Écrivain, littérature

Boris VIAN (l’Écume des jours)

Boris VIAN (1920 – 1959), dont on fête ce 10 mars l’anniversaire de la naissance était le prototype de l’intellectuel des années 1940 – 1960.

Diplômé de l’École Centrale, il travaille le jour à l’AFNOR et passe ses nuits à écrire ou à faire de la musique (jazz) dans les caves de Saint-Germain-des-Prés.

En 1946, QUENEAU publie le premier roman de Boris, Vercoquin et le plancton, chez Gallimard, où il était éditeur. C’est aussi l’année de J’irai cracher sur vos tombes, paru aux éditions du Scorpion, un pastiche des romans noirs américains et du sulfureux Henry MILLER. Ce livre paru sous le pseudonyme de Vernon SULLIVAN fait scandale.

En 1947 paraît son livre le plus célèbre aujourd’hui, L’Écume des jours, « le plus poignant des romans d’amour contemporain » selon Raymond QUENEAU.

Touche-à-tout surdoué, Vian a aussi composé des chansons (Le Déserteur, qui sera interdit à la radio), fait connaître la littérature populaire américaine en France en traduisant polars et Science-Fiction (Le Monde des non-A, de VAN VOGT).

 

vian le déserteurCliquez sur l’image

Au début des années 50, CAMUS le fait entrer au journal Combat, et Vian devient membre du Collège de pataphysique (satrape).

En 1957, on crée son opéra Le Chevalier de neige, sur une musique de George DELERUE. En 1958, il écrit Fiesta une comédie-musicale avec une musique de Darius MILHAUD.

boris vian le chevalier de neigeCliquez sur l’image

Boris meurt d’une crise cardiaque en 1959, lors de la première du film J’irai cracher sur vos tombes.

L’écume des jours, a été adapté à l’opéra par Edison DENISOV et créé à l’Opéra-comique en 1986. La partition cite assez largement la musique de Duke ELLINGTON. (Chloé, l’héroïne, porte le nom d’un titre célèbre du Duke.)

écume des joursCliquez sur l’image

 

 

 

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Écrivain, histoire, littérature

OSSIAN le barde

Je vous en avais parlé dans le billet sur les filles de l’eau, voici donc celui consacré au barde celtique OSSIAN (IIIe siècle apr. J.-C.), qui est à l’origine d’une supercherie littéraire du XVIIIe siècle.

Un écrivain écossais, Mc PHERSON, a prétendu dans les années 1760 avoir traduit ses œuvres en anglais moderne. Ces textes, qui racontent l’histoire de Fingal, ont eu un énorme retentissement aux époques préromantiques, puis romantiques, et ont à leur tour inspiré écrivains et musiciens. C’est ainsi que surfant sur la vague de l’ossianisme, et dans un contexte d’éveil des nationalités, l’Écossais Walter SCOTT a poursuivi dans la veine d’une littérature écossaise.

Le grand GOETHE lui-même, dans Les souffrances du jeune Werther, fera traduire par son héros les poèmes d’OSSIAN.

La France napoléonienne a succombé aussi à l’ossianisme, c’est ainsi que LESUEUR, un des maîtres de BERLIOZ écrira l’opéra Ossian ou les bardes (1804) et MÉHUL l’opéra Uthal (1806).

mehuk uthalCliquez sur l’image

On peut aussi attribuer à sa postérité l’opéra Norma de BELLINI, dont l’action se passe en Gaule et l’héroïne, Norma, est une prêtresse druidique.

casta diva netrebkoCliquez sur l’image

Parmi les mises en musique de l’univers d’Ossian figure la Grotte de Fingal (1829), de MENDELSSOHN.

On retrouve Werther dans l’opéra de MASSENET d’après le roman de Goethe. Werther retrouvant Charlotte lui lit les traductions d’Ossian qu’il avait écrites pour elle, ce qui nous donne le sublime Pourquoi me réveiller après lequel l’amour (impossible) qu’a Charlotte pour lui se révèle.

pourquoi me réveiller alagnaCliquez sur l’image

Retrouvez BRAHMS et son opus 27, Gesang aus Fingal (c’est une autre version que celle des « filles de l’eau » comme ça vous pourrez comparer différentes interprétations.)

