Cinématographe, Divers, Grands chœurs

QUELQUES GRANDS CHŒURS RUSSES

Je vous ai présenté il n’y a guère quelques grands chœurs de TCHAÏKOVSKI. Alors que pendant près de deux siècles, l’opéra s’est chanté soit en italien, soit en français, le réveil des écoles nationales vers le milieu du XIXe siècle a permis l’expression de l’âme russe en musique, et particulièrement à l’opéra.

Le « père » de la musique russe est GLINKA (1804 – 1857), qui a écrit principalement deux opéras, Ruslan et Ludmila et Une Vie pour le tsar (Ivan Soussanine). Voici le chœur final de Ruslan et Ludmila (1837 – 1842).

Glinka Rouslan et Ludmila Chœur final

Cliquez sur l’image

Un des successeurs de Glinka, le plus grand peut-être pour avoir su allier la musicalité de la langue russe et ses racines musicales, est MOUSSORGSKI. Dans son Boris Godounov (1869 – 1872), le chœur, fidèle en cela à la tragédie grecque, représente le peuple, et accompagne de bout en bout le drame qui se joue.

Moussorgski Boris Godounov Scène du couronnementCliquez sur la scène du couronnement

J’ai déjà parlé des chœurs de Tchaïkovski, mais je ne peux résister au plaisir de vous (re)présenter l’hymne des Chérubins, extrait des Liturgies de saint Jean Chrisostome.

Tchaïkovski Hymn of the CherubimCliquez sur l’image

De BORODINE, je vous propose les danses polovtsiennes du Prince Igor.

Borodine le Prince Igor danses polovtsiennesCliquez sur les polovtsiennes

De RIMSKI-KORSAKOV, le « ciment » du Groupe des cinq, je vous propose le Notre Père :

Rimski-Korsakov Notre pèreCliquez sur l’image

RACHMANINOFF a également été inspiré par la liturgie orthodoxe. Écoutons un extrait des Vêpres.

Rachmaninov les VêpresCliquez sur le chœur

PROKOFIEV a écrit des opéras (j’y reviendrai), mais aussi des musiques pour les films d’EISENSTEIN. Il a ainsi composé une musique impressionnante pour Alexandre Nevsky.

Prokofiev Alexandre NevskyCliquez sur l’image

Cinématographe, Divers

ILS OU ELLES ONT CHANTÉ DU CLASSIQUE (2e SÉRIE)

Alors que certains chanteurs lyriques ne dédaignent pas chanter de la chanson dite de variété, le contraire est également vrai, et certains chanteurs de variété ne dédaignent pas d’interpréter des airs dits classiques.

Comme pour le premier billet, commençons par Francis BLANCHE, avec sa version de la Cinquième symphonie de BEETHOVEN (dite « la Pince à linge ») interprétée par les QUATRE BARBUS.

4 Barbus la Pince à lingeCliquez sur la Pince à linge

Richard ANTHONY a mis des paroles sur le Concierto de Aranjuez (de RODRIGO).

Anthony Rodrigo concerto de AranjuezCliquez sur Anthony Rodrigo

Nana MOUSKOURI nous a chanté un « chœur des esclaves », extrait du Nabucco de VERDI, vibrant d’émotion.

Nana Mouskouri Verdi NabuccoCliquez sur Nana Verdi

Pendant le confinement, Marie-Paule BELLE nous offrait tous les jours une chanson interprétée de chez elle. Écoutons « Wolfgang et moi ».

Belle Wolfgang et moiCliquez sur Marie-Paule Mozart

Henri TACHAN a chanté « Comme dans un opéra », bel hommage à l’opéra.

Tachan Comme dans un opéraCliquez sur l’image

Et Henri SALVADOR, avec Juanita Banana, rend hommage à VERDI et l’air Caro nome de son Rigoletto. (Dans le film Le Goût des autres d’Agnès JAOUI, le héros interprété par Jean-Pierre BACRI, un homme plutôt inculte qui cherche à se faire accepter par un groupe d’artistes est tout content de montrer qu’il connaît cet opéra en citant Salvador et Juanita Banana.)

