « Io son l’umile ancella »).

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Adrienne Lecouvreur dit à Michonnet, le metteur en scène, qu’elle aime le jeune Maurizio. Maurizio n’est autre que le comte de Saxe qui a pris ce pseudonyme pour approcher Adrienne. Michonnet, secrètement amoureux d’Adrienne, la met en garde contre ce genre d’aventure. Maurizio arrive et offre un bouquet de violettes à Adrienne. Ils décident de se voir après le spectacle.

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Pendant la représentation, le prince de Bouillon intercepte une lettre écrite par sa maîtresse, la Duclos, une autre actrice. Il y lit que sa maîtresse a rendez-vous avec Maurizio. En fait cette lettre a été écrite par la Duclos à la demande de la princesse, qui aime Maurizio. Le prince invite tout le monde au pavillon où doit avoir lieu le rendez-vous, afin d’y voir plus clair sur ce qui se trame.

Acte II : Au pavillon de la Grange batelière. La princesse et Maurizio se retrouvent. (Air de la princesse : « Acerba voluttà ».)

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Maurizio annonce la fin de leur liaison et offre, par galanterie, le bouquet de violettes d’Adrienne à la princesse. Les invités du prince arrivent. La princesse se retire discrètement, aidée par Adrienne. Mais lorsqu’elles se rendent compte qu’elles sont rivales, elles se disputent violemment. La princesse s’échappe, mais elle oublie son bracelet qu’Adrienne ramasse.

Acte III : Le prince donne une grande réception dans son palais.

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La princesse provoque Adrienne en révélant que c’est la nouvelle maîtresse du comte. Adrienne montre alors le bracelet de la princesse, bracelet que le prince reconnaît comme étant celui de sa femme. La tragédienne récite la tirade de Phèdre, de Racine, révélant ainsi l’attitude coupable de la princesse, qui jure alors de se venger.

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Acte IV : Adrienne souhaite rester seule chez elle pour son anniversaire, mais ses amis arrivent. Michonnet tente une déclaration d’amour maladroite quand on apporte, de la part de Maurizio, une boîte contenant un bouquet de violettes fanées. Comprenant que c’est la fin de sa liaison avec le comte de Saxe, Adrienne embrasse le bouquet avant de le jeter au feu.

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Le comte de Saxe arrive alors, et demande sa main à Adrienne, qui est folle de bonheur avant de s’effondrer dans d’atroces douleurs.

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On comprend alors que le bouquet, empoisonné, a été envoyé par la princesse qui voulait se venger de sa rivale. Adrienne meurt dans le bras de son amant.