Plus près de nous, les Pink Floyd ont écrit leur propre Fingal’s Cave(la grotte de Fingal)sur l’album Zabriskie Point (1970).

pink floyd fingal

 

Écrivain, histoire, philosophie

VOLTAIRE et ROUSSEAU, les joyeux duettistes – chapitre 2 – VOLTAIRE

Nous avons vu il n’y a guère les relations entre ROUSSEAU et la musique. Voyons à présent les liens entre VOLTAIRE et la musique.

L’activité de librettiste de Voltaire (1694 – 1778) est certainement moins connue que celle de Rousseau. Pourtant, il commence une collaboration avec RAMEAU dès 1733, avec Samson, un projet d’opéra qui ne verra pas le jour à cause de la censure. Presque vingt ans plus tard, les deux auteurs retravailleront ensemble, créant La Princesse de Navarre, puis Le Temple de la Gloire (1745).

la princesse de NavarreCliquez sur l’image

Au-delà des livrets directement écrits par Voltaire, d’autres œuvres de lui ont été reprises pour servir à des livrets d’opéra.

Ainsi, le prolifique GRÉTRY a écrit Le Huron, d’après L’Ingénu, en1768.

Le Zaïre de Voltaire a été abondamment utilisé pour des sujets d’opéra. On peut noter par exemple le Zaïde (1780) de MOZART, ou le Zaïra (1829) de BELLINI.

mozart ZaideCliquez sur l’image

ROSSINI se servira des textes de Voltaire pour son Tancrède (1813) et son Sémiramide (1823), alors que VERDI écrira un peu connu Alzira (1845) d’après la tragédie Alzire (1736).

rossini semiramideCliquez sur l’image

Quand SAINT-SAËNS, déjà connu pour ses talents de pianiste virtuose, voudra se faire reconnaître à l’opéra, passage obligé pour être reconnu comme un VRAI musicien, il se servira du livret de Samson comme sujet de son premier projet d’opéra. Bien lui en prit, puisque cette adaptation nous donnera Samson et Dalila, qui connaîtra un très grand succès.

mon coeur s'ouvre à ta voixCliquez sur l’image

Plus près de nous, au siècle dernier, on peut encore signaler que Léonard BERNSTEIN a écrit en 1956 Candide, une opérette d’après le conte éponyme de Voltaire et Micromégas (1978) de Paul MÉFANO.

bernstein candideCliquez sur l’image

méfano micromégasCliquez sur l’image

Écrivain, histoire, littérature, philosophie

VOLTAIRE et ROUSSEAU, les joyeux duettistes – chapitre 1 – JJ.ROUSSEAU

Cliquez sur le textejesuistombc3a9parterre

chantait Gavroche dans les Misérables de VH.

En fait, le chansonnier BÉRANGER avait déjà écrit avant HUGO dans une de ses chansons :

rousseauvoltaire

traduisant ainsi le fait qu’à l’époque de la Restauration, on attribuait l’origine de la Révolution française aux écrits de VOLTAIRE et ROUSSEAU.

Initialement, j’avais prévu de traiter nos amis dans un seul billet, mais devant l’abondance de matière à traiter, j’ai décidé d’en faire deux billets jumeaux.

Voyons donc ici les rapports entre Rousseau (1712 – 1778) et la musique.

Dès 1747, DIDEROT et D’ALEMBERT confient à Rousseau (1715 – 1778) la rédaction des articles sur la musique de leur Encyclopédie, et il écrira encore en 1767 un Dictionnaire de musique qui restera longtemps un modèle du genre. Cependant cinquante ans après, ses écrits sont déjà controversés, comme on peut le voir sur le préliminaire de l’édition de 1791.

rousseau encyclopédie

Si l’opéra de JJ.ROUSSEAU Le Devin du village (1752) a connu à son époque un honnête succès, on connaît moins le reste de sa carrière de compositeur. Pourtant, dès 1744, il compose Les Muses galantes qui ne sera jamais joué au théâtre. La première représentation, privée, provoqua le début de ses querelles avec RAMEAU.

rouffeau devinCliquez sur l’image

En 1745, il écrit de la musique complémentaire pour Les Fêtes de Ramire, d’après La Princesse de Navarre, un opéra que RAMEAU avait écrit au début de l’année sur un livret de VOLTAIRE. Les difficultés liées à cette reprise influeront sur les difficultés relationnelles entre Rousseau et Rameau. Ces difficultés éclateront dans sa Lettre sur la musique française (1753) où il défend la supériorité de la musique italienne sur la musique française (en fait la prééminence de la mélodie, qu’il défendait, contre l’harmonie, que défendait Rameau). Rousseau prétendait en effet que le français était une langue qui ne se chantait pas, au contraire de l’italien, alimentant ainsi ce qu’on a appelé la querelle des Bouffons, démarrée l’année précédente.