Verdi Salvador Juanita BananaCliquez sur Giuseppe Salvador

Poursuivons avec Barbra STREISAND : « Après un rêve », de FAURÉ

Fauré Streisand Après un rêveCliquez sur Barbra Fauré

Serge GAINSBOURG avait une bonne culture musicale, et il s’en est servi pour ses chansons. Par exemple, la chanson « Baby alone in Babylon » est bâtie sur la troisième symphonie de BRAHMS.

Brahms Birkin Symphonie n 3 Baby alone in BabylonCliquez sur Johannes Birkin

Après Symphonicity, un album de reprise de ses grands succès accompagné avec un orchestre symphonique (je vous le conseille !), STING a enregistré un album consacré à John DOWLAND (1523 – 1626).

Dowland Come again with StingCliquez sur Sting Dowland

Voilà, c’est tout pour cette livraison. Si vous êtes sages et que vous le demandez gentiment, j’en ai déjà une troisième de prête.

Cinématographe, Mes opéras préférés

LUCIA DI LAMMERMOOR, de DONIZETTI (1835)

Opéra romantique de DONIZETTI, créé en 1835, d’après un roman de Walter SCOTT. L’argument en est un « Roméo et Juliette » dans l’Écosse du XVIe siècle. Cette œuvre a connu d’emblée le succès et a été remaniée en 1839, pour une version en français.

C’est dans Lucia di Lammermoor que se trouve un des airs les plus célèbres du bel canto, la « scène de la folie » de Lucia. FLAUBERT l’évoque dans son Madame Bovary, et il sera encore célèbre au XXIIIe siècle puisqu’on peut l’entendre dans le 5e élément de Luc BESSON.

Suivant la classification de G.B.SHAW, nous sommes ici dans une structure [(S+T)/(B+B)], puisqu’une soprano (Lucia) aime un ténor (Edgardo) alors qu’un baryton (Enrico) et une basse (Raimondo) cherchent à les séparer.

Acte I : Les hommes d’Enrico Ashton évoquent sa famille ruinée. Enrico entre. Dans un dialogue avec son veneur, Normann, on apprend qu’il voudrait que sa sœur Lucia accepte un mariage avec Lord Arturo, ce qu’elle refuse. Elle est en effet amoureuse d’Edgardo de Ravenswood, qui lui a sauvé la vie, mais dont la famille est rivale des Ashton.

Donizetti Lucia di Lammermoor Cruda funesta smaniaCliquez sur Enrico

Dans le parc du château, Lucia confie à son amie Alisa qu’elle a vu le spectre d’une jeune femme tuée par son amant, un Ravenswood. Son corps aurait été jeté dans la fontaine du parc.

Donizetti Lucia di Lammermoor Regnava nel silenzioCliquez sur Lucia i Alisa

Alisa comprend que cette vision est prémonitoire et conjure Lucia de renoncer à son amour.  Edgardo arrive et dit à Lucia qu’il doit partir le lendemain pour la France. Il compte demander sa main à son frère, mais Lucia craint ses réactions. Furieux, Edgardo lui rappelle son serment de vengeance contre les Ashton, responsables de la mort de son père.

Donizetti Lucia di Lammermoor Lucia perdona... Sulla tomba...Cliquez sur Lucia i Edgardo

Lucia le calme, et il s’éloigne, après qu’ils aient scellé leur amour avec un anneau nuptial. (Duo: « Verranno a te sull’aure ».)

Acte II : Enrico attend Lucia en tremblant. Pour que sa famille retrouve la fortune, il a arrangé un mariage entre sa sœur et Arturo Bucklaw, mais il craint qu’elle ne refuse. Normann lui dit qu’il a intercepté toutes les lettres qu’Edgardo lui envoie, pour qu’elle croie que celui-ci l’a oubliée. Les invités et Arturo arrivent au château lorsque Lucia entre, pâle. Elle reproche à son frère son manque d’humanité et les tourments qu’il lui inflige. Elle lui rappelle qu’elle a promis sa main  à Edgardo. Enrico lui montre alors une fausse lettre censée prouver l’infidélité d’Edgardo. Elle veut mourir en voyant cette trahison. Enrico lui explique que si elle ne se résout pas au mariage, c’est lui qui va mourir, car la situation politique a changé en Écosse avec l’arrivée au pouvoir de la reine Mary. Le chapelain, évoquant la mémoire de sa mère et le devoir qu’elle a envers son frère,  réussit à convaincre Lucia d’épouser Arturo. (Duo : « Ah, cedi, cedi ! »)

Donizetti Lucia di Lammermoor Ebben di tua speranzaCliquez sur Lucia i Arturo

Arturo est accueilli par un chœur. Il se présente en sauveur de la famille et demande où est Lucia. Enrico le prépare à la réaction de sa sœur. Cette dernière arrive et signe le contrat de mariage comme si elle signait son arrêt de mort. Edgardo survient, réclamant sa fiancée. Enrico, Arturo et Edgardo s’apprêtent à se battre lorsque le chapelain Raimondo produit le contrat de mariage signé de la main de Lucia. Edgardo reprend l’anneau de sa fiancée et part en la maudissant. (Sextuor « Chi mi frena in tal momento? »)

Donizetti Lucia di Lammermoor Chi mi frena (sextuor)Cliquez sur le sextuor d’élites

Acte III : Enrico rendu fou de rage par l’intrusion d’Edgardo chez lui se rend chez celui-ci et, attisant sa jalousie, le provoque en duel pour le lendemain à l’aube.

Alors que se déroulent les festivités du mariage, Raimondo bouleversé surgit et annonce que Lucia est devenue folle et vient de tuer Arturo. La jeune fille arrive, hagarde. Elle songe à son mariage avec Edgardo, et se revoit près de la fontaine, où le spectre qu’elle a vu vient s’interposer entre elle et Edgardo. (Scène de la folie.)

Donizetti Lucia di Lammermoor Il dolce Suono dessayCliquez sur Lucia

Enrico qui revient de chez Edgardo apprend la nouvelle du meurtre d’Arturo et, sans se rendre compte de l’état de sa sœur, la menace d’une peine exemplaire. Lucia prenant son frère pour son bien aimé Edgardo implore son pardon avant de le prier de veiller sur sa tombe. Elle s’effondre et on l’emporte, inanimée.

Edgardo attend Enrico avec l’intention de se jeter sur l’épée de son ennemi, croyant toujours à la trahison de Lucia. Les hommes d’Enrico lui apprennent le sort tragique de la jeune femme. Dans sa démence elle le réclame avant de mourir. Entendant sonner le glas, il comprend que Lucia est morte, ce que le chapelain confirme. Désespéré, Edgardo se donne la mort, non sans avoir évoqué une dernière fois son aimée, cet ange monté au ciel.

Donizetti Lucia di Lammermoor Tu che a Dio spiegasti l'aliCliquez sur Edgardo

Comme je ne peux pas terminer comme ça ce billet concernant un joyau du bel canto, retrouvons le prélude à l’air de la Folie, interprété par Maria CALLAS.

Donizetti Lucia di Lammermoor Il dolce Suono callasCliquez sur Lucia

Cinématographe, Compositeurs, littérature, Shakespeare, Théâtre

Antonio SALIERI (1750 – 1825)

Contemporain de MOZART, BEETHOVEN et SCHUBERT, Antonio SALIERI ne connaît pas aujourd’hui une reconnaissance à la hauteur de son talent.

Né dans la région de Vérone en 1750, il part à 15 ans faire ses études musicales à Venise. En 1766, il suit son maître à Vienne où il est présenté à METASTASE et à GLUCK. En 1774, il est nommé compositeur de la Cour et directeur de l’opéra italien de Vienne. Il voyage en Italie et en France pour assister aux représentations de ses opéras. C’est ainsi qu’à Paris, Gluck donne un opéra les Danaïdes sous son propre nom, avant de révéler que Salieri en est l’auteur.

Parmi ses élèves à Vienne, il faut relever les noms de Beethoven et Schubert, déjà cités, mais aussi ceux de LISZT ou de MEYERBEER.

Salieri était à Vienne en même temps que Mozart, mais avec des fonctions et une reconnaissance beaucoup plus importantes que celles de Wolfgang Amadeus. En fait, Salieri admirait l’œuvre de son cadet. Il a écrit plusieurs opéras sur des livrets de Lorenzo DA PONTE, et il a confié à Mozart le livret du Cosi fan Tutte que Da Ponte avait écrit pour lui, n’ayant pas le temps d’en composer la musique.