En 1762, il écrit un Pygmalion, qu’il aurait voulu faire mettre en musique par GLUCK. Celui-ci n’étant pas disponible, il se tourne vers l’obscur Horace COIGNET et Rousseau écrira lui-même 2 des 22 chansons de cette pièce.

Bien entendu, la musique prenant une place importante dans son univers mental, on trouve de nombreuses allusions à la musique dans ses œuvres littéraires, comme Les Confessions.

Monsieur R. dit (😉):

Les accents de la voix passent jusqu’à l’âme ; car ils sont l’expression naturelle des passions, et en les peignant ils les excitent.

Ne ratez pas très prochainement sur ce blog les rencontres entre Voltaire et l’opéra.

Écrivain, littérature

Pierre CORNEILLE (1606 – 1684)

Pierre CORNEILLE was a famous french dramatist.  

Pierre CORNEILLE (1606 – 1684) est, avec RACINE et MOLIERE, un des grands écrivains français du XVIIe siècle. Né à Rouen, avocat par tradition familiale, il se tourne vite vers l’écriture de pièces théâtrales (L’illusion comique 1635). En 1637, il écrit Le Cid, probablement sa pièce la plus connue. Suivront Horace, Cinna, Polyeucte,…

L’influence de Corneille sur le monde du théâtre et donc de l’opéra est grande, notamment sur le librettiste italien METASTASE, qui avec sa vingtaine de livrets a donné lieu à plus de mille opéras.

De manière plus directe, sa pièce Pertharite  a inspiré le Rodelinda (1725) de HAENDEL et Théodore, vierge et martyre donnera l’oratorio Théodora (1749) du même Haendel. Haendel toujours avec Jules César (1724), d’après La Mort de Pompée.

Haendel Jules César Son nata a lagrimarCliquez sur l’image

La Clémence de Titus (1791) de MOZART, écrit d’après un des livrets de Métastase, est inspiré de Bérénice de Jean RACINE et de Cinna de Corneille.

De Mozart, on passe à SALIERI qui a écrit Les Horaces (1786), d’après le Horace (1640) de notre écrivain.

La pièce Polyeucte a donné lieu à au moins deux opéras : Poliuto (1838) de DONIZETTI et Polyeucte (1878) de GOUNOD.

Enfin, sa pièce la plus populaire, Le Cid, a été adaptée en 1885 à l’opéra par MASSENET.

Massenet Le Cid O noble lameCliquez sur le Cid

 

Écrivain, littérature, Oulipo

Je me souviens – Georges PEREC (3)

Après La Disparition et La Vie, mode d’emploi, voici le troisième billet consacré à la présence de la musique dans l’œuvre de Georges PEREC.

Je me souviens est le titre d’un recueil de brefs souvenirs écrits par Perec entre 1973 et 1977, et paru en 1978. Ce recueil forme une sorte d’autobiographie en 480 fragments, selon une méthode chère à Perec, celle des listes (et non des LISZT comme disent les musiciens). Parmi ces fragments, une onzaine d’entre eux a trait à la musique classique dont on sait que Perec était un fin connaisseur.

Les voici, avec leur « traduction ».

24 – Je me souviens du Concerto pour hautbois de CIMAROSA. (Domenico Cimarosa [1749 – 1801] était un compositeur italien. Il est connu notamment pour son opéra Le Mariage secret). 

43 – Je me souviens de l’Adagio d’ALBINONI. (Tomaso Albinoni [1671 – 1751] était un compositeur vénitien, connu pour un célèbre adagio… qu’il n’a pas composé.)

66 – Je me souviens de l’opérette La Belle Arabelle, avec les Frères Jacques.

120 – Je me souviens des deux films de Roberto BENZI. (Roberto Benzi, né en 1937, était un enfant prodige qui a donné son premier concert à l’âge de 6 ans, et est devenu chef d’orchestre à 11 ans. Deux films lui ont été consacrés : Prélude à la gloire en 1950 [il avait donc 13 ans] et l’Appel du destin en 1953.)