Une légende colporte que Salieri aurait fait empoisonner ce dernier. C’est POUCHKINE qui est à l’origine de cette infox, dans sa nouvelle intitulée Mozart et Salieri (1830), reprise par RIMSKY-KORSAKOV dans son opéra éponyme (1898).

Rimsky-Korsakov Mozart et SalieriCliquez sur l’image

Au XXe siècle, Peter SCHOFFER en a fait une pièce, Amadeus, brillamment portée à l’écran par Milos FORMAN.

Forman Amadeus affiche

Ne cliquez par sur l’affiche

Parmi les nombreux opéras de Salieri, on peut citer un Don Quichotte (Don Chisciotte alle nozze di Gamace) (1771) d’après CERVANTES,

Salieri Don QuichotteCliquez sur l’image

un Armida (1771) d’après Le TASSE,

Salieri ArmidaCliquez sur l’image

la Locandiera d’après GOLDONI,

Salieri la LocandieraCliquez sur l’image

Semiramide sur un livret de Métastase et les Horaces (1786), d’après CORNEILLE,

Salieri les horacesCliquez sur l’image

Tarare (1787) sur un livret de BEAUMARCHAIS,

Salieri tarareCliquez sur l’image

ou encore Falstaff (1799) d’après SHAKESPEARE.

Salieri FalstaffCliquez sur l’image

Avec le XIXe siècle, Salieri se consacre de la musique pour son employeur, l’empereur François II, et à de la musique religieuse (Te Deum, Requiem). Il devient malade en 1820. Il prend sa retraite et meurt en 1825.

 

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ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE NEW YORK…

… quelle drôle d’idée, comme ne l’a pas chanté Julien CLERC.

Après Paris, je vous propose un nouveau billet consacré à une grande ville. Aujourd’hui New York.

Pays jeune, les États-Unis d’Amérique n’ont pas une longue tradition d’opéras ou de musique dite classique.  Toutefois, de nombreux compositeurs européens ont été invités à diriger aux U.S.A.

Un des premiers « grands » compositeurs à traverser l’Atlantique a été TCHAÏKOVSKI, qui a été invité au Carnegie HALL de New York pour son inauguration. Il y a dirigé, le 5 mai 1891, sa Marche solennelle du couronnement.

Tchaïkovski Marche solenelle du couronnementCliquez sur l’image

Le Tchèque Antonin DVORAK l’a suivi de peu. On lui a confié la direction du Conservatoire de New York, où il sera également professeur de composition de 1892 à 1895. La découverte des musiques et rythmes américains lui inspirera sa neuvième symphonie, dite « du nouveau Monde », ou son Quatuor américain

Dvorak Quatuor américain lentoCliquez sur le quatuor

En 1907, Giacomo PUCCINI vient en Amérique où il assiste à la création américaine de Madame Butterfly au Metropolitan Opera (le MET). Il a l’occasion de voir la pièce The Girl of the Golden West de David BELASCO (également l’auteur de la pièce dont il s’était inspiré pour Butterfly), ce qui lui donne l’idée d’écrire un opéra-western. Ce sera La Fanciulla del West (la Fille du Far West) dont la création mondiale aura lieu au MET en 1910, sous la direction de TOSCANINI.

Puccini la fanciulla del west Ch'ella mi creda libero (MET)Cliquez sur Dick Johnson (Jonas Kaufmann)

L’autrichien Gustav MAHLER a été chef du MET de New York en 1908, mais il est reparti à Vienne au bout d’un an.

Suite à la révolution russe de 1917, on voit partir aux Amériques les deux Sergeï, PROKOFIEV (en 1918) et RACHMANINOV. L’exil de Rachmaninov, coupé de ses racines slaves, tarira une partie de sa verve créatrice. Prokofiev, lui, fera le choix de retourner en URSS au début des années ’30. Son opéra l’Amour des trois oranges est une commande de l’opéra de Chicago.

Maurice RAVEL fera une tournée à travers tous les États-Unis. Ce sera pour lui l’occasion de faire la connaissance de Georges GERSHWIN. Cette tournée aux États-Unis occupe une bonne partie du Ravel de Jean ECHENOZ.

Côté austro-allemand, nombreux sont les musiciens, souvent d’origine juive, qui ont été chassés par le régime nazi comme des artistes dégénérés. Ne pouvant se faire jouer, presque tous ont dû fuir l’Allemagne.

Ainsi, Alexandre ZEMLINSKY (1871 – 1942), digne héritier de Richard STRAUSS, Arnold SCHÖNBERG (1874 – 1951), Erich KORNGOLD (1897 – 1957) et le Tchèque Ernst KRENEK (1900 – 1991) ont dû migrer aux U.S.A, et leur production musicale (hormis celle de Schönberg), pourtant reconnue avant 1933, est aujourd’hui pratiquement inconnue.

Le Hongrois Béla BARTÓK (1881 – 1945) a lui aussi dû migrer aux States en 1940. Il vit, pauvrement, des commandes que ses confrères admiratifs lui passent, et c’est ainsi qu’il crée la sonate pour violon seul, une commande de Yehudi MENUHIN, le 3e concerto pour piano ou encore son concerto pour orchestre. Il meurt à New York en 1945.

Bartok sonate pour violon seulCliquez sur l’image

Enfin, je ne peux pas écrire un billet sur New York sans mentionner la comédie musicale West Side Story, ce Roméo et Juliette contemporain dont la musique est signée Léonard BERNSTEIN.

Bernstein West Side Story PrologueCliquez sur l’image

Et puisque je suis au cinéma, je ne peux pas résister à l’ouverture du génial Manhattan (1979) de Woody ALLEN.

Gershwin Rhapsody in blue ManhattanCliquez sur Manhattan

Cinématographe, Mythologie, nature

LES QUATRE ÉLÉMENTS (1) : LE FEU

Puisque nous sommes en été, intéressons-nous à celui des quatre éléments (le feu – l’eau – l’air – la terre) qui symbolise cette saison. C’est bien évidemment au feu qu’elle est associée, puisque l’été est la saison du soleil et de sa chaleur.

Le feu est un élément ambivalent. D’un côté, il apporte la chaleur et la lumière. Il permet de cuire les aliments et, anciennement, il écartait les bêtes sauvages du foyer. Le foyer, qui désignait le lieu du feu, est devenu par métonymie le terme qui signifie l’endroit où l’on vit, la maison. Par un second glissement de sens, il désigne aussi la famille (pensez au foyer fiscal des impôts.)

Le feu, c’est aussi l’amour. On brûle d’amour ou on déclare sa flamme à l’être aimé. Ainsi le duo final de Béatrice et Bénédict de BERLIOZ : « L’amour est un flambeau, l’amour est une flamme ».

Berlioz Béatrice et Bénédict l'amour est un flambeauCliquez sur l’image

(Vous pouvez aussi réécouter l’air « d’amour l’ardente flamme » de la Damnation de Faust du même Berlioz.)

D’un autre côté, le feu brûle et détruit. Il est aussi associé aux flammes de l’enfer, où les damnés vont brûler pour l’éternité. C’est ce qui arrive à don Giovanni à la fin de l’opéra de MOZART, où le spectre du commandeur vient le chercher.

Mozart don giovanni scène finaleCliquez sur don Giovanni emporté dans les flammes de l’enfer

Dans la mythologie, le Titan Prométhée a volé le feu sacré des dieux afin de l’offrir aux hommes. Pour le punir, Zeus l’a condamné à être attaché sur un rocher où un aigle venait tous les jours lui manger le foie. GOETHE a repris cette légende dans un poème en 1774, poème que SCHUBERT a mis en musique en 1819.

Schubert PrometheusCliquez sur l’image

Environ un siècle plus tard, SCRIABINE écrit sur le même thème une de ses œuvres les plus connues, le poème symphonique Prométhée ou le poème du feu.

Scriabine Prométhée le poème du feuCliquez sur l’image

Toujours dans la mythologie gréco-latine, la divinité grecque du feu et du foyer était Hestia (en latin Vesta). Et les vestales, c’étaient ces jeunes filles qui chez les romains entretenaient le feu sacré. La vestale la plus connue à l’opéra est celle mise en scène par SPONTINI dans son opéra du même nom.