123 – Je me souviens que la violoniste Ginette NEVEU est morte dans le même avion que Marcel CERDAN. (Ginette Neveu [1919 – 1949] était une violoniste soliste de niveau international, élève de Georges ENESCO.)

154- Je me souviens que PADEREWSKI a été élu Président de la République polonaise. (Ignace Paderewski [1860 – 1941] était un pianiste soliste virtuose. Il a écrit un opéra, Manru, créé en 1901. Outre sa carrière de pianiste, il a connu une dimension politique, contribuant au soulèvement populaire des Polonais contre l’Allemagne. Il a été Président du Conseil national polonais en exil [et non pas Président de la République]). 

159 – Je me souviens que RAVEL était très fier de son Boléro.

166 – Je me souviens que Dinu LIPATTI apprit très tard, vers vingt ans, à jouer du piano. (Dinu Lipatti [1917 – 1950) était un pianiste soliste roumain.)

274 – Je me souviens d’un très beau récital donné dans la cathédrale de Chartres (en 1953 ?) par la pianiste Monique de La BRUCHOLLERIE. (M. de La Bruchollerie [1915 – 1972] était une pianiste concertiste française.)

307 – Je me souviens de:

     – Pourquoi les filles du Nord sont-elles précoces ?

     – Parce que le concerto en sol mineur.

430 – Je me souviens combien j’aimais Johann STRAUSS et de mon bonheur quand j’ai vu Valses de Vienne au Châtelet.

 

 

 

 

 

 

Écrivain

E.T.A. HOFFMANN, vous connaissez ?

La musique ouvre à l’homme un royaume inconnu… (E.T.A. HOFFMANN)

L’écrivain romantique allemand Ernst Théodor Amadeus HOFFMANN (1776 – 1822) n’est pas forcément très célèbre en France, mais il occupe une place importante dans l’univers romantique. Connu aujourd’hui essentiellement pour ses Contes fantastiques, écrits dans la veine du roman gothique, il était également dessinateur et compositeur. Parmi ses opéras, Ondine (1816) ne sera pas sans influence sur des opéras tels que Rusalka (1900) de DVORAK ou La Femme sans ombre (1917) de Richard STRAUSS.

Hoffmann admirait le génie de MOZART ou BEETHOVEN, et il a d’ailleurs changé son troisième prénom pour prendre celui d’Amadeus, en hommage à Mozart.

Les pièces pour piano Kreisleriana (1838) de SCHUMANN s’inspirent de l’univers d’Hoffmann (Johannes Kreisler est un de ses personnages, dont les textes apparaissent dans les … Kreisleriana d’Hoffmann.)

TCHAÏKOVSKI a été également influencé par notre poète. il a écrit son propre opéra Ondine (1869), mais devant le peu de succès rencontré, il en a brûlé la partition. Son ballet Casse-Noisette (1891) a eu plus de succès. Le sujet est tiré du Casse-Noisette d’Alexandre DUMAS, qui était déjà une adaptation du Casse-Noisette et le roi des souris d’Hoffmann.

Un autre ballet célèbre, Coppélia de Léo DELIBES (1870), est inspiré par la nouvelle l’Homme de sable.

Le principal apport d’Hoffmann dans l’histoire de l’opéra reste cependant le seul opéra « sérieux » d’OFFENBACH. En effet, « le petit Mozart des Champs-Élysées » comme l’appelait WAGNER voulait accéder au statut de compositeur « sérieux » et pour cela, il lui fallait une œuvre « sérieuse ». Ce sera Les Contes d’Hoffmann, dont le livret fut écrit par Jules BARBIER sur des thèmes extraits de ses Contes fantastiques. Le héros en est Hoffmann lui-même, poète qui après avoir rencontré trois images de la femme finit par renoncer à l’amour pour se mettre au service exclusif de sa muse, la poésie.

Nous assistons donc ici à une prodigieuse mise en abîme de l’univers d’Ernst Théodor Amadeus puisque l’écrivain Hoffmann a imaginé un conte, don Juan,  où le héros a l’occasion d’assister à une représentation de l’opéra du même nom de Mozart, représentation qui se termine par la mort dans des circonstances étranges de la cantatrice qui joue le rôle de Donna Anna, alors que les Contes d’Hoffmann mettent en scène ce même écrivain qui voit, entre autres, mourir une cantatrice qui, malade, se rapproche de la mort chaque fois qu’elle chante ! À la fin de l’acte, elle meurt, ayant chanté une fois de trop.