Spontini la Vestale O nume TutelarCliquez sur la vestale

Vulcain, le dieu romain du feu, est aussi le protecteur des forgerons. Ce n’est peut-être pas un hasard si dans le Trouvère de VERDI, qui contient la scène hallucinante où la gitane Azucena avoue avoir jeté son enfant dans le feu, croyant qu’il s’agissait de celui de son ennemi juré, on trouve un des chœurs les plus célèbres de Verdi, le chœur des forgerons.

Verdi Il Trovatore chœur des forgeronsCliquez sur les enclumes

La figure géométrique associée au feu est le tétraèdre. Ce qui me conduit naturellement à la tétralogie de WAGNER, où le feu occupe une grande place. Il est personnalisé par Loge (Loki), le demi-dieu scandinave du feu, qui va aider Wotan dans sa tentative désespérée de rétablir l’ordre du monde ancien. À la fin de la Walkyrie, c’est lui qui protège la walkyrie endormie sur un rocher par un cercle de feu que seul un héros n’ayant jamais connu la peur pourra franchir. À la fin de Siegfried, le héros éponyme va enfin franchir ce cercle de feu pour réveiller la belle endormie. Et à la fin (décidément) du Crépuscule des dieux, Brünnhilde met fin à l’histoire en dressant un bûcher funéraire sur lequel elle brûlera le corps de son Siegfried adoré, lâchement assassiné par le traître Hunding.

Wagner Crépuscule des dieux fin du finalCliquez sur l’embrasement final du Walhalla

 

Dans les mythologies indo-persanes, le temple de la religion zoroastrienne est le temple du feu. On retrouve ce personnage sous ce nom dans l’opéra Zoroastre de RAMEAU, sous le nom de Zarastro dans la Flûte enchantée de MOZART ou dans le poème symphonique Ainsi parlait Zarathoustra de Richard STRAUSS, d’après l’œuvre de NIETZSCHE.

Mozart La Flûte enchantée O Isis und OsirisCliquez sur Zarastro

Dans l’opéra pour enfant L’enfant et les Sortilèges, de RAVEL, le feu participe à la fronde des animaux et des objets qui se rebellent contre l’enfant.

Ravel l'enfant et les sortilèges le feuCliquez sur la révolte du feu contre l’enfant méchant

Dans son opéra l’Amour sorcier, DE FALLA compose cette très belle Danse rituelle du feu.

De Falla Danse rituelle du feuCliquez sur l’image

 

Cinématographe, Grandes maisons d'Opéra

LE MET S’INVITE CHEZ VOUS – Semaine du 1 au 7 juin

Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 18 au 24 mai 2020.

Par rapport aux semaines précédentes, s’il y a quelques classiques : Tosca de PUCCINI ou Otello de VERDI, il y a aussi des œuvres plus proches de nous avec l’extraordinaire Lulu de BERG (laissé inachevé à sa mort en 1935) et l’adaptation à l’opéra de L’Ange exterminateur, ce film surréaliste de Luis BUNUEL.

Pour aller sur le site du MET : c’est ici : https://www.metopera.org/

Lindi 1er Juin BELLINI I Puritani (Les Puritains)

Bellini I Puritani (les Puritains) (Met)Cliquez sur Elvira

Mardi 2 juin Berg  Lulu

Berg Lulu (Met)Cliquez sur Lulu

Mercredi 3 juin GLUCK Orfeo ed Euridice

Gluck Orfeo ed Euridice Che puro ciel (MET)Cliquez sur l’image

Jeudi 4 juin Puccini Tosca

Puccini Tosca E lucevan le stelle Pavarotti (MET)Cliquez sur Cavaradossi

Vendredi 5 juin Thomas ADÈS The Exterminating Angel (l’Ange exterminateur)

Adès l'Ange exterminateur (MET)

Samedi 6 juin Verdi Otello

Verdi Otello Quando narravi (MET)Cliquez sur l’image

Dimanche 7 juin MASSENET Thaïs

Massenet Thaïs (Fleming) (MET)Cliquez sur l’image

Voilà, très bonne semaine à vous, see you a next week !

 

Écrivain, Cinématographe, littérature, poésie, Théâtre

Jean COCTEAU (1888 – 1963) – DEUXIÈME PARTIE

Poursuivons les aventures musicales de Jean COCTEAU, commencées dans la première partie qui lui a été consacrée.

En 1927, il renoue avec STRAVINSKY pour qui il écrit l’opéra Oedipus Rex. Cette même année, il donne le titre Opéra à un recueil de ses poèmes (écrits sous l’influence de l’opium.)

Stravinsky Oedipus RexCliquez sur l’image et écoutez Cocteau nous présenter sa pièce

En 1929, il compose une pièce, La voix humaine, qui deviendra un opéra en 1959 avec une musique de Poulenc (et aussi un film de ROSSELLINI.) 1929 est aussi l’année d’écriture de la pièce Les Enfants terribles.

En 1930, il tourne un film surréaliste, Le sang d’un poète, exact contemporain de L’âge d’or de Luis BUNUEL (et commandé par le même mécène, le vicomte de Noailles.) La musique en est de Georges Auric. Il écrit une Cantate pour un jeune prince russe arrivé à Paris, Igor MARKÉVITCH (qui de nos jours est plus connu pour sa carrière de chef d’orchestre.)

Auric Le Sang d'un poèteCliquez sur l’image

En 1933 il écrit la pièce la Machine infernale, une nouvelle adaptation pour le théâtre du mythe d’Œdipe.

En 1934, c’est Blancharmure, préfiguration des Chevaliers de la Table ronde, pour laquelle Markevitch voulait écrire la musique.

En 1938, il écrit la pièce Les Parents terribles dont il fera un film en 1948.

Pendant la guerre, Cocteau est la cible de la presse collabo. Ainsi en 1941, L.F. CÉLINE appelle, dans le journal Je suis partout, à la liquidation pure et simple du « décadent » COCTEAU, au nom supérieur de la préservation de la « race ».

1943 est l’année de la création à la Comédie française de sa pièce Renaud et Armide, d’après la Jérusalem délivrée du Tasse.

En 1944, c’est l’Aigle à deux têtes, avec une musique d’Auric (création en 1946.) Cette pièce fera l’objet d’un film en 1948 avec les mêmes acteurs (Jean MARAIS, Edwige FEUILLÈRE).

Cocteau se tourne alors vers le cinéma, avec La belle et la bête (1945), avant que d’adapter le mythe fondateur de l’opéra avec Orphée en 1950.

En 1950, il écrit l’argument d’un ballet commandé par Auric pour l’Opéra : Phèdre.

Auric PhèdreCliquez sur l’image

En 1955, lui qui avait eu tant de mal à se faire jouer à la Comédie française entre à l’Académie française.

En 1959, la Voix humaine, mise en musique par Poulenc, entre au répertoire de l’Opéra-comique. ZEFFIRELLI met en scène le Poète et sa Muse, avec une musique de MENOTTI.

Poulenc La Voix humaineCliquez sur la Voix

En 1960, après la mort de Paul FORT, il reçoit le titre de Prince des poètes, titre qu’avaient porté avant lui notamment VERLAINE et MALLARMÉ.

Cocteau meurt en 1963, le même jour qu’Édith PIAF.

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Jean COCTEAU (1888 – 1963) – PREMIÈRE PARTIE

Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi !

Issu d’un milieu aisé, (son grand-père a connu ROSSINI dont il a reçu un piano en legs,) le jeune COCTEAU a eu l’occasion d’entendre le violoniste Pablo de SARASATE jouer en quatuor avec ce grand-père.

Il n’a pas vingt ans qu’il tient déjà salon, où viennent DEBUSSY et Reynaldo HAHN, mais aussi de jeunes poètes ou des peintres comme BONNARD.

Poète précoce, Jean COCTEAU fréquente très jeune PROUST ou les ballets russes de DIAGHILEV. Il se tiendra toujours aux avant-postes de la modernité, passant de Dada au cubisme, mais rejeté par les surréalistes.

Dès 1910, Reynaldo Hahn (1874 – 1947), l’auteur de Ciboulette, met en musique un « mensonge en un acte » de Cocteau : La patience de Pénélope.

Après la présentation à Paris au début du siècle d’œuvres de RIMSKI-KORSAKOV (1844 – 1908)  (Schéhérazade, Le coq d’or), Diaghilev et ses ballets russes attaquent les années ’10 avec trois ballets de STRAVINSKY (1882 – 1971) : L’oiseau de feu (1910), Pétrouchka (1911) et surtout la déflagration provoquée par Le Sacre du printemps (1913).

Stravinsky le sacre du printempsCliquez sur l’image

Soucieux de se tourner vers ce milieu parisien où il triomphe, Diaghilev commande en 1912 une pièce à Cocteau. Ce sera Le dieu bleu, sur une musique de Hahn. En 1914, Cocteau travaille avec Stravinsky sur un projet de ballet : David.

En 1915, il met en chantier un Songe d’une nuit d’été, dont la musique sera confiée à Eric SATIE (1866 – 1925). Cette même année, le créateur de la musique concrète Edgar VARÈSE (1883 – 1965), qui avait dirigé la création du Songe, le présente à PICASSO. Cocteau confie la musique de David à Satie. En 1916, Cocteau demande à Picasso de réaliser le rideau de scène pour ce ballet, qui change de nom et devient Parade. En 1917, la création du ballet Parade réunit donc Cocteau, Satie, Picasso et Diaghilev ! (Excusez du peu.)

Satie ParadeCliquez sur l’image

En 1920, Cocteau détourne Le bœuf sur le toit de Darius MILHAUD (1892 – 1974), souvenirs musicaux de son passé au Brésil, en déposant un texte sur cette musique. Les décors sont de Raoul DUFY et la chorégraphie de MASSINE.

Milhaud Le Bœuf sur le toit

Il compose aussi le livret de Paul et Virginie, un opéra-comique prévu pour Satie.

En 1921, il écrit Les Mariés de la Tour Eiffel, musique du Groupe des six (enfin, cinq d’entre eux).

Groupe des six les Mariés de la Tour EiffelCliquez sur l’image

Cette même année, il écrit le Gendarme incompris, avec une musique de Francis POULENC.

En 1922, Arthur HONEGGER (1892 – 1955) lui écrit une musique de scène pour sa pièce Antigone. Les décors sont de Picasso et les costumes de CHANEL.

En 1924, il écrit Roméo et Juliette, avec une musique de Roger DÉSORMIÈRES. Dernière œuvre de Cocteau pour les Ballets russes, le Train bleu avec une musique de Milhaud.

Milhaud le Train bleuCliquez sur l’image

Et retrouvez sur ce blog la suite des aventures musicales de Jean Cocteau.

(Source principale : Pierre BERGÉ, Album COCTEAU de la Pléiade, éditions Gallimard, 2006.)

 

Animation 1, Fables de la Fontaine, Fantaisie, littérature, Oulipo, poésie

LE LOUP ET L’AGNEAU

Après Le Lion et le Rat, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans les fables de La Fontaine. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, un classique des classiques, le Loup et l’Agneau.

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.

Audran La MascotteCliquez sur l’image

Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.

Prokofiev Pierre et le loup part 2Cliquez sur l’image

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;

Bellini La somnambule Ah! Perché non posso odiartiCliquez sur Rodolfo

Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Gounod Roméo et Juliette Dieu qui fis l'homme à ton imageCliquez sur l’image

– Je n’en ai point.
– C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.

Monteverdi Orfeo Nymphes et bergersCliquez sur Orfeo et son chœur de nymphes et de bergers

On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts

Rameau les Indes galantes forêts paisiblesCliquez sur des forêts pas si paisibles que ça !

Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Citations :

Un agneau : AUDRAN La Mascotte Duo « J’aime bien mes dindons / j’aime bien mes moutons » (désolé je n’ai pas trouvé d’agneau, alors j’ai pris un mouton.)

Un loup : PROFOFIEV Pierre et le Loup (retrouvez ici la version DISNEY de Pierre et le Loup)

En colère : À la fin du premier acte de La somnambule de BELLINI, Elvino trompé par les apparences se met en colère contre le comportement d’Amina.

Ton frère : GOUNOD Roméo et Juliette Frère Laurent « Dieu de bonté ».

Vos bergers : Au début de l’Orfeo de MONTEVERDI, le Chœur des nymphes et des bergers célèbre les noces d’Orfeo et Euridice (Orphée et Eurydice.)

Au fond des forêts : Dans Les Indes galantes de RAMEAU, la quatrième entrée se terminent dans une réconciliation autour du calumet de la paix (Danse et air « Forêts paisibles ».)